jeudi 29 avril 2021

Le vieux pin

À gauche : illustration de Gérard Morisset accompagnant le poème 
"Le vieux pin", de Marie-Louis Beaulieu, ci-dessous. Les deux étaient
alors étudiants au Collège de Lévis, dont la photo de droite montre
l'apparence au début du vingtième siècle, époque où Morisset et
Beaulieu le fréquentaient. 

(Sources : Illustration de Gérard Morisset : Collège de Lévis, Compositions
 littéraires
, Québec, Imprimerie Laflamme, 1917, p. 80. Photo : BANQ.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)





            (Fragments) 


   On ne le verra plus le vieux pin solitaire ;
   Comme un géant vaincu tombé au combat,
   Il est là, sans parure, étendu sur la terre ; 
   Il pleure sa vigueur qui trop tôt le quitta.

   Depuis longtemps déjà, ses longs rameaux sans vie,
   Comme des bras de mort, dans les cieux s'élevaient ; 
   Il demeurait rêveur, plein de mélancolie,
   Quand du printemps joyeux les beaux jours revenaient. 

   Alors qu'autour de lui, tout n'était que verdure,
   Tout se couvrait de fruit, de grâce et de beauté,
   Insensible au réveil de la belle nature,
   Il gardait son aspect de morne austérité. 

   Combien d'écoliers, ignorant la souffrance,
   Alertes et joyeux, il avait vu jouer ;
   Et combien sont venus, enivrés d'espérance,
   Sous ses rameaux épais comme l'oiseau chanter !

   Près de son pied moussu, combien de jeunes âmes,
   Au début de la vie, ont rêvé d'avenir,
   Pendant que l'horizon se colorait de flammes,
   Que la brise chantait comme dans un soupir !

   À l'âge où tout est rose, où des peines secrètes
   L'on n'a pas éprouvé la cuisante douleur, 
   Écoutant la chanson de ses vertes aigrettes,
   Combien d'adolescents ont goûté le bonheur ! 

   Dans le calme des soirs, quand de la nuit prochaine, 
   Descendant sur le sol comme avec un frisson,
   Le souffle murmurant, la fugitive haleine
   Courbait les épis d'or de la belle moisson. 

   À l'heure du repos, quand, sur les blanches roses,
   L'insecte vagabond se blottissait pour la nuit,
   Nous allions écouter la romance des choses
   À l'ombre de ce pin où n'allait pas le bruit. […]

                                  Marie-Louis Beaulieu *(1916)



Tiré de : Collège de Lévis, Compositions littéraires, Québec, Imprimerie Laflamme, 1917, p. 81-82. Cliquer ICI pour consulter la version intégrale du poème.

*  Marie-Louis Beaulieu est né à Saint-Georges-de-Beauce le 15 septembre 1896, d'Alcide Beaulieu, marchand de bois, et d'Agnès Morency. De 1911 à 1920, il fit ses études classiques et commerciales au Collège de Lévis, puis entra à l'Université Laval de Québec, où il reçut une licence de philosophie (1921) puis de droit (1923). 
    Dès ses études universitaires, il participa à la vie littéraire de son temps. Il collabora à divers journaux et périodiques, dont Le Béret, un journal étudiant de l'Université Laval où, sous le pseudonyme de « Jean Malobe » il publia des poèmes et articles sur des sujets divers.
   En 1923, il fut admis au Barreau et débuta sa carrière d'avocat au sein d'un cabinet dont faisait également partie René Chaloult, lequel deviendra un important homme politique nationaliste.  
   En 1927, il fonda la Société des études juridiques, dont la mission consistait à aider les jeunes avocats et notaires à parfaire leurs connaissances juridiques. Il fut également longtemps actif dans le droit du travail et participa en 1940 à la rédaction de la loi sur les lois collectives du travail. 
   Durant les années 1930, il s'investit dans la mouvance politique nationaliste auprès des René Chaloult, Philippe Hamel et Paul Gouin. Il fut notamment avocat de René Chaloult lors du retentissement procès subi par celui-ci parce qu'il s'était opposé à la conscription et qui aboutit à l'acquittement du défendeur.
   En 1938, il obtint un doctorat en droit de l'Université Laval. La même année, il devint professeur de législation ouvrière, industrielle et sociale à la Faculté des sciences sociales de la même université. 
   Il collabora à plusieurs revues juridiques, dont la Revue du Barreau de la province de Québec, la Revue du droit, la Revue du notariat, les Cahiers du droit. Il contribua également aux revues Ensemble, consacrée au mouvement coopératif, et Relations industrielles.
    En 1945, l'Université de Poitiers (France) lui décerna un doctorat honorifique.  
   En 1955, il publia un ouvrage de synthèse, Les conflits du droit dans les rapports collectifs de travail
   Marie-Louis Beaulieu est mort à Québec le 14 février 1971. Il avait épousé, le 5 mai 1952 à Montréal, Jeanne Quintal, femme de théâtre qui joua un rôle important pour l'amélioration de la qualité de la langue française parlée.
(Sources : Jean-Charles Bonenfant, Me Marie-Louis Beaulieu, dans Les Cahiers de droit, vol 9, no 3, septembre 1968 ; Les biographies françaises d'Amérique, Montréal, Les Journalistes associés Éditeurs, 1942, p. 407 ; Raymond Deraspe, Marie-Louis Beaulieu, avocat à la carrière exceptionnelle, dans la revue L'Ancêtre, vol 39, no 301, hiver 2013).  

Marie-Louis Beaulieu (1896-1971)

(Source : Les biographies françaises d'Amérique,
Montréal, Les Journalistes associés Éditeurs, 
1942, p. 407)

Le poème Le vieux pin, dont des fragments
sont présentés ci-haut, fait partie de
Compositions littéraires, recueil d'œuvres
composées par des étudiants du Collège
de Lévis et paru en 1916. Cliquer ICI
pour consulter la version intégrale
du poème.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)



En 1912, le gouvernement ontarien imposait
le Règlement 17, qui bafouait les droits
scolaires des Franco-Ontariens. Alors 
jeune étudiant au Collège de Lévis, 
Marie-Louis Beaulieu en fit le sujet
d'une dissertation, sous forme d'une
lettre qu'il adressa aux organisations
de défense des Franco-Ontariens. 
Pour consulter ce document, 
cliquer sur cette image : 


En 1942, René Chaloult, au centre, subit un procès pour
s'être exprimé contre la conscription, lors de la deuxième
guerre mondiale. Marie-Louis Beaulieu, que l'on voit 
à la gauche de Chaloult, fut son avocat et obtint son
acquittement. On aperçoit également Philippe Hamel, à 
gauche, et Paul Gouin, de dos.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Marie-Louis Beaulieu, vers la fin de sa vie.

(Source : BANQ)


En 1968, dans les Cahiers du droit, l'universitaire
Jean-Charles Bonenfant publia un article détaillé
sur la vie et la carrière de Marie-Louis Beaulieu.
Pour consulter cet article, cliquer 
sur la photo de Bonenfant :


Le Soleil, 15 février 1971

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Le Soleil, 15 février 1971

(Cliquer sur l'image 
pour l'élargir)


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