lundi 8 juillet 2019

Le brouillard s'est enfui

Louis-Joseph Doucet (1874-1959)

(Source : L. Mailhot et P. Nepveu,
La poésie québécoise des origines
à nos jours
, Québec, 1980, p. 143)




   Le brouillard s'est enfui loin du passant qui passe,
   On pourra voir planer les oiseaux dans l'espace.
   Les sauvages rochers se mirent dans la mer
   Sous l'éternel soleil dont tout rayon m'est cher !

   Pour respirer l'air frais de la savane immense,
   Je suivis le sentier qui longe le coteau,
   Je traversai les bois connus de mon enfance,
   Je fus boire à la source à l'ombre d'un bouleau.

   Midi sonnait au loin sur la blonde campagne,
   Je me pris à songer à mon jeune âge mort,
   À mes espoirs bercés, à mes châteaux d'Espagne,
   Reconstruits tant de fois, démolis plus encor !

   Au renouveau des bois, aux bercements des plages,
   J'ai souvent médité la fuite des instants,
   J'ai souvent contemplé l'exil des blancs nuages,
   Ces drapeaux inconnus qui flottent dans le temps.

   Les ruisseaux ruisselaient sur la terre fumante,
   Le fleuve bondissait vers l'océan lointain ;
   La chanson s'exhalait de toute lèvre aimante...
   La vie est infinie aux rayons du matin ! 

                            Louis-Joseph Doucet* (1912)



Tiré de : Louis-Joseph Doucet, Les palais chimériques, Québec, 1912, p. 115.

* Louis-Joseph Doucet est né à Lanoraie le 29 octobre 1874, de Louis Doucet, cultivateur, et de Félonise Harnois. Ayant pratiqué lui-même le métier de cultivateur, il travailla dès l'âge de quinze ans à bord des caboteurs du fleuve Saint-Laurent. 
   En 1894, alors qu'il avait déjà vingt ans, il entreprit ses études classiques au Séminaire de Joliette et les termina en 1901.
   D'abord surveillant à l'École normale Jacques-Cartier, à Montréal, il enseigna à l'Académie Saint-Jean-Baptiste (1902-1903), située sur le Plateau Mont-Royal. Il fut en 1904 chroniqueur judiciaire pour les quotidiens La Presse et Le Canada. En 1906, il devint agent d'assurances, mais en 1911, il fut congédié par son employeur qui jugeait que son activité littéraire entrait en conflit avec sa vie professionnelle. Il s'établit dès lors à Québec, où il devint fonctionnaire au Département de l'Instruction publique.
   Admis en 1902 au sein de l'École littéraire de Montréal, il participa en 1923, avec Alonzo Cinq-Mars, Avila de Belleval, Francis DesRoches et Alphonse Désilets, à la fondation de la Société des poètes canadiens-français. L'année suivante, en 1924, il fut proclamé « Prince des poètes ». Auteur de plus d'une quarantaine de recueils de poésies, de contes et d'essais, il collabora activement à plusieurs revues littéraires, dont Le Terroir. Outre la littérature, l'instruction gratuite et obligatoire au Québec fut l'une des grandes causes de sa vie. 
   Louis-Joseph Doucet est mort à Montréal le 15 avril 1959. Il a été inhumé dans son village natal de Lanoraie. Il avait épousé Yvonne Yon à Montréal, le 22 mai 1906. 
(Sources principales : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 202 ; Laurent Mailhot et Pierre Nepveu, La poésie québécoise des origines à nos jours, Québec, Sillery, Presses de l'Université du Québec et Montréal, Éditions de l'Hexagone, 1980, p. 143). 

Pour en savoir plus sur Louis-Joseph Doucet, cliquer ICI

De Louis-Joseph Doucet, les Poésies québécoises oubliées ont également publié : ―Souvenance et ―Bise d'hiver


Le poème Le brouillard s'est enfui, ci-haut,
est tiré du recueil Les palais chimériques,
de Louis-Joseph Doucet.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Louis-Joseph Doucet
dans son dernier recueil, Les aubes mortes.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Durant les dernières années de sa vie, Louis-Joseph Doucet
a habité le deuxième étage de cette maison située au 2581
rue Lacordaire, à Montréal.

(Source : Street View ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans La Presse du 17 avril 1959 à
l'occasion de la mort de Louis-Joseph Doucet.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 16 avril 1959.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 17 avril 1959.

(Source : BANQ)

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