jeudi 30 avril 2020

Mélancolie

Georges-A. Boucher (1865-1956)

 (Source : son recueil Je me souviens,
Montréal, éd. Arbour et Dupont, 1933)




   Voici que les taillis revêtent leurs feuillages ;
   Voici que tout renaît dans les bois, dans les champs ;
   Et la fleur et l'oiseau, reparus sur nos plages,
   Remplissent l'air tiédi de parfums et de chants. 

   Amis, portez ma couche au milieu de la plaine, 
   Vers ces bords enchantés, conduisez-moi mes sœurs ; 
   Je voudrais des prés verts humer encore l'haleine,
   Hélas ! et succombant, voir éclore les fleurs. 
   
   Oh ! de tant de clarté qui m'entoure et me presse,
   Dites, n'entrera-t-il un rayon dans mon cœur ?
   Lorsque tout l'univers à sourire s'empresse,
   Si je pouvais, ravi, goûter quelque bonheur ! 

   Mais non, ils ne sont plus ces jours où la nature,
   Apaisant tous les maux dont mon être est rempli,
   N'avait qu'à secouer son sceptre de verdure
   Pour me combler de paix, d'espérance et d'oubli.

   Soleil, ils ne sont plus ces jours où ta lumière
   Savait blanchir aussi mes tristes horizons ;
   Où, dès qu'un ciel plus pur inondait ma paupière,
   Reparaissaient en moi mes plus douces saisons.

   La douleur maintenant à mon foyer m'enchaîne,
   Et je reste insensible à la voix des printemps ;
   Je suis comme ces nids pleins d'une lueur vaine,
   Que les petits oiseaux ont fui avant le temps. 

   Depuis que dans les cieux mes pensées l'ont suivie,
   Je voulais m'envoler vers ce dôme vermeil,
   Et, goutte de rosée au matin de la vie, 
   J'attendais pour partir ce rayon de soleil. 

                             Georges A. Boucher* (1933)



Tiré de : Georges A. Boucher, Je me souviens, Montréal, Arbour & Dupont éditeurs, 1933, p. 78-79.

*  Georges-Alphonse Boucher est né le 13 septembre 1865 à Rivière-Bois-Clair (aujourd'hui Saint-Edouard-de-Lotbinière), de Louis Boucher, cultivateur, et d'Élise Chavigny de la Chevrotière. Son grand-père maternel est le lieutenant-colonel André de Chavigny de la Chevrotière, Seigneur de Deschambault.
   Tôt orphelin, de santé précaire, il fit ses études primaires dans son village natal sous la direction de tuteurs particuliers : un oncle maternel l'initia aux classiques grecs et latins et son parrain, l'abbé Olivier Boucher, l'emmena à Lawrence (Massachusetts) étudier l'anglais et la musique. Après un stage préliminaire au collège Bédard de Lotbinière, il s'inscrivit en 1878 au collège d'Ottawa, où il obtint en 1885 son baccalauréat ès arts. Après avoir étudié le droit, il opta pour la médecine et reçu en 1889 son parchemin de docteur en médecine à l'Université Laval (Québec).
    Il fit son internat à la Polyclinic de New-York, avant de s'établir à Brockton (Massachusetts) en octobre 1890, où il ouvrit un cabinet d'obstétricien. Au cours de sa vie professionnelle active qui dura soixante ans, il mit au monde plus de dix mille enfants.
   Toujours intéressé par les lettres, il publia des poèmes dans divers journaux et périodiques de Nouvelle-Angleterre et du Québec. Il fut fréquemment sollicité pour dire ses poésies lors d'événements patriotiques canadiens-français en Nouvelle-Angleterre et au Québec. En 1933, il publia son premier recueil de poésies, Je me souviens. Suivirent ses Sonnets de Guerre, en 1943. Il prépara une édition révisée et combinée des deux recueils précédents sous le titre Chants du Nouveau Monde (1946, réédition 1950). 
  La France lui décerna les Palmes académiques et la Médaille d'honneur des Affaires étrangères. La Société historique franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre lui remit la médaille de son Grand Prix. 
   Georges-A. Boucher est mort à Concord (New Hampshire), le 8 janvier 1956. Son corps fut transporté à Québec où il reposa en chapelle ardente à la chapelle des Ursulines, avant d'être inhumé au cimetière Belmont
(Sources : Paul P. Chassé, Anthologie de la poésie franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, Providence, The Rhode Island Bicentennial Commission, 1976, p. 161 ; Adolphe Robert, Souvenirs et portraits, Manchester (New Hampshire), 1965, p. 247-250 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 606).

De Georges A. Boucher, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : L'aigle et le rocher de Québec.


Pour en savoir plus sur Georges-Alphonse Boucher, 
voyez la brève étude que lui a consacré 
Adolphe Robert, une figure marquante de la 
communauté franco-américaine de Nouvelle-
Angleterre au cours des années 1910-1950, 
en cliquant sur cette image :


Le poème Mélancolie, ci-haut, est tiré du recueil
Je me souviens, de Georges A. Boucher. On peut
en trouver ICI de rares exemplaires.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Signature de Georges A. Boucher dans un exemplaire de la
deuxième édition de son recueil Chants du nouveau monde,
paru en 1950. Un seul exemplaire est disponible sur le
marché ; pour se le procurer, cliquer ICI.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 10 janvier 1956.

(Source : BANQ ; Cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

L'Action catholique, 11 janvier 1956.

(Source : BANQ ; Cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Ayant vécu la majeure partie de sa vie en Nouvelle-Angleterre,
Georges A. Boucher a toutefois tenu à être inhumé dans son
pays natal, le Québec. Il a exprimé ce désir dans ce touchant
poème paru dans son recueil Chants du nouveau monde. Son
épouse, décédée en 1949, et lui-même reposent donc à Québec,
au cimetière Notre-Dame-de-Belmont. Malheureusement, la
pierre tombale a été enlevée en 1996, selon les autorités 
du 
cimetière, mais leurs restes y sont toujours.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

lundi 27 avril 2020

Histoire d'amour

Avila de Belleval (1880-1929)
(Source : MyHeritage.fr)


C'est dans la tour de pierre de l'Assemblée nationale du Québec que fut
fondée, le 8 juin 1923, la Société des poètes canadiens-français, dont
 Avila de Belleval fut l'un des cinq fondateurs. Cette nouvelle société
littéraire y tint par la suite de nombreuses séances.




   Tel vient l'amour, tel il s'en va, volage ; 
   Au temps où tout naît, entre avril et mai, 
   Comme elle était belle, et que j'avais l'âge,
   Timidement, en secret, je l'aimai. 

   Mais juin resplendit, chaud, je lui rimai
   Mes ardeurs, livrant ma muse au pillage,
   Tant que tout l'été c'est moi qui ramai
   Sa barque, moi seul devant le village.

   À la basse automne où tout se roidit
   Sous le gel qui prend la morne contrée,
   Avec la saison mon amour froidit. 

   Et lorsque plus tard je l'ai rencontrée, 
   A l'hiver neigé, quand la terre dort,
   Mon amour, mon pauvre amour était mort...

                           Avila de Belleval* (1922)



Tiré de : revue Le Terroir, septembre 1922. Ce sonnet est également paru, seize ans après la mort d'Avila de Belleval, dans le recueil collectif Voix des poètes, Montréal, éditions Variétés, 1945, p. 90.

*  Joseph-Avila Fournier de Belleval (dont le patronyme est orthographié « Belval » dans diverses publications) est né à Contrecœur le 14 janvier 1880, de Joseph de Belleval, cultivateur, et de Rose-de-Lima Cartier. Après avoir fréquenté l'école primaire de son village natal, il fit, de 1892 à 1900, ses études classiques et philosophiques au Collège de l'Assomption.  
   Il étudia le droit à l'Université Laval de Montréal et fut admis à la profession de notaire. Il pratiqua  notamment à Saint-Anicet, où il vécut de 1906 à 1909, puis à Québec. En 1917, après son deuxième mariage, il s'établit à Charlesbourg où il se fit construire une résidence qu'il habita jusqu'à son décès en 1929. Il travailla à titre d'officier de loi pour le département de l'Instruction publique, en plus d'avoir été secrétaire de la commission administrative du fonds de pension des fonctionnaires de l'enseignement primaire. 
   La littérature l'ayant toujours intéressé, il fréquenta les écrivains de son époque et publia des poèmes dispersés dans divers journaux et périodiques. Selon Reine Malouin, ses poèmes étaient « légers, ironiques, spirituels ». Il est l'un des cinq fondateurs, le 8 juin 1923, de la Société des poètes canadiens-français, avec Louis-Joseph Doucet, Francis DesRochesAlonzo Cinq-Mars et Alphonse Désilets. Il fut président de cette Société en 1926.
   Avila de Belleval est mort à Charlesbourg le 15 mai 1929. Il avait épousé à Thurso, en premières noces, Marie-Louise Amyot dit Villeneuve, le  24 août 1905, puis en secondes noces, à Contrecoeur, Marie-Jeanne Saint-Jean, le 31 mai 1915. 
   Il est le grand-père de Denis de Belleval, député de Charlesbourg de 1976 à 1982 et ministre dans le premier gouvernement du Parti Québécois. 
(Sources : Association des anciens et anciennes du Collège de L'Assomption, Le soixantième cours 1892-1900-1915, L'Assomption, 2014, p. 16 ; Reine Malouin, "Le cinquantenaire de la Société des poètes", dans Le Bien public (Trois-Rivières), 15 juin 1973 ; Ancestry.ca ; MyHeritage.fr ; Geneanet.org). 


Le sonnet Histoire d'amour, ci-haut, est paru pour la première
fois dans le numéro de septembre 1922 de la revue Le Terroir.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le sonnet Histoire d'amour, ci-haut, est également paru seize ans après la mort d'Avila de 
Belleval dans le recueil collectif Voix des poètes, publié en 1945 aux éditions Variétés, à 
Montréal. On y trouve également ce Sonnet à un ami défunt, qui est de lui.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Portrait d'Avila de Belleval dans Mille têtes,
album de J.-Arthur Lemay paru en 1931.

Le 8 juin 1923, dans la "Tour de Pierre" du Parlement de Québec, ces cinq poètes fondèrent
  la Société des poètes canadiens-français. Dans le sens des aiguilles d'une montre :
Alonzo Cinq-Mars, Francis DesRoches
Louis-Joseph Doucet
Avila de Belleval et
Alphonse Désilets.


Dans le journal Le Bien public (Trois-Rivières), le 15 juin 1973, à l'occasion
du cinquantième anniversaire de la fondation de la Société des poètes, Reine
Malouin
, qui présidait alors cette Société, publia un article dont cet extrait
évoque les cinq fondateurs, dont Avila de Belleval.  Pour consulter
l'article entier, cliquer ICI.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Revue Le Terroir, mars 1920.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Citation de La Revue des Poètes, de Paris, dans la revue
 Le Canada-français, Université Laval, Québec, juin 1924.

(Source : BANQ : cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 16 mai 1929.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 16 mai 1929. Il y a toutefois
une erreur, le journal faisant le faisant
naître en 1860 alors qu'il est né en 1880.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Le Progrès du Saguenay, 16 mai 1929.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Le journal L'Enseignement primaire de février 1930 a rendu hommage
à Avila de Belleval, en soulignant son intégrité et son dévouement.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

De 1917 à son décès en 1929, Avila de Belleval habita cette maison qu'il fit 
construire au 225, 67e rue Est, dans le secteur Charlesbourg de Québec.

(Source : Répertoire du patrimoine culturel du Québec ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

vendredi 24 avril 2020

Après la promenade du soir

Francis DesRoches (1895-1979)
(Source : J-Arthur Lemay Mille têtes, 1931)

C'est au sommet de la tour de l'Assemblée nationale du Québec 

que furent tenues, à partir de 1923, les premières séances de
 la Société des poètes canadiens-français, dont Francis 
DesRoches fut l'un des cinq fondateurs.





   Quand je suis fatigué des propos de la rue,
   De bousculer les gens, de lever le chapeau,
   D'entendre s'exclamer la foule qui se rue
   Vers l'affiche nouvelle appendue au poteau ;

   Quand je suis écœuré d'écouter quelqu'histoire 
   Que raconte aux amis un prétendu farceur
   À propos d'une fille à la prunelle noire
   Qui passe et qui rougit, blessée en sa pudeur ; 

   Lorsque mon cœur, froissé de cette indifférence
   Que chaque promeneur prodigue à son voisin,
   Sent le vide se faire autour de sa souffrance
   Alors que la douleur sonne en lui le tocsin, 

   Je voudrais chaque soir, en termes ironiques,
   Railler un peu ce monde où l'on mange, où l'on boit
   Sans songer que la Mort aux gestes fatidiques
   Est là qui nous attend... Et je rentre chez moi !...

                                Francis DesRoches* (1920)



Tiré de : Francis DesRoches, Brumes du soir, Québec, Imprimerie de L'Action sociale limitée, 1920, p. 73-74.

*  Francis DesRoches est né à Québec le 27 août 1895, d'Odilon DesRoches, agent d'assurances, et d'Adélaïde Germain, institutrice. Il fit ses études secondaires au Collège Séraphique, à Trois-Rivières, et au Petit séminaire de Québec, puis s'inscrivit en droit à l'Université Laval. Il suivit également des cours à l'Institut sténographique Perreault, à Montréal. Il interrompit ses études pour s'engager dans l'armée durant la première guerre mondiale, mais fut réformé pour des raisons de santé. 
   Il entra en 1917 dans la fonction publique québécoise, d'abord comme  sténo-dactylo puis comme publiciste au service du ministère de l'Agriculture, puis, en 1941, au Secrétariat de la province (aujourd'hui le ministère du Conseil exécutif), où il occupa tour à tour les fonctions de pourvoyeur, publiciste et directeur du personnel. En 1947, il prit la direction du bulletin trimestriel de la Mutuelle des employés civils du Québec. Il prit sa retraite de la fonction publique en 1965.
   En 1923, avec Louis-Joseph Doucet, Avila de Belleval, Alonzo Cinq-Mars et Alphonse Désilets, il fut membre-fondateur de la Société des poètes canadiens-français et de son organe officiel, Le Message des poètes (devenu la revue Poésie en 1965), en plus d'en avoir été le président en 1948, alors qu'il en rédigea les règlements nécessaires à son incorporation. Il est l'auteur de deux recueils de chroniques, En furetant (1919) et Propos d'un rôdeur (1942), qu'il signa sous le pseudonyme de « Frandero », de deux recueils de poésies, Brumes du soir (1920) et Cendres chaudes (1963), d'un roman, Pascal Berthiaume (1932), et de Chiqu'naudes (1924), un recueil de gazettes rimées (poèmes humoristiques ou satiriques sur des faits d'actualité) qu'il signa également sous le pseudonyme de « Frandero ».  Il est à noter que Chiq'naudes a été publié aux Éditions de la Tour de Pierre, qui évoque la tour du Parlement de Québec, dans laquelle furent tenues les premières séances de la Société des poètes.
   En 1958, il obtint le premier prix (médaille d'or) du concours de poésie des Poètes canadiens-français, et deux mois plus tard, il remporta le troisième prix (médaille de bronze) de la Société du bon parler français.
   Il fut membre de la Société des écrivains canadiens, du Comité des études et échanges internationaux «Mondo» (Rome), en plus d'avoir été délégué général pour le Québec de la Société des poètes et artistes de France.
   Il collabora à divers journaux et périodiques, dont au journal L'Événement, de Québec, où, de 1920 à 1948, il publia des poésies et des critiques littéraires, en plus d'y avoir été traducteur. Il fut aussi l'animateur de plusieurs revues littéraires. 
    Selon la critique littéraire Cécile Cloutier : « Il se sentit poète, le raconta, devint l'âme des cénacles littéraires de la vieille capitale ». 
   Francis DesRoches est mort à Québec le 28 novembre 1979. En juin 1921, il avait épousé Antoinette Dubois, puis en secondes noces, le 16 septembre 1972, Jeanne d'Arc Fillion. 
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 421 ; Université de Napierville ;  journal Le Canada, 15 octobre 1952 ; Le Soleil, 29 novembre 1979). 

De Francis DesRoches, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Viens voir neiger et Poing d'honneur.


Brumes du soir, recueil de Francis
DesRoches,  d'où est tiré le poème
La promenade du soir, ci-haut. Le 

dessin de la couverture est une 
œuvre de Gérard Morisset.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Francis DesRoches
dans son recueil Brumes du soir.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le 8 juin 1923, dans la tour de pierre du Parlement de Québec, ces cinq poètes fondèrent
  la Société des poètes canadiens-français. Dans le sens des aiguilles d'une montre :
Alonzo Cinq-MarsFrancis DesRoches
Louis-Joseph Doucet
Avila de Belleval et 
Alphonse Désilets.

Article paru dans le journal Le Canada du 15 octobre 1952,
faisant état du rôle de Francis DesRoches à la fois comme
fondateur de la Société des poètes en 1923, président puis
rédacteurs des statuts et règlements en 1948. Il avait alors
succédé à Charles E. Harpe, mort subitement à 42 ans.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Journal L'Action catholique, 15 décembre 1958.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans Le Bien Public (Trois-Rivières) du 15 juin 1973, à l'occasion du
cinquantième anniversaire de la fondation de la Société des Poètes, la
présidente d'alors de la Société, la poétesse Reine Malouin, a publié
un article dont l'extrait ci-haut présente les fondateurs, dont Francis
DesRoches. Les autres autres fondateurs mentionnés sont Louis-
Joseph Doucet
, Alonzo Cinq-Mars, Alphonse Désilets, qui ont tous
été présentés par les Poésies québécoises oubliées (cliquer sur
leurs noms)Quant à Avila de Belleval, il sera présenté sous
peu. Pour l'article entier, cliquer ICI

Journal Le Bien public (Trois-Rivières), 15 juin 1973.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique dans Le Soleil, 29 novembre 1979.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Francis DesRoches a publié cinq livres. En plus de son recueil de poésies
Brumes du soir, d'où est tiré le poème Après la promenade du soir, ci-haut, il
a également publié En furetant (recueil de chroniques, 1919) ; Chiq'naudes
(poèmes satiriques sur des faits d'actualité, 1924) ; Propos d'un rôdeur
(recueil de chroniques, 1942), ces deux derniers ouvrages signés sous le 

pseudonyme de « Frandero », et Cendres chaudes (poésies, 1963).

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mardi 21 avril 2020

La nuit et le poète

Albert Boisjoly (1901-1951)

(Photo tirée d'une mosaïque de portraits des
membres de l'École littéraire de Montréal en
1921, publiée dans Richard Foisy, L'Arche)




   Tout est calme, la nuit vêt sa robe de veuve,
   Avec pour tout joyau qu'un vieux médaillon d'or.
   Pas de bruit, le silence, immense comme un fleuve,
   Submerge la cité paisible qui s'endort. 

   Un homme, tout-à-l'heure, a passé dans la rue, 
   Furtif comme un larron qui craint d'être surpris.
   La lune, sous un pli de voile, est disparue
   En barbouillant de noir les toits vagues et gris.

   Pas de bruit, tout est calme. Et, pourtant, le poète,
   Malgré le plomb brutal qui fait battre ses yeux,
   Attablé, le dos rond, mille feux dans la tête,
   Range des mots divins sur des rythmes soyeux.

   Il est là, maigre et pâle, âme en proie à la fièvre,
   Pauvre dieu que la chair humanise et retient
   Entre des horizons ainsi qu'un oiseau mièvre
   Dans la cage où son chant à peine le soutient.

   Pas de bruit, cependant, son cœur est une forge
   Pleine de cris stridents, de battements de fer ;
   Et son haleine en feu brûle et crispe sa gorge
   Comme sous un baiser corrosif de l'enfer.

   Il arrache à son âme un lambeau d'harmonie,
   Souffre, penche son front où bouillonne l'esprit,
   Rêve, ajoute un nouveau fleuron à son génie,
   Et s'endort au moment où l'aurore fleurit. 

   Oh ! la nuit, c'est l'instant du jour le plus sublime
   Pour le poète épris de sa divinité,
   C'est l'heure solennelle et le moment ultime
   Où son rêve s'étend dans toute sa beauté.

                                  Albert Boisjoly* (1925)



Tiré de : Les soirées de l'École littéraire de Montréal, Montréal, 1925, p. 324-325.

*  Albert Boisjoly est né à Montréal le 8 février 1901, d'Ulric Boisjoly, cordonnier et chauffeur de tramway, et d'Anna Martineau. On ne dispose jusqu'à présent d'aucune information quant aux institutions d'enseignement qu'il a fréquentées. Il pratiqua la profession de comptable.
   Il fit preuve d'un talent littéraire précoce. Dès l'âge de seize ans, ses poèmes étaient acceptés par divers journaux. En 1921, à l'âge d'à peine vingt ans, il fut recruté par Englebert Gallèze et admis au sein de l'École littéraire de Montréal, dont il fut le cadet et le secrétaire en 1923-1924.
   On retrouve de ses poésies dans les journaux et périodiques suivants, à partir de 1917 jusqu'en 1948 : Le Passe-Temps ; Le Canard ; Le Devoir ; Le Pays ; Le Bulletin des agriculteurs ; Le Droit ; Le Canada.
  Il prit part à certains débats et polémiques littéraires et politiques. Nationaliste, il a notamment critiqué sévèrement les adeptes du parti libéral dans un poème, Le Héros, paru dans Le Devoir en 1944 (voir ci-dessous). Dans les journaux et périodiques, l'orthographe de son patronyme s'écrit indifféremment Boisjoly ou Boisjoli.
   Durant les années 1940, il avait fondé les Éditions Boisjoly, qui publiait des romans en format bon marché signés par lui-même ou par d'autres auteurs.
   Albert Boisjoly est mort à Montréal le 10 novembre 1951. Il avait épousé Alice Bourgeois le 7 septembre 1920, à la paroisse Saint-Édouard de Montréal. 
(Sources : La Patrie, 20 novembre 1951 ; Ancestry.ca ; Germain Beaulieu, Nos immortels, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1931, p. 41-47.
   Il est à signaler que, malgré son implication dans la mythique École littéraire de Montréal, malgré aussi la reconnaissance dont son œuvre littéraire fut l'objet par ses pairs écrivains dont Albert Laberge  (excusez du peu !), Albert Boisjoly est totalement absent des manuels et dictionnaires de littérature québécoise. C'est comme s'il n'avait pas existé. Le dossier présenté ici-même par les Poésies québécoises oubliées constitue donc le premier effort de rassemblement des éléments d'information sur sa vie et son œuvre, afin que son souvenir puisse remonter à la surface.


Le poème La nuit et le poète, ci-haut,
d'Albert Boisjoly, est paru dans le recueil
collectif Les soirées de l'École littéraire
de Montréal
, dont il fut membre et le
secrétaire en 1923-1924.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Mosaïque de photos des membres de l'École littéraire de Montréal en 1921.
Albert Boisjoly est le numéro 11. Les autres sont : Englebert Gallèze (1) ;
 Alphonse Beauregard (2) ; Germain Beaulieu (3) ; Roger Maillet (4) ;
Victor Barbeau (5) ; Joseph-Arthur Lapointe (6) ; Albert Dreux (7) ;
Albert Laberge (8) ; Henri Letondal (9) ; Ubald Paquin (10) ; Isaïe
Nantais
(12) ; Berthelot Brunet (13).

(Source : Richard Foisy, L'Arche : un atelier d'artistes dans le Vieux-Montréal)

Ce portrait d'Albert Boisjoly à l'occasion de son décès par l'écrivain Albert Laberge
constitue un vibrant hommage à sa valeur littéraire comme à sa personne. Toutefois,
Laberge fait erreur quand il affirme que le poème de Boisjoly sur l'École littéraire
de Montréal, paru dans Le Devoir en juin 1944 (et que l'on peut lire ci-dessous),
serait la dernière œuvre qu'il aurait publiée. Il publia des poèmes ou des articles
dans les journaux au moins jusqu'à 1948.

(Source : La Patrie, 20 novembre 1951 ; BANQ)

Albert Boisjoly, fils de cordonnier et de chauffeur de tramway, a fait
 preuve d'un talent poétique précoce. Âgé d'à peine 18 ans, il publiait
dans  le journal Le Pays du 16 août 1919 ce poème d'amour adressé
à « Alice B. », qu'il épousera un an plus tard.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

En novembre 1921, peu après son admission au sein de
l'École littéraire de Montréal, Albert Boisjoly prit part à
un souper chez le critique littéraire Victor Barbeau.
Parmi les convives dont la plupart sont des membres
de l'École, Claude-Henri Grignon et  Olivar Asselin,
 invité d'honneur.

(Le Soleil, 30 novembre 1921 ; BANQ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le 12 mai 1923, la dernière séance de l'École
littéraire de Montréal eut lieu à la résidence
d'Albert Boisjoly, qui habitait alors avec son
épouse sur la rue Berri, à Montréal.

(Source : Le Canada, 12 mai 1923 ; BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Réélection d'Albert Boisjoly au poste de
secrétaire de l'École littéraire de Montréal.

(Le Devoir, 25 octobre 1923 ; BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Extrait d'un article paru dans le numéro de  janvier 1932
de La Revue moderne. L'article a pour titre : "L'École
littéraire de Montréal".  Pour l'article complet, cliquer ICI.

Dans son édition du 6 décembre 1923, La Presse
fit état d'une soirée tenue chez Albert Boisjoly
et son épouse, qui habitaient alors rue Berri
à Montréal.

(Source : BANQ : cliquer
sur l'image pour l'agrandir)


En 1931, Germain Beaulieu publia sur son confrère
de l'École littéraire de Montréal, Albert Boisjoly, un 
profil littéraire aux accents humoristiques dans son
 livre  Nos immortels. Cliquer sur cette image pour
consulter ce profil : 


Caricature d'Alfred Boisjoly par Albéric
Bourgeois
, dans Nos immortels, de
 Germain Beaulieu.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le 10 juin 1944, dans Le Devoir, Albert Boisjoly publia ce poème dans lequel il
fait part de ses souvenirs sur son appartenance à l'École littérair de Montréal.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Ce poème satirique est une critique virulente des adeptes du parti libéral, dont les pratiques
devaient choquer les convictions nationalistes et anti-conscriptionnistes d'Albert Boisjoly.

(Le Devoir, 27 mai 1944 ; BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cet entrefilet dans Le Canada du 19 novembre
1945 indique qu'Albert Boisjoly s'était alors
lancé dans  l'écriture et l'édition de romans
populaires à bon marché.

(Source : BANQ)

Dans l'hebdomadaire Radio-Monde du 10 avril 1948, le chroniqueur René O. Boivin (qui
signe "ROB") fait état d'une polémique à laquelle lui-même et Alfred Boisjoly a pris part
au sujet d'une pièce de théâtre intitulée La mort de Lucrèce. La polémique semble avoir
été particulièrement virulente, sinon violente.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans les éditions du journal Le Canada des 25 et 31 mai 1948, l'écrivain
Pierre Baillargeon et Albert Boisjoly ont eu un sympathique échange en
vers, dans le cadre d'une polémique qui était probablement encore
celle à propos de la pièce La mort de Lucrèce.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique dans La Presse, 12 novembre 1951.

(Source : BANQ)

Durant les dernières années de sa vie, Albert Boisjoly habitait le rez-de-chaussée de cet
immeuble situé au 4220 rue Messier, dans le quartier du Plateau-Mont-Royal, à Montréal.

(Source : Google Maps)


Des recherches dans les registres paroissiaux
ont permis d'établir les dates de naissance et
de mariage d'Albert Boisjoly. Ci-dessous, son
extrait de baptême de la paroisse Saint-
Jacques de Montréal, puis l'acte de mariage
à la paroisse Saint-Édouard de Montréal.

(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur
les images pour les agrandir) :