vendredi 17 août 2018

Le plus bel hymne à l'orgue des vivants

Charles-E. Harpe (1908-1952)




   Voici le feu roulant de nos désespérances,
   Nos bonheurs déchirés, nos soucis, nos remords ;
   Le sillon poussant dru le grain des répugnances
   Et nos amours couchées dans la fosse des morts. 

   Voici le dénuement des muscles en retraite,
   Les courages crevés au fer des mancherons.
   Et les humilités de nos âpres défaites,
   Et les verges frappant l'orgueil des tâcherons.

   Voici des toits sans chaume et la rouille aux faucilles,
   Des pauvres gueux, la charge au clairon de la faim,
   Avec leur coeur d'hiver, battant sous des guenilles,
   Et des âtres sans bûches ! Et des planches sans pain !

   Voici l'étouffement du cri de nos entrailles,
   De nos désirs de paix, de nos rêves en fleurs...
   Et le même recul dans les mêmes batailles...
   Mais voici du soleil aux brumes de nos pleurs : 

   Égrener des sanglots comme l'eau des ravines,
   Le coeur piétiné comme une herbe à l'abandon,
   Puis soustraire la rose au piège des épines : 
   Voilà des ostensoirs d'amour et de pardon ! 

   Les pauvres gueux vêtus de misères charnelles
   Qui doivent mendier les restes du festin,
   Mais qui passent chargés de vertus fraternelles : 
   Voilà la pourpre dont s'ennoblit un destin !

   Sentir la solitude amère de la brousse
   En criant sa détresse au caprice des vents,
   Puis chanter comme l'aube en perles sur la mousse : 
   Voilà le plus bel hymne à l'orgue des vivants ! 

                             Charles-E. Harpe* (1946)



Tiré de : Charles-E. Harpe, Le Jongleur aux étoiles, Montmagny, Éditions Marquis, 1947, p. 45-46. 

* Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, voyez une notice biographique sous son poème Été du ciel de mon enfance, en plus des diverses informations présentées ci-dessous.


Le Jongleur aux étoiles, recueil de contes et
poésies de Charles-E. Harpe, d'où est tiré
Le plus bel hymne à l'orgue des vivants, ci haut. 



CHARLES-E. HARPE, CE GRAND INCONNU

par Jean-C. Plourde, de l'Union des jeunes écrivains
Gazette des campagnes, 30 juin 1955


   Dans la revue Amérique française de juin 1953, Jeanne Grisé-Allard disait dans son article sur Charles-E. Harpe : « Il était de chez nous et trop peu l'ont connu ». Lorsque Mme Allard écrivit cette phrase, en sentait-elle vraiment toute la portée ? S'imaginait-elle qu'elle venait de qualifier exactement le mal dont a souffert pendant toute sa vie Charles-E. Harpe ?

   « Donner à son peuple du vrai théâtre et de la vraie poésie, toute remplie des arômes de notre terroir », telle semblait être la devise de cet écrivain émérite ; y travailler sans relâche, sans arrêt, jour et nuit, ne jamais regarder en arrière, avancer toujours pour atteindre son noble but ; voilà en résumé ce que fut la vie de Charles-E. Harpe. Cependant, nous ses contemporains, nous qui le côtoyions chaque jour, malgré ses souffrances, malgré ses nuits d'insomnie, malgré ses oeuvres mêmes, nous ne l'avons pas connu.

   Que fallait-il pour rétablir ce déséquilibre (car il faut bien l'avouer que c'en était un) ? Seule la Terrible Faulx pouvait accomplir cette tâche surnaturelle. Une fois de plus sa main glaciale se choisit une victime ; et pendant une de ces belles soirées paisibles de nos campagnes alors que le soleil rougeoyant caressait une dernière fois les monts Notre-Dame avant de disparaître sous leur masse imposante, elle frappa.... et les yeux de Charles-E. Harpe se clorent à jamais. C'est alors que nous ressentîmes pour la première fois la perte irréparable que venait de nous infliger le destin ; chacun y alla de son bon mot et même nos critiques les plus envieux qui, hier encore, le nommaient le « Jongleur inutile ». surent lui trouver des qualités de grand écrivain.

   Si vous le voulez bien, nous soulèverons aujourd'hui le noir catafalque de l'oubli, pour repasser, très brièvement sans doute, les faits saillants de la vie de Charles-E. Harpe. Ce sera notre manière à nous de fleurir la tombe du grand poète.

***

   « Ce siècle avait huit ans... » dirait probablement Victor Hugo ; car c'est en effet à Lévis, en 1908, qu'il naquit ; l'année même où l'on célébrait dans les vieux murs de Québec le troisième centenaire de l'immortel débarquement de Samuel de Champlain au milieu des peuplades barbares. 

   La vieille ville quasi légendaire donnait, comme elle le fit pour Fréchette, asile à un autre artiste. Artiste : tel est le qualificatif qui convient le mieux à Charles-E. Harpe ; il est né ainsi, et il a su le demeurer toute sa vie. Il fut d'ailleurs l'un des seuls de sa génération à ne pas confondre ces deux mots : Artiste et Pédantisme. La nature, le beau et le sublime n'avaient pour lui aucun secret, il vivait heureux et paisible au milieu d'eux.

  Après des études classiques au collège de sa ville natale, où il se fit tout spécialement remarquer par son incessante bonne humeur, il s'achemina vers l'Université Laval et s'inscrivit aux cours de littérature. Ce dernier stage accompli, il s'enhardit à publier dans différents journaux et revues, sous les pseudonymes de René DeBray et de Stéphane, des contes, des nouvelles et des poèmes. C'est grâce à cette collaboration bénévole que Charles-E. Harpe parvint à connaître à fond le métier d'écrivain. 

   Rêver était son passe-temps favori. Voici un extrait d'une de ses lettres où il en est question : 

« Je suis un grand rêveur ! Est-ce un tort ? Je crois que le Rêve est le vêtement que, charitable, nous offre la vie, si décevante parfois, pour habiller nos misères et nos désillusions. D'ailleurs, le poète ne doit-il pas voir pour les aveugles, entendre pour les sourds, parler pour les muets ? Ne doit-il pas jouir pour les ignorants et souffrir pour les insensibles ? »

   Sa carrière si bien remplie fut cependant interrompue par un séjour de trois ans à l'Hôpital Laval de Québec. Cette dure épreuve nous a valu son plus beau livre. Les Croix de chair sont dès le début un cri de désespoir. Nous y retrouvons d'ailleurs dans la page liminaire ces trois cris de désespoir dûs à des auteurs célèbres : « Qu'il nous faut donc du temps pour nous apercevoir que nous sommes nés crucifiés » ; « Quand on n'aura vu la douleur que dans les livres et non dans la chair et dans le sang, on ne connaîtra vraiment pas ceux qui souffrent » ; « Rien ne nous fait si grands qu'une grande douleur ». C'est sous ce thème que se développe la première partie du livre. Dans la deuxième, cependant, nous retrouvons un homme transformé et qui, avec le dédain de la terrible maladie, reprend goût à la vie. 

   Un autre ouvrage, préfacé par Roger Brien, paraît aux éditions Marquis en 1947. C'est un recueil de contes et poésies : Le Jongleur aux étoiles, avec la dédicace suivante :

         Au labeur obscur de mon père,
         À la mémoire de ma mère
         qui sut si bien porter la vie
         comme une chape de lumière,
         et qu'il m'est doux de retrouver
         lorsque je m'évade du monde 
         pour jongler aux feux des étoiles.

   En 1947, il épousait Gabrielle Arsenault et allait demeurer à Saint-Aubert-de-l'Islet, dans une maison qu'il décrivait ainsi : « Je possède un cabinet de travail, genre solarium, avec horizons magnifiques sur la campagne de Saint-Jean-Port-Joli, sur le large fleuve et sur les montagnes de la Baie Saint-Paul. Un grand jardin, un verger, un parterre précédant ce dernier, j'ai tout ce qu'il faut pour rimer dans l'extase des fleurs ou de la belle neige blanche qui ouate les branches du gros cormier encore en possession de ses grappes de corail. Je vis donc heureux dans le travail, dans un décor ravissant ». 

   Il offrit sa collaboration à différentes annales. Il écrivit des nouvelles et des critiques littéraires dans Photo Journal, Le Bulletin des agriculteurs et L'Action catholique. Il fut aussi l'auteur de plusieurs pièces de théâtre dont voici les principales :

         La gardienne du foyer, 3 actes ; 
         Le semeur de haine, 4 actes ;
         L'angelus et la mer, 3 actes ; 
         La déserteuse, 3 actes ; 
         Soeur blanche, 5 actes ; 
         L'homme rouge, 4 actes ; 
         Le coeur d'un homme, 3 actes ; 
         L'amour pardonne, 3 actes ;
         La croix d'une mère, 3 actes ; 
         La femme enchaînée, 3 actes ;
         La fin du rêve, 3 actes ;
         Chômeurs de luxe, comédie en 3 actes. 

   C'est en 1950 qu'il réalisa pour la première fois à Saint-Jean-Port-Joli La Passion du Christ. Cette pièce remporta un succès foudroyant, qui dépassa toutes les espérances de l'auteur. On accourait de toutes les parties de la province, et même des États-Unis, pour y assister, on s'arrachait les billets.

   Il est le fondateur de la troupe « Les artistes du Terroir », connue à présent sous le nom « Les copains de l'Art ». 

   Il avait à sa mort un roman-fleuve à CKCV intitulé Les trottoirs de Québec.

   Au moment de sa mort, il était membre des Écrivains canadiens, des Écrivains pour la jeunesse, président de la Société des Poètes canadiens-français, et il appartenait à une foule de sociétés. 

   Il mourut en 1952, pendant la représentation d'un de ses « pageants » historiques, La Moisson du Souvenir, à Saint-Alexandre-de-Kamouraska. Comme Molière et Jouvet, il s'envola pour un monde meilleur du sein de ses artistes qu'il aimait tant.

   Charles-E. Harpe, ce grand inconnu, s'est éteint très humblement au milieu des siens, sans même avoir connu le semblant de la gloire. Ce fut une lourde perte pour la littérature canadienne-française, c'était l'un de ses plus brillants génies. Mais nous avons tout de même lieu de nous en consoler, car si l'homme n'est plus, l'oeuvre demeure, pour attester la grandeur d'âme et le génie de son créateur. Elle demeure pour propager son nom à travers les âges à venir ; elle demeure pour démontrer cette maxime restée populaire et toujours vraie : « Qu'un grand homme ne meurt jamais entièrement ». 

Maison où Charles-E. Harpe vécut de 1947 à sa mort,
en 1952, au 17 rue Principale, à Saint-Aubert-de-l'Islet.
(Photo : Google Maps ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Charles-E. Harpe est l'auteur de nombreux
  spectacles à thèmes historiques et à vaste
déploiement nommés « pageant », dont
un fut consacré aux Anciens canadiens,
roman de Philippe Aubert de Gaspé, et qui
fut joué devant des auditoires nombreux
à Saint-Jean--Port-Joli, en août 1949.
(Merci à Gaston Deschênes pour la brochure ;

cliquez sur l'image pour l'agrandir) 

Nous avons cru bon de reproduire cette introduction que Charles-E. Harpe avait rédigée et incluse dans la brochure de présentation de son « pageant » Les Anciens canadiens. On peut y percevoir non seulement la passion contagieuse de Harpe pour son métier d'artiste, mais également les valeurs qui l'animaient et qu'il véhiculait par ses oeuvres, dont une évidente générosité, la coopération entre citoyens d'un même coin de pays, l'attachement à notre histoire autant locale que nationale et la célébration de la valeur morale et de la grandeur patriotique des fondateurs de la nation québécoise. À lire un tel texte, on comprend à quel point nous manquent, de nos jours, des artistes de la trempe d'un Charles-E. Harpe qui, il vaut aussi la peine de le souligner, avait travaillé bénévolement à la réalisation du « pageant » Les Anciens canadiens.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Photo de Charles-E. Harpe dans la
brochure de présentation de son
« pageant » Les Anciens canadiens, 1949.

Charles-E. Harpe est inhumé au
pied  de ce  monument, à l'entrée du
du cimetière de Saint-Aubert-de-l'Islet.
(Photo : Daniel Laprès, 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



Détail du monument funéraire de Charles-E. Harpe.
Comme l'atteste l'extrait de baptême ci-dessous, 
l'année de naissance indiquée sur le monument 
est erronnée : Harpe est né en 1908 et non 1909.
(Photo : Daniel Laprès, 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Extrait de baptême de Charles-E. Harpe, né Joseph Arthur
Eugène Harpe. On y apprend qu'il est né le 21 août 1908 et
qu'il fut baptisé le jour suivant à Lévis, dans la paroisse
Notre-Dame-de-la-Victoire.
(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Carte mortuaire en souvenir
de Charles-E. Harpe. À noter
l'erreur quant au lieu du décès,
qui est Saint-Alexandre-de-
Kamouraska et non Saint-Aubert,

où il a été inhumé.
(Collection Gaston Deschênes,
que nous remercions ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mardi 14 août 2018

Solitude des soirs

Gaston de Montigny (1870-1914)
Il revêtit ce costume de bédouin alors
qu'il se trouvait en Afrique du Nord.
(Source : Étoffe du pays,
éditions Beauchemin, 1951)





   Au fond des grandes forêts de là-bas, auprès d'un lac épandant l'onyx de ses eaux profondes qu'immobilise le repos des choses, un « chantier de bois rond » fait tache noire dans la transparence de la nuit. Sur le seuil, qu'effleurent quelques touffes de mignonnettes et de pensées polychromes, un jeune défricheur regarde et songe, tandis que s'éteignent les derniers tisons d'un feu de terre neuve, allumé dans la tourbe. 


   La lenteur des soirs bleus tombe dans le silence
   Où chantent des sapins, des ailes et des fleurs ; 
   Sans brise, sur les nids, la feuille folle danse ; 
   Les étoiles d'opale ont des beautés de pleurs...

   Asseulé dans la nuit dont la paix m'environne,
   Je songe à l'au-delà qui peut sourire encor ; 
   Et mon âme, moins lasse, aime, espère et pardonne,
   En un rêve d'oubli qui la berce et l'endort. 

   Comme un acier bruni, le lac aux reflets sombres
   Tremble en anneaux d'argent quand la truite bondit ; 
   Les lourds sapins y vont baigner leurs lourdes ombres
   Avec les monts lointains que l'espace noircit. 

   Et je rêve des yeux noirs comme ces pensées
   Que l'été, de son aile, endeuille de velours ; 
   D'un sourire plus doux que l'éclat des rosées
   Que le fil de la Vierge enlace en son parcours.

   Sur les feuilles, Septembre a mis des mordorures,
   Derniers coups de pinceau d'un artiste divin ; 
   La flamme qui languit orne d'enluminures
   Les nacres et les ors et les rouges carmin...

   J'attends l'âme inconnue où mon âme, à toute heure, 
   Sans se lasser jamais pourrait se regarder ; 
   Je voudrais qu'une main de sa caresse effleure
   Un front où la tristesse aime tant s'attarder...

   Dans la tourbe qui fume en agrandissant l'âtre
   Où l'ombre, dans la cendre, étend des larmes d'or,
   Le brin d'herbe qui brûle et s'affaisse, blanchâtre,
   Semble dire : « L'amour est plus fort que la mort »...

   Et mon rêve pressent l'extase qui peut être
   Dans les doux pleurs qu'à deux l'on savoure et l'on boit,
   Et voici que je sais où le bonheur, peut-être,
   Attend que j'aille à lui pour s'incliner vers moi...

   La lenteur des soirs bleus tombe dans le silence.

                                                                    ***

   Les dernières gerbes d'étincelles d'or s'affaissent dans la cendre grise et la grande nuit plane, immobile, sur l'envolée des rêves et le repos des choses. 


                                   Gaston de Montigny* (1908)



Tiré de : Gaston de Montigny, Étoffe du pays, pages retrouvées et présentées par Louvigny de Montigny, Montréal, éditions Beauchemin, 1951, p. 139-140. Ce poème est d'abord paru dans Le Journal de Françoise, le 20 juin 1908. 

* Gaston de Montigny, frère de Louvigny, est né à Montréal le 27 mai 1870, de Benjamin-Antoine Testard de Montigny, recorder à la Cour de Montréal, et de Marie-Louise Hétu.
   Il entrepris au Séminaire de Joliette (1888-1890) des études classiques qu'il abandonna pour devenir officier du 65e régiment des Carabiniers de Montréal (devenus Fusiliers Mont-Royal), avant d'ouvrir une école d'escrime.
   Après l'échec d'une tentative de colonisation au Témiscamingue en 1892, il partit pour la France afin d'étudier à l'École nationale d'agriculture de Grignon. Enivré par le climat militariste qui régnait alors en France, il s'engagea dans la Légion étrangère et passa cinq ans en Afrique du Nord.
   De retour au Québec, il fit en 1898 un nouvel essai de colonisation, cette fois au Lac-à-la-Chaîne, mais il dut abandonner, victime d'un incendie et du vandalisme des marchands de bois.
   Il fit un séjour chez les Dominicains à Saint-Hyacinthe, puis s'installa comme « donné » à la Trappe d'Oka jusqu'à l'incendie de l'hostellerie, en 1902.
   Musicien, peintre, poète, botaniste, physicien, militaire, coureur des bois, naturaliste, grand voyageur, comédien, économiste, il collabora à divers journaux et périodiques dont L'Avenir du Nord, la Revue canadienneLe Monde illustréLa PresseLe Journal de Françoise et Le Passe-Temps.
   En 1901, il publia Étoffe du pays puis, l'année suivante, le Livre du colonEn 1907, interné à l'Asile Saint-Jean-de-Dieu pour cause d'alcoolisme, il y fut nommé secrétaire privé du docteur Georges Villeneuve.
   Gaston de Montigny est mort le 30 octobre 1914 à l'Hôpital des Incurables de Montréal.
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1982, p. 468).


Le poème Solitude des soirs, ci-haut, est tiré du
recueil d'écrits de Gaston de Montigny colligés
et publiés en 1951 par son frère Louvigny. On
peut s'en procurer ICI de rares exemplaires.
 

Gaston de Montigny à deux époques de sa vie.
(Sources : photo de gauche : Dictionnaire des oeuvres littéraires
du Québec
, tome 2 ; photo de droite : Archives des lettres
canadiennes
, Montréal, éditions Fides, 1963). 

Dédicace manuscrite de Louvigny de
Montigny, frère de Gaston, dans l'édition
publiée en 1951 du recueil d'écrits divers
de Gaston de Montigny, Étoffe du pays.
(Collection Daniel Laprès ;

cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article de Gustave Comte dans Le Passe-Temps du 21 novembre
1914 en hommage à Gaston de Montigny à l'occasion de sa mort.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 20 juin 1963,
soit presque 50 ans après la mort de Gaston de Montigny,
 l'écrivain Harry Bernard (pseudonyme « L'Illettré ») lui
consacrait cet article commémoratif.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


samedi 11 août 2018

Fuite

Pierre Baillargeon (1916-1967)
(Source : BANQ)




   C'est pour moi que la route mène
   À la route et que le chemin
   Tourne et se prolonge sans fin
   Et continue où qu'on parvienne,

   Serait-ce près d'une fontaine
   Qui tombe du jour le matin,
   Où la nuit ressemble au grand pin
   Qui dort sur l'eau ridée à peine. 

   Lorsque si loin est la maison
   Que sa fumée, à l'horizon, 
   Monte et se dissipe derrière,
  
   Depuis longtemps j'ai dit bonsoir
   Et, parti comme à l'ordinaire,
   On ne peut plus m'apercevoir. 

                Pierre Baillargeon* (1941)



Tiré de : Amérique française (revue littéraire), novembre 1941, p. 3.

* Pierre Baillargeon est né à Montréal le 10 septembre 1916, d'Ovila Baillargeon, organisateur politique, et d'Alphonsine Mercier. Il fit ses études primaires à l'Institut des Sourdes-Muettes et à l'école Querbes d'Outremont, puis ses études classiques au collège Jean-de-Brébeuf
   Son baccalauréat obtenu en 1938, il partit pour l'Europe, et s'inscrivit à la Faculté des sciences de la Sorbonne. C'est là qu'il rencontra Jacqueline Mabit qu'il épousa en juillet 1939.
   Entretemps, il suivit les cours de Paul Valéry au Collège de France. De retour au pays en février 1940, à la suite de l'invasion allemande de la France, il fut traducteur au Corps d'aviation royale. Il rédigea aussi des textes pour le service de l'Emprunt de la victoire
   Il publia ses premiers articles dans la revue La Relève. En 1941, il fonda avec des amis la revue Amérique française, qu'il dirigea jusqu'en 1944, puis il devint l'année suivante journaliste à La Patrie
   Parti pour la France en 1948, il revint à Montréal à l'été 1949 pour un court séjour pendant lequel il travaille à La Presse, puis il repart en septembre de la même année. De 1948 à 1960, il continua d'écrire pour La Patrie, en plus d'avoir collaboré au Petit Journal en 1950-1951. Il enseigna le français et le latin à Vézelay, de même que l'anglais près de Pullay, où il s'était installé. Il oeuvra également à titre de traducteur aux Éditions Robert-Laffont (1956) et de conseiller littéraire à Sélection du Reader Digest (1957-1959).  En 1957-1958, il occupa la fonction de secrétaire particulier de Jean Désy, ambassadeur du Canada à Paris.
   De retour à Montréal en décembre 1959, il entra au service de Bell Canada à titre de rédacteur au service des relations publiques (1960-1962), puis au Canadien National où il fut traducteur de 1962 à 1966. Il publia des articles dans Le Devoir jusqu'à sa mort survenue le 15 août 1967 à la Clinique Mayo à Rochester, dans l'état du Minnesota. 
   Pierre Baillargeon est l'auteur de plusieurs livres, dont Hasard et moi (récit, éditions Beauchemin, 1940) ; Les médisances de Claude Perrin (roman, éditions Parizeau, 1945) ; Commerce (récit et aphorismes, éditions Variétés, 1947) ; La neige et le feu (roman, éditions Variétés, 1948) ; Le scandale est nécessaire (essais, épigrammes et aphorismes, éditions Le Jour, 1962) ; Madame Homère, (théâtre, 1963). Un recueil de certains de ses plus importants essais, intitulé Le choix, a été publié deux ans après sa mort, en 1969. André Gaulin a publié Entre la neige et le feu, une très intéressante biographie de Pierre Baillargeon (Presses de l'Université Laval, 1980).
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 3, Montréal, éditions Fides, 1982, p. 451). 

Pour en savoir plus sur Pierre Baillargeon, cliquer ICI et ICI

Le numéro de novembre 1941 de la
revue Amérique française, dont Pierre
Baillargeon fut le premier directeur, et
d'où est tiré le poème Fuite, ci-haut.
On peut consulter ou télécharger ICI
ce numéro. 

Pierre Baillargeon participant à une émission de la
radio de Radio-Canada, en 1964. (Source : BANQ)

Dédicace manuscrite de Pierre Baillargeon dans son 
ouvrage Le scandale est nécessaire, paru en 1962.
(Collection Daniel Laprès)

À l'occasion du décès de Pierre Baillargeon, le 15 août
1967, le journaliste et écrivain Jean-Éthier Blais lui a
rendu hommage dans Le Devoir du 26 août suivant.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Monument funéraire de Pierre Baillargeon au
cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal.
(Photo : Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mercredi 8 août 2018

La jeune mère au chevet de son fils

Félix-Gabriel Marchand (1832-1900)
(Source : BANQ)




   Enfant chéri, sur ton berceau,
   Dors du sommeil de l'innocence,
   Car c'est le rêve de l'enfance
   Qui, dans la vie, est le plus beau. 

   Tu tressailles quand je t'appelle,
   Tu souris en voyant mes pleurs,
   C'est que les humaines douleurs
   N'ont pas sur toi posé leur aile. 

   Je tremble pour ton avenir ; 
   Qu'il me tarde de le connaître !
   Ton bonheur y sera peut-être,
   Le mien n'est plus qu'un souvenir. 

   Comme le tien, mon premier âge
   S'écoula tranquille et serein ; 
   Hélas ! bientôt, sur mon chemin, 
   Au calme a succédé l'orage. 

   Triste victime du trépas,
   Mon époux dort dans la poussière ;
   Un jour, près de ta pauvre mère,
   Mon fils, tu le remplaceras. 

   L'amour, c'est un aimable songe
   Qui berce le coeur un instant,
   Le monde est un lieu de tourment
   Et le bonheur, c'est un mensonge. 

   Enfant chéri, sur ton berceau,
   Dors du sommeil de l'innocence,
   Car c'est le rêve de l'enfance
   Qui, dans la vie, est le plus beau. 

         Félix-Gabriel Marchand (Saint-Jean, 16 mars 1853)



Tiré de : La littérature canadienne de 1850 à 1860, tome II, Québec, G. et G. E. Desbarats Imprimeurs-Éditeurs, 1864, p. 224-225. 

Pour en savoir plus sur Félix-Gabriel Marchand, cliquer ICI et ICI. 

Le poème La jeune mère au chevet de son
fils
, de Félix-Gabriel Marchand, est tiré du
deuxième tome de La littérature canadienne
de 1850 à 1860
, que l'on peut consulter ou
télécharger gratuitement ICI. Pour le premier
tome, voir ICI. On peut aussi se procurer de

rares exemplaires des deux tomes de 
 l'édition originale (1863 et 1864) de cet 
ouvrage important du patrimoine littéraire 
québécois ; voir ICI et ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Félix-Gabriel Marchand dans son livre
Mélanges poétiques et littéraires, publié en 1899, soit un an avant
sa mort. La dédicace est adressée à son frère Charles. On peut
consulter cet ouvrage ou le télécharger gratuitement ICI. Le libraire
François Côté offre deux très rares exemplaires de l'édition originale.
(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Félix-Gabriel Marchand et des membres de sa famille
au 25 rue Sainte-Ursule à Québec, maison de son gendre,
au printemps 1900. Il est mort le 25 septembre suivant
à la même adresse. Au premier rang, de gauche à droite :
Dr Arthur Simard, gendre de Marchand, l'épouse (assise)
de ce dernier, leur fille Ida Marchand-Legendre (assise),
Ernestine Marchand-Simard tenant dans ses bras son
fils André Simard âgé de 4 mois (futur médecin). Au
second rang, de gauche à droite : le notaire Cyrille Delage,
Félix-Gabriel Marchand et Arthur Legendre.
(Source : Lionel Fortin, Félix-Gabriel Marchand, Saint-
Jean-sur-Richelieu, Éditons Mille Roches, 1979, p. 200 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Monument funéraire de Félix-Gabriel
Marchand au cimetière Notre-Dame-

de-Belmont, à Québec. 
(Photo : Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Durant son bref mandat à titre de premier
ministre du Québec, de 1897 à sa mort
en 1900, Félix-Gabriel Marchand avait tenté
de créer un ministère de l'instruction publique,
mais il perdit cette bataille face à un clergé
opposé à une telle mesure. Voir ICI pour
des informations sur cet ouvrage de Claude
Corbo
qui apporte un éclairage
pénétrant sur ce conflit.