mercredi 19 janvier 2022

Clarté nocturne

Benoît Desforêts, nom de plume de
Louis Van Biervliet (1874-1962)

(Source : Le Quotidien, 18 août 1979 ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)



La remise en circulation, après plus de quatre-vingts ans, du 
poème suivant est dédié à la mémoire de Mona Latif-Ghattas
écrivaine, poète, fervente amie des arts et de la culture, 
préfacière du tome 2 de Nos poésies oubliéesdécédée à 
Montréal le 24 décembre 2021, soit une semaine après 
la sortie de cet ouvrage qui contient donc le dernier 
écrit public de cette grande dame de lettres.

Mona Latif-Ghattas
(1946-2021)



   Bel astre aux doux rayons, toi, Reine de la nuit,
   Verse tes flots d'amour sur les tombes que j'aime.
   Je les revois, là-bas, dans cette clarté blême,
   Par le val solitaire où mon rêve s'enfuit.

   Sous les feuilles d'automne, aux sépulcres, sans bruit
   Dorment les trépassés de leur repos suprême.
   Bel astre aux doux rayons, toi, Reine de la nuit,
   Verse tes flots d'amour sur les tombes que j'aime.

   Peut-être une âme, enclose en son triste réduit,
   Cherche l'espace... ouvre son vol, cet instant même... 
   Éclaire, en souriant, le sentier qu'elle suit ; 
   Chante, pour l'attirer, ton lumineux poème...

   Bel astre aux doux rayons, toi, Reine de la nuit ! 

                                   Benoît Desforêts* (1940)



Tiré de : Benoît Desforêts, Poèmes de solitude, Laprairie, 1940, p. 86. 


*  Benoît Desforêts est le nom de plume de Louis Van Biervliet, né à Gand (Belgique), de Jules Van Biervliet, professeur de droit à l'Université de Louvain, et d'Amélie Champy. Il fit ses études au collège Sainte-Barbe, dans sa ville natale, où il développa le goût de  la littérature et une passion pour les œuvres de Victor Hugo.
   Il arriva au Québec en 1900 et, le 22 décembre 1905, à l'âge de 31 ans et après avoir vécu diverses expériences,  il demanda son admission chez les moines de l'abbaye d'Oka. Il y fit ses études de philosophie et de théologie et fut ordonné prêtre le 2 juin 1917. Le 17 mai 1918, il vint s'installer à la Trappe de Mistassini, où il restera jusqu'à la fin de sa vie. Il fut notamment préfet des études et professeur au juvénat de l'abbaye, en plus d'avoir été directeur des petits choristes du même juvénat.
   Promoteur de la colonisation, il a publié les ouvrages suivants : Joseph, victime et sauveur (tragédie biblique, 1932) ; Le p'tit gars du colon (roman, 1934) ; Un sillon dans la forêt (roman, 1936) ; Poèmes de solitude (1940) ; Le mystère d'un cloître (roman, 1947). Plusieurs de ses œuvres sont restées inédites et sont conservées aux archives de la Trappe de Mistassini. 
   Benoît Desforêts est mort à Mistassini le 24 octobre 1962. Son nom de moine était le Père Marie-Benoît. 
(Sources : Le Quotidien (Chicoutimi), 18 août 1979 ; Des jours et des hommes : les Trappistes de Mistassini 1892-1992, Mistassini, Monastère Notre-Dame de Mistassini, 1991, p. 67-68 ; Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 3, Montréal, Fides, 1987, p. 920).


Pour en savoir plus sur Benoît Desforêts,
cliquer sur cette image pour consulter un
article paru en 1979 dans Le Quotidien
de Chicoutimi : 


Poèmes de solitude, recueil de
Benoît Desforêts d'où est tiré le
poème Clarté nocturne, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Dédicace manuscrite de Benoît Desforêts dans
son recueil Poèmes de solitude.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
Pour connaître les modalités de commande de cet 
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
cliquez sur cette image : 

samedi 1 janvier 2022

Le Jour de l'An

La bénédiction de Jour de l'An (1880), par Henri Julien.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)




   Douze sanglots ont vibré dans l'espace, 
   ― Sont-ce les pleurs du lugubre beffroi ?
   ― C'est l'avenir jetant à l'an qui passe,
   Avec mépris, un adieu sombre et froid.

   Un nouvel an, constellé de promesses,
   Vient de surgir des vastes profondeurs ;
   Accordons-lui nos plus tendres caresses,
   Car il promet d'ineffables bonheurs. 

   L'an dernier fut désastreux et terrible : 
   Il a semé partout tant de revers...
   Il a changé ― ce despote inflexible ―
   Nos rêves d'or en mille maux divers !

                             ***

   N'en parlons plus ! Et saluons l'aurore
   Du nouveau jour qui brille à l'horizon ; 
   Que de nos cœurs parte un hymne sonore
   Pour acclamer l'hôte de la saison !  

   Voyez là-bas, dans la pauvre chaumière,
   Le malheureux amaigri par la faim : 
   Du nouvel an, il attend, il espère
   Plus de bonheur et le morceau de pain !

   Sous les lambris, où la pourpre rayonne,
   Le riche aussi formule ses désirs : 
   « Bel an, dit-il, d'un pur éclat couronne
   Nos doux banquets, nos fêtes, nos plaisirs ! »

   Au saint autel, le prêtre vénérable
   Pour le pécheur implore le bon Dieu ;
   Son chant d'amour ― cri de joie admirable ―
   Comme l'encens monte vers le ciel bleu. 

   Dès ce moment, oublions nos rancunes ; 
   À l'ennemi présentons notre main. 
   Après les jours de noires infortunes, 
   Dieu nous réserve un heureux lendemain !

                Jean-Baptiste Caouette* (Premier de l'an 1882)



Tiré de : Jean-Baptiste Caouette, Les voix intimes, Québec, Imprimerie de L.-J. Demers et Frère, 1892, p. 131-133. 

*  Fils de Germain Caouette et de Caroline Sauvial, Jean-Baptiste Caouette est né à Saint-Sauveur de Québec le 29 juillet 1854. 
   Ses études terminées, il remplit diverses fonctions au bureau de poste du quartier Saint-Roch, à Québec, avant d'en devenir le directeur, puis il fut nommé archiviste du district judiciaire de Québec. Il collabora au Journal de Saint-Roch, au Réveil Littéraire, à L'Union, à la Revue canadienne et, en 1906, il devint éditeur du Journal de Noël. En 1912, il se présenta sans succès aux élections dans le comté de Québec.
   Il est l'auteur de deux romans historiques, Le Vieux muet ou un héros de Châteauguay (1901) et Une intrigante sous le règne de Frontenac (1921), de même que d'un recueil de poésies, Les voix intimes (1892).
   Jean-Baptiste Caouette est mort à Beauport le 2 août 1922. Il avait épousé, en 1884, Delphine Mathieu. 
(Sources : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, vol. 1, Montréal, Fides, 1980, p. 775 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, Guérin, 2005, p. 230). 

De Jean-Baptiste Caouette, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté: Le printemps (cliquer sur le titre).


Jean-Baptiste Caouette (1854-1922)

(Source : BANQ)

Les Voix Intimes, recueil de poésies de Jean-
Baptiste Caouette d'où est tiré le sonnet Le 
Printempsci-haut. Il ne reste sur le marché 
qu'un seul exemplaire de l'édition originale, à 
très bon prix : voir ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Jean-Baptiste Caouette, vers 1910.

(Source : BANQ)


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
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de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
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vendredi 24 décembre 2021

Noël pour une âme seule

Messe de Noël, par Clarence Gagnon (1881-1942)

(Source : René Boissay, Clarence Gagnon,
Saint-Constant, Héritage Broquet, 1988)




                                    I


   Noël ! joyeux Noël cher aux petits enfants,
   Noël des dodos bleus et des réveils magiques,
   Je sens mon cœur frémir de songes nostalgiques
   En écoutant l'écho des clochers triomphants.

   La lune s'est ancrée au grand mât de l'église,
   Échouée en plein mont sur des galets d'argent ;
   Et la douce clarté de son disque immergent
   Donne aux maisons l'aspect d'immobiles banquises.

   Secouant leurs grelots sur les chemins tracés
   Par-ci d'un arbre en givre et par-là d'épinettes,
   Sur la neige crissant leurs lisses violettes,
   Arrivent les traîneaux par des gens devancés.

   La nuit vibre soudain comme un globe sonore
   Sous l'airain de la cloche éveillant le hameau,
   Tel un air pastoral de quelque chalumeau,
   Pour saluer la sainte et solennelle aurore. 

                                    II

   J'ai suivi le cortège en marchant pas à pas
   Derrière la gaieté des villageois. Pensive, 
   Mon âme que la peine emporte à la dérive
   Enviait ce bonheur qui ne reviendra pas. 

   Bonheur de ces Noëls vécus dans la famille,
   En contemplant la vie avec des yeux fervents.
   Trop tôt s'élève, hélas, la tourmente des vents
   Au ciel de cette étoile où notre foi scintille. 

   En grandissant, les loups, de malheurs affamés, 
   Viennent hurler la mort autour des bergeries ;
   Il faut fuir le berceau des chastes rêveries,
   Chasser par l'ange en deuil des paradis fermés. 

   J'ai suivi le cortège... En cette heure éphémère,
   J'ai vu flamber la joie aux âtres des maisons. 
   En plaignant le destin des coureurs d'horizon,
   J'ai partagé le pain du bohème sans mère
    
   Pour lui réchauffer l'âme au sein du réveillon
   Qui fait tout oublier, les rancunes, les haines,
   Lorsqu'elle vient poser le baiser des étrennes
   Sur les fronts, comme un lis qu'effleure un papillon.

   Il s'en ira tout seul, plongé dans les ténèbres
   De son être engourdi par le froid lancinant.
   Aux autres le plaisir ! Le songe hallucinant
   Ranimera la cendre en ces pensers funèbres. 

   Noël ! joyeux Noël de l'amour triomphant,
   Noël des carillons, des intimes ripailles,
   Pitié pour les humains qui, le coeur sur la paille, 
   Pleureront cette nuit leurs souvenirs d'enfant !

                               Charles-E. Harpe (1944)



Tiré de : Charles-E. Harpe, Les oiseaux dans la brume, Montmagny, Éditions Marquis, 1948, p. 107-110.

Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, voyez la notice biographique et les documents sous ses poèmes Voix de la solitude ; Le plus bel hymne à l'orgue des vivantsGuirlande aux éprouvés ; Printemps ; Été du ciel de mon enfance (cliquer sur les titres).

De Charles-E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : L'escale ; Chanson d'automne ; Clair de lune.

Voyez également le dossier sur Charles-E. Harpe
présenté par les Glanures historiques québécoises
en cliquant sur cette image : 


Les Oiseaux dans la Brume, recueil de
Charles-E. Harpe d'où est tiré le poème

Noël pour une âme seule, ci-haut.
.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cette photo publiée dans Le Soleil du 2 août 1952 montre
Charles-E. Harpe moins de cinq minutes avant la crise
cardiaque fatale qui l'emportera. Il n'avait que 43 ans.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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lundi 20 décembre 2021

Fées d'autrefois

La danse des fées, œuvre de Hans Zatzka (1859-1945)




   Vous ne venez donc plus, dans un rayon de lune
   Danser sous les bosquets à l'heure de minuit,
   Ceintes de diamants, au front portant, chacune
   Une couronne d'or qui dans l'ombre reluit ?

   On vous voyait, jadis, baigner vos membres frêles
   À la source d'azur où se mirent les cieux ; 
   On entendait vos chants dans les vieilles tourelles
   Éveillant les échos des soirs mystérieux. 

   Auprès des doux berceaux des demeures altières,
   Vous aimiez à venir formuler des souhaits ; 
   Puis vous apparaissiez dans les pauvres chaumières
   Où l'on parlait de vous en tournant les rouets. 

   Ah ! c'était le bon temps où les jeunes princesses
   Avaient pour les sauver de beaux princes charmants, 
   Où Morgane aux grands bois racontait ses tristesses,
   Le temps de la magie et des enchantements.

   Maintenant jamais plus on n'évoque vos ombres,
   Nymphes, sylphes de l'air, lutins si familiers ; 
   On ne croit plus en vous et, par les nuits très sombres, 
   Le vent seul vient gémir au tournant des sentiers. 

                                  Marie-Anne Routhier (1926)



Tiré de : revue Le Terroir, février 1926. Le poème est également paru dans Le Soleil (Québec) du 9 mars 1929. En 1926, ce poème a valu à son auteure la Lyre d'or, premier prix du concours annuel de la Société des poètes canadiens-français.

Pour en savoir plus sur Marie-Anne Routhier, voyez la notice biographique et les documents présentés sous ses poèmes L'île d'Orléans et Nuit d'étoiles (cliquer sur les titres). 


Marie-Anne Routhier-Lachance (1863-1930)

(Source : Madeleine Huguenin, Portraits de femmes,
Montréal, éditions La Patrie, 1938, p. 167)
 
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mardi 14 décembre 2021

Quiétude

Hormisdas Roy (1865-1931)

(Source : Anthologie de la littérature
franco-américaine de la Nouvelle-
Angleterre
, tome 3, p. 194)




                Nous dédions cette republication du poème d'Hormisdas Roy
                à Mona Latif-Ghattas, femme de lettres et préfacière du tome 2
                de Nos poésies oubliées, qui sort des presses ces jours-ci.



   Vois ! l'ombre somnolente épand, dans l'air subtil, 
   De flottantes vapeurs et d'indécis murmures ; 
   L'aile humide se clôt sous les vertes ramures :
   Viens sous ce frais treillis, viens reposer, dit-il.

   Ô repos dans un rêve, ô langueur infinie ! 
   Que sa voix était douce et ses deux bras berceurs ! 
   Une commune extase unit nos âmes sœurs ;
   J'ai connu de l'oubli la suave agonie.

   Nos yeux étaient fixés sur un point de l'azur
   D'où venaient, caressants, les rayons d'une étoile ;
   Et les lointains rayons de l'astre calme et pur, 

   Scintillant dans la nuit que nulle ombre ne voile,
   Nous disaient que le ciel à la terre est uni
   Et nous rendaient meilleurs, nous montrant l'Infini.

                                         Hormisdas Roy (1902)



Tiré de : Richard Santerre, Anthologie de la littérature franco-américaine de Nouvelle-Angleterre, tome 3, Bedford (New Hampshire),National Materials Development Center for French, 1980, p. 236. Le poème est à l'origine paru en 1902 dans Voix étranges, unique recueil publié d'Hormisdas Roy.

D'Hormisdas Roy, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Émanations de la nuit ; Voix d'automne ; Paroles sincères (cliquer sur les titres). 


Pour en savoir plus sur Hormisdas Roy, cliquer
sur cette image pour consulter un dossier que 
nous avons préparé pour le magazine Les Souches,


Le poème Quiétude, ci-haut, d'Hormisdas 
Roy, est paru en 1980 dans le tome 3
de l'Anthologie de la littérature franco-
américaine de la Nouvelle-Angleterre. 
Il a publié à l'origine en 1902 dans 
Voix étranges, unique recueil paru
d'Hormisdas Roy.


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.

samedi 11 décembre 2021

À la langue française

Carte postale officielle du premier congrès de la langue française au Canada, 1912. 
Le poème ci-dessous a été composé à l'occasion de la tenue du deuxième
congrès de la langue française
, en 1937.

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'élargir)



                                     I

   Ô toi qui parfumas les lèvres des trouvères
   Comme l'arôme pur des tendres primevères ; 
   Toi qui gonflas l'ardeur de nos preux conquérants,
   Et qui berças d'amour la pâle châtelaine
   Rêvant à son époux en filant de la laine ;
   Toi qui trompais l'ennui des troubadours errants,
   Langue d'or, prête-moi ta musique sonore
                         Et ta clarté d'aurore. 

   Ô source cristalline où la Beauté s'admire, 
   Comme un beau soir d'été dans les ondes se mire,
   Je reviens savourer ton enivrant nectar ;
   Je viens baiser encor ton sourire impalpable, 
   Ô toi qui me donnas la torture adorable
   De sculpter l'infini dans le marbre de l'art,
   Toi dont le charme endort la tristesse éternelle,
                        Ô langue maternelle ! 

   Avec toute l'ardeur de mon âme naïve, 
   J'accours pour te chanter malgré ma voix craintive ;
   Oui, je vous chanterai, mots fluides et doux,
   Ô mots bleus, odorés de brises printanières,
   Comme de frais lilas saupoudrés de lumière.
   Car nous vous apprenons dans l'enfance à genoux,
   Et, comme les aïeux, nous implorons Marie
                        De garder la patrie.

                                     II

   Quand tout se fane et meurt, ô choses éphémères,
   Les roses d'un printemps, les chênes séculaires,
   Tu demeures toujours l'impassible rocher
   Qui regarde les flots rugir leurs lames vaines.
   Ta gloire a surmonté l'abattement des haines ;
   Elle a dompté l'obstacle ; elle vient chevaucher,
   Immortel cavalier, la monture des âges
                       Devant tes bardes sages.

   Un flambeau d'épopée éclaira ton enfance ;
   Les poètes, scrutant le sphynx de la souffrance,
   S'enfermèrent bientôt dans l'intime douleur ;
   Le vieux Ronsard, rempli du souffle de l'Hellène,
   Soupira la langueur sous les dédains d'Hélène
   La plainte de l'exil, comme un sanglot en fleur,
   S'épanouit à Rome et tourna vers la France
                       Son désir d'espérance. 

   La raison vint régir la scène protégée,
   Et ton astre atteignit alors son apogée :
   Corneille par ta voix exalta la vertu ;
   L'amour de ses secrets leva la gaze fine,
   Et le siècle applaudit l'adorable Racine ;
   Boileau légiféra, le dictateur têtu ;
   Le grand Molière apprit à voiler d'allégresse
                       Sa profonde tristesse. 

   L'art trop froid vit surgir une nouvelle aurore,
   Et ce pourpre horizon nous illumine encore ; 
   Hugo, le colossal enivré de ses vers,
   Lamartine, divin amant de l'harmonie,
   Musset, superbe écho d'un malheureux génie,
   Tous, chantres éperdus de leurs cœurs « univers »,
   Cherchèrent dans leurs pleurs le frisson des souffrances
                       Et des désespérances.

   Mais ces cygnes sont morts de leurs extases brèves,
   Enfouis aux blancheurs vaporeuses des rêves ;
   Et nous gardons encor leurs désirs infinis,
   Cette soif de beauté, l'aspiration vague
   Vers un idéal blanc qui sanglote et divague
   Dans l'azur de nos cœurs, par l'automne bannis
   Des royaumes divins où la grâce respire
                       Sur l'aile du zéphire. 

                                     III

   Des marins qui voguaient vers de nouvelles terres
   Furent jetés un jour sur nos bords solitaires.
   Leur amour t'emportait sur leurs lèvres de miel.
   Cette élite d'auteurs devint notre héritage
   Qu'il fallut protéger contre le fier sauvage.
   Ton amour fut si fort qu'avec l'aide du ciel
   Nous gardâmes toujours ton trésor grandiose
                       Digne d'apothéose.

   Dès qu'il posa le pied au seuil du Nouveau-Monde,
   L'ancêtre vit monter de la forêt profonde
   La sournoise rumeur des Peaux-Rouges haineux.
   Il dut lutter longtemps contre l'Indien farouche
   Qui hurlait la terreur de sa sanglante bouche. 
   Le massacre fuma, le colon fut fiévreux ;
   Mais jamais, ô ma Langue, il ne trahit son âme
                       Par une fuite infâme.

   Aux verts miroitements de l'Outaouais qui coule,
   La vague de ta gloire ondule et se déroule
   À travers les écueils des souvenirs lointains,
   Sans jamais se lasser et sans jamais se rendre
   À la chute écumante où la mort vient nous prendre ; 
   Toujours scintillera sur tes drapeaux dépeints
   L'emblème de nos cœurs, cette étoile de gloire : 
                       Dollard et sa victoire !

   Quand l'Anglais se dressa sur nos eaux canadiennes,
   Nos pères, fatigués des batailles indiennes
   Mais non découragés, tombèrent en héros,
   Offrant avec leur sang la coupe de leur vie
   Pour défendre l'honneur de notre colonie ; 
   Carillon, Sainte-Foy délèguent ces hérauts
   Qui disent à l'histoire un hymne de conquête
                       Aux lueurs d'une fête.

   Et vous, héros d'hier, légendaires rebelles
   Dont les yeux sont tournés vers des aubes nouvelles,
   Après avoir franchi les portes du tombeau,
   Défenseurs de nos droits, recevez nos hommages,
   Vous avez teint de sang nos émouvantes pages ;
   Car vous représentez le symbole si beau
   De la lutte de race, ô touchantes victimes
                       Du plus humain des crimes. 

                                     IV

   Sur les siècles courbée, ô ma langue ancestrale,
   Tu regardes mourir dans leur pâleur spectrale
   Les hommes qui s'en vont jouir des derniers jours,
   Étendant sur les fronts, partout, ton ombre immense,
   Comme un voile d'oubli qui couvre de silence
   Le poète rêveur, sa Muse et ses amours ; 
   Et tu souris, ô Langue, à sa prunelle douce 
                       Comme une lune rousse. 

   Les jours déferleront sur ta haute falaise
   Sans jamais la ronger, ô ma Langue Française ; 
   Tu sentiras toujours un vent d'éternité
   Frôler ton roc puissant d'une aile énigmatique ;
   L'avenir tournera son regard nostalgique
   Vers le Phare éclatant de ton Verbe exalté ;
   Et l'oeil contemplera dans ta splendeur féconde
                       L'ascension d'un monde. 

                                  Lionel Dessureaux* (1937)



Tiré de : livret de fin d'année du Séminaire Saint-Antoine du Collège séraphique de Trois-Rivières, Trois-Rivières, 1937, p. 27-30.

*  Lionel Dessureaux est né à Sainte-Geneviève-de-Batiscan le 28 juin 1917, de Roland Dessureaux, cultivateur, et d'Albertine Veillette. Il fit son cours classique au Séminaire Saint-Antoine du Collège séraphique de Trois-Rivières, puis au Séminaire Saint-Joseph dans cette même ville. Durant ses études secondaires, il publiait déjà des poèmes, nouvelles, contes et articles dans les journaux trifluviens Le Nouvelliste et le Bien public. Il était certainement fort doué en littérature, car il a raflé douze premiers prix parmi les seize prix de fin d'année de sa classe de belles-lettres en 1937, en plus d'un deuxième prix. 
   Il obtint un baccalauréat en sciences agricoles à La Pocatière, puis une maîtrise et un doctorat à l'Université du Wisconsin, après quoi il travailla comme spécialiste des croisements de plantes. Il dirigea notamment le département d'amélioration des plantes à la station expérimentale du ministère fédéral de l'agriculture, à La Pocatière. Il devint par la suite fonctionnaire au ministère de l'agriculture, à Ottawa. 
   Il fut deux fois candidat aux élections fédérales dans la circonscription de Kamouraska, en 1965 et 1972, mais sans succès.
   Lionel Dessureaux est mort à Gatineau le 23 février 1991. Il avait épousé Benoite Vézina à Shawinigan le 20 mai 1944.  
(Sources : Le Nouvelliste, 17 août 1957, p. 11 ; livret de fin d'année 1937 du Séminaire Saint-Antoine du Collège séraphique de Trois-Rivières ; Le Nouvelliste, 26 février 1991 ; Ancestry.ca). 



Photo de fin d'année 1937 de la classe de belles-lettres du Séminaire Saint- 
Antoine au Collège séraphique de Trois-Rivières. Lionel Dessureaux est le
premier à gauche, rangée du haut. Le poème ci-haut date de cette même année.

(Source : livret de fin d'année du Séminaire Saint-Antoine au Collège
séraphique de Trois-Rivières, 1937 ; cliquer sur l'image pour l'élargir)

Le poème À la langue française, ci-haut, de
Lionel Dessureaux, est tiré du livret de fin
d'année (1937) du Séminaire Saint-Antoine
du Collège séraphique de Trois-Rivières.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir) 


Lionel Dessureaux en 1965.

(Source : Le Soleil, 16 octobre 1965)
 

Dès l'époque de ses études secondaires, Lionel Dessureaux
publiait des poèmes, contes, nouvelles et articles dans les
journaux de Trois-Rivières. Cet article, dont le sujet concerne
la profession d'agronome qu'il pratiquera, est paru dans
Le Bien public du 9 juillet 1942.

(Source : BANQ)


Lionel Dessureaux était un spécialiste réputé des croisements 
de plantes. On le voit ici procédant à un des ces croisements, 
la photo étant tirée d'un article signé Guy Fournier (alors
jeune journaliste qui deviendra une célèbre personnalité 
médiatique) paru dans Le Nouvelliste du 17 août 1957. 
Pour consulter l'article, cliquer sur la photo : 


Le Nouvelliste (Trois-Rivières),
26 février 1991.

(Source : BANQ)


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