mardi 3 mai 2022

Les fleurs de Berthier

(Source : Madame Gin)




   Revenez, revenez, marguerites des champs,
                 Suaves roses du parterre,
   Et vous, tendres œillets qui ravissez les sens,
                 Apparaissez à la lumière ; 
   Car Flore vous invite à composer sa cour,
                 Écoutez son chant d'allégresse.
   Qui plus que vous a le droit de contempler le jour ?
                 N'en ferez-vous pas la richesse ?

                 Ici tout est calme et serein,
                 Et de la coupe d'ambroisie
                 Qu'un ange tient dedans sa main
                 S'échappe une fleur de vie.
                 Au ciel chaque plante sourit
                 Et puis se tresse une couronne ; 
                 Et dans sa joie elle bénit
                 La sagesse qui la lui donne.

                 En cet agréable séjour
   Fleurissez, fleurissez ; ne craignez pas l'orage
                 Lorsque l'hiver a eu son tour.
   Poète téméraire ! ah ! pourquoi ce langage...
                 Ne séduisez-vous pas toujours ?
   Qu'importe la saison ! ô fleurs ! vous êtes reines
                 Aux plates-bandes du jardin.
   Le vent a beau souffler, ses plus froides haleines
                 Ne glacent point votre matin.

                 Brillez à l'éclat de l'aurore,
                 Brillez à l'étoile du soir,
                 Et que l'écho répète encore : 
                 « Qu'on est heureux de les revoir ! »
                 Que d'amants sècheront leurs larmes
                 Au tendre aspect de vos couleurs.
                 Croyez-moi, vos parfums, vos charmes,
                 Hélas ! guériront bien des cœurs. 

   N'êtes-vous point ces fleurs, filles de mon village, 
                 Aux plus beaux jours de leur printemps,
   Que les Muses, l'Amour comblent de leur hommage,
                 En un pieux enchantement. 
   Plus pures que les lys, plus belles que les roses,
                 En vos attraits, en vos vertus,
   Laissez-moi vous ranger parmi les saintes choses
                 Et leurs plus nobles attributs. 

                                   Charles Lévesque (6 mai 1852)



Tiré de : Yolande Grisé et Jeanne d'Arc Lortie s.c.o., Les textes poétiques du Canada français, volume 5, Montréal, Fides, 1992, p. 165-166. Le poème est originellement paru dans l'édition du 6 mai 1852 du Moniteur canadien.

Pour en savoir plus sur Charles Lévesque, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Le poète malheureux (cliquer sur le titre).

De Charles Lévesque, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Bienfaits ; Pour le coucher d'un enfant ; Matinée poétique : le rossignol (cliquer sur les titres).


Charles Lévesque (1817-1859), auteur du poème présenté ci-haut, 
repose au cimetière de Sainte-Mélanie, dans la région de Lanaudière.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir. Photo : Daniel Laprès, octobre 2021)

Le poème Les fleurs de Berthier, ci-haut, 
de Charles Lévesque, est tiré du volume 5
des Textes poétiques du Canada français.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)



Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
Pour connaître les modalités de commande de cet 
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
cliquez sur cette image : 

dimanche 24 avril 2022

Sur la tombe du protecteur des orphelins d'Irlande

L'abbé Charles-Félix Cazeau (1807-1881) 
et un groupe d'orphelins d'Irlande à la Grosse-Ile.

(Sources : abbé Cazeau : Musée national des beaux-arts du Québec ;
orphelins Irlandais : Les arpents du temps)




      À ma sœur d'adoption Ophélia Flynn-Gingras, 
      en religion Soeur Marie-de-Jésus


   Au fond, qu'a-t-il été, ce prélat humble et grand ?
   Entre deux nations comme un ciment vivant.
   Il fut de ces choisis dont la portée échappe,
   Mais pour Ses desseins d'un vrai cachet Dieu frappe.

   Comme on ouvre aux amis son manoir de seigneur,
   Aux orphelins d'Irlande il ouvrit son grand cœur.
   Ta lettre me parlait de douleur filiale : 
   Sa tendresse, en effet, paternelle et royale,
   Fit de chacun de vous, sur ce sol canadien,
   Un enfant adoptif, mais profondément sien. 
   Orpheline toi-même, oh ! ta douleur est belle ; 
   D'un millier de tes sœurs c'est un écho fidèle.

   Loin de la verte Érin vous chassait l'ouragan.
   La mort, comme un requin caché sous l'océan, 
   Surgit du sein des flots : souvenir qui vous navre,
   Vous avez à la mer vu jeter leur cadavre ;
   Avant de mettre pied en pleurant sur ces bords,
   Vous avez à la mer laissé vos parents morts. 

   Deux tyrans sans pitié ― la mort et l'Angleterre ―, 
   Vous volaient, l'un vos toits, et l'autre votre mère ! 
   Mais sous notre beau ciel on vous tendit les bras :
   Irlandais, Canadiens, ― mon Dieu, n'étions-nous pas
   De vieux lutteurs meurtris par les mêmes souffrances ? 
   Étrangers par le sang, frères par les croyances ?

   Or, un prêtre surtout, ― celui sur qui, ma sœur, 
   Ton bon cœur aujourd'hui verse tant de douleur ―.
   Or un prêtre sur qui le clergé se reflète,
   Se fit de notre accueil le fervent interprète.
   Il vous chercha, non pas des foyers opulents, 
   Mais un meilleur trésor : de vrais et francs parents. 
   Comme avec allégresse on se fit son complice !
   Ce prêtre disparu, que ma voix le bénisse : 
   Merci ! trois fois merci ! Ma famille lui doit
   L'honneur d'avoir longtemps vu fleurir sous son toit
   L'une de ces enfants qui forment sa guirlande,
   L'un de ces nobles cœurs qui font aimer l'Irlande !

   Tout mon pays en deuil bénit l'humble Cazeau : 
   Car mon pays le sait si son rôle fut beau ! 
   Sous l'inspiration de son âme d'élite,
   Ce prêtre sympathique eut d'instinct le mérite
   De rapprocher un peu, pour les rendre plus forts,
   Deux peuples qui sont faits pour unir leurs efforts. 

   Et maintenant, venez, peuples d'un même culte : 
   Irlandais, Canadiens, allons ! que l'on s'insulte !
   Citoyens de Saint-Roch, citoyens du Cap-Blanc,
   Sous les yeux des Anglais battons-nous jusqu'au sang !
   
   Pour briser de remords nos bâtons fratricides,
   Entre nos pistolets et nos haines stupides,
   Nous avons plus qu'un mur, nous avons un tombeau : 
   Nous avons le cercueil du vénéré Cazeau ! 
   Irlandais mes amis, et Canadiens mes frères,
   Jetons dans ce cercueil nos haines meurtrières.

   Irlandais, honte à vous si l'hospitalité 
   Cesse d'être à vos yeux un titre respecté.
   Honte à nous, Canadiens, si notre cœur oublie
   Que l'Irlandais souvent vient ici l'âme aigrie.
   Car, en face, voyez notre ennemi commun ; 
   Soyons digne au moins : pour cela, soyons un !
   Ayons assez d'orgueil et d'honneur pour nous dire : 
   Si l'ennemi nous hait, du moins il ne peut rire ! 
   Et puis, qu'adviendrait-il de nos rivalités  
   Laides, contre nature ? Ah ! mes yeux attristés,
   Sur un fleuve de sang, sur un torrent qui passe
   Contemplent les débris de l'une et l'autre race !

   Donc, la main dans la main, Canadiens, Irlandais : 
   Anathème à celui qui troublerait la paix !

                                      Apollinaire Gingras (1881)



Tiré de : M. l'abbé Apollinaire Gingras, Au foyer de mon presbytère, Québec, Imprimerie A. Côté et Cie, 1881, p. 205-208. Le titre original est « Sur la tombe de Monsignor Cazeau, protecteur des orphelins d'Irlande ». 

Pour en savoir plus sur l'abbé Apollinaire Gingras, auteur du poème ci-haut présenté, voyez la notice biographique sous son poème Le marécage (cliquez sur le titre). 

D'Apollinaire Gingras, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Du fond du lac  Du fond de l'âmeImpertinences à l'eau de roseLa cabane à sucre La terrasse Frontenac (cliquer sur les titres).


   Charles-Félix Cazeau, sujet du poème présenté ci-haut, est né à Québec le 24 décembre 1807, de Jean-Baptiste Cazeau, charron, et de Geneviève Chabot. Orphelin de père dès l'âge de deux ans, il fit son cours primaire à Québec, l'un de ses premiers instituteurs ayant été le Frère Louis, récollet. Tôt durant sa scolarité, ses talents furent remarqués par Mgr Joseph-Octave Plessis, archevêque de Québec, qui le prit sous sa protection. Il entreprit ses études classiques au collège de Saint-Roch de Québec et les poursuivit au Séminaire de Nicolet. 
   En 1825, il embrassa l'état ecclésiastique et fut d'abord, durant quelques mois, sous-secrétaire de Mgr Plessis, jusqu'à la mort de ce dernier en décembre de la même année. Après ses études philosophiques et théologiques au Grand séminaire de Québec, il fut ordonné prêtre le 3 janvier 1830 par Mgr Bernard-Claude Panet, archevêque de Québec. Dès lors, il reprit son service à l'archevêché de Québec, en plus d'occuper la fonction de chapelain de la Congrégation des hommes de Québec, poste qu'il conservera jusqu'en 1849, alors qu'il sera nommé vicaire général de l'archidiocèse de Québec, une fonction qu'il occupera jusqu'à sa retraite en 1879. Il fut le principal organisateur de l'adoption de plus de 700 orphelins irlandais par des familles canadiennes-françaises, lors de l'épidémie de typhus de 1847. 
   Il fut impliqué au sein de diverses institutions et associations religieuses et littéraires, dont l'Asile du Bon Pasteur qu'il dirigea durant près d'un quart de siècle, l'Institut canadien de Québec et l'Institut littéraire de Saint-Patrice de Québec. Il fut un protecteur et bienfaiteur du poète Octave Crémazie. D'importants historiens le considérèrent comme un collaborateur, dont Jacques Viger, l'abbé Jean-Baptiste-Antoine Ferland et Francis Parkman
   En 1875, le pape Pie IX lui conféra le titre de prélat domestique de sa maison, le dotant ainsi du titre de monseigneur.  
  Monseigneur Charles-Félix Cazeau est mort à Québec, à l'asile du Bon Pasteur où il s'était réfugié depuis sa retraite, le 26 février 1881.
(Sources : Souvenir du jubilé sacerdotal de Mgr C. F. Cazeau, Québec, janvier 1881 ; Abbé J.-B.-A. Allaire, Dictionnaire du clergé canadien-français : les anciens, Montréal, Imprimerie de l'École catholique des sourds-muets, 1910, p. 105 ; biographi.ca). 
   
L'abbé Charles-Félix Cazeau a fait partie des nombreux 
prêtres, religieux et religieuses catholiques qui ont porté
secours aux Irlandais atteints par l'épidémie de typhus
en 1847. Pour en savoir plus sur cet épisode tragique et
les dévouements héroïques qu'il a suscités, cliquez
sur cette image : 


Extrait d'un article paru dans Le Courrier du Canada le 1er mars 1881,
à l'occasion de la mort de Monseigneur Charles-Félix Cazeau.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'article pour l'élargir)


Brochure publiée à l'occasion du cinquantième
anniversaire de prêtrise de Charles-Félix Cazeau.
Le document est signé de sa main.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)

L'abbé Charles-Félix Cazeau en 1861.

(Source : Archives du Séminaire de Québec)

Monseigneur Charles-Félix Cazeau en 1875.

(Source : Archives du Séminaire de Québec)

Le poème ci-haut en hommage à Monseigneur Charles-Félix Cazeau a été
publié dans Au foyer de mon presbytère, recueil de l'abbé Apollinaire Gingras.

(Photo : Archives du Séminaire de Québec ; cliquer sur l'image pour l'élargir)


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

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vendredi 15 avril 2022

Le retour du pêcheur

Bateau de pêcheur et Rocher Percé, 1913. Photo par l'abbé Rosario Benoît.

(Source : Musée de la civilisation du Québec / Archives du Séminaire de Québec
cliquer sur l'image pour l'élargir)






   Le vent s'élève avec l'aurore,
   Le bleu contour de l'horizon, 
   De l'Orient qui se colore, 
   Reflète le premier rayon.

REFRAIN :     Vogue, vogue, mon frêle esquif,
                  Balance ta voile éclatante
                  Sur le sein de l'onde écumante,
                  Vogue sans crainte du rescif. 

   Je m'éloigne enfin de la plage
   Où j'ai coulé de tristes jours ;
   Vite, volons à mon village,
   C'est là que veillent mes amours. 

   Sur l'âpre penchant de la dune
   Ma fiancée aux yeux d'azur,
   Rêveuse, interroge la lune
   Qui s'efface dans le ciel pur.

   Je vais revoir ma vieille mère
   Qui de loin regarde les flots,
   Et chaque soir à sa prière
   Mêle le nom des matelots.

   La lame roule sur la lame,
   La fraîche brise du matin
   Emporte et ma barque et mon âme
   Impatientes du chemin.

   La haute cime des montagnes, 
   Là-bas, se dore au bord des cieux.
   Clocher, hameau, vertes campagnes,
   Tout parle et sourit à mes yeux. 

   Salut, salut, terre chérie,
   Chaumière, amour, mes seuls trésors ; 
   Salut, rive trois fois bénie,
   À genoux j'embrasse tes bords.

                  Repose-toi, rapide esquif,
                  Et laisse ta voile éclatante,
                  Au gré de l'onde caressante
                  Se balancer loin du rescif. 

                          Antoine Alphonse Boucher* (1864)



Tiré de : Le Foyer canadien, Québec, décembre 1864. Le poème est également paru dans le volume dixième des Textes poétiques du Canada français (Yolande Grisé et Jeanne d'Arc Lortie s.c.o., dir.), Montréal, Fides, 1997.  


*  Antoine Alphonse Boucher est né à Rivière-Ouelle le 6 février 1831, de Vincent Boucher, cultivateur, et d'Angèle Amiot. De 1844 à 1851, il fit ses études classiques au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, après quoi il fut reçu avocat. 
   Se sentant peu de goût pour sa profession, il devint plutôt correspondant parlementaire pour le Courrier du Canada, de Québec. En 1857, il entra au bureau de traduction du Conseil législatif du Canada-Uni. À partir de 1867, il fut nommé traducteur en chef du Sénat, puis, en 1882, il devint l'un des assistants-greffiers de cette même institution, pour en devenir le premier assistant-greffier en 1891. Il prit sa retraite en 1900. 
   Dès les années 1850, il s'était fait remarquer pour sa participation active à la vie littéraire canadienne-française, notamment en publiant des poèmes dans des journaux et périodiques, dont Le Foyer canadien.
   Antoine Alphonse Boucher est mort à Ottawa d'un cancer de la gorge, le 8 septembre 1907. Il avait épousé Antoinette Balzaretti Gingras à Québec, le 13 août 1860. 
(Sources : Collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Les anciens élèves et professeurs 1827-1927, Québec, L'Action sociale Limitée, 1927, p. 260 ; L'Opinion publique, 7 mars 1878 ; Le Courrier du Canada, 9 mai 1882 et 2 octobre 1891 ; La Minerve, 27 juin 1891 ; La Presse, 6 février 1900 et 10 septembre 1907 ; Généalogie Québec ; Ancestry (avec la collaboration de René Girard). 


Antoine Alphonse Boucher (1831-1907)

(Source : La Patrie, 11 septembre 1907)

Le retour du pêcheur, ci-haut, poème d'Antoine Alphonse Boucher,
est d'abord paru dans le numéro de décembre 1864 de la revue Le
Foyer canadien
, publiée Québec. En 1997, il réapparaissait dans 
le volume dixième des Textes poétiques du Canada français

Dans un article paru dans L'Opinion publique le
 7 mars 1878, Laurent-Olivier David mentionna 
Antoine Alphonse Boucher et sa carrière.

(Source : BANQ ; cliquer sur
l'image pour élargir l'article)

Entrefilet annonçant la nomination d'Antoine-
Alphonse Boucher au poste d'assistant-greffier
du Sénat, à Ottawa, dans Le Courrier du 
Canada
du 9 mai 1882.

(Source : BANQ)

Annonce d'une promotion professionnelle
d'Antoine-Alphonse Boucher dans La Minerve
du 27 juin 1891.

(Source : BANQ ; cliquer sur 
l'article pour l'élargir)

Annonce inusitée dans L'Écho des Bois-Francs du 3 avril
1897 concernant une bicyclette obtenue par Antoine-
Alphonse Boucher lors d'un tirage.

(Source : BANQ)

Annonce de la retraite d'Antoine-Alphonse
Boucher dans La Presse du 6 février 1900,
jour de son soixante-neuvième anniversaire.

(Source : BANQ)

Annonce de la mort d'Antoine-Alphonse Boucher
dans La Presse du 10 septembre 1907.

(Source : BANQ)


La Patrie, 11 septembre 1907.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'article pour l'agrandir)

Acte de baptême d'Antoine-Alphonse Boucher dans le registre
de la paroisse de Rivière-Ouelle, 7 février 1831. 

(Source : Ancestry.ca)


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
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compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
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mardi 5 avril 2022

Qu'importe !

Alfred Descarries (1885-1958)

(Source : La Vie canadienne, supplément
au mensuel Le Roman canadien,
janvier 1929, p. 76)





   J'ai dans mon âme un beau poème
   Fait d'azur, d'espoir et d'amour ;
   Mais, tel un roi son diadème
   Souvent, je le trouve bien lourd. 

   J'en ai fait la première page, 
   Enfant, vagabond et rêveur,
   Dans une forêt, sur la plage ?...
   Je ne sais, mais la joie au cœur !

   Que connaissais-je de la vie ?
   Rien, car je n'avais pas souffert ;
   Mon âme, depuis, assouvie, 
   Vécut les tourments de l'enfer !

   Le néant, en son affreux gouffre,
   Engloutit mes rêves d'enfant. 
   Bah ! que m'importe que j'en souffre ; 
   Qu'importe au roc l'assaut du temps ; 

   Car certains êtres, en ce monde, 
   Pour lutter et souffrir sont nés. 
   Qu'importe à la foudre qui gronde
   L'effroi des humains consternés ! 

   Ma souffrance, c'est mon poème ;
   Elle m'a façonné le cœur ; 
   Elle a fait de moi le bohème
   Qui vaincu se croit vainqueur ! 

   J'ai connu l'amour, ma jeunesse
   S'est pâmée aux divins frissons ;
   Je croyais les vivre sans cesse ; 
   Tout est mort !... qu'importe !... passons !

   Oui, passons ; ici-bas, tout passe : 
   La gloire, l'amour, tout n'est rien.
   Quoique l'on dise ou que l'on fasse,
   La mort, implacable, un jour vient !

   Elle vient et crie au poète : 
   « Tu dois être heureux de mourir,
   Toi dont l'âme se disait prête,
   Lasse d'aimer et de souffrir ? » 

   Tu rêves un divin poème ?
   Viens... nous l'écrirons dans la paix
   D'un monde où tout est beau, suprême...
   Éternellement... à jamais !

   Lorsque viendra l'ultime trêve,
   Ô Dieu ! par Toi je serai fort.
   Que mon beau poème s'achève
   Dans la clarté d'un astre d'or !

   Puisque tu fais naître poète
   L'enfant qu'on dépose au berceau, 
   Pourquoi faut-il qu'il s'inquiète
   Quand tu le couches au tombeau !

   À toi je bois, ô poésie !
   Que le ciel soit d'azur ou noir, 
   Muses !... versez-moi l'ambroisie...
   Je bois à l'amour, à l'espoir ! 

                     Alfred Descarries (1929)



Tiré de : Alfred Descarries, La revanche, Montréal, 1929, p. 137-139. 


Pour en savoir plus sur Alfred Descarries, voyez la notice biographique et les documents présentés sous son poème L'idéal (cliquez sur le titre). Voyez également ci-dessous l'hommage que peu après sa mort lui a rendu l'écrivain Albert Laberge.


La revanche, recueil de nouvelles, 
de réflexions et de poèmes d'Alfred
Descarries, d'où est tiré le poème 
Qu'importe !, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Hommage à la mémoire d'Alfred Descarries par l'écrivain Albert Laberge dans La Patrie, 6 avril 1958. 

(Cliquer sur l'article pour l'élargir)


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(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
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