vendredi 13 novembre 2020

Une feuille

Oscar Dunn (1845-1885)

(Source : Biographi.ca)




   Je te vis dans ces prés à replis onduleux
   Qui cachent dans leur sein mille fleurs parfumées ;
   Au bord de cette source où meurt, harmonieux,
   Le dernier bruit du jour, le chant des voix aimées. 

   Sur ton front retombait la feuille d'un ormeau ;
   Tes yeux levés au ciel disaient une prière
   Et ta voix, se mêlant au murmure de l'eau,
   Montait en doux accords au divin sanctuaire.

   Pourtant à ta paupière une larme passait,
   Comme une perle d'or qui roule avec la vague.
   Penché sur le gazon que ton genoux pressait,
   J'écoutai : ces seuls mots se perdaient dans le vague.

   Mon cœur est bien petit, mais il est plein d'amour ;
   Et j'ignore pourtant ce que c'est qu'un beau jour.
   J'ai tant pleuré, vois-tu, mère, j'ignore encore,
   Molles blancheurs de l'aube et roses de l'aurore.

   On dit qu'un blanc courlis vient chanter, sur le soir,
   Un refrain enivrant et d'amour et d'espoir. 
   Suspendu mollement aux rameaux de la treille,
   Il aime à regarder l'églantine vermeille
   Déposée, au printemps, par ma petite main. 
   C'est toi, me dit-on, qui flottes sur le chemin
   Avec la mouche d'or qui fuit, monte et voltige,
   En s'arrêtant parfois au sommet d'une tige. 

   Et moi, ton jeune Oscar, mère, tu ne viens pas
   Pour lui parler aussi ?... Dis, oh ! parle tout bas.
   Je comprendrai : ta voix, elle doit être tendre.
   Mon cœur me dira tout ce qu'il faudra comprendre.
   Ce qui m'entoure, hélas ! pourrait-il effacer
   De mon âme d'enfant, ton bienheureux penser ?
   
   Je suis l'oiseau plaintif à l'aile rose et blanche,
   Et qui, tout le jour, crie et regarde la branche
   Où vient se pendre encore souvent un voyageur.
   Puisse-t-il, plus que moi, savourer le bonheur !...

   Et j'écoutais, courbé sur les talles de mousse
   Où s'enlacent les lys, où le rosier blanc pousse.
   On dit que dans ces champs où l'homme au soir s'endort, 
   L'on entend quelquefois effleurer l'arbre mort
   Par ces brises de nuit qui versent l'harmonie. 
   Sans doute une âme est là : c'est celle d'une amie,
   D'une mère, peut-être... Oh ! foulons le gazon,
   Prions sur chaque tertre, il nous dira son nom. 

                                   Oscar Dunn (12 août 1862)



Tiré de : Les textes poétiques du Canada français, volume 9, Montréal, éditions Fides, 1987, p. 597-598. 

Pour en savoir plus sur Oscar Dunn cliquer ICI
ou cliquer sur l'image suivante pour consulter, 
télécharger ou imprimer un article biographique
par Jean Bruchési publié en 1928 : 


Dédicace manuscrite d'Oscar Dunn dans la brochure de sa
conférence de 1875 sur L'Amérique avant Christophe Colomb.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Une feuille, ci-haut, d'Oscar Dunn,
est tiré du volume 9 de la série Les textes 
poétiques du Canada français
, parue sous
la direction de Jeanne d'Arc Lortie et de
Yolande Grisé.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maison où Oscar Dunn a vécu à Coteau-du-Lac, après la mort de son père, en 1851,
alors qu'il avait six ans. Cette photo date de 1928. La maison existe encore et
abrite la Clinique dentaire Mille sourires au 344 chemin du FleuveCliquer
sur l'adresse pour en avoir un aperçu. Merci à Pascale Grenier, native de
Coteau-du-Lac, dont la recherche a permis de repérer la maison.

(Source : Jean Bruchési, Oscar Dunn et son temps, Montréal, 1928)

Oscar Dunn en 1884, un an avant sa mort. 

(Source : Jean Bruchési, Oscar Dunn et son temps, Montréal, 1928)

« Le 15 avril 1885 au Club de la Garnison (de nos jours nommé Cercle de la Garnison 
au 97 rue Saint-Louis) de Québec, Oscar Dunn s'écroulait dans un fauteuil au cours 
d'une conversation. Une grande affaire passionnait alors tout le pays : l'affaire Riel.
On se demandait si Riel allait être pendu, et Oscar Dunn émettait son opinion : 
"Nous avons trop foi dans le Fair Play britannique pour croire qu'ils agiraient
aussi inconsidérément. Ils auraient bien tort..." La mort le frappa sur ces mots ». 
(Extrait de Jean Bruchési, Oscar Dunn et son temps, Montréal, 1928, p. 22).

(Source : Page Facebook du Cercle de la Garnison)

Le monument funéraire d'Oscar Dunn au cimetière de Coteau-du-Lac, tel qu'il paraissait
en 1928, et tel qu'il paraît de nos jours. Le monument est situé derrière l'église.

(Première photo : Jean Bruchési, Oscar Dunn et son temps, Montréal, 1928 ; seconde photo : Find-a-Grave)

En 2020, la municipalité de Coteau-du-Lac a
donné le nom d'Oscar-Dunn à un parc pour
commémorer son souvenir.

(Source : Pascale Grenier, que nous remercions pour l'information)
 


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Nos poésies oubliées, sorti de presse le 3 septembre 2020, qui présente
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mardi 10 novembre 2020

La voix des étoiles


Georges Bugnet (1879-1981)

Source : Camille RoyManuel d'histoire de la 
littérature canadienne de la langue française

huitième édition, 1940, p. 154. 




      Vous que la Nuit couvre de voiles
   Pour nous laisser notre éclat emprunté ;
   Source du feu, Souveraine Clarté, 
      Étoile, Reine des étoiles. 

   Lumière incréée, en qui nous vivons, 
      Lumière qui n'est pas lumière, 
      Étoile qui n'est point matière.
   Flamme sans déclin, par qui nous brûlons ;

   Nos cieux, nourris de Vous, Substance maternelle,
   Nos cieux s'effaceront et vous serez toujours.
   Car nous ne sommes rien, sous nos flambants atours,
   Que les tremblants reflets de l'Étoile éternelle. 

   Tout notre flamboiement, tout notre grondement,
   Ce n'est, nous le savons, que grandeur transitoire.
   Vous avez mis sur nous un mirage de gloire,
   Bientôt Vous éteindrez notre rayonnement. 

   Flamme sans fin, Étoile reine, Étoile mère,
   C'est nous, lorsque le monde était sombre et sans bruit,
   À qui Vous avez dit : « Faites de la lumière ! »
   Et voici dans l'espace une foule qui luit. 

   Votre peuple de feu, pour ce don, vous Adore. 
   Nous vous louons, ô Mère, et Vous louerons encore
   Quand Vous nous éteindrez sous l'ombre de la Nuit. 

                                Georges Bugnet* (1938)



Tiré de : Georges Bugnet, Voix de la solitude, Montréal, Les éditions du Totem, 1938, p. 84-85. 

De Georges Bugnet, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Hymne à la nuit

Georges Bugnet est né le 23 février 1879 à Chalon-sur-Saône, en Bourgogne (France), de Claude-François Bugnet, marchand de vin, et de Joséphine Sibut-Plourde. Après des études classiques, il entra au séminaire de Brou. Il renonça toutefois au sacerdoce et s'inscrivit, en 1899, à la Faculté des lettres de l'Université de Dijon.
  En 1904, il devint rédacteur en chef du journal La Croix de la Haute-Savoie, à Annecy. Il collabora dès lors aux Annales et à la Revue des Poètes. La même année, à Dijon, il épousa Julia Ley.
  En janvier 1905, il quitta son pays natal avec un groupe de Bretons pour peupler l'Ouest canadien d'immigrants. Après une dizaine de mois passés à Saint-Boniface (Manitoba), il prit enfin possession de sa terre, à une soixantaine de milles au nord-ouest d'Edmonton, en Alberta. C'est dans cette solitude vaste et silencieuse, face à la sérénité impassible de la forêt géante, qu'il va vivre une aventure spirituelle profonde d'où jailliront sa pensée et son oeuvre.
   Outre son travail de pionnier et de cultivateur qui ne lui rapportera jamais beaucoup de profits, il s'intéressera à l'horticulture, au journalisme et à la vie française en Alberta. Il collabora au journal L'Union, de la communauté francophone d'Edmonton. Ses travaux d'horticulteur lui donneront une connaissance très précise du monde végétal et lui permettront même d'obtenir quelques roses nouvelles, dont la Thérèse Bugnet, qui se classe parmi les plus belles d'Amérique du Nord.
   Durant les longs hivers albertains, il rédigea ses livres où il exprima les conclusions de son expérience spirituelle au sein de la vaste nature de l'Ouest. Outre son unique recueil de poésies, Voix de la Solitude, paru à Montréal en 1938, il a publié Le Lys de sang (1923) ; Nypsia (1924) ; Le Pin du Muskeg (1924) ; La Défaite (1934) ; Siraf (1934) ; La Forêt (1935) ; Hymne à la Nuit (1939) ; Canadiana (1941) ; Albertaines : anthologie d'oeuvres courtes en prose (1981). Ses quatre romans ont été publiés à Montréal par les Éditions Édouard Garant. Ses poèmes ont été réédités par les Éditions des Plaines après sa mort et sont toujours disponibles. 
   À partir de 1954, il se retira à Legal (Alberta).
  Georges Bugnet est mort à Saint-Albert (Alberta) le 11 janvier 1981, à quelques semaines de son cent-deuxième anniversaire.
(Sources principales : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 650 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 213).

Pour en savoir plus sur Georges Bugnet, cliquer ICI

Les extraits du poème Hymne à la Nuit
publiés ci-haut sont tirés du recueil Voix
de la Solitude
, de Georges Bugnet. On
peut en lire ICI une intéressante et
éclairante 
critique de Louis Dantin, qui
fut le principal mentor d'Émile Nelligan.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)



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samedi 7 novembre 2020

Jour d'été en automne

La rivière Saint-Maurice, vue depuis le Parc de la Mauricie.

(Source : Parc national de la Mauricie)




   Ce jour s'épanouit dans la tiède clarté,
   Dernier bouton de rose au rosier de l'été.

   Pour tout un jour, la pluie abdique. L'on s'étonne
   D'un sourire d'été s'allumant en automne. 

   C'est, sous une paupière abaissée à demi,
   Un regard de soleil pas encore endormi. 

   C'est l'Été s'en allant ― on voit sa robe claire ― 
   Et, de regret, jetant un regard en arrière ;

   Déjà loin sur la route infinie où l'on meurt,
   La lumière la suit ainsi qu'une rumeur. 

   Puis, le silence et l'ombre. Et les oiseaux fidèles
   L'escortent, cette dame accapareuse d'ailes. 

    Alors, nous resterons dans la tristesse, nous,
   Pleurant sur les départs de ce qui nous fut doux ?

   Non ! Nous habituerons nos deux regards à suivre
   Les papillons de neige au cœur des fleurs de givre.

                                          Albert Lozeau (1904)



Tiré de : Albert Lozeau, L'âme solitaire, Paris, F. R. de Rudeval Éditeur, 1908, p. 111. Le poème est paru pour la première fois dans l'édition du 3 décembre 1904 du quotidien La Patrie

D'Albert Lozeau, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le passagePaul-Émile LamarcheLe chemin de l'amourL'exempleLes lucioles ; Dans la lutte et l'attente ; Noël solitaire (cliquer sur les titres).


Pour en savoir plus sur Albert Lozeau, cliquer sur cette image : 


L'âme solitaire, recueil d'Albert Lozeau d'où est
tiré le poème Jour d'été en automne, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Albert Lozeau est l'un des 100 poètes présentés dans 
Nos poésies oubliées, un volume paru en septembre 2020 
dans une édition unique et limitée. Pour se procurer l'un des 
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Albert Lozeau repose au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal.

(Photo : Gilles Toupin, septembre 2019)

jeudi 5 novembre 2020

Le règne du silence

Jean Charbonneau (1875-1960)

(Source : Le monument Crémazie,
Montréal, éditions Beauchemin, 1906)




   Contemple sans parler la majesté des choses :
   L'heure crépusculaire argente les ruisseaux ;
   Et les lys inclinés sur le miroir des eaux
   Baignent dans le flot bleu leurs corolles mi-closes.

   L'air promène au sentier le cher parfum des roses :
   Dans les buissons s'éteint la chanson des oiseaux.
   La lune est apparue ; et parmi les roseaux
   Le songe resplendit en ses apothéoses.

   Il passe autour de nous un doux apaisement ; 
   Dans les arbres pensifs, pas un tressaillement : 
   On croirait que la nuit s'est recueillie et pense...

   Ouvrez votre âme au soir, ô rêves endormeurs : 
   Le bruit universel a cessé ses rumeurs
   Et cède son empire au règne du silence. 

                              Jean Charbonneau (1912)



Tiré de : Jean Charbonneau, Les blessures, Paris, Alphonse Lemerre Éditeur, 1912, p. 62. 

Pour en savoir plus sur Jean Charbonneau, cliquer ICI

De Jean Charbonneau, les Poésies québécoises oubliées ont également publié (voyez également les documents présentés sous chacun des poèmes) : 

Les blessures, recueil de Jean Charbonneau, d'où
est tiré le poème Le règne du silence, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Jean  Charbonneau est l'un des 100 poètes présentés dans 
Nos poésies oubliées, un volume paru en septembre 2020 
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lundi 2 novembre 2020

Novembre

 

Crépuscule (1907)par Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté.

(Source : Musée national des Beaux-Arts du Québec)




   Jours de deuil ! Plus de nids sous le feuillage vert !
   Les chantres de l'été désertent nos bocages ;
   L'on n'entend que le cri de l'oiseau dans les cages,
   Avec les coups de bec sonores du pivert. 

   De jaunissants débris le gazon est couvert ;
   Les grands bœufs tristement reviennent des pacages ;
   Et la sarcelle brune, au bord des marécages,
   Prend son essor pour fuir l'approche de l'hiver.

   Aux arbres dépouillés la brise se lamente ;
   À l'horizon blafard, l'aile de la tourmente
   Fouette et chasse vers nous d'immenses oiseaux gris.

   Des passants tout en noir gagnent le cimetière ;
   Suivons-les, et donnons notre pensée entière,
   Pour un instant, à ceux que la mort nous a pris !

                                  Louis Fréchette (1879)



Tiré de : Louis-H. Fréchette, Les oiseaux de neige, Québec, C. Darveau imprimeur, 1879, p. 25-26. Novembre, ci-haut, est le onzième d'une série, intitulée L'année canadienne, de douze sonnets de Louis-H. Fréchette.

Pour en savoir plus sur Louis-H. Fréchette, voyez ICI et ICI.


De Louis-H. Fréchette, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 


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à la page 3 du document que vous trouverez en cliquant 
sur l'image suivante : 


Les oiseaux de neige, recueil de Louis Fréchette,
d'où est tiré le sonnet Novembre, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Louis Fréchette (1839-1908)

(Source : Québec éternelle
, p. 116)

Dédicace manuscrite de Louis Fréchette dans son troisième
recueil de poésies, Pêle-mêle, paru en 1877.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


En 1880, Louis Fréchette devient le premier écrivain issu du Québec à remporter
le prix Montyon de l'Académie française pour son recueil Les Fleurs boréales.
Ce volume, d'abord paru à Québec, en 1879, chez l'éditeur Darveau, fut à cette
occasion publié à Paris dans une édition incluant Les oiseaux de neige.

L'illustration de droite, où l'on voit Fréchette ainsi que la coupole de
 l'Académie française où le poète fut solennellement reçu, se trouve
à l'intérieur de l'édition parisienne des Fleurs boréales.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Louis Fréchette, dessin de Henri Julien.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir ;
source : Album Henri Julien, Montréal,
Librairie Beauchemin, 1916, p. 84)

vendredi 30 octobre 2020

Chanson d'automne

Charles-E. Harpe (1908-1952)

(Source : courtoisie Gaston Deschênes)




   L'automne arrive : hâtons-nous de fermer la porte,
                  Qu'il n'entre pas dans la maison.
   Car mon cœur heureux que ton amour transporte,
                  Se plaît l'éternelle saison. 

   Laissons pleurer le saule auprès des feuilles mortes
                  Dont Novembre fait la moisson.
   Et que tous les oiseaux s'enfuient, peu nous importe,
                  Nous avons appris leurs chansons. 

   Que les jours endeuillés le suivent en escorte,
                  La pluie et sa lente oraison,
   Nous serons à l'abri de la triste cohorte
                  Dans notre amoureuse prison.

   Mais si tu dois ne plus m'aimer, ouvrons la porte,
                  Et que dans toute la maison
   Pénètre en tourbillon le froid des feuilles mortes,
                  Pour ensevelir ma raison !

                                Charles-E. Harpe (1948)



Tiré de : Charles-E. Harpe, Les oiseaux dans la brume, Montmagny, Éditions Marquis, 1948, p. 159-160. 

De Charles-E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 

L'escale

Guirlande aux éprouvés ;

Le plus bel hymne à l'orgue des vivants ;

Voix de la solitude

― Été du ciel de mon enfance

Clair de lune.


Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, 
cliquer sur cette image : 


Les oiseaux dans la brume, recueil de 
Charles-E. Harpe d'où est tiré le poème
Chanson d'automne, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Charles-E. Harpe est l'un des 100 poètes présentés dans 
Nos poésies oubliées, un volume paru en septembre 2020 
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mardi 27 octobre 2020

Au docteur J. K. Foran

Joseph Kearney Foran (1857-1931)

(Source : Le monument Crémazie, p. 24)




            Au docteur J. K. Foran, qui a traduit en 
            vers anglais deux de mes poèmes.


   Barde, à ton large front rayonne la fierté
   Des têtes que le feu de l'idéal entoure,
   Et l'on sent tressaillir sur ton luth enchanté
   Le souffle d'Ossian et le rythme de Moore

   Pour célébrer les champs, les bois, les vieux castels,
   Pour louer les héros dont on baise la trace,
   Pour chanter les combats et les deuils immortels,
   Tu vibres du frisson des poètes de race. 

   Et l'ardeur du soleil qui dore le lichen,
   L'arôme capiteux qui flotte sur la lande,
   L'éclat d'îlots qu'on croit détachés de l'Eden,
   Le frais gazouillement de la brise d'Irlande ;

   Les échos du vallon où ton ancêtre est né,
   L'attrait de la légende où revit maint fantôme,
   La sauvage splendeur du lac de Killarney,
   Le blond miroitement des toits couverts de chaume ; 

   La fraîcheur de la mousse enguirlandant les murs,
   Les bruits harmonieux des bois et des cascades,
   Le babil des ruisseaux, des joncs, des seigles mûrs,
   Le charme toujours neuf des antiques ballades ;

   L'éternelle verdeur de l'île des martyrs,
   La rumeur de Shannon, l'hymne de l'Atlantique,
   L'odeur du trèfle au pied des tours et des menhirs,
   Les sons mélodieux de la harpe celtique ;

   Chants, feux, ombrage, échos, sèves, souffles, senteurs,
   Tout cela vit, frémit, embaume et se reflète
   Dans les mots chatoyants de tes vers enchanteurs,
   Ô noble fils d'Erin ! Ô fier et grand poète !

   Et si mes humbles chants survivent à mes pleurs,
   S'ils résistent au temps, devant qui tout s'efface,
   C'est que ta lyre d'or, forte comme ta race,
   En aura prolongé l'écho dans tous les cœurs.

                              William Chapman* (1907)



Tiré de : William Chapman, Les aspirations, Paris, Librairies-Imprimeries Réunies, 107, p. 145-147.

* Pour en savoir plus sur William Chapman (1850-1917), poète beauceron, cliquer ICI.  

De William Chapman, les Poésies québécoises oubliées ont également publié À Percé et L'île d'Orléans

   Joseph Kearney Foran est né à Aylmer (Outaouais) le 5 septembre 1857, de John Foran et de Catharine F. Kearney. Il a obtenu en 1880 un diplôme de droit à l'Université Laval, à Québec, puis, en 1894, un doctorat en littérature à l'Université d'Ottawa. 
  Membre du Barreau en 1881, il fut successivement avocat, journaliste puis fonctionnaire. Entretemps, à partir de 1883, à cause de sa santé précaire, il passa trois années dans les bois du nord. En 1886, il devint secrétaire de l'orateur (président) de la Chambre des Communes. C'est à partir de cette période qu'il commença à écrire des poèmes, essais et divers autres travaux littéraires. 
   Embrassant à partir de 1891 le métier de journaliste, il devint éditeur du journal Montreal True Witness. Conférencier très prisé devant des auditoires tant anglais que français, il donna plus de 2 000 conférences. En 1902, il devint greffier juridique de la Chambre des Communes.
  Influencé par le poète James Donnelly, avec qui il se lia d'amitié durant ses études à l'Université Laval, cet Anglo-Irlandais fut durant toute sa vie un ardent défenseur des droits des Canadiens-français et un fervent admirateur de la langue et de la culture françaises. En 1916, l'Académie française lui fit part de son appréciation pour deux de ses poèmes, intitulés Le dernier regard de Napoléon et L'enterrement de Rouget de Lisle
   Il a publié plusieurs ouvrages de droit et de littérature, dont The spirit of the age, on faith and infidelity (1885) ; An essay on obligations (1886) ; Poems and Canadian Lyrics (1895) ; Jeanne Mance or the Angel of the colony (1931) et deux ouvrages posthumes, A Garland : Lectures and poems (1931) ; Blossoms of the past (1935). Il est également l'auteur d'une nouvelle, Simon the Abenakis.
   Ayant pris sa retraite en 1924 pour des raisons de santé, Joseph Kearney Foran est mort à Ville Mont-Royal le 8 mars 1931. Il avait épousé Louisa Davis à Ottawa, en 1892. 
(Sources : Faculty Marianopolis ; Ancestry.ca ; La Presse, 17 mars 1931 et 25 avril 1931). 


Le poème Au docteur J. K. Foran, ci-haut, est tiré 
du recueil Les aspirations, de William Chapman,
poète né en Beauce que l'on voit sur cette photo.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Joseph Kearney Foran jeune enfant avec sa mère. 

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


C'est durant ses balades fréquentes avec son ami le poète James Donnelly 
sur la terrasse Dufferin, à Québec, durant ses études en droit à l'Université 
Laval à la fin des années 1870, que Joseph Kearney Foran, Anglo-Irlandais 
de naissance, devint un ardent défenseur des droits des Canadiens-français. 
 Foran raconte les circonstances de cette influence dans une conférence qu'il 
donna en 1912 sur l'œuvre littéraire de James Donnelly, mort en 1900, et
qu'il s'attacha à transmettre aux générations futures. Pour prendre 
connaissance du texte de cette conférence, cliquer sur cette image 
de la terrasse Dufferin tel qu'elle paraissait en 1880, époque où 
Foran et Donnelly y déambulaient fréquemment : 

(Source : BANQ)

Dans une entrevue qu'il accorda au journal Le Canada et parue le 27 décembre 1917, 
Joseph Kearney Foran raconte les raisons de son ardente sympathie envers les 
Canadiens-français. Il y évoque notamment l'influence du poète James Donnelly.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Peu après la mort de James Kearney Foran, en 1931, ses proches 
ont publié un recueil de ses principaux écrits et discours, dont
une vigoureuse Défense des Canadiens-français. On peut 
consulter ce texte, préalablement paru dans La Presse 
en 1918, en cliquant sur cette image :



L'attachement de James Kearney Foran pour les 
Canadiens-français, dont il alla jusqu'à promouvoir 
la culture et à faire sienne son histoire, se vérifie 
également dans le discours qu'il donna lors de 
l'inauguration du monument Crémazie, au carré
Saint-Louis à Montréal, le 24 juin 1906. Pour
lire ce discours, cliquer sur cette image du
monument Crémazie : 

(Source : imtl.org)

James Kearney Foran vers 1895. 

(Source : son livre Poems
and Canadian Lyrics
)

James Kearney Foran vers la fin de sa vie active. 

(Source : J. K. Foran, A Garland (recueil posthume), Montréal, 1931)


James Kearney Foran fut un témoin privilégié de la vie sociale, littéraire
et politique canadienne-française de la deuxième moitié du XIXe siècle 
et du début du XXe. Il raconte quelques-unes des scènes dont il fut 
témoin dans un récit que l'on peut consulter en cliquant sur cette
 image tirée du recueil posthume A Garland, paru l'année de sa mort : 


La Presse, 17 mars 1931.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


La Presse. 25 avril 1931.

(Source : BANQ)

James Kearney Foran repose au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. 
Sur la première photo, son monument funéraire tel qu'il paraissait en 1931, peu
après son inhumation. Sur l'autre photo tel qu'il paraît de nos jours.

(Sources : première photo, J. K. Foran, A Garland (recueil posthume), 1931 ; 
deuxième photo : Find-A-Grave)


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