vendredi 29 juin 2018

M. de Maisonneuve

Paul Gouin (1898-1976)
(Source : BANQ)




   Minuit... En plein hiver... Et dans Ville-Marie
   Chacun sommeille sauf les sentinelles dont
   Se répondent les cris à chaque bastion,
   Sauf Messire Nordet et Dame Poudrerie

   Aux creux des bancs de neige, étranges oreillers,
   Reposent les maisons avec, sur leurs fenêtres, 
   Leurs contrevents bien clos et qui paraissent être
   Des paupières fermant des yeux ensommeillés. 

   Bonnes gens, dormez-vous sous vos draps de rude toile ?
   Tout est calme et paisible... en soupirant d'ennui,
   Poudrerie et Nordet ont regagné leur lit
   Et même les veilleurs rêvent au clair d'étoiles.

   Mais voici que soudain, à l'autre bout du fort, 
   Entre deux volets, filtre une lumière blonde...
   Les veilleurs étonnés ont suspendu leur ronde...
   Qui donc s'attarde ainsi pendant que chacun dort ?

   Mais c'est le gouverneur ! Il vaut mieux qu'on s'assure !
   Vite, une sentinelle, à pas de loup, franchit
   La cour, glisse un regard aux volets, et... sourit
   De ce qu'elle aperçoit par l'étroite ouverture !...

   Près de la cheminée, assis sur des coussins, 
   Le sage gouverneur que le sommeil déserte,
   Promenant sur son luth une main très discrète,
   Berce sa rêverie aux sons d'un vieux refrain. 

                                  Paul Gouin (1927)



Tiré de : Paul Gouin, Médailles anciennes, Montréal, Les éditions du Mercure, 1927, p. 45-46. 

Paul Gouin recourt à cette citation pour présenter son poème M. de Maisonneuve, ci-haut  : « Durant ses campagnes en Europe, [le gouverneur et fondateur de Ville-Marie, Paul Chomedey, Sieur de Maisonneuve] chercha d'innocentes distractions dans l'étude de la musique ; il apprit à pincer du luth, afin d'occuper et charmer les loisirs que lui laissait le service du roi ». ― P. Rousseau, p.s.s., Histoire de la vie de M. Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, Montréal, 1886.  

Pour en savoir plus sur Paul Gouin, cliquer ICI ;

Pour en savoir plus sur Paul Chomedey de Maisonneuve, voir ICI l'article biographique de l'historienne Marie-Claire Daveluy

Médailles anciennes, de Paul Gouin, d'où est tiré
le poème M. de Maisonneuve, ci-haut. On peut
encore s'en procurer de rares exemplaires sur le
marché. Voyez ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Dédicace manuscrite de Paul Gouin, dans un exemplaire de son
recueil Médailles anciennes, adressée au poète Nérée Beauchemin.
On y lit : « À Monsieur Nérée Beauchemin, le maître-ciseleur de
la "Cloche de Louisbourg", qui a su si joliment me pardonner mes
hardiesses wagnériennes, j'offre ce volume avec mes remerciements
et mon hommage. Paul Gouin, 15 décembre 192
7 ».
(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans Médailles anciennes, le poème M. de Maisonneuve,
ci-haut, est agrémenté de ce dessin de Jean Palardy.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Carte postale représentant le Monument à
Maisonneuve
, sur la place d'Armes, à
Montréal. Le monument, inauguré en 1895,
est une oeuvre du sculpteur Louis-Philippe
Hébert
. (Source : BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Tout au long de sa vie, Paul Gouin s'est consacré
en faveur de la préservation et de la valorisation
du patrimoine culturel national du Québec. Cet
intéressant livre expose l'oeuvre considérable qu'il
aura léguée à notre nation en ce domaine vital à
notre mémoire collective. (Informations ICI)

mardi 26 juin 2018

Le Marécage

Apollinaire Gingras (1847-1935)
 
(Source : L'Emballement)




   Ce pauvre Bourassa ! Croit-il qu'un Démosthène
   Peut encore réveiller tous les dormeurs d'Athènes ?
   Patriote naïf, pour qui te prendra-t-on ?
   Ils sont loin dans l'oubli, les jours de Marathon

   Nous, les dégénérés, servons une autre idole. 
   Les uns, c'est le "Parti" ; d'autres, la "Métropole". 
   [Notre patrie] ? Fi donc ! Un squelette embaumé. 
   Notre histoire est pour nous comme un livre fermé. 

   La fierté des aïeux ? Vous nous faites sourire. 
   Notre idéal, c'est d'être esclaves de l'Empire
   Esclaves en livrée, adroitement titrés
   Princes de carnaval brillamment chamarrés. 

   Vingt journaux pour l'idole à tous les vents trompettent
   Des refrains bien payés que les badauds répètent. 
   De la chose publique on a fait un marais.
   Les ormeaux sur ses bords se changent en cyprès ; 

   Lac couvert de roseaux, d'où l'aigle et la colombe
   S'enfuient, comme étouffés par des odeurs de tombe.
   Allez donc du pays plaider les intérêts : 
   Les partis vivent là : [le pays] passe après. 

   Qu'un fier coup de clairon en trouble les quenouilles : 
   À ces nobles appels répondront... des grenouilles !
   "La patrie d'abord ! Son pays avant tout !" 
   La sirène répond : "Mais l'Empire est à bout !"

   "Loyauté ! loyauté !" Nos chefs, triste délire, 
   Avec ce mot trompeur nous livrent à l'Empire. 
   Contrat bilatéral par chacun respecté,
   Voilà bien, semble-t-il, la pleine loyauté. 

   Stratagème fatal d'ignoble politique,
   On fait de ce grand mot une chaîne élastique. 

                       Apollinaire Gingras(1914)



Tiré de : Apollinaire Gingras, L'Emballement : poème anti-impérialiste, Bagotville, 1920, p. 15.

* Apollinaire Gingras, fils de Joseph Gingras, cultivateur, et d'Adélaïde Côté, est né à Saint-Antoine-de-Tilly le 7 mars 1847. Il fit ses études au Séminaire de Québec et à l'Université Laval. où il obtint un Doctorat ès Lettres. Il fut ordonné prêtre à Québec le 7 juin 1873. Il exerça son ministère dans plusieurs paroisses, dont Saint-Fulgence-de-Chicoutimi, Saint-Édouard-de-Lotbinière, Sainte-Claire-de-Dorchester et Château-Richer. Très malade en 1901, il prit sa retraite à Québec, puis il devint prédicateur volontaire de missions. Il résida plusieurs années au Saguenay, soit à Chicoutimi, Bagotville et Port-Alfred, puis à Hébertville, au Lac-Saint-Jean. Il décéda à l'Hôtel-Dieu de Chicoutimi le 19 mars 1935.
  Intéressé par la littérature et l'histoire, Apollinaire Gingras fut en relation constante avec divers écrivains et cercles littéraires du Québec. En plus de son long poème L'Emballement paru en 1920 sous forme de brochure, il publia notamment deux recueils de poésies : Au foyer de mon presbytère (1881) et Poèmes et chansons (1935).
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 45).

Au sujet du poème L'Emballement, dont ci-haut se trouve un extrait, on peut lire dans le tome 2 du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec un rappel contextuel du professeur et éditeur Guy Champagne dont voici des extraits substantiels : 

« Alors que dans le passé les chefs politiques canadiens s'étaient toujours refusés à participer aux conflits armés de l'Empire, ceux de 1914 avaient accepté, en dépit de leurs promesses, de lever des troupes et d'endetter le pays pour venir en aide à la mère patrie [l'Angleterre]. Au Québec, des voix s'élèvent, dont celle du nationaliste Henri Bourassa qui affirme que le Canada, ne devant rien à l'Angleterre, ne doit pas s'engager dans une bataille qui lui est étrangère.  
  Six ans plus tard, le problème de la tutelle britannique est toujours présent. L'abbé Apollinaire Gingras décide donc de publier son long poème écrit en réaction à la participation du Canada à la guerre de 1914-1918, L'Emballement
   [...] Ce violent pamphlet fait le procès des visées impérialistes de l'Angleterre qui "n'a plus qu'à se croiser les bras, ses esclaves [étant] là pour mener ses combats". Gingras, en plus de s'en prendre à la mère patrie, vilipende les journalistes et les politiciens canadiens qui ont pour idéal "d'être esclaves de l'Empire". 
   Heureusement, pour réveiller le peuple hypnotisé par les propagandistes de ces "sanglantes querelles" qui souhaitent que "nos pauvres enfants, dans un lointain supplice, agonisent perdus sous d'horribles lauriers", il y a les Bourassa, les Lavergne [les Lamarche] et d'autres autonomistes qui affirment que "Charité de bon sens commence par les siens" et que ce n'est pas manquer de loyauté que de choisir la "Liberté de fleurir au soleil du progrès" en son pays, plutôt que d'aller se faire tuer pour un drapeau à qui l'on ne doit rien. 
   Si ce pamphlet poético-politique "gonflé de lyrisme et de patriotisme"  [...] eut beaucoup de succès au Québec, c'est que, à l'instar des essais politiques d'Henri Bourassa, il encourageait les visées autonomistes du peuple québécois ». 
(Guy Champagne, Dictionnaire des oeuvres littéraire du Québec, tome 2, Montréal, 1987, p. 406). 

L'Emballement : poème anti-impérialiste,
d'Apollinaire Gingras, d'où est tiré l'extrait
ci-haut, Le Marécage. Il n'en reste qu'un
seul exemplaire sur le marché, soit ICI.
On peut aussi le télécharger gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Apollinaire Gingras, vers 1890.

(Source : BANQ)

Article paru dans Le Progrès du Saguenay, le 21 mars
1935, à l'occasion de la mort d'Apollinaire Gingras.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

samedi 23 juin 2018

Aux défenseurs oubliés de la Patrie

Adolphe Poisson (1849-1922)
(Source : Alcide Fleury, Arthabaska,
capitale des Bois francs
, 1961)




   De dévouements obscurs notre histoire est remplie, 
   Et je songe toujours avec mélancolie
   À l'oubli criminel que nous avons pour ceux
   Qui sont, simples soldats, nos pères, nos aïeux.

   Réparons sans tarder les dédains de l'histoire ;
   Aux humbles défenseurs de notre territoire,
   Aux preux obscurs tombés sans jactance et sans peur,
   D'un merveilleux passé nous devons la splendeur. 

   Ces robustes guerriers, compagnons de nos gloires,
   Ont scellé de leur sang nos plus belles victoires ; 
   Chacun d'eux a laissé, deux fois enseveli,
   À la terre sa cendre et son nom à l'oubli. 

   Puisqu'ils ont partagé nos suprêmes alarmes
   Et du nord au midi fait resplendir nos armes,
   Du soleil qui brillait aux champs de Carillon
   Sur eux laissons tomber un immortel rayon ! 

   Ainsi qu'aux grands vaincus de mil sept cent soixante,
   Il faut que la Patrie enfin reconnaissante
   Élève un mausolée à ces braves soldats
   Qui traversaient vainqueurs deux siècles de combats !

   Qu'un granit imposant, sévère architecture,
   Honore les héros tombés sans sépulture ; 
   Que la Patrie y grave un vers religieux : 
   À tous mes défenseurs obscurs mais glorieux ! 

   En attendant le jour de l'oeuvre expiatoire,
   Poète, obscur comme eux, à leur chère mémoire
   J'élève avec orgueil cet humble monument,
   Et je vous l'offre, ô morts, avec recueillement. 

                             Adolphe Poisson (1880)



Tiré de : M.-J.-.A. Poisson, Chants canadiens à l'occasion du 24 juin 1880, Québec, p. 5-6.

Pour en savoir plus sur Adolphe Poisson, cliquer ICI.

D'Adolphe Poisson, les Poésies Québécoises Oubliées ont déjà présenté : - L'Envie


Chants canadiens, recueil d'Adolphe
Poisson d'où est tiré le poème ci-haut.
Pour le télécharger gratuitement, cliquer ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Adolphe Poisson, à l'époque où il
publia son recueil Chants canadiens.
(Source : BANQ)

Mention du décès d'Adolphe Poisson dans
le journal Le Nouvelliste, 27 avril 1922, p. 4.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir ; source : BANQ)

Monument funéraire d'Adolphe Poisson
au cimetière de Saint-Christophe d'Arthabaska,

 à deux pas de sa maison du 55 avenue Laurier 
Ouest. (Photo : René Girard, 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mercredi 20 juin 2018

Les Flots

Moisson de vie, recueil de
Jean-Louis Guay (1903-1932)




   L'autre soir je suivais, pensif et solitaire, 
   Le chemin dégarni qui mène à la rivière.
   Et lorsque je parvins au bord du lit des flots,
   Triste, j'allais m'asseoir tout près des grands roseaux.
   Là je fixai les yeux sur l'onde qui s'écoule
   Comme un ruban d'argent qui sans fin se déroule,
   Et je disais tout bas, le coeur plein de regrets : 
   Flots qui passez, je ne vous reverrai jamais !

   La rivière est un peu l'image de la vie,
   Son cours est continu, sa marche est infinie,
   Chaque instant qui s'écoule est une onde qui fuit ;
   Le plaisir dure peu, la douleur nous poursuit ;
   Et l'on s'en va toujours entraîné dans sa course
   Tel le flot, sans jamais remonter à la source ; 
   L'on est à chaque instant par le courant vaincu,
   Et la vie est finie et l'on n'a pas vécu !

                          Jean-Louis Guay* (1931)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 117-118.

* Jean-Louis Guay, fils d'Octave Guay et de Philomène Rouleau, est né à Saint-Adrien d'Irlande, comté de Mégantic, le 27 janvier 1903. 
   On sait très peu de choses sur la vie de ce poète, sauf qu'il a fait son cours classique au Collège de Lévis, qu'il a habité quelque temps à Saint-Hyacinthe, et qu'il fut longtemps malade de tuberculose, avant de mourir jeune, à l'âge de 29 ans, le 26 juillet 1932, au Sanatorium Notre-Dame, à Sainte-Foy, près de Québec. Il a été inhumé dans son village natal.
   S
ouvent sous le nom de plume Le PélicanJean-Louis Guay a publié des poèmes dans divers périodiques, dont le magazine La vie au grand air. Son unique recueil de poésies, Moisson de vie, a été publié en 1931, peu de temps avant sa mort. On peut ICI consulter ou télécharger gratuitement le recueil. 

Dédicace de la soeur de Jean-Louis Guay, Olivine, membre,
sous le nom de Soeur Sainte Angéla, de la communauté
des Soeurs de la Charité de Québec, dans le recueil Moisson
de vie
. La dédicace, datée d'un an après la mort du poète,
 est adressée à leur nièce Adrienne Guay.
(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Introduction d'une longue recension comprenant
plusieurs extraits du recueil de Jean-Louis Guay,
dans Le Soleil du 26 janvier 1932. Pour lire
l'article complet, cliquer ICI et se rendre à la page 7.

L'écrivaine et chroniqueuse Ginevra,
nom de plume de Georgina Lefaivre,
a souligné la mort de Jean-Louis Guay
dans Le Soleil du 30 juillet 1932, p. 8.
(Source : BANQ)

Article à propos du décès de Jean-Louis Guay paru dans
Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 12 août 1932, p. 5.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir ; source : BANQ)

Article sur les funérailles de
Jean-Louis Guay dans son village
natal de Saint-Adrien d'Irlande,
Le Soleil, 20 août 1932, p. 10.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir ;
source : BANQ)

dimanche 17 juin 2018

Été du ciel de mon enfance

Charles-E. Harpe (1908-1952)

(Source : Magazine Radiomonde)




   Été resplendissant du ciel de mon enfance,
   Que viennent rappeler tes glorieux zéphyrs,
   Mon coeur frémit comme une harpe d'espérance
   Sous le jeu captivant des tendres souvenirs. 

   Allègrement, j'ai fui les sites redoutables
   Et les pavés brûlants des jours galériens,
   Pour goûter au sous-bois la fraîcheur des érables
   Et les psaumes joyeux des clercs aériens. 

   J'ouvrirai les volets sur la rose trémière,
   À l'air pur qui descend par les cèdres géants,
   Crêpelés au matin d'une tendre lumière
   Et d'or fauve au déclin des somptueux couchants.

   J'irai me reposer sous les enluminures
   Des ormes découpés en gothiques arceaux,
   Pour écouter l'appel et les divins murmures
   Du faune des fôrets à la nymphe des eaux. 

   J'irai comme un enfant courir dans la prairie
   Et cueillir, au réveil, des fruits et des bouquets ; 
   Las, je m'endormirai dans la lente féerie
   Du soir rôdant en mauve aux crêtes des bosquets.

   J'irai comme un amant à l'invite nocturne
   Reprendre le désir et la ferveur d'aimer,
   Avec un coeur trempé d'un pâle clair de lune,
   Des yeux qui m'ouvriront des horizons fermés.

   Été resplendissant du ciel de mon enfance,
   Que viennent rappeler tes glorieux zéphyrs, 
   Mon coeur frémit comme une harpe d'espérance
   Sous le jeu captivant des tendres souvenirs. 

                           Charles-E. Harpe(1948)



Tiré de : Charles-E. Harpe, Les Oiseaux dans la Brume, Montmagny, éditions Marquis, 1948, p. 27-28. 

*  Joseph-Arthur-Eugène, dit Charles-Eugène Harpe est né à Lévis le 21 août 1908, d'Eugène Harpe, ingénieur, et d'Olivine Fleury. 
   Après ses études classiques au Collège de Lévis et des cours de littérature à l'Université Laval, il entreprit une carrière au théâtre. Directeur de troupe et auteur dramatique, il écrivit de nombreux « pageants » (reconstitutions historiques) et mélodrames qu'il fit jouer dans les villes et villages du Bas-du-Fleuve et de la région de Québec, notamment par les Artistes du terroir, une troupe dont il fut le fondateur. 
   Il écrivit des nouvelles et publia des critiques littéraires dans Photo Journal, Le Bulletin des agriculteurs et L'Action catholique. Il fut également l'auteur de nombreuses pièces de théâtre, dont La Gardienne du foyer, L'Angelus de la mer, Le Coeur d'un homme, La Femme enchaînée, Le Semeur de haine, Chômeurs de luxe, etc. Il réalisa également un roman-fleuve à la station CKCV (Québec), Les Trottoirs de Québec. Il publia dans différents journaux et revues des contes, des nouvelles et des poèmes sous les pseudonymes de René Debray et de Stéphane
   Membre de la Société des écrivains canadiens-français et de l'Union des artistes lyriques et dramatiques, il fut élu président de la Société des poètes canadiens-français, quelques mois seulement avant sa mort survenue le 31 juillet 1952 à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, alors même qu'il dirigeait une représentation d'une de ses oeuvres théâtrales, La Moisson du Souvenir. Sur les circonstances de la mort de Charles-E. Harpe, Jean-C. Plourde a écrit : « Comme Molière et Jouvet, il s'envola pour un monde meilleur du sein de ses artistes qu'il aimait tant ». 
   Charles-E. Harpe avait épousé Gabrielle Arsenault à Québec, le 14 juin 1947. Il est inhumé au cimetière de Saint-Aubert-de-l'Islet, où il habitait. La bibliothèque de la municipalité porte son nom. 
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 3, Montréal, éditions Fides, 1982, p. 43). 

Voici comment Charles-E. Harpe décrivit sa résidence de Saint-Aubert : 

« Je possède un cabinet de travail, genre solarium, avec horizons magnifiques sur la campagne de Saint-Jean-Port-Joli, sur le large fleuve et sur les montagnes de la Baie-Saint-Paul. Un grand jardin, un verger, un parterre précédant ce dernier, j'ai tout ce qu'il faut pour rimer dans l'extase des fleurs ou de la belle neige blanche qui ouate les branches du gros cormier encore en possession de ses grappes de corail. Je vis donc heureux dans le travail, dans un décor ravissant». 
(Source : Chaire Fernand-Dumont)

Dans une de ses lettres, Charles-E. Harpe a écrit : 

«... Je suis un grand rêveur ! Est-ce un tort ? Je crois que le Rêve est le vêtement que, charitable, nous offre la vie, si décevante parfois, pour habiller nos misères et nos désillusions. D'ailleurs, le poète ne doit-il pas voir pour les aveugles, entendre pour les sourds, parler pour les muets ? Ne doit-il pas jouir pour les ignorants et souffrir pour les insensibles ?» 
(Source : « Charles E. Harpe, ce grand inconnu », par Jean-C. Plourde de l'Union des Jeunes écrivains, dans la Gazette des campagnes, 30 juin 1955, p. 3 ; pour télécharger cet article, cliquer ICI). 

De Charles-E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le plus bel hymne à l'orgue des vivants ;  Voix de la solitude ; Guirlande aux éprouvés ; Clair de lune ; Chanson d'automne ; Printemps.


Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, 
cliquer sur cette image : 


Les Oiseaux dans la Brume, recueil de
Charles-E. Harpe d'où est tiré le poème ci-haut.

Il n'en reste présentement qu'un seul exemplaire 
disponible sur le marché des librairies en ligne, 
chez François Côté, dont les coordonnées sont ICI

Charles E. Harpe 

(Source :  Chaire Fernand-Dumont)

Article (Le Soleil, 2 août 1952) décrivant les circonstances
dramatiques de la mort de Charles-E. Harpe, à l'âge de 43 ans 
seulement, alors qu'il dirigeait une représentation d'une de 
ses oeuvres théâtrales à Saint-Alexandre-de-Kamouraska.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Mentions du décès de Charles-E. Harpe
dans Le Soleil des 1er et 2 août 1952. 


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés (dont Charles-E. Harpe) du peuple héritier 
de Nouvelle-France, avec pour chacun un poème, une notice 
biographique et une photo ou portrait. Pour se procurer le 
volume par Paypal ou virement  Interac, voyez les modalités 
sur le document auquel on accède en cliquant sur l'image 
ci-dessous. Pour le commander par VISA, cliquer ICI.


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

jeudi 14 juin 2018

Le Ruisseau

Clara Lanctôt (1886-1958)

(Source : son recueil Visions d'aveugle)




   Parmi les fleurs et la mousse
   Là-bas, sous les verts sapins,
   On entend une voix douce
   Aux sons purs et cristallins.

   Frais bijou de la nature,
   Aimable petit ruisseau,
   Tu mêles ton gai murmure
   Aux joyeux chants de l'oiseau.

   Quand tout vibre en la nature,
   Sous le souffle du printemps,
   Quand les fleurs et la verdure
   De nouveau parent les champs,
  
   On entend ta voix qui chante
   La chanson du renouveau,
   Et la brise caressante
   Qui vient sillonner ton eau.

   Enivré de ton murmure,
   L'oiseau, sur les rameaux verts,
   D'une voix suave et pure
   Entonne de gais concerts.

   Mirant dans ton flot qui passe
   Ses beautés et sa fraîcheur,
   Sous le feuillage, avec grâce,
   Se berce la tendre fleur. 

   Quand pâlit la teinte rose,
   Le soir sur le firmament,
   Et que doucement repose
   Le bois odoriférant,

   Sous un dôme de verdure,
   On entend chanter toujours
   Ton eau claire qui murmure
   En suivant son léger cours.

   Reste là pour me sourire,
   Lorsque mon front est rêveur ; 
   Ami, j'aime à te redire
   Tous les secrets de mon cœur.

   Va dans ta course rapide,
   Sans souci de l'avenir,
   Mais, dans ton onde limpide,
   Apporte mon souvenir. 

              Clara Lanctôt* (1912)


Tiré de : Clara Lanctôt, Visions d'aveugle, Québec, 1912, p. 10-11.

* Clara Lanctôt est née à Hull le 15 juillet 1886, de Thomas Lanctôt, journalier, et de Justine Arvisais. À la suite d'une rougeole, elle perdit la vue et s'inscrivit le 4 septembre 1895 à l'Institut Nazareth de Montréal. Elle y apprit le braille et parvint à terminer son cours, obtenant son diplôme supérieur en juin 1906. À l'Institut Nazareth, elle avait également étudié, sous la direction d'Arthur Letondalle piano, l'orgue, le chant et l'harmonie, et obtint un baccalauréat de piano. 
   De retour dans sa famille, elle enseigna le piano jusqu'en 1925. Elle revint l'année suivante à l'Institut Nazareth, où elle donna des cours de musique (piano) jusqu'en 1940. Elle composa également des mélodies musicales.
   Entre-temps, elle s'adonna à la poésie et reçut, en 1927, un prix de composition en poésie de la Société littéraire du Québec. Elle publia des poèmes dans divers périodiques sous son nom de plume de Fleur d'ombre, de même que deux recueils de poésies, Visions d'Aveugle (1912) et Visions Encloses (1930). 
   Elle se retira au début des années 1940 au Foyer Rousselot pour aveugles, à Pointe-aux-Trembles (dans l'est de Montréal), mais continua à faire partie du corps enseignant établi et dirigé par l'Institut canadien des aveugles. Elle donna aussi des leçons de piano à domicile jusqu'en 1954. 
   Elle est décédée le 5 mai 1958 à l'hôpital Saint-Vital, à Montréal. 

(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 1164). 

Pour en savoir plus sur Clara Lanctôt, cliquer ICI.

Une page Facebook lui a été consacrée par un membre de sa famille ; voyez ICI

Visions d'Aveugle, recueil de Clara Lanctôt,
d'où est tiré le poème Le ruisseau, ci-haut.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Clara Lanctôt, vers 1920.
(Source : Georges Bellerive, Brèves
apologies de nos auteurs féminins
)

Pierre tombale de Clara Lanctôt et de
sa famille au cimetière Notre-Dame, à
Gatineau. (Source : Réseau du Patrimoine
de Gatineau et de l'Outaouais
).