vendredi 29 janvier 2021

Joies naïves


Pierre-J.-O-. Chauveau (1820-1890)

(Source : Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, 
De Québec à Montréal ; journal de la 
seconde session, 1846
, Québec, éditions
Nota Bene, 2003)




   « Oh ! que j'aime la neige ! Oh ! que j'aime à la voir
   Descendre par flocons sur le sol encor noir ! 
   Ou bien quand elle tombe en poussière si fine,
   Que l'on croirait qu'un ange épand de la farine
   Pour donner des gâteaux à nous petits enfants. 
   Et puis maman, j'en fais des bonshommes tout blancs,
   Et j'élève des forts que mon grand frère assiège : 
                Oh ! que j'aime la neige !

   Vois-tu, c'est si plaisant ! Et le soir nous glissons
   Si loin sur nos traîneaux ! Et nous recommençons
   À descendre et monter mille fois les collines,
   Jusqu'à ce que la lune aux lueurs argentines
   Nous montre dans le ciel son visage riant : 
   Alors, mon frère et moi, nous revenons ensemble
   Vers toi, vers le foyer qui toujours nous rassemble : 
                Vois-tu, c'est si plaisant  !

   Oh ! qu'on glisserait bien sur tous ces beaux nuages,
   Qui, l'hiver, sont si blancs ! Je les crois des rivages
   De neige épaisse et dure, et de brillants glaçons
   Que chez lui, dans le ciel, le bon Dieu nous fait faire,
   Pour y laisser jouer les bons petits garçons.
   Tu dis que pour marcher le Seigneur nous éclaire,
   Et que nous irons là, si nous faisons bien : 
                Oh ! qu'on glissera bien !

   Te plaît-il comme à moi, dans l'épaisse fourrure
   Enveloppés tous les deux, de voler en voiture
   Sur la plaine blanchie et sur les lacs glacés ?
   Voir passer devant nous les clochers élancés,
   Voir passer la montagne avec sa cime nue,
   La forêt de sapins, qui toujours nous salue ; 
   Voir s'enfuir la corneille avec un cri d'effroi, 
                Te plaît-il comme à moi ?

   Moi j'aime les sapins ! Ils conservent leurs branches
   L'hiver comme l'été. Jamais on ne les voit.
   Comme ces arbres fous, qui lors des neiges blanches
   Se dépouillent tout nus, et pensent que le froid
   Est pour eux un grand bien. La forêt n'est plus belle,
   Et c'est bien de leur faute, et la neige nouvelle
   Ne les couronne pas comme mes arbres fins, 
                Comme mes beaux sapins.  

   Les petits oiseaux blancs viendront-ils cette année,
   Sortant de la forêt, jouer dans la vallée ?
   Ils n'ont point peur de nous, et ne sont point frileux ;
   Car si pour eux la neige est une couche molle,
   Elle est aussi froide. Oh ! je serais heureux
   Si, comme l'an dernier, notre maître d'école
   Voulait laisser encor sautiller sur les bancs
                Les petits oiseaux blancs ! 

   Que l'hiver serait beau, n'était-ce que la bise
   Dont le souffle cruel poursuit les oiseaux blancs,
   Et fait toujours pleurer les bons vieux mendiants
   À la voix si tremblante, à la barbe si grise !
   Qui pourrait sur chacun jeter quelque manteau
   Bien neuf et bien épais, et dans chaque famille
   Allumer au foyer comme un grand feu de grille,
                Que l'hiver serait beau  !

   Pour nous, riches enfants, l'hiver est bien aimable :
   C'est le temps de Noël, et c'est le temps du bal, 
   Où l'on va voir Jésus couché dans une étable,
   Où le soir, au salon, tout n'est qu'or et cristal,
   Et parure nouvelle, et frais bouquets de roses.
   Mais l'hiver ne fait point du tout les mêmes choses
   Pour le fils de la veuve aux haillons tout pendants,
                Que pour d'autres enfants. 

   Je n'aime plus la neige à présent que je songe
   Aux pauvres orphelins qui pleurent de la voir ;
   Lorsqu'ils n'ont plus de feu, que c'est bientôt le soir,
   Et que depuis deux jours l'ardente faim les ronge.
   C'est bien triste, pourtant, et c'est très ennuyeux
   D'avoir le chemin noir et gluant sous les yeux...
   Mais il est tant de gens que la misère assiège !
                 Je n'aime plus la neige. » 

   Il parla bien longtemps, le petit Canadien ;
   Son père, près de lui, dans son lit dormait bien,
   Et sa mère écoutait son ingénu langage.
   Trouvez-moi, dans le monde, une mère assez sage
   Pour s'endormir la nuit quand parle son enfant.
   Pour celle-ci, du moins, elle fut éveillée
   Et sous ses blancs rideaux, sur son coude appuyée,
   Et souriant parfois et d'autres fois pleurant,
   Tout le temps qu'une voix suave, jeune et fine
   S'éleva doucement de la couche voisine.

   Cependant, de l'enfant, le lendemain matin,
   Je ne saurais vous dire au juste la pensée,
   Quand il vit au réveil, partout sur le chemin, 
   La neige éblouissante, et nouvelle et posée
   Comme est sur un gâteau le sucre appétissant,
   Ni s'il fut tout de suite aussi compatissant,
   Ou s'il fit éclater une joie enfantine ;
   Mais on dit seulement qu'à la maison voisine,
   Où l'on n'avait jamais de bois pour se chauffer,
   Ni rien pour se couvrir, ni de pain pour manger,
   On eut chaud ce jour-là, et l'on fit bonne table,
   Et l'on nomma souvent la dame charitable

                              Pierre-J.-O. Chauveau (1840)



Tiré de : Le Répertoire national, volume 2, deuxième édition, Montréal, J. M. Valois & Cie libraires-éditeurs, 1893, p. 230-233 ; aussi dans Yolande Grisé et Jeanne d'Arc Lortie, s.c.o., Les Textes poétiques du Canada français, volume 4, Montréal, Fides, 1991, p. 343-345. Le poème est paru à l'origine dans le journal Le coin du feu, 2 janvier 1841.

De Pierre-J.-O. Chauveau, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : À une étoile tombante ; Adieux à Sir John Colborne ; La Messe de minuit à L'Islet ; Taquineries poétiques au « comité de la pipe ». 

Pour en savoir plus sur Pierre-J.-0. Chauveau, 
qui fut notamment le premier Premier ministre 
du Québec, cliquer sur cette image : 


Le poème Joies naïves, ci-haut, de Pierre-J.-O. Chauveau, est tiré
du volume deuxième du Répertoire national, de même que du 
volume quatrième des Textes poétiques du Canada français

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Pierre-J.-O. Chauveau a exercé une influence importante
sur le devenir de notre vie nationale et culturelle. Mais sa 
contribution est méconnue depuis très longtemps. Pour 
en découvrir un aperçu, cliquer sur ce titre pour parcourir
le texte d'une conférence que l'abbé Gustave Bourassa 
(1860-1904), frère d'Henri, donnait en 1895 
sur notre premier Premier ministre et apôtre de 
l'instruction publique : 


 
Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
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du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
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lundi 25 janvier 2021

La Terrasse Frontenac

La terrasse Dufferin, jadis dite terrasse Frontenac, à Québec, 1902.

(Source : Musée national des beaux-arts du Québec)




   Je n'ai vu, ni Venise un soir à sa gondole,
   Ni Naples, ni l'Etna : pourtant, je m'en console !
   Car j'ai vu, rayonnant au soleil de midi,
   Québec, perché là-haut comme un aigle hardi. 
   Je l'ai vu panaché de verglas et de brume,
   Et je l'ai vu l'été sous son plus beau costume.
   Mais je l'ai vu, surtout, le soir, quand le soleil
   Teint tous ses horizons de pourpre et de vermeil.

   Pour chanter à l'envi ses larges paysages,
   Montons à la Terrasse, à dix pieds des nuages.
   Sous ces kiosques chinois n'allons pas nous asseoir : 
   Pour mieux jouir encor de la fraîcheur du soir,
   Pour n'avoir sur les yeux ni coupoles ni voiles
   Qui nous cachent un coin de ce ciel plein d'étoiles,
   À la grille de bronze accoudons-nous, rêveur ; 
   Et là, volent mes vers : ils vont partir du cœur !

   Je t'aime, ô ma Terrasse, ô ma Terrasse unique : 
   Ta rivale n'est pas sur ce sol d'Amérique.
   Je t'aime, et l'étranger toujours t'appellera : 
   L'étincelant bijou de mon beau Canada !

   Je t'aime, ô ma Terrasse aux aspects grandioses : 
   Il voltige à ton front des souvenirs si roses !
   Quel Canadien n'a pas, par un beau soir d'été,
   Connu l'enivrement de ton site enchanté ?
   Humé, grisé d'espoir, l'arôme de tes grèves,
   Aux lèvres le cigare, au cœur les plus doux rêves ?

   Et qui ne se rappelle avoir, ô ma Terrasse,
   Ivre de bonne humeur, de silence et d'espace,
   À la seule clarté de tes nuits d'Orient,
   Causé sans gêne ici, jusqu'à minuit, souvent ?

   Après avoir sous clef, le soir, à son bureau,
   Mis ces mille soucis qui brûlent le cerveau,
   Quel flâneur, gravissant ta superbe falaise,
   N'a senti sa poitrine enfin respirer d'aise
   Devant ce paysage où la nature et l'art
   Conspirent à l'envi pour charmer le regard : 
   Ce paysage frais, gracieux et sublime, 
   Ces monts d'azur où l'œil vole de cime en cime,
   Ces monts lointains sur qui des nuages brillants
   Passent à gros flocons comme des aigles blancs.

   Là, la grande cascade au refrain monotone ;
   Puis l'île d'Orléans, dont chaque toit rayonne ;
   Ici, Lévis qui prend fièrement son essor
   Comme un gai satellite autour d'un soleil d'or ; 
   Puis là-bas, Charlesbourg, sur un terrain qui penche,
   Semblant sortir du bois comme une perdrix blanche.

   Puis de riants coteaux couronnés de villas,
   Des forêts de sapins, des bosquets de lilas ; 
   Puis, pour miroir à tout, cette rade profonde
   Où les vaisseaux, venus des quatre coins du monde, 
   Perdant souvent leur ancre en nous disant bonsoir,
   Semblent laisser leur cœur et nous dire : au revoir !
   
   C'est un enchantement : plus de mélancolie ! 
   L'espoir vous monte à l'âme, et vous aimez la vie !
   Dans cette rade en feu, sous ce ciel de saphir,
   Votre œil ému croit voir un reflet d'avenir ! […]

   De ce cap Diamant qui vit Montcalm mourir,
   À qui Dieu dit un jour : Cède, mais sans rougir !
   De ce vieux boulevard teint de sang et de gloire,
   Terrasse ! N'es-tu pas le témoin qu'il faut croire ?
   Ces nuages dorés, qui flottent dans ton ciel, 
   Ne sont-ils pas pour toi comme un nimbe immortel ?
   
   Je t'aime, ô ma Terrasse, et je veux qu'on t'admire :
   Car vois-tu, ―laisse-moi le dire et le redire,―
   Vois-tu, le Créateur, l'artiste magistral,
   Creusa sous tes regards un fleuve si royal !
   Pour se mirer au sein de ces ondes verdâtres,
   Il inclina si bien les bleus amphithéâtres !

   Ce peintre de l'Eden, de son brillant pinceau,
   Sut si bien nuancer tout ce divin tableau,
   Ce tableau fait exprès, ô ma belle Terrasse,
   Pour mieux mettre en relief ton orgueil et ta grâce !

   Vraiment, Dieu, prodiguant les îles et les monts,
   Pour cadre t'a donné ses plus beaux horizons !
   Mais quand il eut vidé sa corne d'abondance
   Dans les plis verdoyants de ton pastel immense,
   Il t'empourpra surtout d'un si divin reflet
   En y faisant jouer les drames que l'on sait ! 

   Je t'aime ! Et pour te peindre, oh ! ma strophe est bien pâle
   Car sur le globe entier tu n'as pas de rivale !
   Laisse-moi t'appeler dans mon cœur, dans mes vers : 
   Le bijou préféré de ce bel univers !

   Mais ton panorama ―cette crainte me navre―
   Deviendrait à mes yeux morne comme un cadavre
   Si jamais, du sommet de ton site adoré,
   L'œil devait contempler un pays égaré !

   Tu sembles ceindre au cœur la vieille citadelle :
   D'un passé plein de foi sois le blason fidèle !
   Que la foule peuplant ton balcon souverain
   Ne rougisse jamais du credo de Champlain !

   Ce qui charme, vois-tu, sur ces monts, dans ces plaines,
   Ce sont ces blancs clochers qui brillent par centaines,
   Et qui lancent, joyeux, vers le gai ciel natal,
   Leur concert d'angélus si grand, si musical.

   Ô Terrasse ! Puisse-tu, pour l'âme et les oreilles,
   Garder autour de toi ces vibrantes merveilles !
   Ô pays que j'adore, ô mon pays si beau : 
   Avant d'être apostat, descends dans le tombeau !

   Ma Terrasse, je t'aime ! Et si l'on veut sourire,
   Voici tout le secret qui fait chanter ma lyre : 
   Mon pays, dont ici je sens battre le cœur, 
   Rayonne, palpitant, dans ta riche splendeur !

                               Apollinaire Gingras (juin 1881) 



Tiré de : Abbé Apollinaire Gingras, Au foyer de mon presbytère, Québec, Imprimerie A. Côté et Cie, 1881, p. 177-181. 

Pour en savoir plus sur Apollinaire Gingras, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Le marécage

D'Apollinaire Gingras, les Poésies québécoises oubliées ont également publié La cabane à sucre et Du fond du lac 
― Du fond de l'âme

Le poème La Terrasse Frontenac, ci-haut, est tiré du
recueil de l'abbé Apollinaire Gingras (1847-1935),
Au foyer de mon presbytère.

(Source de la photo : BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Apollinaire Gingras fait partie des 100 poètes présentés dans 
Nos poésies oubliées, un volume paru en septembre 2020 
dans une édition unique et limitée. Pour se procurer l'un des 
quelques exemplaires encore disponibles, et dont chacun 
est spécialement numéroté et inscrit à la main au nom
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vendredi 22 janvier 2021

En bien dormant, sur un méchant grabat...

Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal (1787-1847)

(Source : Musée national des beaux-arts du Québec)




   En bien dormant, sur un méchant grabat,
   Quoique je sois gros comme un moyen rat,
   Ne songeant plus à l'affreuse misère
   Dont on sait bien que je ne manque guère,
   Je me crois presque un riche potentat ; 
   Quoiqu'il en soit mon sommeil est ingrat,
   Car en effet je ne profite guère
              En bien dormant. 

   Tout les matins on me fait le sabbat* ;
   Ce qui n'est pas sûrement pour me plaire,
   Lève-toi, gueux, polisson, scélérat,
   Me dit ma tante trop sévère.
   Pour mon bonheur j'endure l'impropère** 
              En bien dormant. 

                Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal (1804)


* « Faire un sabbat » signifie faire un chahut, du tapage. 

** Du latin improperium, reproche. 


Tiré de : Jeanne d'Arc Lortie (dir.), Les textes poétiques du Canada français, volume 1, Montréal, Fides, 1987, p. 535. Ce poème est issu d'une lettre datée du 10 décembre 1804 adressée par Monseigneur Joseph-Octave Plessis (1763-1825), évêque de Québec de 1806 à 1825, à l'abbé Jean-Baptiste Perras, curé de Saint-Charles-de-Bellechasse et dont voici un extrait : 

   « Je songe sérieusement à envoyer mon Rémi au séminaire en métaphysique, vers la fin du mois prochain. Cette éducation m'assujettit trop, depuis dix-neuf mois qu'elle est commencée. D'ailleurs ce n'est pas, comme on dit, pour le vanter, mais il est capable. Je l'ai exercé depuis quelques temps à la poésie latine et française. Hier, il venait de voir les règles du rondeau ; je lui prescrivis d'en faire un qui eût pour refrain : "En bien dormant". Peut-être aimerez-vous à voir comment il s'en est tiré. Je vous l'envoie à son insu... »

   Né à Carleton-sur-Mer le premier octobre 1787, de Jean-Baptiste Vallières, forgeron, et de Marguerite Corneillier, Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal avait été l'élève et le protégé de Mgr Plessis, suite à la mort de son père et du mariage de sa mère qui partit vivre à York, au nord de Toronto. L'enfant étant peu fortuné, Mgr Plessis se fit son précepteur personnel puis le fit entrer à ses frais au Petit séminaire de Québec. 
   Selon Francis-J. Audet, auteur d'un article biographique sur Vallières de Saint-Réal, celui-ci devint « l'un des plus beaux esprits que le Canada ait vus naître, et l'un de ses plus brillants orateurs ». Dans cette biographie à laquelle on peut accéder ci-dessous, Audet cite  longuement Philippe Aubert de Gaspé, ami de Vallières de Saint-Réal, qui raconte notamment les circonstances dans lesquelles Mgr Plessis se décida à prendre l'enfant sous son aile. Jusqu'à la mort de Mgr Plessis, Vallières de Saint-Réal voua une amitié fidèle à celui qui sut reconnaître ses talents précoces et en favoriser le développement.
   Il est bon aussi de savoir qu'à titre de magistrat, Joseph-Rémi de Saint-Vallières sut tenir tête à une mesure arbitraire de John Colborne, dit « le vieux brûlot » et l'odieux persécuteur des Patriotes de 1837-1838, qui en représailles le démit de ses fonctions. 

(Sources : Le Foyer canadien, tome 1, Québec, 1863, p. 314 ; Abbé J.-A.-Ir. Douville, Histoire du Séminaire de Nicolet, tome 1, Montréal, Librairie Beauchemin, 1903, p. 114 ; Jeanne d'Arc Lortie, Les textes poétiques du Canada français, volume 1, Montréal, Fides, 1987, p. 535 ; Francis-J. Audet, Les députés de Saint-Maurice (1808-1838) et de Champlain (1830-1838), Trois-Rivières, Les éditions du Bien Public, 1934, p. 13-44 ; Pierre-Georges Roy, Les juges de la Province de Québec, Québec, 1933, p. 559). 

Pour en savoir plus sur Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal, 
cliquer sur cette image qui renvoie à l'article biographique 
rédigé par Francis-J. Audet : 


En bien dormant, sur un méchant grabas, ci-haut,
est tiré du volume premier des Textes poétiques
du Canada français
.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Mgr Joseph-Octave Plessis (1763-1825), qui
sut reconnaître et favoriser le développement
des talents intellectuels de Joseph-Rémi Vallières
de Saint-Réal, alors que celui-ci était pauvre et
entrait dans l'adolescence.

(Source : Musée national des beaux-arts de Québec)
Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal

(Source : BANQ)
Député de Saint-Maurice de 1814 à 1816, Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal a habité à
Trois-Rivières durant plusieurs années. Il vécut de 1839 à 1842 dans cette maison, nommée
Georges-de-Gannes, près du Monastère des Ursulines


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mercredi 20 janvier 2021

À mon fils

Abraham LeSieur-Desaulniers (1822-1833)

(Source : Manon Desaulniers)




   Quand je ne serai plus, quand un sombre nuage
   Aura couvert mes yeux sur cette triste plage,
   Quand je serai tombé sous la faux de la mort,
   Quand mon dernier soupir aura fixé mon sort,
   Quand je serai cloué dans cette noire tombe,
   Où tout homme ici-bas, quand Dieu l'appelle, tombe !

   Tu reliras, mon fils, tranquille et sans émoi,
   Ces lignes que ma main trace aujourd'hui pour toi.
   Garde le souvenir des jours de ton enfance,
   Tu sais combien j'aimais ta candide innocence,
   Conserve-la, mon fils, c'est le plus beau joyau
   Que l'on peut retrouver aux portes du tombeau !

   Donne à Dieu chaque jour une fervente flamme,
   Il est ton Créateur, qu'il soit roi de ton âme.
   Si quelquefois tes pas deviennent chancelants,
   Ranime ton courage en ces mauvais moments.
   Si tu veux que ton nom ne souille pas l'histoire,
   Tu dois vivre et mourir aux sentiers de la gloire.

   Celui qui conduit tout, qui nourrit les oiseaux,
   Ne manquera jamais de remède à tes maux.
   Marche à pas assurés, malgré la nuit profonde.
   À l'homme qui va droit la vague n'est qu'une onde.
   Sois toujours honnête homme et brave citoyen,
   Voilà toute la loi ; tout le reste n'est rien. 

   Sur la terre, mon fils, tout est peine et misère,
   Ce qui nous paraît beau n'est souvent que poussière. 
   Tous les biens d'ici-bas pour moi sont inconnus,
   Je ne puis te léguer que courage et vertus !
   Conserve ce trésor jusqu'à ta dernière heure,
   Tu le retrouveras dans la sainte demeure. 

                      Abraham Lesieur-Desaulniers (1863)



Tiré de : Yolande Grisé et Jeanne d'Arc Lortie, Les textes poétiques du Canada français, volume 10, Montréal, Fides, 1997, p. 297. Le poème est originellement paru dans L'Ère nouvelle, vol. 11, no 82, 12 octobre 1863. 

Abraham Lesieur-Desaulniers est né à Yamachiche, dans le rang de Vide-Poche, le 17 décembre 1822, du mariage de Charles Desaulniers, cultivateur, et de Rosalie Caron. Il fit ses études au Séminaire de Nicolet, à la Wilbraham Academy (Nouvelle-Angleterre) et à l'Université McGill, à Montréal.
   Reçu avocat à Montréal le 3 juin 1850, il pratiqua le droit à Trois-Rivières, où il devint en peu de temps l'un des membres les plus distingués du barreau local.
   Il s'occupa activement de politique. Conseiller municipal de Trois-Rivières à partir de 1854, il fut élu en 1867 député du comté de Saint-Maurice à l'Assemblée législative du Québec. Il ne se représenta pas en 1871. Il était considéré comme l'un des plus forts tribuns de son époque et un redoutable adversaire.
   Rédacteur en chef du journal L'Ere nouvelle, dont on lui attribue la fondation en 1853, de même que celle de L'Écho du Saint-Maurice, il collabora à divers autres journaux et périodiques, dont Le Courrier des États-UnisLe Constitutionnel, de Trois-Rivières, et L'Album des familles. Il est l'auteur de La création (1866), de Généalogie de ma famille (1867) et du Dictionnaire de droit et de procédure canadienne (1878). Il fut également directeur du Collège de Trois-Rivières.
   Abraham Lesieur-Desaulniers est mort à Trois-Rivières le 23 janvier 1883. Il avait épousé Marguerite Dupuis le 6 septembre 1852, à Trois-Rivières.
(Sources : J.-Alide Pellerin, Yamachiche et son histoire, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1980, p. 619-620 et Assemblée nationale du Québec).

D'Abraham Lesieur-Desaulniers, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : La chute de Shawinigan


Le poème À mon fils, d'Abraham Lesieur-
Desaulniers, est tiré du volume 10 des
Textes poétiques du Canada français.

Article paru dans Le Constitutionnel du 24 janvier 1883
à l'occasion de la mort d'Abraham Lesieur-Desaulniers 

et qui révèle le caractère exceptionnel du personnage.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans son Manuel électoral : potraits et dossiers parlementaires
du premier parlement de Québec
, le journaliste Auguste Achintre
avait dressé ce portrait d'Abraham Lesieur-Desaulniers.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

samedi 16 janvier 2021

Dans la rafale

René Chopin (1885-1953)

(Source : Richard Foisy, L'Arche
Montréal, VLB éditeur, 2009)




   Soufflons la lampe et fermons notre porte.
                   Seul, ô Veilleur,
   N'entends-tu pas la lugubre cohorte
                   Du vent hurleur,
   Du vent hagard qui s'acharne à la porte ?

   Dehors, c'est un simoun, c'est la tempête,
                   Le sifflement
   Âpre et strident des fantastiques bêtes
                   Dont le tourment
   S'aigrit, fait rage et s'exalte en tempête.

   On ne voit plus l'œil brouillé des lanternes,
                   Ni les maisons, 
   Ni le long du chemin l'arbre que cerne
                   À gros flocons
   La neige folle où clignent des lanternes. 

   Sens-tu sur tes frissonnantes épaules
                   L'atroce froid
   Qui brûle l'air et qui raidit les Pôles
                   Et qui s'accroît,
   Drapant comme un linceul sur tes épaules ?

   Le vent s'ameute et souffle ses alarmes...
                   Quels sont ces fous
   En liberté qui font un tel vacarme,
                   Fous en courroux
   Qui poussent en clameur leurs cris d'alarmes ?

   Le vent se meurt... comme après les batailles,
                   Dans les fossés
   Rougis du sang qu'ont saigné leurs entailles,
                   D'affreux blessés,
   Agonisant, troués par les mitrailles.

   Puis il s'élève et se lamente encore
                   Et l'on entend,
   Hymne d'angoisse immense qui s'éplore
                   Et qui s'étend,
   L'orgue des vents qui souffle et souffle encore

   Tel un chœur de damnés dans leur géhenne,
                   Tumulte affreux.
   Les vents disent l'effroi, disent la haine,
                   Et, douloureux, 
   S'exaspèrent, damnés dans leur géhenne.

   Soufflons la lampe et fermons notre porte,
                   Seul, ô Veilleur, 
   N'entends-tu pas la lugubre cohorte 
                   Du vent hurleur,
   Du vent hagard qui s'acharne à la porte ?

                                    René Chopin (1913)



Tiré de : René Chopin, Le cœur en exil, deuxième édition, Georges Crès et Cie, 1913, p. 73-75.   

Pour en savoir plus sur René Chopin, poète montréalais, voyez les informations et documents sous ses poèmes Vision nocturne ; La mort d'un hêtre ; Le plaisir d'entendre les grenouilles ; Octobre.

Dans la rafale, ci-haut, est tiré du recueil
Le coeur en exil, de René Chopin. 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)
 
Dédicace manuscrite de René Chopin dans Dominantes
son deuxième recueil de poésies paru en 1933.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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