jeudi 31 décembre 2020

Le Nouvel An

La poudrerie par Léo Ayotte, 1973.

(Source : Ayotte Mon Québec, Promotion Mon Québec, Rimouski, 1973.




   Toute pâle et frissonnante,
   Sous le froid vent de la nuit,
   Sur la terre blanchissante
   La neige tombe sans bruit.

   Auprès de la flamme claire
              Du foyer,
   J'aime à rester solitaire
              Pour rêver. 

   Je songe à l'an qui s'avance,
   Tout aimable et tout joyeux,
   Rempli de foi, d'espérance
   Et de rêves radieux. 

   Pur et frais comme la neige,
              Confiant,
   Il vient suivi d'un cortège
              Souriant. 

   Mais un long soupir se mêle
   Au son du vent gémissant.
   Et j'entends le bruit d'une aile,
   Je vois une ombre passant. 

   C'est la pauvre vieille année
              Qui s'enfuit,
   Souveraine détrônée,
              Dans la nuit. 

            Anna-Marie Duval-Thibault
(1888)



Tiré de : Mme Duval-Thibault, Fleurs du printemps, Fall River (Massachusetts), Société de publication de l'Indépendant, 1892, p. 129-130. 

Pour en savoir plus sur Anna-Marie Duval-Thibault, voyez la notice biographique et les documents présentés sous son poème Le ruisseau qui murmure

D'Anna-Marie Duval-Thibault, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté Les marches naturelles de la rivière Montmorency La fauvette, ; Trèfle rouge et trèfle blanc. Voyez également le poème que François-Xavier Burque lui a dédié : Paroles de reconnaissance à Madame Duval-Thibault

Anna-Marie Duval-Thibault (1862-1958)

(Source : magazine Le coin du feu, février 1893)

Le poème Le Nouvel An, ci-haut, est tiré du recueil
Fleurs de printemps, d'Anna-Marie Duval-Thibault,
dont on peut télécharger un exemplaire ICI

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Anna-Marie Duval-Thibault fait partie des 100 poètes présentés dans 
Nos poésies oubliées, un volume paru en septembre 2020 
dans une édition unique et limitée. Pour se procurer l'un des 
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dimanche 27 décembre 2020

Adieu à 1865

Effet gris (neige) par Ozias Leduc, 1914.

(Source : Ozias Leduc, une œuvre d'amour et de rêve
Musée des beaux-arts de Montréal, 1996, p. 187) 




   Ô courte illusion que l'on nomme la vie !
   Foyer dont une flamme est éteinte et ravie
              Sitôt si souvent !...
   Faut-il voir de ton cours s'effacer chaque année,
   Comme on voit à l'automne une feuille fanée
              Fuir au souffle du vent ?

   Elle va donc partir ! Pauvre année ! Où va-t-elle ?
   Elle prend le chemin de la rive éternelle,
              D'où l'on ne revient pas ;
   Mais avant de quitter cette triste exilée,
   Du moins dans son trajet vers la sombre vallée,
              Suivons-la quelques pas. 

   Rendons-nous avec elle en ce lieu vaste et morne ;
   Atteignons ces confins, cette lointaine borne
              Où finissent les temps. 
   Avec elle allons voir ces ténébreux rivages ;
   Pénétrons du regard cette nuit où les âges
              Dorment depuis longtemps.

   Là, rapide, des temps coule le fleuve immense ;
   Torrent impétueux que nulle résistance
              Ne saurait retenir.
   Les siècles, en tombant, l'augmentent dans sa course ;
   Son onde doit couler tant que dure sa source, 
              Le fécond avenir. 

   Et son flot solennel, que nul souffle ne ride,
   Roule avec majesté vers le terrible vide,
              Vers ce gouffre béant !
   Emportant avec lui chaque débris qui tombe,
   Pour le précipiter dans cette grande tombe
              Qu'on appelle néant. 

   Mais voilà que finit cette route lointaine,
   Et qu'apparaît là-bas une stérile plaine,
              Avide réservoir.
   Rien n'indique au regard cette triste contrée ;
   Seul, un nuage épais, en planant à l'entrée,
              Semble la faire voir. 

   Comme un marbre glacé que le fossoyeur pose,
   Pour montrer au passant la cendre qui repose
              Dans l'ombre du cercueil, 
   Ainsi sur ce désert, une voûte sans astre,
   De son terrible poids, pèse sur ces désastres
              Et les dérobe à l'œil ! 

   Ô siècles, qui dormez dans ces mers de ténèbres,
   Soulevez un instant de vos voiles funèbres
              Le mystérieux pli ! 
   Faites qu'en ce séjour une lumière s'ouvre ;
   Des âges, montrez-nous les débris que recouvre
              La mousse de l'oubli. 

   Ah ! les voilà !!!... Grand Dieu !... quel effrayant spectacle
   Se déroule au regard en ce noir réceptacle
              Des mondes et des temps !...
   Voilà donc devant moi ces antiques fantômes,
   Qu'en tombant ont formé ces fragiles atomes
              Qui se nomment les ans  !

   Oui, tous ces vieux témoins de l'honneur ou du vice,
   Des sages actions ou des fruits du caprice,
              Sommeillent en repos.
   Les empires tombés, les grands noms de la terre
   Ne se répètent plus en ce lieu de mystère,
              Où dorment les échos  !...

   Ils gisent pour toujours dans cet obscur royaume,
   Ces temps, qui, les premiers, virent façonner l'homme
              Par la divine main.
   Ils virent Lucifer remonter son abîme,
   Apportant avec lui le malheur et le crime
              Au pauvre genre humain. 

   Pour la première fois, ils virent sur la terre 
   La pâle et froide mort, lorsqu'Ève notre mère
              Ne revit plus Abel. 
   Ils furent les témoins de tant d'impénitence,
   Que le monde devint un objet de vengeance
              Pour les ondes du ciel. 

   Ils virent de l'orgueil la fragile colonne 
   S'écrouler en naissant, pour dire à Babylone
              Que Dieu seul est puissant.
   Les peuples devant eux s'arrêtèrent à peine ; 
   Ils les virent passer comme on voit dans la plaine
              Les ombres du couchant. 

   Le passé cependant, avec indifférence,
   Les voit tous s'engloutir, sous sa noire puissance,
              Au gouffre impartial,
   Où l'oubli les attend d'un œil impitoyable,
   Et les marque aussitôt, comme on marque un coupable,
              De son sceau glacial. 

   Mais dis-moi, juste ciel ! Est-ce ainsi que tout passe ?
   Est-ce ainsi que la vie en silence s'efface
              Lorsque finit son cours ?
   Est-ce dans ce néant que tout doit disparaître ?
   Ou bien, est-il un monde où le temps doit renaître
              Et vivre pour toujours ?

   Ne viendra-t-il jamais une nouvelle aurore,
   Où les temps endormis pourront entendre encore
              La voix du Créateur ?
   Le soleil de justice, annoncé des prophètes,
   Se serait-il levé sur ces froides retraites
              Sans laisser sa chaleur ?

   Mais je vois une époque, à la voix souveraine !...
   Elle est là-bas, debout comme une jeune reine
              Pleine de majesté ! 
   Son règne doit passer aux célestes rivages ; 
   Son éclat doit briller bien au-delà des âges : 
              Pendant l'éternité  !

   C'est elle qui reçut la nouvelle sublime
   Qui fit rugir Satan au fond de son abîme,
              En brisant son pouvoir. 
   De l'enfer elle vit la terrible défaite,
   Quand cette grande nuit que chaque âge répète
              Apporta notre espoir. 

   Quand le ciel retentit de mille voix d'archanges, 
   Et que la Vierge Mère enveloppait de langes
              L'Enfant de Bethléem ! 
   Lorsqu'enfin fut payé le grand prix de la terre,
   Au jour où l'Homme-Dieu, pour monter au Calvaire,
              Quittait Jérusalem  !

   Comme un astre lointain, qui traverse les nues,
   Pour montrer de ses feux les routes inconnues
              D'un immense Océan,
   Ainsi du grand séjour, dont le passé s'empare,
   Cette époque, debout comme un lumineux phare,
              Éclaire le néant !...

   Roule vers ce beau phare, ô fleuve des années,
   En portant sur les flots nos belles destinées
              Vers les confins du Ciel !
   N'arrose que des fleurs en ta rapide course,
   Jusqu'au jour où tu dois remonter vers ta source,
              Aux monts de l'Éternel !...

                           James Donnelly (15 décembre 1865)



Tiré de : revue Le Foyer canadien, volume III, 1865, p. 320-324. Le poème a été publié de nouveau, en 1999, dans Yolande Grisé et Jeanne d'Arc Lortie, s.c.o., Les textes poétiques du Canada français (1606-1867), volume 11, Montréal, Fides, 1999, p. 582-586. 

Le docteur J. K. Foran sur James Donnelly : 

« Ayant fait un cours complet d'études, il devient à tour de rôle instituteur, maître-chantre, journaliste, chroniqueur, poète et partout et en tout temps un peu bohème. [...]  Esprit actif et nerveux, il lui semblait toujours impossible de rester en place : une main puissante le poussait sans relâche à la dérive sur l'immense fleuve de la vie. Un jour, je lui demandais pourquoi il n'écrivait pas des vers anglais, et voici ce qu'il me répondit : "Je dois tout ce que je possède aux Canadiens-français ― ma vie, mon instruction, et même mon pain quotidien  et ne serait-ce que par reconnaissance, si j'ai quelque chose à léguer à mon pays, je veux que la littérature canadienne-française en soit l'héritière" ». 

Pour en savoir plus sur James Donnelly, Irlandais de naissance adopté en 1847 par une famille canadienne-française de Saint-Laurent-de-l'île-d'Orléans, voyez le volumineux dossier sous son poème Où vont donc nos années ? 

Le poème Adieu à 1865, de James Donnelly, est d'abord paru en 1865
 dans la revue littéraire Le Foyer canadien, puis en 1999 dans le volume
onzième des Textes poétiques du Canada français

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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jeudi 24 décembre 2020

Noël

Le poème Noël, de Jean-Baptiste Lagacé (1868-1946) est paru tel qu'on le voit ci-haut dans le journal
Le Monde illustré du 29 décembre 1900, accompagné d'une illustration réalisée par l'auteur.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)




   Nuit d'étoiles, routes blanches,
   Gais carillons dans le ciel, 
   Froide bise dans les branches. 
   Minuit sonne : c'est Noël !

   Temples brillants de lumières,
   Cierges et fleurs à l'autel ;
   Voix entonnant des prières ; 
   Encens au chœur : c'est Noël !

   Jésus, sur la paille fraîche, 
   Couvé par l'œil maternel,
   L'âne soufflant à la crèche
   D'un air grave : c'est Noël ! 

   L'Hostie, en de nouveaux langes
   Enveloppant l'Éternel, 
   Et le Gloria des Anges
   Sonnant vainqueur : c'est Noël  !

   Grand feu dans les cheminées,
   Chansons, vin, gâteaux de miel, 
   Petit bas pleins de dragées ; 
   Baisers bruyants : c'est Noël ! 

   La joie, aux cœurs qui défaillent
   Flétrissant l'hiver cruel,
   Et les berceaux qui tressaillent : 
   Chez nous, c'est cela, Noël ! 

               Jean-Baptiste Lagacé* (1900)



Tiré de : Le Monde illustré, Montréal, 29 décembre 1900. Le poème est paru au cours de la même année dans Franges d'autel, recueil de poèmes de divers auteurs paru sous la direction de Louis Dantin. Ce volume a été réédité en 1997 par les éditions Hurtubise-HMH

*  Jean-Baptiste Lagacé est né à Montréal le 3 novembre 1868, d'Octave Lagacé, comptable, et d'Émilie Charpentier. Il fit ses études primaires à l'École Saint-Laurent, puis son cours classique au Collège de Montréal de 1882 à 1885, puis au Collège Sainte-Marie de Montréal, où il obtint le titre de bachelier en 1891.
   De 1893 à 1895, il fréquenta les cours de dessin d'Edmond Dyonnet à l'école du Conseil des arts et manufactures, à Montréal. En 1894, il se vit attribuer un prix et une mention honorable lors de la première exposition de la Société des arts du Canada. En 1895, il participa à l'exposition du salon de l'Art Association of Montreal, où il étudia le dessin et la peinture sous la direction du professeur William Brymner
   Il réalisa diverses œuvres artistiques, il fut conférencier public en esthétique et histoire de l'art dès 1890, notamment devant le Cercle Ville-Marie et l'Union catholique. Illustrateur de contes dans divers journaux et revues à partir de 1895, il réalisa les illustrations accompagnant les poèmes de divers auteurs dont Émile Nelligan, Arthur de Bussières, Lucien Rainier, Albert Ferland et lui-même, dans le recueil Franges d'autel, publié en 1900 sous la direction de Louis Dantin. Il fut aussi l'un des principaux concepteurs des défilés de la Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, entre 1925 et 1934. Il fut également le créateur de vitraux à thèmes historiques de la basilique Notre-Dame de Montréal
   Il fut le premier professeur d'histoire de l'art au Canada. Il enseigna cette discipline, de 1904 à 1944, à l'Université Laval de Montréal (devenue Université de Montréal en 1920), de même qu'au Monument national, de 1912 à 1944, et à l'École des beaux-arts de Montréal, de 1924 à 1936. Il enseigna également le dessin de 1908 à 1928 dans divers établissements, dont l'École normale Jacques-Cartier, l'École du Plateau, l'Académie commerciale catholique, l'École polytechnique de Montréal et l'École de chirurgie dentaire de Montréal. 
   Il est l'auteur de nombreux articles consacrés à l'art européen ou canadien, dont certains sont restés inédits tandis que d'autres furent publiés dans diverses revues. Il a rédigé trois ouvrages, tous restés inédits de son vivant. 
  Jean-Baptiste Lagacé est mort à Montréal le 18 décembre 1946. Il avait épousé Églantine Castonguay à Montréal, le 8 septembre 1904.
(Sources : Olga Hazan, La culture artistique au Québec au seuil de la modernité : Jean-Baptiste Lagacé, fondateur de l'histoire de l'art au Canada, Québec, Septentrion, 2010, 612 p. ; Wikipedia).  

Jean-Baptiste Lagacé (1868-1946)

(Source : Wikipedia)

En 1936, Jean-Baptiste Lagacé se vit décerner un doctorat honorifique par l'Université de
Montréal. Un volume, dont la couverture est reproduite ci-haut, fut publié à 150 exemplaires
pour commémorer cet événement. Il comporte les signatures manuscrites de Jean-Baptiste
Lagacé, d'Édouard-Zotique Massicotte et d'Aegidius Fauteux, qui quant à eux s'étaient vus
décerner d'autres distinctions cette même année. L'exemplaire ci-haut a été offert à 
Alphonse Lagacé, probablement un parent de Jean-Baptiste.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

En 2010, un ouvrage, signé Olga Hazan, 
et consacré à Jean-Baptiste Lagacé, fut 
publié aux éditions Septentrion. On peut
toujours se le procurer en librairie. Pour
plus d'informations, cliquer ICI


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mardi 22 décembre 2020

Mes illusions

Hector Séguin (1881-1898)

(Photo : Studio Laprès & Lavergne ;
source : BANQ)




   Nombreux sont mes espoirs, mes rêves de bonheur
   Tantôt se traduisant par ces mots magiques : 
   Considération, gloire, fortune, honneur,
   Pouvoir incontesté, succès diplomatiques ;

   Et tantôt me montrant dans toutes leurs douceurs
   Pour mes jours à venir, des plaisirs identiques
   À ceux que célébraient ces poètes antiques,
   Doux chantres de la vie à deux, du cœur à cœur. 

   Je sais que tout cela n'est rien qu'illusion,
   Que ces vœux, ces désirs enflammant ma jeunesse
   Devront supporter plus d'une déception. 

   Mais je veux, du chemin que je dois parcourir,
   Écarter le plus loin possible à ma faiblesse
   La désillusion sombre qui fait mourir. 

                                 Hector Séguin* (1898)



Tiré de : Le Monde illustré, Montréal, 12 mars 1898.

*   Hector Séguin est né à Montréal (paroisse de la cathédrale Saint-Jacques) le 2 janvier 1881, de Dosithé Séguin, commis-marchand chez Dupuis Frères, et de Dora Gauthier.
   Il fit ses études classiques au Collège Sainte-Marie de Montréal, dont il était l'un des meilleurs élèves. Il y croisa très probablement Émile Nelligan, son aîné de deux ans. Dès son adolescence, il publia des poèmes et articles dans des journaux et périodiques. Ses poèmes étaient souvent signés « B. H. Séguin ».
   Hector Séguin est mort noyé accidentellement, à l'âge de 17 ans, le 12 juillet 1898, à Stanfold (aujourd'hui Princeville, dans les Bois-Francs), alors qu'il se trouvait en vacances chez son oncle, Charles-Arthur Gauvreau, député de Témiscouata. 

Pour en savoir plus sur Hector Séguin, voyez les documents présentés sous son poème L'amitié

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La revue La Séguinière, de l'Association des Séguin d'Amérique,
a consacré deux pages à Hector Séguin dans chacun de ses 
numéros de juin et de décembre 2020. 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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dimanche 20 décembre 2020

Le cri du poète


Albert Ferland (1872-1943)

(Source : Paul Wyczynski, Louis-Joseph
Béliveau
 et la vie littéraire de son temps
,
Montréal, éditions Fides, 1984, p. 103).



         Au doux poète Bourbeau-Rainville
         qui me dédie "Le poète malade".


   Roseau qu'un vent fléchit, qui toujours se redresse,
   Le Poète a le don de garder sa jeunesse,
   De créer des chansons où son cœur est bercé,
   De trouver quelque baume à son amour blessé.
   S'il ne peut s'arrêter le long de son voyage, 
   Il sait se retrouver dans l'aube par l'image,
   Se faire une oasis de son printemps enfui : 
   C'est son art d'oublier les déserts d'aujourd'hui.

   Le Temps ne courbe pas l'Élu d'un noble rêve ;
   Plus son corps se meurtrit, plus haut son chant s'élève.
   Le chantre a dans ses yeux de mystiques rayons.
   Sa gloire est de tracer de lumineux sillons,
   De mettre sa fierté dans des œuvres sereines, 
   D'aller paisible et pur sur les routes humaines
   Et, parfois, dit Musset, pareil aux pélicans, 
   De s'offrir en festin aux hommes dans ses chants.

   Toi qui sais le néant, la cendre de la gloire, 
   Garde le goût divin de chanter et de croire ;
   Généreux, va semer comme un semeur son grain,
   Va semer l'idéal au champ de ton prochain ;
   Tout le sang de ton cœur, toute ta chanson fière,
   Donne-les sans compter, donne les comme un frère ;
   Pour pousser sans merci les âmes vers le Beau,
   Endors chaque tristesse au son d'un champ nouveau.

   Sois riche de pardon et ne vois pas l'outrage,
   Renouvelle sans fin le cri de ton courage. 
   Nul labeur ne se perd sous le regard de Dieu.
   On est grand de garder dans l'ombre même feu, 
   De se trouver vaillant pour rire à la défaite,
   D'avoir pour les combats une âme toujours prête. 
   Ah ! viens mordre au cœur le chardon des oublis !...
   Sois fidèle à ton Rêve et doux à ton Pays !  

                                      Albert Ferland (1916)



Tiré de : revue Le Pays laurentien, Montréal, mars 1916.

Pour en savoir plus sur Albert Ferland, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Les pins qui chantent

D'Albert Ferland, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Retour des corneilles ; Au gré de l'onde ; Exaltation


Le cri du poète, ci-haut, est tiré du numéro de
mars 1916 de la revue Le Pays laurentien.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite d'Albert Ferland 
dans son recueil Mélodies poétiques

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Albert Ferland est l'un des 100 poètes présentés dans 
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samedi 12 décembre 2020

Le poète malade

Olivier-Victor Bourbeau-Rainville (1873-1916)

(Source : André Couture, Les doux fantômes 
d'un grand regret
, Gatineau, Société d'histoire
de l'Outaouais, 2008)




          Au délicat poète Albert Ferland
          pour lui souhaiter la force d'obéir à sa muse.


   Pourquoi m'éveillez-vous, frais rayons de l'aurore ?
   Le sommeil m'est si doux ! J'y peux rêver encore.
   Que faire maintenant avec un nouveau jour,
   Si je ne puis remplir ma tâche coutumière ?
   Heureux le paysan qui sort de sa chaumière
   Et, robuste, conduit ses bœufs par le labour !

   Mon cœur le suit. Partout la nature s'éveille.
   Des sons mélodieux enchantent mon oreille.
   Tout retourne au travail avec rires et chants.
   Tel l'érable blessé laisse couler sa sève,
   Tel j'irai de mon cœur laisser couler le rêve
   Près des sources, sous bois, sur les monts, dans les champs. 

   J'aurais voulu tresser les beautés de l'Histoire
   Et tresser de mes vers des couronnes de gloire
   Aux héros, artisans de mon jeune pays ;
   Mais pour peindre les traits, les mœurs, les caractères
   Des immortels semeurs, pionniers de nos terres,
   Il me faudrait leur force au milieu des taillis.

   Et mon esprit ressemble aux étoiles lointaines
   Jetant à l'horizon leurs lueurs incertaines,
   Près de la rampe d'or où le jour va mourir.
   Par les minces rayons de ces pâles lumières,
   On sent glisser les pleurs de mystiques paupières
   Qui versent la rosée aux fleurs qui vont s'ouvrir.

   Songe aux Gethsémanis dont les larmes demeurent. 
   Va vers Celui qui dit : "Bienheureux ceux qui pleurent". 
   Quand tu ne pourras plus faire chanter les mots,
   Sentant vibrer ton cœur au choc de la souffrance,
   Regarde au fond du ciel l'astre de l'Espérance,
   Ravive ton courage et souris à tes maux. 

              Olivier-Victor Bourbeau-Rainville (1916)



Tiré de : revue Le Pays laurentien, Montréal, février 1916, p. 29.

Pour en savoir plus sur Olivier-Victor Bourbeau-Rainville, voyez la notice biographique et les documents sous son poème L'oeil 

Le poème malade, ci-haut, d'Olivier-Victor
Bourbeau-Rainville, est tiré du numéro de
février 1916 de la revue Le Pays laurentien.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Outre de nombreux poèmes publiés dans divers journaux et périodiques, Olivier-
Victor 
Bourbeau-Rainville a écrit des pièces des théâtre, dont Dollard des Ormeaux,
qui fut jouée à Montréal en 1911 et qui connut un certain succès. On voit ci-haut la
dédicace manuscrite de l'auteur dans un exemplaire du texte de cette pièce,
accompagné de notes, toujours de la main de l'auteur, expliquant le cadre
dans lequel la pièce fut jouée. On peut télécharger gratuitement le texte
de cette pièce en cliquant ICI.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Le poème ci-haut est adressé au poète Albert Ferland.

(Source : Louis-Joseph Béliveau et la vie littéraire 
de son temps
, Montréal, Fides, 1984, p. 103)

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