mercredi 31 juillet 2019

Sous le ciel du vieux Québec

Les quatrains ci-dessous sont tirés de Sous le ciel du vieux Québec,
publié en 1934 par Marcel Beaudoin (son prénom véritable étant Zoël).

La photo de l'auteur parut dans La Presse du 28 mars 1925, p. 63.

(Source de la photo : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)



(Cliquer sur les images pour les agrandir) 




Québec, ô province jolie
Où plane l'ombre du passé,
Mon jeune coeur vient se griser
De ton exquise poésie.




Ô vieilles choses d'autrefois
Qui chantez le long de la route,
Notre âme tout émue écoute
Les doux accents de votre voix.




Ville d'amour et de gaieté,
Ville de paix et de prière,
Montréal, heureuse cité,
Oasis entre ciel et terre.




Petits lacs heureux qui rêvez
Dans le berceau des Laurentides,
Quels doux secrets vous conservez
Sous vos fronts riants et candides !




Salut, campagne fortunées
Où le vain progrès des années
N'a pas frustré le laboureur
De son pain ni de son bonheur !




Que de héros sans lendemain
Sont morts derrière tes murailles
Au sein d'immortelles batailles,
Ô vieille cité de Champlain !




Heures exquises du bon vieux temps,
Coulez joyeuses, coulez sans trêve,
Ainsi que les fils d'or d'un beau rêve,
Entre les doigts blancs des grands-mamans.




Rocher pensif et solitaire
Qui domines l'immensité,
Ton regard voilé de mystère
Semble entrevoir l'éternité.




Ô vieilles mamans de chez nous,
Que de belles et douces choses
Nos âmes fraîchement écloses
Ont apprises sur vos genoux !




Pays de la feuille d'érable,
Ô doux pays du vrai bonheur,
J'admire et ton ciel enchanteur
Et ton histoire incomparable !




Adieu, vieilles maisons chéries
Qui gardez notre souvenir
Et dont les pierres attendries
S'efforcent de nous retenir !


Zoël-Marcel Beaudoin* (1934)



Les illustrations et quatrains ci-haut ont été tirés de : [Zoël] Marcel Beaudoin, Sous le ciel du vieux Québec, Montréal, 1934, 160 p. 

* Zoël-Marcel Beaudoin est né à Repentigny le 21 novembre 1903, d'Oscar Beaudoin, cultivateur, négociant et maire de Repentigny, et de Carmélice Rivest. Il fit ses études classiques et philosophiques au Collège de l'Assomption de 1916 à 1925. Il a obtenu un baccalauréat ès arts. Dans Le Devoir du 13 juin 1927, on voit son nom sur une liste de « candidats à l'étude du droit pour le district de Montréal ». 
  Dans Histoire du Collège de l'Assomption, d'Anastase Forget, on lit qu'il a fait une carrière de professeur de musique. Lors de  son mariage avec Thérèse Bourdua, le 25 juin 1936, il fit inscrire « écrivain » pour profession dans le registre de la paroisse Sainte-Catherine-d'Alexandrie, dans le quartier Centre-Sud de Montréal, quartier où il résida avec son épouse durant les premières années de leur vie conjugale.
   Il a publié deux livres : Sous le ciel du vieux Québec (1934), qui présente les attraits caractéristiques des régions du Québec, puis, sous le pseudonyme de « Jean Quiry », Les aventures de Popol (1946), un ouvrage à saveur satirique et humoristique. 
   Le prénom Marcel ne fait pas partie de ses prénoms de baptême. Il en a fait usage à des fins littéraires, mais dans certains événements familiaux, comme les funérailles de ses beaux-parents comme le montrent les notices nécrologiques, il est fait mention de lui en tant que « Z.-Marcel Beaudoin ». 
   Zoël-Marcel Beaudoin est mort à Montréal le 16 décembre 1973. Il est inhumé au cimetière de sa ville natale de Repentigny. 
(Sources : Les membres du 85e cours du Collège de l'Assomption, p. 12 ; Ancestry.ca ; Anastase Forget, Histoire du Collège de l'Assomption, Montréal, 1933, p. 665-666 ;  La Presse, 28 mars 1925 et 17 décembre 1976). 


Les illustrations et quatrains ci-haut sont
tirés de Sous le ciel du vieux Québec, de
Zoël-Marcel Beaudoin.

Ce livre est devenu rarissime, mais 

un exemplaire est disponible ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Zoël-Marcel Beaudoin
dans Sous le ciel du vieux Québec. C'est le « Z »
de sa signature qui a déclenché nos recherches
 afin de trouver les informations sur l'auteur et
qui sont désormais rassemblées ici-même,
car jusque-là les répertoires officiels à la
BANQ ou ailleurs ne contenaient pas la
moindre information à son sujet, pas même
ses dates de naissance ou de décès.


Cet exemplaire, dédicacé à l'artiste-peintre Madeleine
Delfosse (1909-1985), elle-même la fille de l'artiste-
peintre renommé  en son temps qu'était Georges Delfosse 
(1869-1939), est signé avec les initiales « ZB», ce qui 
indique qu'il s'agit de Zoël-Marcel Beaudoin.

(Collection Daniel Laprès ;
 cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Sous le ciel du vieux Québec a été l'objet d'une recension dans
L'Avenir du Nord (Saint-Jérôme) du 30 novembre 1934.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Zoël-Marcel Beaudoin à l'âge de 21 ans.
Photo tirée de La Presse, 28 mars 1925.

La classe de rhétorique de l'année 1922-23 du 85e cours du Collège de l'Assomption, dont faisait
partie Zoël-Marcel Beaudoin, qui devrait normalement figurer sur la photo. Mais nous ne nous
jugeons pas assez bon physionomiste pour l'y identifier avec certitude.

(Source : Anastase Forget, Histoire du Collège de l'Assomption, Montréal, 1933, p. 666 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Zoël-Marcel Beaudoin est également l'auteur d'un ouvrage à
saveur satirique et humoristique, Les Aventures de Popol, qu'il
signa sous le pseudonyme de « Jean Quiry ». Mais dans les
répertoires officiels, l'auteur derrière le pseudonyme n'a
jamais été identifié. Les Poésies québécoises oubliées
viennent donc combler cette lacune.

On remarque aussi que, tel qu'indiqué dans le coin gauche 

au bas de la couverture du livre, se trouvent les lettres 
« MB »,  sans doute pour « Marcel Beaudoin », nom que
l'auteur a choisi pour son premier livre Sous le ciel du 
vieux Québec.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Les aventures de Popol, livre satirique et humoristique de Zoël-Marcel
Beaudoin alias « Jean Quiry », a été l'objet de cette recension dans
  L'Écho du Saint-Maurice (Shawinigan) du 31 octobre 1946.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

À la fin de son livre Les aventures de Popol, Zoël Beaudoin avait inséré
l'adresse de sa résidence du 1023 rue Robin app. 5, dont voici l'immeuble
tel qu'il apparaît de nos jours. On peut remarquer que l'auteur a inscrit
au crayon de plomb son nom véritable, l'écriture étant identique à celles
de ses dédicaces telles qu'elles sont présentées ci-haut.

(Source de la photo : Google Maps ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cette notice nécrologique de la belle-mère de Zoël-Marcel
Beaudoin parue dans La Presse du 22 juin 1961, apporte la
preuve que celui-ci utilisait également le prénom « Marcel »
dans sa vie de tous les jours, et non seulement à titre d'auteur.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique parue dans
 La Presse du 17 décembre 1976
à l'occasion de la mort de Zoël-
Marcel Beaudoin.

(Source : BANQ ;  cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Détail du monument funéraire de
la famille Beaudoin, au cimetière
de Repentigny.

(Source : Cimetières du Québec)

dimanche 28 juillet 2019

Chant national

Marc-Aurèle Plamondon (1823-1900)

(Source : Le Répertoire national, vol. 4)




     Sur l'air de Chant du départ


   Amis, d'un nouvel an nous saluons l'aurore : 
          Quels destins vient-elle éclairer ?
   Comme au temps d'autrefois, reverrons-nous encore
          Le bonheur assis au foyer,
          L'abondance au sein des campagnes,
          Les douces vertus au hameau,
          Et l'horizon de nos montagnes
          Briller des feux d'un jour plus beau ?

          Héritiers d'un passé de gloire,
          Soyons unis, et le destin,
          Au temple où se grave l'histoire,
          Inscrira le nom canadien* !

   Jadis de nos aïeux, sous les drapeaux de France,
          Le bras repoussa l'étranger : 
   Tel qu'au sein des autans lorsque l'aigle s'élance,
          L'aiglon protège l'ordre altier.
          Du devoir esclaves dociles,
          Plus tard, sous un sceptre nouveau,
          Au champ d'honneur, loin de nos villes,
          Leur sang acheta le repos.

          Héritiers d'un passé de gloire,
          Soyons unis, et le destin,
          Au temple où se grave l'histoire,
          Inscrira le nom canadien !

   Mais des fronts couronnés la douce gratitude,
          Hélas ! n'est plus une vertu :
   Bientôt le front vainqueur subit un joug plus rude ;
          L'heure des dangers n'était plus. 
          Dès lors une race rivale,
          Du pouvoir séides constants,
          Par l'injustice et la cabale,
          Insulte à nos droits impuissants.

          Héritiers d'un passé de gloire,
          Soyons unis, et le destin,
          Au temple où se grave l'histoire,
          Inscrira le nom canadien !

   Des tyrans, ici-bas, le règne est éphémère : 
          Le jour viendra ; le peuple attend :
   D'outrages, de mépris, il repaît sa colère ;
          La digue enfin cède au torrent. 
          Après les sombres jours d'orage,
          Au ciel brille un feu plus serein : 
          Amis, espérons ; du courage !
          Dieu garde un heureux lendemain !

          Héritiers d'un passé de gloire,
          Soyons unis, et le destin,
          Au temple où se grave l'histoire,
          Inscrira le nom canadien !

                   Marc-Aurèle Plamondon* (1848)



Tiré de : Le Répertoire national, deuxième édition, volume 4, Montréal, J. M. Valois & Cie Libraires-éditeurs, 1893, p. 165-166. 

* À l'époque où Marc-Aurèle Plamondon composa ce Chant national, « canadien » signifiait le peuple issu de Nouvelle-France. 

* Marc-Aurèle Plamondon est né à Québec le 16 octobre 1823, de François-Pierre Plamondon et de Scholastique-Aimée Mondion.
   Dès après ses études classiques, de 1833 à 1842, au Petit séminaire de Québec, il s'occupa de politique et de journalisme. Il commença par collaborer au journal Le Canadien puis, en 1844, il reprit la publication de L'Artisan, fondé par James Huston, un journal populaire rédigé pour les ouvriers et qui s'attaque aux ennemis de la « nationalité canadienne ». Le radicalisme de ce journal provoqua une condamnation de l'Église, ce qui entraîna sa disparition en 1844. Il publia aussi Le Courrier commercial et un journal littéraire et musical, Le Ménestrel. Durant ces années, il publia des poèmes et chansons à caractère patriotique sur les rébellions des Patriotes de 1837, la répression qui suivit et l'Acte d'Union
   En 1844, il fut l'un des fondateurs de l'Institut canadien de Montréal. En 1846, après des études de droit à l'Université Laval et auprès de James George Baird, il obtint son diplôme d'avocat. En 1848, il fondait l'Institut canadien de Québec, dont il fut le premier président (cette société littéraire existe encore en 2019). 
   En 1854, il fonda le journal Le National, qui exerça une influence considérable en faveur du parti libéral, qui, à l'exact contraire du parti libéral du Québec et du parti libéral du Canada de nos jours, défendait à l'époque la nation canadienne-française et promouvait la séparation de la religion et de l'État. 
   En 1857, il se présenta aux élections contre le candidat du gouvernement dans la ville de Québec, George O'Kill Stuart, à qui il fit une lutte qualifiée de « formidable » mais qu'il perdit néanmoins. Quelques mois plus tard, il fut de nouveau candidat dans la même circonscription et fut encore défait. Au sujet de son engagement politique, l'historien Jocelyn Saint-Pierre a écrit : « Plamondon est un "rouge" de l'école de Louis-Joseph Papineau. Les "rouges" prônent la liberté de conscience et irritent les autorités cléricales. [...] C'est un homme de principes. Ses idées sont en avance sur son temps et il doit les défendre et les diffuser malgré les éléments les plus conservateurs de la société ». 
   Dans les années subséquentes, il s'occupa encore de politique, mais sa clientèle d'avocat l'accaparait de plus en plus. Il se fit alors connaître comme l'un des plus importants criminalistes du Québec. En 1874, il fut nommé juge à la Cour supérieure pour le district d'Arthabaska. Il prit sa retraite de la magistrature en 1897. 
   Louis Fréchette a écrit de lui : « Quel prestigieux tribun ! On ne savait ce qu'il fallait le plus admirer chez lui, la grâce ou la diction, le feu de la parole ou l'éclat spirituel de ses foudroyantes réparties. Il avait dans la voix, dans le geste, dans l'attitude, une émotion communicative qui empoignait les assemblées. Nul ne pouvait l'entendre et rester froid : il fallait s'attendrir, se fâcher ou rire aux larmes ». 
   Marc-Aurèle Plamondon est mort à Arthabaska le 4 août 1900. Il avait épousé Émilie-Mathilde L'Écuyer le 27 novembre 1849, à la cathédrale Notre-Dame-de-Québec. Ses restes reposent au cimetière d'Arthabaska. 
(Sources : Pierre-Georges Roy, Les juges de la province de Québec, Québec, 1933, p. 439 ; Biographi.ca ; Nos origines ; Jocelyn Saint-Pierre, Marc-Aurèle Plamondon, un rouge d'entre les rouges, L'Institut canadien de Québec, 1998). 

Pour en savoir plus sur Marc-Aurèle Plamondon, cliquer ICI et ICI


Le Chant national, ci-haut, de Marc Aurèle
Plamondon, est tiré du volume quatrième du
Répertoire national, que l'on peut consulter
ou télécharger gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans son édition du 6 août 1900, Le Soleil, de
Québec, a consacré toute sa première page à
la mort de Marc-Aurèle Plamondon. On peut
consulter l'article ICI

Article paru dans L'Écho des Bois-Francs, de Victoriaville, le 11 août 1900.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Progrès de l'Est (Sherbrooke), 7 août 1900.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'Écho de Charlevoix, 9 août 1900.

(Source : BANQ : cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Gazette de Berthier,
10 août 1900.

(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image
pour l'agrandir)

Marc-Aurèle Plamondon,
vers la fin de sa vie.

(Source : BANQ)

Maison de Marc-Aurèle Plamondon, au 14 rue Laurier ouest, à Arthabaska, sur un 
mythique bout de rue où se trouvent les maisons natales ou les résidences de 
plusieurs personnages ayant marqué la culture du Québec de la fin des années
 1800 et début des années 1900, dont Adolphe PoissonHenri d'Arles
Olivier-Victor Bourbeau-Rainville et Armand Lavergne, avec non loin
le peintre Suzor-Coté. Tout ce monde se fréquentait assidûment.

(Source : Streetview ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

jeudi 25 juillet 2019

À un artiste

Marie Ratté (1904-1961)

(Photo : courtoisie de son filleul Pierre Ratté)



                                                                                                                 « ... car l'exquise harmonie
                                                                                     Nous fait communier aux mêmes émotions,
                                                                                     Doux lien mystérieux, elle unit notre vie
                                                                                     Pour des moments trop courts ». 
                                                                                                Alice Lemieux, Les Heures effeuillées



   Vous saurez mieux combien j'aimais vous entendre ;
   Oh ! comme j'adorais votre musique tendre !
   Mon rêve s'envolait sous le vert olivier,
   À voir glisser vos doigts sur l'ardent clavier,
   Doux comme une caresse et racontant votre âme
   En jetant le tourment dans mon rêve de femme !
   Car lorsque vous jouez, j'éprouve un tel émoi
   Que vous ne pouvez pas ne pas songer à moi. 

   Je sais que l'art souvent abrite le mystère, 
   Que le rêve doré garde son signe austère,
   Que surtout la tristesse est au fond de l'amour,
   Tout comme l'harmonie est compagne du jour.
   C'est pourquoi j'ai senti, émue, avec ivresse, 
   Des pleurs s'ensevelir en mon coeur de tendresse,
   De ne pouvoir toujours prolonger le moment
   Qui nous avait bercés ainsi, divinement. 

   Vous qu'une blanche étoile, être heureux, accompagne,
   Jouez vos mêmes chants pour que l'oubli ne gagne
   De si doux souvenirs, et pour charmer vos jours ;
   Et puis, jouez encore... Et puis, chantez toujours ! ...

                                         Marie Ratté (1928)



Tiré de : Marie Ratté, Au temps des violettes, Beauceville, éditions L'Éclaireur, 1928, p. 77. 

Pour en savoir plus sur Marie Ratté, voyez les informations biographiques et documents sous ses poèmes Si l'espoir... et Hymne à la poésie, que les Poésies québécoises oubliées ont également présentés. 


Le poème À un artiste, ci-haut, est tiré du recueil
Au temps des violettes, de Marie Ratté.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Marie Ratté à propos de l'Art et de la Beauté :


   Outre son recueil de poésies Au temps des violettes, paru en 1928, Marie Ratté a également publié, en 1939, un roman, Les fils de Mammon. Ce roman est de nos jours tout aussi introuvable que le recueil de poésies. Mais pour qui a la chance de lire cette oeuvre romanesque se révèle une écriture de haut vol, originale, avec des personnages crédibles et un récit captivant et dépourvu de rebondissements invraisemblables, comme on en voyait souvent dans les romans de l'époque. 

   Ce roman a notamment permis à Marie Ratté d'exposer certaines de ses vues sur l'Art et la Beauté, auxquels elle est restée toute sa vie profondément attachée. À ce propos, nous avons jugé bon de reproduire ci-dessous certains passages où la poétesse et romancière exprime sa vision : 

« Tu veux ma théorie ? Eh bien ! L'un des axiomes les plus anciens et les plus profonds est celui-ci : "Beauté est vérité". C'est par le désir et la compréhension de la Beauté que l'homme s'élève. Il semble que ce soit le but de son intelligence supérieure que de la découvrir et de la mettre en relief sur notre planète. Autrement, à quoi bon ? En ce qui concerne les fonctions de nutrition, de protection et de reproduction, les simples animaux dans leur sphère s'en tirent aussi bien que nous. Mais chaque fois que nous touchons la Beauté, il se produit dans notre âme un remous ineffable auprès duquel nos sensations purement matérielles s'effacent. Et plus grand est notre instinct divinatoire, plus grandes sont nos délices. C'est pourquoi il faut sans cesse cultiver notre "jardin secret"» (p. 37-38)

« Nous vivons avec nos valeurs spirituelles. Entends bien : je ne suis ni bigote, ni puritaine, au contraire. Mais l'esthétique naît des valeurs spirituelles. Et là où manque le sentiment de l'esthétique, la vie est insupportable. Quelqu'un l'a dit : "La vulgarité est insurmontable" » (p. 43). 

« Il semble qu'en dernier lieu, toutes les recherches et découvertes de l'homme tendent à un but final : la Beauté. Il ne l'atteint pas toujours, il s'en écarte souvent, mais il y tend sans cesse à son insu. Elle est comme l'instinct de son âme. C'est pourquoi il n'a jamais pu entièrement la définir. Il ne le pourra probablement jamais, car son essence se perd dans le grand mystère. L'artiste seul en a l'intuition. Je le tiens pour supérieur. Lui seul reçoit les influences du grand Cosmos. Je parle de l'artiste dans son sens le plus large, le plus élevé, de l'artiste créateur, capable de concevoir l'harmonie radiante ; et non pas de l'artiste par extension : on nomme aussi de l'eau quantité de petits ruisseaux qui ne sont pas l'océan. Ce que le savant apprend par expérience, le philosophe par raisonnement, l'artiste le sait déjà par intuition et au-delà. C'est là le sixième sens » (p. 58-59). 


... et aussi sur l'égalité entre l'homme et la femme : 


« Et voici la vérité que moi, ardente féministe, suffragette si vous voulez, voudrais faire retentir aux quatre soins de la planète : la femme ne veut pas être traitée comme une chose, un animal, un mythe, ou un ange tel que le vit le Moyen-Age, mais seulement comme un être humain.

[...]  Aussi longtemps qu'il y aura des femmes tenues en sujétion, aussi longtemps il se trouvera des hommes pour obéir aux tyrans. [...] Où règne la force, le droit et la justice ne sauraient prévaloir. Et qu'est-ce qu'une nation où les citoyens ne sont pas libres de se développer comme individus ? Dans certains pays, le titre de citoyen ne s'applique même pas à la femme, il est vrai. Place de mineure et d'irresponsable, position de valet. Voilà l'indignité flagrante, injuste » (p. 54). 


Les citations ci-haut sont tirées du roman
Les fils de Mammon, de Marie Ratté, qui
est malheureusement introuvable de nos
jours et qu'il serait certainement judicieux
de rééditer.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le 22 juillet 2019, un hommage à Marie Ratté a eu lieu dans le cadre des festivités
du 150e anniversaire de son village natal de Baie-des-Sables. Il s'agissait d'une
présentation sur la vie et l'oeuvre de la poétesse et écrivaine par le responsable
des Poésies québécoises oubliées et ponctuée par la lecture de poèmes tirés du
recueil Au temps des violettes, le tout suivi du dépôt d'une gerbe de fleurs sur
la tombe de Marie Ratté au cimetière du village.

Pour voir un photo-reportage sur cet événement, cliquer ICI

Pour visionner la vidéo de cet hommage, cliquer ICI.