jeudi 29 avril 2021

Le vieux pin

À gauche : illustration de Gérard Morisset accompagnant le poème 
"Le vieux pin", de Marie-Louis Beaulieu, ci-dessous. Les deux étaient
alors étudiants au Collège de Lévis, dont la photo de droite montre
l'apparence au début du vingtième siècle, époque où Morisset et
Beaulieu le fréquentaient. 

(Sources : Illustration de Gérard Morisset : Collège de Lévis, Compositions
 littéraires
, Québec, Imprimerie Laflamme, 1917, p. 80. Photo : BANQ.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)





            (Fragments) 


   On ne le verra plus le vieux pin solitaire ;
   Comme un géant vaincu tombé au combat,
   Il est là, sans parure, étendu sur la terre ; 
   Il pleure sa vigueur qui trop tôt le quitta.

   Depuis longtemps déjà, ses longs rameaux sans vie,
   Comme des bras de mort, dans les cieux s'élevaient ; 
   Il demeurait rêveur, plein de mélancolie,
   Quand du printemps joyeux les beaux jours revenaient. 

   Alors qu'autour de lui, tout n'était que verdure,
   Tout se couvrait de fruit, de grâce et de beauté,
   Insensible au réveil de la belle nature,
   Il gardait son aspect de morne austérité. 

   Combien d'écoliers, ignorant la souffrance,
   Alertes et joyeux, il avait vu jouer ;
   Et combien sont venus, enivrés d'espérance,
   Sous ses rameaux épais comme l'oiseau chanter !

   Près de son pied moussu, combien de jeunes âmes,
   Au début de la vie, ont rêvé d'avenir,
   Pendant que l'horizon se colorait de flammes,
   Que la brise chantait comme dans un soupir !

   À l'âge où tout est rose, où des peines secrètes
   L'on n'a pas éprouvé la cuisante douleur, 
   Écoutant la chanson de ses vertes aigrettes,
   Combien d'adolescents ont goûté le bonheur ! 

   Dans le calme des soirs, quand de la nuit prochaine, 
   Descendant sur le sol comme avec un frisson,
   Le souffle murmurant, la fugitive haleine
   Courbait les épis d'or de la belle moisson. 

   À l'heure du repos, quand, sur les blanches roses,
   L'insecte vagabond se blottissait pour la nuit,
   Nous allions écouter la romance des choses
   À l'ombre de ce pin où n'allait pas le bruit. […]

                                  Marie-Louis Beaulieu *(1916)



Tiré de : Collège de Lévis, Compositions littéraires, Québec, Imprimerie Laflamme, 1917, p. 81-82. Cliquer ICI pour consulter la version intégrale du poème.

*  Marie-Louis Beaulieu est né à Saint-Georges-de-Beauce le 15 septembre 1896, d'Alcide Beaulieu, marchand de bois, et d'Agnès Morency. De 1911 à 1920, il fit ses études classiques et commerciales au Collège de Lévis, puis entra à l'Université Laval de Québec, où il reçut une licence de philosophie (1921) puis de droit (1923). 
    Dès ses études universitaires, il participa à la vie littéraire de son temps. Il collabora à divers journaux et périodiques, dont Le Béret, un journal étudiant de l'Université Laval où, sous le pseudonyme de « Jean Malobe » il publia des poèmes et articles sur des sujets divers.
   En 1923, il fut admis au Barreau et débuta sa carrière d'avocat au sein d'un cabinet dont faisait également partie René Chaloult, lequel deviendra un important homme politique nationaliste.  
   En 1927, il fonda la Société des études juridiques, dont la mission consistait à aider les jeunes avocats et notaires à parfaire leurs connaissances juridiques. Il fut également longtemps actif dans le droit du travail et participa en 1940 à la rédaction de la loi sur les lois collectives du travail. 
   Durant les années 1930, il s'investit dans la mouvance politique nationaliste auprès des René Chaloult, Philippe Hamel et Paul Gouin. Il fut notamment avocat de René Chaloult lors du retentissement procès subi par celui-ci parce qu'il s'était opposé à la conscription et qui aboutit à l'acquittement du défendeur.
   En 1938, il obtint un doctorat en droit de l'Université Laval. La même année, il devint professeur de législation ouvrière, industrielle et sociale à la Faculté des sciences sociales de la même université. 
   Il collabora à plusieurs revues juridiques, dont la Revue du Barreau de la province de Québec, la Revue du droit, la Revue du notariat, les Cahiers du droit. Il contribua également aux revues Ensemble, consacrée au mouvement coopératif, et Relations industrielles.
    En 1945, l'Université de Poitiers (France) lui décerna un doctorat honorifique.  
   En 1955, il publia un ouvrage de synthèse, Les conflits du droit dans les rapports collectifs de travail
   Marie-Louis Beaulieu est mort à Québec le 14 février 1971. Il avait épousé, le 5 mai 1952 à Montréal, Jeanne Quintal, femme de théâtre qui joua un rôle important pour l'amélioration de la qualité de la langue française parlée.
(Sources : Jean-Charles Bonenfant, Me Marie-Louis Beaulieu, dans Les Cahiers de droit, vol 9, no 3, septembre 1968 ; Les biographies françaises d'Amérique, Montréal, Les Journalistes associés Éditeurs, 1942, p. 407 ; Raymond Deraspe, Marie-Louis Beaulieu, avocat à la carrière exceptionnelle, dans la revue L'Ancêtre, vol 39, no 301, hiver 2013).  

Marie-Louis Beaulieu (1896-1971)

(Source : Les biographies françaises d'Amérique,
Montréal, Les Journalistes associés Éditeurs, 
1942, p. 407)

Le poème Le vieux pin, dont des fragments
sont présentés ci-haut, fait partie de
Compositions littéraires, recueil d'œuvres
composées par des étudiants du Collège
de Lévis et paru en 1916. Cliquer ICI
pour consulter la version intégrale
du poème.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)



En 1912, le gouvernement ontarien imposait
le Règlement 17, qui bafouait les droits
scolaires des Franco-Ontariens. Alors 
jeune étudiant au Collège de Lévis, 
Marie-Louis Beaulieu en fit le sujet
d'une dissertation, sous forme d'une
lettre qu'il adressa aux organisations
de défense des Franco-Ontariens. 
Pour consulter ce document, 
cliquer sur cette image : 


En 1942, René Chaloult, au centre, subit un procès pour
s'être exprimé contre la conscription, lors de la deuxième
guerre mondiale. Marie-Louis Beaulieu, que l'on voit 
à la gauche de Chaloult, fut son avocat et obtint son
acquittement. On aperçoit également Philippe Hamel, à 
gauche, et Paul Gouin, de dos.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Marie-Louis Beaulieu, vers la fin de sa vie.

(Source : BANQ)


En 1968, dans les Cahiers du droit, l'universitaire
Jean-Charles Bonenfant publia un article détaillé
sur la vie et la carrière de Marie-Louis Beaulieu.
Pour consulter cet article, cliquer 
sur la photo de Bonenfant :


Le Soleil, 15 février 1971

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Le Soleil, 15 février 1971

(Cliquer sur l'image 
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dimanche 25 avril 2021

"Vieille Pie" et "Pavot" s'échangent des rimettes

« Vieille Pie », pseudonyme de Célestine Trottier (1863-1944)
et « Pavot », pseudonyme d'Henri d'Arles (1870-1930)

(Sources : Célestine Trottier : Geneanet.org ;
Henri d'Arles : revue Le Forum, University of Maine)




Le « Moulin Trottier », Arthabaska.
Photo d'époque colorisée par nous.

« En revoyant ces lieux je pense
   Au temps où j'étais écolier,
   Quand je poussais l'impertinence
   D'aller jusqu'au « Moulin Trottier ».
- « Pavot », dans le poème ci-dessous.

(Source : Pierre Ducharme, Henri d'Arles : abbé singulier,
écrivain pluriel
, Québec, Collection Griffonnages, 2019)



    De « Pavot » à « Vieille Pie » :


   Je ne devais plus vous écrire
   Et je songeais à m'éloigner
   Quand le sort, pour me contredire,
   Vers vos parages m'a mené ;
   Un soir devant votre demeure
   On m'a fait passer en auto.
   Et depuis ce temps je pleure,
   Nul n'ayant reconnu Pavot.

   C'est donc ainsi que l'on oublie
   Ses vieux amis ? Mais j'aurais cru
   Qu'au moins Madame Vieille Pie
   D'un coup d'œil m'aurait reconnu ;
   C'est vrai qu'après si longue absence
   Il n'y a rien de surprenant
   Qu'on ait oublié son enfance
   Et ses camarades d'antan. 

   Sur votre balcon installée
   Vous faisiez sans doute des vers.
   Je vous aurais bien saluée,
   N'eussiez-vous eu les yeux en l'air.
   Vous inspiriez-vous de la lune, 
   Du Mont Christo ou du clocher ?
   Ah ! Je ne vous tiens pas rancune
   De ne pas m'avoir vu passer. 

   De la galerie la lumière
   Me fit entrevoir le gazon
   Et les fleurs de votre parterre
   Aux cent couleurs, aux mille tons. 
   Vous cultivez le lis, la rose
   Et toutes les fleurs avec art,
   Mais la fleur de choix, je suppose
   Que c'est votre époux Adélard ?

   En revoyant ces lieux, je pense
   Au temps où j'étais écolier,
   Quand je poussais l'impertinence
   D'aller jusqu'au « Moulin Trottier », 
   Grimpant pour cueillir la cerise ;
   Nous en mangions à qui mieux mieux. 
   Je vous revois sous l'arbre assise,
   Me regardant de vos grands yeux.

   Aux heures de la promenade, 
   Lorsque vous sortiez du couvent,
   Je me mettais en embuscade
   Pour vous saluer en passant. 
   J'étais gamin et vous gamine,
   Maintenant nous sommes deux vieux,
   Pardon Madame Célestine,
   Je prends ce mot pour rimer mieux. 

   Vous êtes plusieurs fois grand-mère,
   Je dois vous en féliciter,
   Mais moi j'ai la douleur amère
   D'être un vieux garçon indompté.
   Je voudrais pouvoir me reprendre
   Et ma vie la recommencer, 
   Me choisir une épouse tendre. 
   « Il est trop tard », dit mon passé.

                            Pavot (octobre 1928)


(Réponse de « Vieille Pie » ci-dessous)


Tiré de : Pierre Ducharme, Henri d'Arles : abbé singulier, écrivain pluriel, Québec, Collection Griffonnages, 2019, p. 183-185. Le poème est initialement paru dans L'Union des Cantons de l'Est, 25 octobre 1928



Dégel au Pont Rouge, Arthabaska.
Toile de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté.


   « Du Pont Rouge prenez la route
   À gauche en revenant du coin.
   À douze arpents, ce n'est pas loin,
   Vous vous le rappelez sans doute ».
- « Vieille Pie ». dans le poème ci-dessous.

(Source : Pierre Ducharme, Henri d'Arles : abbé singulier,
écrivain pluriel
, Québec, Collection Griffonnages, 2019)


    De « Vieille Pie » à « Pavot » :


   Du Pont Rouge prenez la route
   À gauche en revenant du coin.
   À douze arpents, ce n'est pas loin,
   Vous vous le rappelez sans doute. 

   Dans notre enfance, les autos
   Ne grimpaient pas les coteaux.
   À travers les cimes d'érables
   On voit la maison, les étables...

   Marche, marche au bout du chemin,
   C'est là qu'est planté le Moulin ! 
   La chaux, ainsi que la vieillesse
   Ont la manière pour blanchir :
   L'un conserve la jeunesse, 
   L'autre fait cesser de blondir.

   Pardon ! Pour votre habit gris perle,
   La poussière sur lui déferle : 
   Elle ne m'atteint pas ; sur moi
   La toile nargue sans effroi.
  
   Autre chose est la manivole,
   Que Larousse n'héberge pas ;
   J'en engagerais ma parole
   Qu'il la regrette, chapeau bas ! 

   Elle est tout à fait canadienne. 
   Ah ! Que longtemps, elle fut mienne !
   Elle enfarinait les plafonds,
   Le demi-minot, la mouture
   D'une impalpable garniture...
   L'arbre de couche attire, entrons
   Voir les Olivets, la grand'roue
   Où le jour durant, l'eau se joue
   Dans le sous-sol, puis au premier
   (Qu'il fait sombre, cet escalier)
   Fonctionnent des jolies turbines
   L'impressionnante machine.

   Une autre équipe d'ouvriers
   S'en revient avaler sa soupe...
   En plein bois la châsse découpe
   Croûtes, planches et madriers.
   L'eau refoulante de la dalle
   Aux vieux, fi donc ! serait fatale ?

   Retournons par le bord de l'eau
   Voir si nous sommes encore beaux. 
   Avant d'avoir la tête grise,
   Était-ce ici que vous montiez
   Manger des petites merises ?
   Était-ce ainsi que vous trottiez ?

                     Vieille Pie (février 1929)


Tiré de : Pierre Ducharme, Henri d'Arles : abbé singulier, écrivain pluriel, Québec, Collection Griffonnages, 2019, p. 178-180. Le poème est initialement paru dans L'Union des Cantons de l'Est, 7 février 1929.

« Pavot » est le nom de plume d'Henri d'Arles, qui lui même est le nom de plume de Henri Beaudet (1870-1930), natif d'Arthabaska, prêtre, esthète, historien, auteur du premier livre de critique d'art paru au Québec. D'Henri d'Arles, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté Caprice et Vœu

« Vieille Pie » est le nom de plume de Célestine Trottier, cousine de Henri d'Arles, née à Arthabaska le 4 avril 1863. Elle a épousé Adélard Picher à Arthabaska le 2 septembre 1885. Elle est décédée à Montréal le 13 janvier 1844, et fut inhumée à Arthabaska.
(Sources : Geneanet.org ; Le Devoir, 14 janvier 1944).

Pour en savoir plus sur Henri d'Arles, 
cliquer sur cette image : 



En 2010, est parue la première biographie
consacrée à Henri d'Arles, l'une des 
meilleures plumes que le Québec
aura produites, premier critique d'art,
esthète, homme de lettres et historien.
L'auteur de cet ouvrage remarquable
et captivant est Pierre Ducharme.
On peut trouver cette biographie 
seulement à la Librairie La Liberté, 
sur place ou par commande postale. 
Pour informations, cliquer sur 
la couverture du volume : 



En 1920, Henri d'Arles publiait un texte dans lequel
il expose la réalité des objectifs génocidaires des
Anglais lors de la Déportation des Acadiens de 1755.
Pour accéder à ce texte, cliquer sur cette image : 


Célestine Trottier alias « Vieille Pie »
et son époux Adélard Picher.

(Source : Geneanet.org)

Le Devoir, 14 janvier 1944.

(Source : BANQ)


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lundi 19 avril 2021

Regrets précoces

Guy d'Arvor 
nom de plume de
Léo Cadieux (1908-2005)

(Source : Les biographies françaises d'Amérique,
Sherbrooke, Les journalistes associés, 1950)




   Ils ont fui ces instants où mon âme ravie,
   Dans son sublime vol, rêvait l'immensité,
   S'enlevait en l'espace, naïve et hardie,
   Ignorant les revers et la fatalité.

   Aux jours où la candeur éclairait mon front pâle,
   Où je courais joyeux le léger papillon ; 
   Sans morbides désirs, mon âme virginale
   Vivant en liberté, chantait la création. 

   Aiguillon incessant, mon heureuse ignorance
   Me lançait tout grisé dans un monde inconnu
   Où j'espérais trouver une divine essence
   Que priserait mon cœur en son culte ingénu.

   Dès l'aurore apeurée, en ma vive jeunesse,
   J'ai connu, éprouvé le calme de l'étang ; 
   Mais sur ma lèvre en feu, déjà prise d'ivresse, 
   Des poisons capiteux ont fait bouillir mon sang.

   Ah ! dans ces temps heureux, exempts de toute peine,
   Au cristal du ruisseau j'ai miré mes amours !
   Serais-je le jouet d'un souffle qui m'entraîne,
   Tourbillonnant sans cesse et m'emportant toujours ?
 
   J'ai mis à flot ma nef au sein de la tendresse,
   Rapide, elle a vogué sur de grands océans : 
   La tempête se lève et la jette en détresse
   Et mon espoir faiblit à chaque pas du temps. 

   L'éternelle douleur a marqué dans ma course,
   En funèbres jalons, des automnes amers ; 
   Le torrent de ma vie est troublé dès sa source,
   Je compte les printemps, et bien plus les hivers.

   Après avoir ouvert les bras à l'existence,
   Savourant à longs traits le nectar de l'amour,
   Je les ai refermés, le cœur plein d'espérance,
   Et je me suis trouvé sur la fin d'un beau jour.

   J'ai vu seize printemps fleurir dans mon parterre,
   Et maintenant, hélas ! rêveur, désabusé,
   Contemplant les débris qui gisent sur la terre,
   Je vois qu'avec fureur un orage a passé.

   Malgré ce grave faix, malgré ces amertumes,
   Mes ailes vers l'éther s'ouvrent pour s'élever,
   Pour conquérir le ciel où les astres s'allument,
   Et, la palme ravie, avec Dieu s'envoler.

   Car plus haut qu'ici-bas, plus haut dans les espaces,
   S'écoule un flot divin qui ne tarit jamais.
   Plus haut que cet exil, que ces douleurs qui passent,
   Malgré mes pieds meurtris, je verrai les sommets.

   Sur le mont le plus haut, je verrai la lumière,
   Je sècherai mon front d'une amère sueur ; 
   Ma plainte finira, mais non pas ma prière,
   Mon cœur sera guéri dans le sein du bonheur.

                                     Guy d'Arvor*(1925)



Tiré de : Guy d'Arvor (pseudonyme de Léo Cadieux), Au jardin du cœur, Saint-Jérôme, Imprimerie J.-H.-A. Labelle, 1927, p. 52-54. 

*  Léo Cadieux (dont le nom de plume est Guy d'Arvor) est né à Saint-Jérôme le 28 mai 1908, de Joseph-Édouard Cadieux et de Rosa Paquette. Après son cours primaire dans sa ville natale, il fit ses études classiques au Séminaire de Sainte-Thérèse.
   Journaliste de profession, il fut d'abord assistant-chef des nouvelles à La Presse, puis, durant la deuxième guerre mondiale, il exerça les fonctions de co-directeur des relations publiques au Ministère de la Défense nationale. En 1944, il se rendit en Europe en tant que journaliste et couvrit la Libération de la France pour La Presse
   En 1945, il devint co-propriétaire et directeur de La Revue moderne, où il s'investit durant plusieurs années. En 1953, il devint directeur administratif de l'hebdomadaire L'Avenir du Nord, de Saint-Jérôme. 
   En 1949, il fut élu premier maire de Saint-Antoine-des-Laurentides (fusionné en 2002 avec Saint-Jérôme), en plus d'avoir été président de la commission scolaire de cette localité.
  En 1960, il occupa la fonction de greffier de la paix, de la Couronne et de la Cour du magistrat pour le district de Terrebonne. 
   En 1962, il fut élu député fédéral de la circonscription de Terrebonne, fonction à laquelle il fut réélu en 1963, 1965 et 1968. En février 1965, il fut nommé ministre-adjoint de la Défense nationale, puis ministre en titre de ce même ministère de 1967 à 1970, année où il quitta la vie politique pour devenir ambassadeur à Paris. 
   Il est l'auteur de deux volumes : Au jardin du cœur (poésie, 1927) et L'ABC du Canada français (1943).
   Léo Cadieux est mort à Ottawa le 11 mai 2005. Il avait épousé en première noces Georgette Olivier le 14 mai 1938, puis en secondes noces Monique Plante le 1er août 1961.
(Sources : L'Avenir du Nord, 17 février 1965 ; Les biographies françaises d'Amérique, Sherbrooke, Les journalistes associés éditeurs, 1950, p. 887 ; Wikipedia). 


Au jardin du cœur, recueil de Guy d'Arvor
(nom de plume de Léo Cadieux) d'où est
tiré le poème Regrets précoces, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Recension du recueil Au jardin du cœur, de Guy d'Arvor
(Léo Cadieux) dans L'Avenir du Nord du 27 novembre 1927.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

En 1949, Léo Cadieux fit partie du jury de fondation du Prix du
Cercle du livre de France. On le voit ici avec les autres membres 
du jury (assis) : Luc Lacourcière, Léo Cadieux, Jean Béraud (nom
de plume de Jacques Laroche), Geneviève de la Tour Fondue-Smith,
Dostaler O'Leary ; (debout) : René Garneau, Jean-Pierre Houle,
Roger Duhamel, Jean Chauvin.

(Source : Panorama des lettres canadiennes-françaises,
Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1964, p. 51)

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vendredi 16 avril 2021

Aube printanière

Renée des Ormes
nom de plume de
Marie-Léonida Ferland-Turgeon
(1881-1957)

(Source : Georges Bellerive, Brèves apologies de nos
auteurs féminins
, Québec, Librairie Garneau, 1920)




   C'est l'aube ! L'horizon des lueurs incertaines
                    Se teinte doucement...
   On entend par le bois, les routes et les plaines
                    Un long bruissement
   Qui se change soudain en un concert magique
                    Où chaque être a sa voix : 
   L'oiseau son gazouillis, les sources leur musique,
                    Pour chanter à la fois,
   Dans le matin qui luit, le jour qui se dessine,
                    L'hymne reconnaissant
   Que la Terre doit rendre, en cette heure opaline,
                    Au Maître tout-puissant !

   Il est pour notre coeur ainsi que pour la Terre
                    Des matins lumineux,
   Des aubes de bonheur et de chaude lumière,
                    Des instants radieux !...
   Si j'ai parfois douté des hommes et des choses,
                    Je comprends qu'une main
   Voulût me soutenir et mêler quelques roses
                    Aux ronces du chemin...
   Et je chante la paix qui renaît dans mon âme,
                    Pendant qu'au fond des cieux,
   Sur toute la nature en fête qui l'acclame, 
                    Brille l'astre des dieux ! 

                             Renée des Ormes* (21 mars 1921)



Tiré de : Le Jardin des muses canadiennes, Vol. 1 - No 1, Québec, février 1922, p. 29. 

* Renée des Ormes est le nom de plume de Marie-Léonida Ferland-Turgeon, née le 27 juin 1881 à Sainte-Marguerite-de-Jolliet (Chaudières-Appalaches), de Maxime Ferland, cultivateur, et de Rose-Délima Bolduc.
   Après ses études à Saint-Isidore au couvent des Sœurs du Bon-Pasteur, elle débuta une carrière d'institutrice et enseigna tour à tour à Saint-Odilon-de-Cranbourne, Sainte-Hénédine et Saint-Irénée-les-Bains.
    Intéressée par la littérature, elle contribua à divers journaux et périodiques, dont Le Soleil, La Revue moderne, L'Action catholique, Le Canada français (Université Laval), Le Travailleur (Worcester, Massachusetts), Mon Magazine et L'Événement-Journal, où elle utilise les noms de plume de « Marcelle Amy » ou « Amy ». Elle se fit toutefois surtout connaître par son nom de plume de « Renée des Ormes ». Elle a été vice-présidente de la Société des auteurs canadiens-français.
     Elle est l'auteure de Entre deux rives (1920) ; Célébrités (1927, qui contient notamment une biographie de l'écrivaine Laure Conan, nom de plume de Félicité Angers) ; Robertine Barry, en littérature Françoise : pionnière du journalisme féminin au Canada (1949).
    Marie-Léonida Ferland-Turgeon est morte à sa résidence de Lachenaie (fusionné depuis avec Terrebonne) le 30 octobre 1957. Le 26 septembre 1906, elle avait épousé Louis-Joseph Turgeon, dont elle devint veuve en 1910. Elle était cousine du poète et illustrateur Albert Ferland.
(Sources : Georges Bellerive, Brèves apologies de nos auteurs féminins, Québec, Éditions Garneau, 1920, p. 115-117 ; Précis d'histoire littéraire : littérature canadienne-française, Lachine, Procure des missions des Sœurs de Sainte-Anne, 1928, p. 323 ; Madeleine Gleason-Huguenin, Portraits de femmes, tome 1, Montréal, Éditions La Patrie, 1938, p. 261 ; Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, Guérin, 2007, p. 157 ; Le Soleil, 24 mai 1930 ; Littérature et société 2014).


Le poème Aube printanière, ci-haut, de
Renée des Ormes, est paru dans le premier
numéro de la revue Le Jardin des muses
canadiennes
, en février 1922.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)


Pour consulter le portrait de Renée des Ormes que 
ouvrage Portraits de femmes (1938), cliquer 
sur l'image de la couverture :


Dédicace manuscrite de Renée des Ormes dans
son ouvrage consacré à Robertine Barry. La 
dédicace est adressée à Albertine Ferland-
Angers
, écrivaine et sœur du poète et
illustrateur Albert Ferland. Les deux 
dont cousins de Renée des Ormes.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)

Renée des Ormes est l'auteure de la première
biographie consacrée à Robertine Barry
première femme chroniqueuse dans le
journalisme canadien-français. On peut 
télécharger cet ouvrage ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Le Soleil, 24 mai 1930.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'élargir)

Renée des Ormes, dans La Presse du 13 août 1932.

(Source : BANQ)

L'Action catholique, 21 novembre 1957.
L'année de sa naissance dans l'article
est erronée : elle est née en 1881)

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'élargir)

La Presse, 1er novembre 1957. Son âge dans la
notice est erroné : elle avait 76 ans à son décès.

(Source : BANQ
)


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