lundi 15 octobre 2018

Le Poète

Napoléon Legendre (1841-1907)
(Source : Québec éternelle, p.117)




   Ô poète, ignoré, pauvre, toi qu'on honnit,
   Pendant que ton grand coeur, sombre et profond, bénit
   Les rires qui s'en vont, les larmes qui demeurent,
   Chantant pour les heureux, pleurant pour ceux qui pleurent.
   Poète, tu t'en vas, semant par l'univers
   Ce froment idéal qui germe dans tes vers.

   Le peuple, en te voyant passer, jette un sourire
   Où perce la pitié que ta présence inspire.
   Car c'est toi, le distrait, le sombre, le rêveur
   Qui marche l'oeil fixé sur quelque profondeur
   Où la nature a mis son attirant mystère ;
   C'est toi dont le regard semble oublier la terre.
   C'est toi, l'insoucieux des choses d'ici-bas
   Qui paraît mépriser la vie et qui n'a pas
   D'état bien reconnu, de métier ou de place,
   Toi, le déclassé, toi, l'inutile qui passe,
   Imprévoyant, devant l'or sans le ramasser,
   Près des puissants et près des grands sans te baisser,
   Si bien que, dans ton rêve et ta mélancolie,
   La foule ne croit voir qu'une douce folie !

   Et pourtant, mieux que toi qui donc jamais comprit
   Les tendresses du coeur, les élans de l'esprit !
   Qui mieux que toi connut les secrets de la vie,
   Ouvrant leurs profondeurs à ton âme ravie ?
   Ton âme ! n'est-ce pas cet immense clavier 
   Où tout ce qui sait plaindre, aimer, pleurer, prier,
   Où tout coeur qui soupire, où toute voix qui chante,
   Tour à tour fait vibrer une note éclatante ?

   Poète, tu t'en vas recueillant tous les bruits
   Qui passent dans le souffle harmonieux des nuits,
   Dans le pré qui fleurit, dans la feuille qui tombe,
   Dans les pleurs répandus sur une chère tombe,
   Dans la voix qui module, à la chute du jour, 
   Au bord des nids, un chant de tristesse ou d'amour,
   Dans le vol de l'orage ou les cris de la guerre,
   Dans les longs roulements lugubres du tonnerre,
   Et de toutes ces voix, et de tous ces accents
   Qui trouvent dans ton coeur leurs échos frémissants,
   Ô poète, étreignant ce coeur qui se déchire,
   Tu fais le chant divin qui jaillit de ta lyre !

   Toute joie où notre âme ivre vient s'abreuver,
   Toute ombre de bonheur qui passe et fait rêver,
   Tous les tressaillements d'amour, toutes les fièvres
   Dont les folles ardeurs montent du coeur aux lèvres,
   Tous les secrets désirs et les anxiétés,
   Tous les doutes troublants contre l'âme ameutés,
   Tous les heurts de la vie où les forces s'épuisent,
   Tous les chagrins cachés et les douleurs qui brisent,
   Chaque jour, ô poète, ont battu dans ton sein ! 
   Et c'est pourquoi, portant plus haut son vol, l'essaim
   Immortel et vainqueur de tes strophes ailées
   Est allé remuer les âmes réveillées
   Où chaque son qui tremble et chante, où chaque pleur
   Dans ta voix palpitante a reconnu sa soeur ! 

   Puis, sans jamais compter la force dépensée,
   Tu t'élances, plus fort, au champ de la pensée,
   Plus haut, toujours plus haut, plus loin, toujours plus loin ! 
   Et pour l'aigle et pour toi, monter est un besoin !
   Pas un point reculé de ce domaine immense
   Ne se dérobe au vol de ton intelligence ; 
   Science, histoire, lois, religion, vertu :
   Pas un champ où ton vers puissant n'ait combattu !
   Partout où le pouvoir opprime l'âme humaine,
   Où l'erreur vient jeter sa floraison malsaine
   Pour voiler à nos yeux l'auguste vérité ; 
   Partout où le méchant sème l'iniquité,
   Où le juste, devant les épreuves, chancelle,
   Le monde entend ta voix terrible qui flagelle,
   Ou qui, cherchant ses sons les plus harmonieux,
   Fait élever sa plainte ardente vers les cieux ! 

   Oui, poète, tu peux marcher la tête fière
   Et sourire, à ton tour, aux pitiés de la terre ; 
   Oui, tu peux mépriser le passager affront
   Qui ne saura jamais monter jusqu'à ton front.[...]
   Poursuis ta mission, ne t'inquiète pas
   De ces vagues rumeurs que soulèvent tes pas.
   Laisse le flot montant de l'ineptie humaine
   Te jeter sa pitié, son mépris ou sa haine ; 
   Laisse gronder autour de toi tous ces vains bruits
   Qui s'étendent ainsi que la brume des nuits :
   Qu'un rayon de soleil luise, et la brume passe ! 
   De même, que ta voix chante, et le bruit s'efface !

   Comme le voyageur qui s'avance, incertain, 
   Reprend, hardi, sa marche aux lueurs du matin,
   Toi, poète, tu peux marcher : la route est dure
   Et semble, quelquefois, moins large et plus obscure,
   Mais elle monte et va vers la blanche clarté
   Où t'attendent la gloire et l'immortalité. 

                            Napoléon Legendre* (1891)



Tiré de : Napoléon Legendre, Mélanges, prose et vers, Québec, Typographie  C. Darveau, 1891, p. 189-193.

*  Napoléon Legendre est né à Nicolet le 13 février 1841, de François-Félix Legendre et de Marie-Renée Turcotte. Il fit ses études à Lévis chez les Frères de la Doctrine chrétienne, puis à Montréal au Collège Sainte-Marie
   Reçu avocat en 1865, il se détourna peu à peu de sa profession pour s'intéresser surtout à la littérature et au journalisme. Assistant-rédacteur du Journal de l'Instruction publique en 1872, il entra en 1876 au service du gouvernement du Québec à titre de greffier des journaux français du Conseil législatif
   En 1869, il obtint un doctorat ès lettres de l'Université Laval. Il collabora a plusieurs périodiques et journaux, dont L'Opinion publique, L'Électeur, Le Canada fantastique et Le Soleil. En plus d'articles de linguistique, il a publié plusieurs livres, dont des romans (notamment Sabre et scalpel, 1872), un recueil de contes (À mes enfants, 1875), un recueil de chroniques (Échos de Québec, 1877) et un recueil de poésies (Perce-neige, 1896). Certains de ses ouvrages portent sur la langue française : La langue française au Canada (1890) et La province de Québec et la langue française (1894). Il publia également À propos de notre littérature nationale (1895). Intéressé par la musique, il écrivit des textes pour le compositeur Calixa Lavallée et, en 1874, il publia la première biographie de la cantatrice québécoise de stature mondiale, Emma Albani 
   Il a épousé Marie-Louise Dupré le 7 octobre 1867 à la paroisse Saint-Jean-Baptiste, à Québec.
   Napoléon Legendre est mort à Québec le 16 décembre 1907.
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 672). 

De Napoléon Legendre, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Fleurs d'hiver

Pour en savoir plus sur Napoléon Legendre, voyez : Napoléon Legendre, ou l'esprit fait chronique


Le poème Le Poète, ci-haut, a été
publié dans Mélanges, prose et vers.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Dédicace manuscrite de Napoléon Legendre
dans son recueil d'articles Échos de Québec.
(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Napoléon Legendre,
vers la fin de sa vie.
(Source : BANQ)

Article paru dans Le Soleil à l'occasion de la mort de Napoléon Legendre.
(Source : BANQcliquer sur l'image pour l'agrandir)

vendredi 12 octobre 2018

Nature, que fais-tu ?

Louis-Joseph Chagnon (1889-1947)
(Source : Centre d'histoire
de Saint-Hyacinthe
)




   Belle Nature, ô ma mignonne,
   Que fais-tu donc depuis deux mois ?
   Toute ta gloire t'abandonne,
   Les feuilles tombent dans les bois.

   Holà ! que fais-tu de tes charmes
   Et de ton si joyeux refrain ?
   Vois donc, mon coeur est tout en larmes
   Et mes yeux sont pleins de chagrin. 

   Hier encor tes fleurs écloses
   Grisaient nos coeurs d'un doux parfum ; 
   Mais aujourd'hui, toutes moroses,
   Elles gisaient, bonheur défunt !

   Octobre a mis de la tristesse
   Dans les maisons et les chemins.
   Et moi je vais, l'âme en détresse,
   Cherchant à te tendre la main. 

   Belle Nature, ô bien-aimée,
   Que fais-tu donc de tes atours ?
   Ton âme est-elle donc fermée
   Pour le poète et ses amours ?

   Voici Novembre aux nuits dorées
   Jetant du blanc sur tes cheveux.
   Déjà mes vitres sont givrées
   Et tout transis sont mes aveux.

   Le Mois des Morts, au coeur de marbre,
   Dans les beffrois teinte ses glas. 
   Et moi, dont la figure est glabre
   Déjà je me sens las, bien las !

   Ah ! ta tristesse s'harmonise
   Avec les peines des humains ; 
   Mais la prière divinise 
   Et la souffrance et les chagrins. 

   Et je comprends, belle Nature, 
   Pourquoi ton coeur est endeuillé.
   Ah ! ce crêpe à ta devanture,
   Hélas ! c'est moi qui l'ai cloué ! 

   Oui, je comprends, ô ma mignonne,
   Ce que nous dit ton deuil si beau : 
   Tu ne veux pas qu'on abandonne
   Ceux qui dorment dans le tombeau. 

                Louis-Joseph Chagnon* (1911)



Tiré de : Louis-Joseph Chagnon, La chanson des érables, Montréal, Les éditions du Devoir, 1925, p. 79-80.

*  Louis-Joseph Chagnon est né à Waterloo (comté de Shefford) le 2 août 1889, de Joseph-Antoine Chagnon, avocat, et de Hermine Blanche Caron. Il fit ses études classiques au Séminaire de Saint-Hyacinthe de 1903 à 1911, puis étudia le notariat à Granby de 1913 à 1915.
   Journaliste et traducteur, il devint en 1910 rédacteur du Journal de Waterloo, propriété de son père qu'il dirigea jusqu'en 1912. À partir de 1915, il entra dans la fonction publique, puis devint traducteur des débats de la Chambre des Communes, poste qu'il occupa jusqu'en 1946. 
   Il publia en 1925 son seul recueil de poésies, La chanson des érables, dont la plupart des poèmes furent composés durant ses années d'études au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Il publia plusieurs poèmes dans des journaux et périodiques, sous le nom de plume de « Louis de Rosale». Il reçut diverses distinctions littéraires, dont celle, en 1924, de diplômé d'honneur au concours de la Revue des poètes de France, puis il fut, en 1927, lauréat du Salon des poètes de Lyon. Il était membre de la Société des poètes canadiens-français et de la section littéraire de l'Institut canadien-français.
   Très actif dans la vie culturelle, littéraire et patriotique de l'Outaouais, il fut notamment élu en 1929 président de l'Association technologique de langue française et président de la Société Saint-Jean-Baptiste d'Ottawa. Il fut également directeur de la Société de conférences de l'Université d'Ottawa et de l'Alliance française.
   Il avait épousé Denise Pelletier à Granby le 18 août 1915.
   Louis-Joseph Chagnon est mort à Ottawa le 16 juillet 1947.
(Sources principales : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 201-202 ; The Ottawa Journal, 21 juillet 1947). 


La chanson des érables, recueil de
Louis-Joseph Chagnon d'où est tiré
le poème Nature, que fais-tu ?, ci-haut.
Il en reste seulement deux exemplaires
sur le marché en ligne, voir ICI et ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dès ses années d'études au Séminaire de Saint-Hyacinthe, Louis-Joseph Chagnon
était impliqué en faveur de la qualité de l'usage de la langue française. On le voit ici
en 1909-1910 avec des membres du Cercle (ou Académie) Girouard du Séminaire.
De gauche à droite : Philippe Auger, Gaston Ringuet, Eugène Poirier, Louis-Joseph Chagnon
 et Rosario Brodeur, accompagnés des abbés Fabien-Zoël Decelles et Émile Chartier.
( Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe :
CH001-S13-SS3-SSS3-D1-P014_Académie Girouard)

Article du journaliste et écrivain
Harry Bernard dans Le Courrier de
Saint-Hyacinthe
du 2 octobre 1925,
au sujet du recueil de poésies de
Louis-Joseph Chagnon.
(Source : BANQ)

Article relatant les funérailles de Louis-Joseph Chagnon
dans The Ottawa Journal, 21 juillet 1947.
(Source : NewsPapers.com ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mardi 9 octobre 2018

Dante, où êtes-vous ?

Ernest Pallascio-Morin (1909-1998)
(Source : BANQ)





                [Si je pouvais lui téléphoner cela]


   Médusé près du bord d'un abîme sans fond,
   je vois passer les peuples sans visage et vagues,
   et leur destinée m'inspire un dégoût profond
   parce que je sais rire de ces sortes de blagues.

   La charnelle Vénus leur offre l'amour
   et les humains crispés jettent à son caprice
   les trésors merveilleux rassemblés en un jour
   auprès de sa beauté dénuée d'artifice.

   Mais le dieu Mars a fomenté la guerre
   qui transformera tout en un vaste chaos.
   Et du sein d'un noir et sanglant cimetière...
   on entendra gronder la Bête de Patmos.

   Car les hommes sont fous de se croire une force,
   étant des pygmées dans les jardins éternels ;
   ils se croient l'arbre mais n'en sont que l'écorce.

   La Mort broie sans pitié les petits immortels.

                      Ernest Pallascio-Morin* (1939)



Tiré de : Ernest Pallascio-Morin, Clair-Obscur, Montréal, Éditions Bernard Valiquette et Les Éditions de L'Action canadienne-française, 1939, p. 140-141.

* Ernest Pallascio-Morin est né à Montréal le 3 février 1909, de Gustave Pallascio, militaire de carrière, et d'Adelina de Varro. Il commença ses études au pensionnat Saint-Louis-de-Gonzague, à Québec, puis les poursuivit à l'Académie commerciale de Québec et au Collège de Lévis.
   Plus intéressé par le théâtre que par le commerce, il joua de petits rôles dans les troupes de Pierre Magnier, de Germaine Rouer et de Romuald Lefebvre. Un peu plus tard, il joignit la troupe de Riou-Lefebvre et fit une tournée d'opérette à travers le Québec. Durant cette même période, il envoya des contes et des poèmes aux journaux Le Soleil et L'Événement.
   En 1929, il entra au journal La Patrie en qualité de reporter. Il passa au journal Le Canada l'année suivante, puis à La Presse en 1931. Il travailla pour Le Petit Journal à partir de 1936, pour ensuite devenir rédacteur en chef du Photo Journal de 1940 à 1942. Il participa à la Deuxième guerre mondiale à titre d'officier pour le Service d'information de la marine, ce qui lui valut diverses décorations militaires. Il revint à La Patrie en 1945, puis entra à la station de radio CKAC (Montréal), y ayant occupé les fonctions d'auteur dramatique et de réalisateur de 1947 à 1959. Il passa au service de Radio-Canada de 1959 à 1962.
   Nommé en 1962 directeur des relations extérieures au ministère des Affaires culturelles du Québec, il devint en 1970 commissaire aux langues du ministère de l'Éducation.
   Son oeuvre littéraire, ses pièces de théâtre surtout, lui valurent de nombreuses décorations et mentions. Auteur prolifique, il a publié plus d'une trentaine d'ouvrages. En 1992, il fut fait chevalier de l'Ordre national du Québec.
   À l'été de 1936, il a épousé Aline Massicotte. Il était le père du comédien Aubert Pallascio
   Ernest Pallascio-Morin est mort à Montréal le 26 février 1998.
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 243-244).


Clair-Obscur, recueil d'Ermest Pallascio-Morin d'où
est tiré le poème Dante, où êtes-vous ?, ci-haut.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Portrait d'Ernest Pallascio-Morin par
l'artiste-peintre Louis-Jacques Beaulieu,
dans le recueil Clair-Obscur.

En 1991, Ernest Pallascio publiait ses mémoires de journaliste.
Cet exemplaire contient une longue dédicace manuscrite de lui.
(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans La Presse. 27 février 1998.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique dans
La Presse, 27 février 1998.
(Source : BANQ)

samedi 6 octobre 2018

Octobre

René Chopin (1885-1953)
(Source : L. Mailhot et P. Nepveu, La poésie
québécoise des origines à nos jours
)




   La fougère a rougi ses touffes amarante
   Au bord de la forêt où stagne une torpeur,
   La lumière du jour tombe décolorante.

   Les bois silencieux sont transis et font peur.
   Une branche craquète, une feuille se gerce
   Que rouille un affligeant brouillard enveloppeur.

   Là-bas, parmi les champs, traîne une vieille herse.
   Un paysan travaille à l'automnal labour
   Où la glèbe est docile au soc qui la transperce.

   D'innombrables criquets de leurs ailerons lourds
   Font un aigre concert d'invisibles rainettes
   Tout le long du sentier où crisse un chariot lourd.

   Octobre ! L'aubépine m'offre ses pommelettes.
   Octobre ! Fruits ridés des maigres ragommiers !
   Genévriers, amas vineux de vieilles crêtes !

   Espoirs réalisés des nonchalants fermiers !
   C'est la vendange et c'est la saveur acidule
   De la fameuse rousse aux branches des pommiers !

   La lambrusque sanglante est riche de globules
   Sur le coteau désert qu'interrompt la forêt,
   Et l'automne s'esquive au seuil du crépuscule,

   Tandis qu'avec effort, au milieu des guérets,
   Un soleil d'un blanc mat, monstrueuse araignée
   De lumière, bougeotte et s'emprisonne aux rets

   De sa toile d'argent que la brume a baignée.

                                  René Chopin* (1913)



Tiré de :  Voix des poètes, Montréal, éditions Variétés, 1945, p. 22-23. Le poème Octobre est initialement paru en 1913 dans Le Coeur en exil, premier recueil de poésies de René Chopin. On peut lire une analyse de ce recueil dans Laurentiana.

*  René Chopin est né au Sault-au-Récollet le 2 avril 1885, de Jules-N. Chopin, médecin, et de Léocadie-Délia Brousseau. Après ses études classiques au Collège Sainte-Marie, il s'inscrivit en droit à l'Université Laval à Montréal. Admis à la Chambre des notaires en mars 1910, il partit pour Paris pour y apprendre le chant et fit un bref séjour à Rome. À partir de son retour, en 1911, il exerça le notariat à Montréal.
   Suite à la parution, en 1913, de son premier recueil de poésies Le Coeur en exil, il collabora aux périodiques L'Action, dirigé par Jules Fournier, Le PaysLe NigogLe Nationaliste et La Revue moderne. En 1933, il publia un deuxième recueil, DominantesEn 1944, il devint critique littéraire au Devoir.
   René Chopin est mort à Montréal le 28 juin 1953. 
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 249). 

De René Chopin, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : ― La mort d'un hêtre.

Pour mieux connaître la pensée poétique de René Chopin, on peut consulter en ligne ou télécharger gratuitement le mémoire d'André Lapierre, Le sentiment de la nature chez René Chopin


Le poème Octobre, ci-haut, est paru en 1945
dans Voix des poètes, un recueil présentant
des oeuvres de 48 poètes québécois. Octobre
parut initialement en 1913 dans le premier
recueil de René Chopin, Le Coeur en exil

Deux exemplaires sont encore disponibles 
sur le marché, voir ICI et ICI.

Dédicace manuscrite de René Chopin dans son
deuxième recueil, Dominantes, paru en 1933.
(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans l'édition 1923 de l'Almanach de
la langue française
, René Chopin fut
ainsi dessiné par Henri Letondal.

Robert LaPalme, l'un des meilleurs caricaturistes du
Québec, dessina ainsi les traits de René Chopin, dans
 l'édition 1934 de l'Almanach de la langue française.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

René Chopin durant les années 1930.
(Source : Camille Roy, Manuel d'histoire
de  la littérature canadienne de langue
française
, huitième édition, Montréal,
éditions Beauchemin,1940, p. 113)  

On peut trouver plusieurs poèmes de
René Chopin dans ce recueil qu'on peut
commander dans toute bonne librairie.
Informations ICI.

Article paru dans Le Devoir
le 30 juin 1953, p. 5.
(Source : BANQ)

Notice nécrologique parue dans La Presse du 29 juin
1953. On y apprend notamment que René Chopin a
été inhumé au cimetière du Sault-au-Récollet.
(Source : BANQ)

mercredi 3 octobre 2018

Nocturne

Ulric-Louis Gingras (1894-1954)
(Source : Troisième centenaire
trifluvien
, 1934, p.167) 

                                             

À Monsieur Émile Coderre,
Au poète des Signes sur le Sable


   Lasse comme un vieillard alors que vient le soir,
   La campagne s'endort sous le silence austère
   De la nuit qui s'avance et plane avec mystère,
   Déroulant à nos yeux un pan de manteau noir. 

   Un reste de lumière à l'horizon demeure,
   Calme et dernier baiser du soleil sur nos fronts
   Qui, penchés sous le poids des terrestres affronts,
   Sentent s'évanouir la souffrance avec l'heure. 

   Et les vieilles maisons aux toits mousseux et gris
   Semblent se recueillir en fermant leurs paupières
   Sous les cils palpitants de rustiques drapières,
   Où le rêve s'abrite au fond des coeurs aigris.

   Les seuils pleurent entr'eux, dans l'attente cruelle,
   Le bruit léger des pas qui tantôt se sont tus.
   Les granges aux pignons vétustes et pointus
   S'émeuvent au retour d'une blanche hirondelle.

   C'est l'heure où l'âme aimante aux siens songe souvent !
   Une femme, une aïeule, en priant sous le chaume,
   Surveille la cuisson du pain blond dont l'arôme
   S'échappe d'un vieux four sur les ailes du vent. 

   De plus en plus le soir voile le paysage.
   Un clocher chante au loin sa prière d'amour.
   La lune s'arrondit, et l'on voit tout autour
   Un bel halo céleste encercler son visage.

   Tout dort. Là-bas, la forge éteint son dernier bruit.
   Seule, sur les grands monts dressés comme une enclume,
   Scintillante et lointaine, une étoile s'allume,
   Clou d'or fixant au ciel le voile de la nuit. 

                             Ulric-Louis Gingras* (1922)



Tiré de : Ulric-L. Gingras, Les Guérets en Fleurs, Montréal, Éditions Édouard Garant, 1925, p. 101-102.

Joseph-Aldéric dit Ulric-Louis Gingras est né à Saint-David-de-l'Auberivière le 12 janvier 1894, de Ferdinand Gingras, journalier, et de Joséphine Lambert. Il fit ses études primaires à l'école du village et ses études secondaires au Collège de Lévis.
   Agent d'assurances pendant quelque temps, il obtint en emploi d'inspecteur des aliments et drogues à Montréal, puis fut muté en 1920 à Trois-Rivières, où il demeura jusqu'à sa retraite en 1940. Il revint alors s'établir à Québec.
   Délégué général au Québec de la Ligue d'Union latine, membre de la Jeune Académie de France et de la Société des Poètes canadiens-français, dont il fut plusieurs fois lauréat, il remporta en 1934 le prix de l'Ordre latin de France et le prix de poésie Archon-Despérouses de l'Académie française. Il fut également, la même année, lauréat des Jeux floraux de Tunisie, dont il reçut la première médaille d'honneur. Il a collaboré au journaux Le Bien Public et Le Nouvelliste, de Trois-Rivières.
   Il a publié trois recueils de poésies : La Chanson du Paysan (1922) ; Les Guérets en Fleurs (1925) et Du Soleil sur l'Étang noir (1933).
   Ulric-Louis Gingras est mort à Québec le 24 décembre 1954. Il avait épousé Jeanne Turgeon le 10 juillet 1916.
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 205-206 ; Troisième centenaire trifluvien, édition 1934 de l'Almanach trifluvien, 1934, p. 167).

D'Ulric-Louis Gingras, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : ― La maison de mon rêve


Les Guérets en Fleurs, recueil
d'Ulric-Louis Gingras d'où est
tiré le poème Nocturne, ci-haut.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Ulric-Louis Gingras était un fervent
admirateur du poète Nérée Beauchemin,
à qui il avait dédicacé un exemple de son
premier recueil, La Chanson du Passant.
(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Photo parue dans l'édition 1932 de
l'Almanach de la langue française.

Article paru dans Le Soleil du 27
décembre 1954. (Source : BANQ)