dimanche 10 février 2019

Pluie d'hiver

Emery Desroches (1879-1905)
(Source : La Presse, 25 avril 1905)




   Souvent je me demande
   Pourquoi pleut sur la lande
            L'eau des cieux gris,
   Quand sous la neige blanche
   Le sol, la fleur, la branche,
            Sont endormis ?

   Quand nulles moissons blondes
   Ne se lèvent, fécondes,
            Au champ désert,
   Pour boire cette averse
   Que le ciel froid nous verse
            En plein hiver.

   Quand toute fleur est morte
   Sous la saison qu'escorte
            Le froid subtil,
   Quand plantes ni verdures
   N'ont vaincu les froidures,
            Pourquoi pleut-il ?

   Sur la terre ébahie,
   Pourquoi tombe la pluie ?
            Est-ce un tribut ?
   Elle tombe légère, 
   Sans foudre, sans colère ;
            Quel est son but ?

   Serait-ce, ô Dieu, pour dire
   À l'homme en son martyre
            Que bien souvent,
   Sans raison apparente,
   Il pleure et se lamente
            Stérilement ?

   Car souvent l'homme pleure
   Sur un mal qui l'effleure,
            Mystérieux ; 
   Dans l'âme délicate,
   Le flot des pleurs éclate
            Et monte aux yeux. 

   Les curieux du monde,
   Sous l'énigme profonde,
            Disent, songeurs,
   Ne sachant point la cause
   De notre peine éclose : 
            Pourquoi ces pleurs ?

              Emery Desroches* (1903)



Tiré de : Jules Fournier, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, 1920, p. 200-201.

*  Joseph-Benoît-Emery Boucher-Desroches est né à Joliette le 12 avril 1879, de Narcisse Boucher-Desroches, commis-marchand, et de Louise Berthe Belleville.
   Etudiant au Séminaire de Joliette de 1892 à 1899, la tuberculose dont il souffrait le força ensuite à prendre un long repos avant de commencer ses études de droit à l'Université Laval de Québec. En 1902, il entra, à Joliette, comme clerc au cabinet de l'avocat Joseph-Mathias Tellier, qui plus tard devint chef du parti conservateur et chef de l'Opposition officielle à l'Assemblée législative du Québec. Mais après deux ans, la maladie le contraignit à quitter ses études pour recevoir des soins médicaux plus soutenus. 
   Il composa un grand nombre de poèmes dont plusieurs furent publiés dans divers journaux et périodiques, dont L'Étoile du Nord (Joliette) et Le Monde illustré.  Mais la part la plus importante de son oeuvre poétique serait restée inédite.
   Emery Desroches est mort des suites de la tuberculose à Joliette, le 21 avril 1905, à l'âge de 26 ans. 
(Sources : Les Anciens du Séminaire : écrivains et artistes, Joliette, 1927, p. 190-192 ; Louis-Joseph Doucet, Contes du vieux temps ; Ça et là, Montréal, J.-G. Yon éditeur, 1911, p. 100-104 ; Camille Roy, Érables en fleurs, Québec, 1923, p. 49-50 ; Ancestry.ca).


Le poème Pluie d'hiver, ci-haut, est paru en
1920 dans l'Anthologie des poètes canadiens,
de Jules Fournier, dont on peut trouver ICI

un exemplaire de l'édition originale.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

D'abord dans La Presse du 3 juin 1905, puis, en 1911, dans son ouvrage
Contes du vieux temps ; Ça et là, le poète Louis-Joseph Doucet a publié ce
touchant hommage à son ami et condisciple de collège Émery Desroches.
De Louis-Joseph Doucet, les Poésies québécoises oubliées ont présenté
les poèmes Bise d'hiver et Souvenance.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Ce souvenir d'Emery Desroches a été publié en 1927 dans
le livre Les Anciens du Séminaire : écrivains et artistes. Il 

s'agit du Séminaire de Joliette.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans L'Étoile du Nord, de Joliette, le 25
avril 1905, à l'occasion du décès d'Emery Desroches.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Mention du décès d'Emery Desroches
dans l'hebdomaire littéraire et musical
Le Passe-Temps, le 6 mai 1905. Malgré
la promesse d'un article plus substantiel
à paraître dans un numéro à venir du

 journal, rien n'en fut jamais publié.

(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)
 

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