dimanche 31 mai 2020

La voix des bois


Louis-Joseph Chagnon (1889-1947)

(Source : Centre d'histoire
de Saint-Hyacinthe
)




   Lorsque mon pauvre cœur, fatigué de la vie,
   Ne sent plus de mon sang le flux haletant, 
   Pour calmer mon aigreur et pour chasser l'envie
   Je dirige mes pas vers le bois qui m'attend.

   Je sais bien que toujours le bois aimé m'accueille
   Et me verse à longs traits le baume qui m'endort.
   Une goutte de miel s'accroche à chaque feuille
   Et le bois me la sert dans une coupe d'or[...]

   Qu'il fait bon, loin du monde et de la foule humaine,
   Sentir autour de moi le calme du grand bois !
   J'entends chanter la voix de la source prochaine
   Et, pour calmer ma soif, je m'y penche et je bois.

   Chaque fois que ma lèvre a frémi de souffrance
   En buvant à la coupe où je bois mon destin,
   Je m'en viens d'un pas sûr chercher de l'espérance
   Dans le bois qui m'est cher et dont je suis certain. [...]

   Si vous saviez comprendre un peu la voix si douce
   Des beaux arbres debout au sein de la forêt,
   Quand vous allez, rêveur, vous coucher sur la mousse,
   Ému pas ses accents, votre cœur vibrerait. 

   Sans doute cette voix, bien que réelle et tendre,
   N'a pas les sons parlés de celle des humains ;
   Mais elle parle bien à qui veut bien l'entendre
   Au cœur de nos grands bois comme au creux des chemins. 

   Je l'entends, c'est, là-bas, le bruissement d'une aile,
   Le froissement discret des feuilles qu'un oiseau,
   Sentant l'appel vibrant de l'âme maternelle,
   Ourle de fine paille et pique d'un roseau. 

   C'est le souffle léger de la brise qui passe,
   Caressant le feuillage au port majestueux ;
   C'est un appel plaintif qui déchire l'espace,
   Le sifflement aigu d'un envol vers les cieux.

   Et c'est le vent du soir qui geint dans le feuillage
   Avec le grand fracas de la vague et des flots,
   Triste comme l'adieu pour le dernier voyage...
   Et la plainte persiste où montent des sanglots !

   Mais la voix du grand bois, tantôt douce et légère,
   Tantôt triste à mourir et porteuse de pleurs,
   Berçant le rêve aimé de l'heure passagère, 
   Fait les cœurs plus humains et les hommes meilleurs.

                             Louis-Joseph  Chagnon* (1925)




Tiré de : Louis-Joseph Chagnon, La chanson des érables, Montréal, Les éditions du Devoir, 1925, p. 30-34.

*  Louis-Joseph Chagnon est né à Waterloo (comté de Shefford) le 2 août 1889, de Joseph-Antoine Chagnon, avocat, et de Hermine Blanche Caron. Après avoir fait ses cours primaire et secondaire au Collège Saint Bernardin de Waterloo, il fit ses études classiques au Séminaire de Saint-Hyacinthe de 1903 à 1911, puis étudia le notariat à Granby de 1913 à 1915.
   Journaliste et traducteur, il devint en 1910 rédacteur du Journal de Waterloo, propriété de son père qu'il dirigea jusqu'en 1912. À partir de 1915, il entra dans la fonction publique, puis devint traducteur des débats de la Chambre des Communes, poste qu'il occupa jusqu'à son décès. 
   Il publia en 1925 son seul recueil de poésies, La chanson des érables, dont la plupart des poèmes furent composés durant ses années d'études au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Il publia plusieurs poèmes dans des journaux et périodiques, sous les noms de plume de « Louis de Rosale» et « Jean de Ravier ». Plusieurs de ses poésies ont été mises en musique par Pierre Gauthier, Joseph Beaulieu, Paul Larose et plusieurs autres, et certaines, dont la musique a été composée par Joseph Beaulieu, font partie du recueil La bonne chanson, de l'abbé Gadbois.
   Il est l'auteur d'une pièce de théâtre, Le chapeau de paille, qui fut jouée en diverses localités et qui fut primée en 1928 au concours du Salon des poètes de Lyon.
   Il reçut diverses distinctions littéraires, dont celle, en 1924, de diplômé d'honneur au concours de la Revue des poètes de France, puis il fut, en 1927, lauréat du Salon des poètes de Lyon. Il était membre de la Société des poètes canadiens-français et de la section littéraire de l'Institut canadien-français.
   Très actif dans la vie culturelle, littéraire et patriotique de l'Outaouais, il fut notamment élu en 1929 président de l'Association technologique de langue française et président de la Société Saint-Jean-Baptiste d'Ottawa. Il fut également directeur de la Société de conférences de l'Université d'Ottawa et de l'Alliance française d'Ottawa.
   Louis-Joseph Chagnon est mort à Ottawa le 16 juillet 1947. Il avait épousé Denise Pelletier à Granby le 18 août 1915.
(Sources principales : Le Droit, 19 juillet 1947 ; Bernard Vinet, Pseudonymes québécois, Québec, éditions Garneau, 1974, p. 291 ; Georges Bellerive, Nos auteurs dramatiques anciens et contemporains, Québec, 1933, p. 121 ; Précis d'histoire littéraire : littérature canadienne-française, Lachine, Procure des Missions des Soeurs de Saint-Anne, 1928, p. 166-167 ; Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 201-202 ; The Ottawa Journal, 21 juillet 1947). 

De Louis-Joseph  Chagnon, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Nature, que fais-tu ?



La chanson des érables, recueil de
Louis-Joseph Chagnon d'où est tiré
le poème La voix des bois, ci-haut.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article du journaliste et écrivain Harry Bernard dans Le Courrier 
de Saint-Hyacinthe du 2 octobre 1925, au sujet du recueil de 
poésies de Louis-Joseph Chagnon.

(Source : BANQ)

Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 1er février 1929.

(Source : BANQ)

Le Droit, 19 juillet 1947.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mercredi 27 mai 2020

Cimetière de pêcheurs

Le cimetière Sacré-Cœur, aux Iles-de-la-Madeleine.

(Source : Find-a-Grave)




   Sur le bord du chemin, et regardant la mer,
   Cette "gueuse", tout leur amour et tout leur rêve,
   Les pêcheurs dont les yeux reflétaient le ciel clair
   Dorment en paix, bercés par les chants de la grève.

   Et l'on dit que la vague, amoureuse parfois,
   De ses anciens amis conservant la mémoire,
   Accourt baiser, la nuit, le pied des vieilles croix
   Qui protègent les morts et gardent leur histoire.

   Rudes gars pleins de foi, marins depuis toujours
   Qui couraient l'océan sur les barques légères,
   Penchés dessus le flot bleu comme leurs amours :
   Ils dorment là, les fils à côté de leurs pères.

   Plusieurs y sont couchés depuis cent cinquante ans,
   Chassés de la patrie où riait leur enfance : 
   Ce sont les doux martyrs des "grands dérangements"
   Qui gardaient en leurs yeux un reste de souffrance.

   Avec les jours, bien des noms se sont effacés,
   Et sous le vent les croix ont incliné leurs têtes.
   Les mouettes, qui n'ont point peur des trépassés,
   Viennent souvent s'y mettre à l'abri des tempêtes.

   Et c'est ainsi que tous, pêcheurs jeunes et vieux,
   Ils reposent ayant, comme un mât de misaine
   À leur tête la croix, et la mer devant eux,
   Sous un ciel azuré, dans une île lointaine...

                     Jean Bruchési* (Iles-de-la-Madeleine, 1922)




Tiré de : Jean Bruchési, Coups d'ailes, Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1922, p. 139-140.

*  Jean Bruchési est né à Montréal le 9 avril 1901, de Charles Bruchési, avocat, et d’Elmire Desnoyers. Il fit ses études classiques de 1912 à 1916 au Collège de Montréal, puis au Collège Sainte-Marie de Montréal, où il obtint son baccalauréat en 1921. Après des études en droit à l’Université de Montréal, il fut admis au Barreau en 1924. Boursier du gouvernement du Québec, il poursuivit ses études à la Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris, où il reçut en 1926 un diplôme à l’École libre des sciences politiques.
   De retour au Québec en 1927, il enseigna l’histoire et les sciences politiques à l’Université de Montréal jusqu’en 1937.
   De 1928 à 1931, il fut rédacteur du journal Le Canada, de La Revue moderne (1930-1936) et de L’Action universitaire (1935-1937).
   En 1937, il fut nommé sous-secrétaire de la province de Québec, l’un des postes les plus élevés de la fonction publique québécoise qu’il occupa jusqu’en 1959, année où il fut nommé ambassadeur du Canada en Espagne et en Amérique latine (il n’y avait à l’époque qu’un seul poste pour tout le continent sud-américain).
   Il appartint à diverses associations, dont la Société des écrivains canadiens, l’Action canadienne-française pour l’avancement des sciences et la Société des Dix.
   Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Coups d’ailes (poésie, 1922) ; Oscar Dunn et son temps (étude, 1928) ; Jours éteints (essai, 1929) ; Mistral, poète de lumière et de vérité (étude, 1930) ; Aux marches de l’Europe (récit de voyage, 1932) ; Histoire du Canada pour tous (1933) ; Rappels (essais, 1942) ; De Ville-Marie à Montréal (histoire, 1942) ; Le chemin des écoliers (essai, 1944) ; Évocations (essai, 1947) ; L’Université (histoire, 1953) ; Voyages... mirages (récit de voyages, 1957) ; Témoignage d’hier (essai, 1961) ; Souvenirs à vaincre (mémoires, 1974) ; Souvenirs d’ambassade (mémoires, 1976).
   Il s’est vu décerner divers prix honorifiques, dont le Prix d’action intellectuelle (1930), la médaille de l’Académie française (1934 et 1946), le prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (1949).
   Jean Bruchési est mort à Montréal le 2 octobre 1979. Il avait épousé Berthe Denis le 20 juin 1930.
(Sources : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, Fides, 1981, p. 294 ; Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, Fides, 1989, p. 214).

De Jean Bruchési, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Vieilles choses.

Coups d'ailes, recueil de poésies de
Jean Bruchési, d'où est tiré le poème

Cimetière de pêcheurs, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le recueil Coups d'ailes, de Jean Bruchési, est divisé en trois parties intitulées Envolée
En plein ciel et Retour, dont chacune est illustrée par Jean-Baptiste Lagacé, illustrateur 
et fondateur de l'histoire de l'art au Québec.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean Bruchési (1901-1979)

(Source : magazine Voix
nationale
, mars 1942

Dédicace manuscrite de Jean Bruchési au philosophe Hermas Bastien
dont les Poésies Québécoises Oubliées ont également présenté les 
poèmes Les voix de la terre et Remords.

(Collection Daniel Laprès)

En 1934, Jean Bruchési était
caricaturé par Robert La Palme.


(Source : Archives de la Ville de Montréal ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cette autre caricature de Jean Bruchési est
également l'oeuvre de Robert La Palme.

(Source : édition 1934 de l'Almanach
de la langue française
, Montréal ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Portrait de Jean Bruchési par le dessinateur
J.-Arthur Lemay et paru dans le volume de
celui-ci intitulé Mille têtes (1931).

Jean Bruchési, à gauche, en 1932 avec 
le poète et scénariste Robert Choquette,
dont les Poésies Québécoises Oubliées
ont présenté Ode à la liberté, Hymne à 

l'été et Le chant du coureur-de-bois.

(Source : Jean Bruchési, Souvenirs à 

vaincreMontréal, éditions Hurtubise-
HMH, 1974 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

dimanche 24 mai 2020

Sans retour

Jean-Louis Guay (1903-1932)

(Courtoisie Madeleine
 Guay, sa petite-nièce
)




            La lumière entre à flots
            Par la fenêtre ouverte,
   Dans les airs attiédis vibrent des chants nouveaux ;
            Au souffle de la brise
            Les yeux, les cœurs se grisent ;
   Le réveil printanier ne laisse rien d'inerte.

            Les prés, dessous la neige,
            Commencent à percer. 
   C'est la saison des amours et son joyeux cortège.
            Les grands bois semblent morts
            Dans leurs mornes décors ;
   Mais dès que vient avril on les voit bourgeonner.

            Sous le ciel qui rayonne
            Et l'ardeur du soleil, 
   L'aïeul, sur le sol nu, déambule et fredonne ;
            Un sang nouveau, qui brûle,
            Dans ses veines circule
   Et donne à son vieux cœur la fièvre du réveil.

                              ***

            Les saisons tour à tour
            Apparaissent et passent,
   Mais dans le cycle humain l'enfance est sans retour ;
            Pour rajeunir son être
            Il lui faudra renaître
   Au printemps éternel, et d'éternelle grâce. 

                                Jean-Louis Guay* (1931)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 153-154. 

* Jean-Louis Guay, fils d'Octave Guay et de Philomène Rouleau, est né à Saint-Adrien d'Irlande, comté de Mégantic, le 27 janvier 1903. 
   On sait peu de choses sur la vie de ce poète, sauf qu'il a fait son cours classique au Collège de Lévis, qu'il a habité quelque temps à Saint-Hyacinthe, et qu'il fut longtemps malade de tuberculose, avant de mourir jeune, à l'âge de 29 ans, le 26 juillet 1932, au Sanatorium Notre-Dame, à Sainte-Foy, près de Québec. Il a été inhumé dans le cimetière de son village natal.
   S
ouvent sous le nom de plume Le PélicanJean-Louis Guay a publié des poèmes dans divers périodiques, dont le magazine La vie au grand air, publication du sanatorium du Lac-Édouard, où il a séjourné quelques années. Son unique recueil de poésies, Moisson de vie, a été publié en 1931, soit l'année précédant sa mort. On peut ICI consulter ou télécharger gratuitement le recueil. 

Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez les informations et documents sous ses poèmes Les FlotsEntre deux rives,  Une ombre a passé et Nuages et désirs, que les Poésies québécoises oubliées ont également présentés, en plus des poèmes Il neige et L'été revient.  


Le poème Il neige, ci-haut, est tiré du recueil
Moisson de vie, de Jean-Louis Guay. On peut
télécharger gratuitement le recueil ICI.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Signature de Jean-Louis Guay derrière cette photo prise
au sanatorium du Lac-Édouard, en Haute-Mauricie, où
le poète était soigné pour la tuberculose qui l'emporta
en 1932, à l'âge de 29 ans.


(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean-Louis Guay est né dans le pittoresque village de
Saint-Adrien-d'Irlande, près de Thetford Mines. Il repose
au cimetière de ce village, dans le lot de ses parents
quoique son nom n'y soit pas indiqué.


(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La plupart des poèmes du recueil Moisson de vie, dont
Il neige, ci-haut, ont été composés par Jean-Louis Guay
au sanatorium du Lac-Édouard, dont il ne reste de nos
jours que des ruines. On aperçoit Jean-Louis Guay, le
deuxième à partir de la gauche sur la galerie du
sanatorium où on faisait prendre l'air aux patients.

Sur la photo du bas on aperçoit la galerie où fut
prise en 1928 la photo des patients alités.

(Photo du haut : collection Madeleine Guay ;
photo du bas : Daniel Laprès, août 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

jeudi 21 mai 2020

Le matin

Clara Lanctôt (1886-1958)

(Source : Georges Bellerive, Brèves
apologies de nos auteurs féminins
.




   Le matin a revêtu
   Sa parure multicolore.
   Clair tissu que la blonde aurore
   Broda de son doigt ingénu.

   Les plis de sa voilette fine
   Neigent sur son beau front vermeil,
   Tandis qu'un rayon de soleil
   Nimbe sa tête qui s'incline. 

   Mille calices parfumés 
   Se sont ouverts à son passage,
   Pour offrir le royal hommage
   Des purs diamants enfermés

   Dans le velours de leurs pétales
   Et sous l'étamine d'or mat,
   Le papillon joyeux s'ébat
   Dans l'air baigné de rayons pâles.

   Pendant que toute âme jouit
   De cette heure délicieuse, 
   À genoux et plus douloureuse,
   Je soupire au sein de la nuit.

   Mais je trouve enfin la lumière,
   Le rayonnement du bonheur
   Dans l'empyrée où va mon cœur,
   Loin de la splendeur éphémère.

                   Clara Lanctôt* (1930)



Tiré de : Clara Lanctôt, Visions encloses, Victoriaville, La Voix des Bois-Francs, 1930, p. 77-78. 

* Clara Lanctôt est née à Hull le 15 juillet 1886, de Thomas Lanctôt, journalier, et de Justine Arvisais. À la suite d'une rougeole alors qu'elle avait huit ans, un jour de Noël, elle perdit la vue et s'inscrivit le 4 septembre 1895 à l'Institut Nazareth de Montréal. Elle y apprit le braille et parvint à terminer son cours, obtenant son diplôme supérieur en juin 1906. À l'Institut Nazareth, elle avait également étudié, sous la direction d'Arthur Letondalle piano, l'orgue, le chant et l'harmonie, et obtint un baccalauréat de piano. 
   De retour dans sa famille, elle enseigna le piano jusqu'en 1925. Elle revint l'année suivante à l'Institut Nazareth, où elle donna des cours de musique (piano) jusqu'en 1940. Elle composa également des mélodies musicales.
   Entretemps, elle s'adonna à la poésie et reçut, en 1927, un prix de composition en poésie de la Société littéraire du Québec. Elle publia des poèmes dans divers périodiques sous son nom de plume de Fleur d'ombre, de même que deux recueils de poésies, Visions d'Aveugle (1912) et Visions Encloses (1930). 
   Elle se retira au début des années 1940 au Foyer Rousselot pour aveugles, à Pointe-aux-Trembles (dans l'est de Montréal), mais continua à faire partie du corps enseignant établi et dirigé par l'Institut canadien des aveugles. Elle donna aussi des leçons de piano à domicile jusqu'en 1954. 
   Clara Lanctôt est morte le 5 mai 1958 à l'hôpital Saint-Vital, à Montréal. 

(Source principale : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 1164). 

Pour en savoir plus sur Clara Lanctôt, cliquer ICI. 

Une page Facebook lui a été consacrée par un membre de sa famille ; voyez ICI

De Clara Lanctôt, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 

― Le Ruisseau ; 

Noël vécu



Le poème Le matin, ci-haut, est tiré de
Visions encloses, recueil de Clara Lanctôt.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La préface du recueil Visions encloses, de Clara Lanctôt, est signée 
Marthe Lemaire-Duguay. une journaliste qui, avec son mari
Camille Duguay, s'est beaucoup investie pour la culture
et les arts au Centre-du-Québec et dans les Bois-Francs.

(Photo tirée de : Marthe Lemaire-Duguay, 

L'œil à la fenêtre, Victoriaville, 1950 ;
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le merveilleux poète Nérée Beauchemin a rendu à Clara Lanctôt
l'hommage de ce poème présenté au début du recueil Visions encloses.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Clara Lanctôt était aussi musicienne. En plus d'enseigner 
le piano, elle composa plusieurs pièces, dont cette "Berceuse",
  dont voici une belle interprétation par Michel Du Paul que l'on
peut écouter en cliquant sur cette image : 


Clara Lanctôt repose au cimetière
Notre-Dame-de-Hull, en Outaouais.

(Photo : David-Eric Simard, 17 mai 2020 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

lundi 18 mai 2020

Adieux à Sir John Colborne

Pierre-J.-O. Chauveau (1820-1890)

Portrait réalisé vers 1838-39, à l'époque 

où, vers l'âge de 18 ans, il composa le 
poème ci-dessous.

Source : Hélène Sabourin,
À l'école de P.-J.-O. Chauveau.



        (Fragments)

   Colborne, comme la ville est sombre à ton départ !
   On dirait un linceul jeté de toute part ; 
   Ces visages, parfois mobiles comme l'onde,
   Conservent tous l'aspect d'une douleur profonde.
   
   Est-ce qu'en te perdant le peuple croit qu'il perd 
   Un maître juste et bon, un maître ferme et sage ?
   Ce pauvre peuple, hélas, victime de ta rage,
   A-t-il donc oublié tout ce qu'il a souffert ?

   Des villages détruits n'est-il donc plus de fumée
   Qui montant vers les cieux décèle tes méfaits ?
   De tes séides fiers la fureur désarmée 
   N'exalte-t-elle plus les crimes qu'ils ont faits ?

   Loin de cela, bien loin ; ce que fut ta clémence,
   On ne le sait que trop, et tes lâches amis,
   Qui du sang des vaincus par toi furent nourris,
   En te reconduisant bénissent ta démence. [...]

   Tandis que pour scruter des crimes prétendus
   On tira de l'égout tous les hommes perdus,
   Et que pour satisfaire à ton puissant caprice,
   Interprètes soldés des pensées de chacun,
   Ils mirent au cachot sans forme de justice,
   Sans rien vouloir entendre et sans motif aucun,
   Tous ceux qui n'avaient pas le talent de leur plaire !
   En vain prétendras-tu qu'un effroi salutaire
   Résulte de ces faits et seul sauve l'État.

   Jeter aux chiens d'enfer dont la race fourmille,
   Comme un os corrompu, toute brave famille ;
   Traiter un peuple entier comme un vil scélérat,
   Ce n'est pas là des rois venger la noble cause.
   Et s'il est des méchants, s'il en est que l'on ose
   Envoyer devant Dieu chercher leurs châtiments : 
   Ceux qui passent la vie à forger des tourments
   Pour des hommes par eux contraints à la révolte,
   Qui sèment la discorde, attendant pour récolte
   La mort de leurs rivaux et les biens des proscrits. 

   Puis quand ils ont enfin élevé la potence
   Comme une table où règne une affreuse abondance,
   Pour provoquer encore font éclater leur ris ;
   Ceux-là sont méchants ! Ceux-là sont les vrais traîtres ! 
   Sous ton règne, Colborne, ceux-là furent nos maîtres ! [...]

   Dans ce champ funéraire illustré par tes armes, 
   Peut-être entendras-tu dire à des voix en larmes : 
   « Les faibles sont tombés sous la hache des forts !
   « La justice a détruit les bourgades trompées.
   « Les vengeances de Dieu, comme ils les ont outrées !
   « Ils n'épargnent personne, ils n'ont point de remords,
   « Les faibles sont tombés sous la hache des forts ! »

   Ces voix, ce sont les voix des enfants et des femmes,
   Des vieillards, qui, souffrant pour les fautes d'autrui,
   Au jour de la vengeance ont péri par les flammes.
   Ensuite, si tu veux, pour chasser ton ennui, 
   Quelqu'un pour converser, du tertre mortuaire
   Chénier se lèvera, drapé dans un suaire ;
   Tu lui diras comment un généreux vainqueur
   Entrouvrit son cadavre et déchira son cœur ; 
   Qu'il fut laissé, la nuit, aux griffes de l'orfraie
   Et traîné tout le jour sur l'infamante claie. [...]

   Pardonne, je m'oublie au champ de Saint-Eustache.
   Tu pars !... De ton vaisseau les foudres ont tonné
   Et le dernier signal bientôt sera donné.
   De ta suite déjà s'agitent les panaches,
   Des tambours de la garde un dernier roulement,
   De tes amis zélés un rauque hurlement,
   Dans le sein de la foule un mouvement rapide
   Annoncent ton départ. Reçois donc nos adieux.
   Nous ne médirons pas de ton règne odieux.
   Qui voudrait remuer ta mémoire fétide ?

   Seulement, pour flatter l'orgueil de ton vieux cœur,
   Si par hasard dans Londres une vénale plume
   Voulait de tes hauts faits compiler un volume
   Sur tes exploits récents, ô noble vainqueur, 
   Rappelle-toi là-bas ce qu'une amitié sage
   Te souhaite au départ : silence et bon voyage !

                             Pierre-J.-O. Chauveau
(1839)



Tiré de : Le Répertoire national, volume 2, deuxième édition, Montréal, J. M. Valois & Cie, 1893, p. 142-145.

De Pierre-J.-O. Chauveau, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté :

   ― À une étoile tombante

   Taquineries poétiques au « comité de la pipe » ;

   La Messe de Minuit à l'Islet.


Le poème Adieux à Sir John Colborne, de Pierre-J.-O. Chauveau, 
est tiré du deuxième volume du Répertoire national. Pour lire ou
télécharger la version intégrale du poème dont sont présentés
ci-haut des fragments, cliquer sur l'image de la couverture : 



Pour en savoir plus sur le personnage odieux 
que fut John Colborne, cliquer sur son portrait : 



Pour en savoir plus sur Pierre-J.-O. Chauveau, qui devint le
premier Premier ministre du Québec, cliquer sur cette image : 



Pierre-J.-O. Chauveau a prononcé certains des plus 
grands discours de l'histoire politique du Québec, 
dont celui qu'il a livré lors de l'inauguration du 
monument funéraire de l'historien François-
Xavier Garneau. Cliquer sur cette image pour 
en prendre connaissance :