vendredi 15 novembre 2019

Guirlande aux éprouvés

Charles-E. Harpe (1908-1952)

(Source : Gaston Deschênes)




                                                   « ... j'ai senti l'ivresse d'être ailé,
                                       De monter, dans une vertigineuse joie,
                                       Vers l'azur... » (Henri de Régnier)
                                                                


          À Pierre Emmanuel



   Que m'importe le sort d'une douleur amère !
   Il en est des oiseaux, meurtris, ensanglantés,
   Qui ne peuvent donner l'essor à leur chimère
   Et qui chantent quand même en des cieux dévastés.

   Poètes transparents des songes de Verlaine,
   Cet éternel enfant aux yeux d'immensité,
   Vous qui reçûtes le baiser de Violaine,
   Et qui cherchez l'accueil d'un chaleureux été
   Pour oublier l'enfer des célestes batailles
   Où s'est éteint le vol de Saint-Exupéry,
   Où le vent d'Aragon soufflait sur la mitraille
   Mieux qu'un pâle Narcisse au cœur de Valéry.
   Je pense à vos saisons d'effroyables misères
   En regardant filer notre printemps si doux,
   Et je voudrais graver du feu de mes prières
                          Le nom de Giraudoux !

   Comme les albatros dont parle Baudelaire,
   Le Jardinier du Mal, on vous a capturés,
   Vous imposant le glaive ainsi qu'un scapulaire !
   Et vous, les agneaux blancs ! Et vous les écœurés !
   Qui cherchez dans la paix d'un nouveau sanctuaire
   La flamme d'un Péguy, éternellement beau, 
   Pour reprendre votre âme et son itinéraire 
   Et les précocités tragiques d'un Rimbaud
   Je pense au cauchemar des haines ancestrales
   En voyant revenir nos fils, les paysans,
   Laissant dans les saints murs des vieilles cathédrales
   Notre âme, en redevance, après quatre cents ans ! 

   Vous les hugoliens des odes byzantines,
   Et vous les de Musset, blonds pages alarmés,
   Vous qui pleurez d'amour en phrases Lamartine,
   Et vous, paons de cristal au chœur de Mallarmé...

   Vous tous, les affamés d'une pure mystique, 
   Les célébrés, les inconnus, les audacieux,
   Souvenez-vous qu'il est, par-delà l'Atlantique,
   Des cœurs pour vous aimer et, pour chanter, des cieux !

                                      ***

   Que m'importe le poids d'un rêve trop immense
   Et mes désirs croulés dans les couchants vermeils,
   Si j'entends ton ramage, Alouette de France,
   Et respire en tes fleurs l'éclat de tes soleils ! 

   Dites-moi la beauté des êtres et des choses...
   Grisez-moi des printemps fabuleux d'autrefois...
   Ma chair palpite encore à l'ivresse des roses
   Et je ressens leur dard me déchirer les doigts.

   Qu'importe ! si je chante, en ma foi, la Souffrance,
               C'est qu'elle est sœur de la Beauté,
   Comme la Croix est le tremplin de l'Espérance
               Au gouffre de l'Éternité ! 
   Et quand le tendre soir sur nous hisse ses voiles,
               Berçant d'une brise vos nids,
               Je sens grandir un infini
   Bonheur de partager le songe des étoiles ! 

                        Charles-E. Harpe* (26 octobre 1946)




Tiré de : Charles-E. Harpe, Le jongleur aux étoiles, Montmagny, Éditions Marquis, 1947, p. 183-185.

* Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Le plus bel hymne à l'orgue des vivants.

De Charles E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont déjà présenté : Été du ciel de mon enfance ; Clair de lune ; Élégies pour ma mère.


Le poème Guirlande aux éprouvés, ci-haut, esti tiré du
recueil de Charles-E. Harpe, Le jongleur aux étoiles.

Article de la poétesse et écrivaine Jeanne Grisé-Allard sur Le jongleur aux étoiles, de
Charles E. Harpe, dans l'édition du 26 février 1948 du journal Le Canada-Français,
de Saint-Jean-sur-Richelieu.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cette brève présentation du recueil Le jongleur aux étoiles 
est parue le 17 novembre 1947 dans le journal Le Canada.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Brève présentation de Charles-E. Harpe
dans Le Devoir du 9 avril 1949.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Dans La Gazette des campagnes, de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, cet hommage
 a été publié le 30 juin 1955, soit trois ans après la mort de Charles-E. Harpe,
par Jean-C. Plourde, de l'Union des jeunes écrivains.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

lundi 11 novembre 2019

Je pense à toi

Pierre-Martial Bardy (1797-1869) et sa fille Célina Bardy Valin (1843-1914)



               À LA MÉMOIRE DE MON PÈRE CHÉRI

   Quand la pervenche timide,
   Du soleil craignant l'ardeur,
   Sous quelque feuillage humide,
   Aux regards cache sa fleur ; 

   Quand la nuit cède à l'aurore,
   Char et sceptre à son départ ;
   Quand le jour argente ou dore
   Ciel, terre, de toute part ;

   Quand, à peine frémissante, 
   La feuille semble dormir,
   Sous l'haleine caressante
   Du tendre et léger zéphyr ;

   Quand la rose printanière
   Revêt ses plus beaux atours ;
   Quand le spectacle funéraire
   Vient l'automne aux tristes jours ;

   Quand Phébé capricieuse
   Réjouit le firmament ;
   Quand l'onde mystérieuse
   Devient un cristal charmant ;

   À toi je pense ! ― Ta mémoire
   Est ineffaçable en moi ; 
   Car mon bonheur et ma gloire, 
   Ô père ! c'est toujours toi ! 

                 Célina Bardy (1884)



Tiré de : Œuvres littéraires de Célina Bardy, Québec, Imprimerie de La Libre parole, 1908, p. 31.  Le poème avait été précédemment publié en 1884 dans le Bulletin de l'Académie des Muses Santones (France).  

Pour en savoir plus sur Célina Bardy, voyez la notice biographique sous son poème Clair de lune en décembre

Pour en savoir plus sur Pierre-Martial Bardy, voyez Un médecin patriote comme il ne s'en fait plus, des Glanures historiques québécoises. 


Le poème Je pense à toi, ci-haut, est tiré
des Œuvres littéraires de Célina Bardy.

Un seul exemplaire est encore disponible
sur le marché en ligne, voyez ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Le 10 novembre 2019, pour souligner le 150e anniversaire du décès de
Pierre-Martial Bardy, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec a tenu
une cérémonie commémorative dans l'entrée de l'église Saint-Roch de
Québec, où se trouve une plaque dédiée à son souvenir. À la fin de la
cérémonie, Louise V. Labrecque a dit le poème ci-haut, Je pense à toi,
composé par Célina Bardy en mémoire de son père.

Pour voir et écouter cette déclamation du poème de Célina Bardy
par Louise V. Labrecque, cliquer sur cette photo :

(Photo : Madeleine Gagnon, 10 novembre 2019)

Plaque en mémoire de Pierre-Martial Bardy
dans l'entrée de l'église Saint-Roch de Québec.

(Photo : Daniel Laprès, 10 novembre 2019 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Célina Bardy dans le volume de ses
 Œuvres  littéraires et adressée à Narcisse-Eutrope Dionne
journaliste et historien.

(Collection Daniel Laprès)

Célina Bardy Valin vers la fin de sa vie.

(Source : Oeuvres littéraires de Célina Bardy)

Article annonçant le décès de Célina Bardy Valin
dans Le Devoir du 28 juillet 1914.

(Source : BANQ)


Pour en savoir plus sur la Société Saint-Jean-Baptiste 
de Québec, fondée par Pierre-Martial Bardy, cliquer 
sur cette illustration : 


vendredi 8 novembre 2019

À une étoile tombante

Pierre J. O. Chauveau (1820-1890)

(Source : Archives Ville de Montréal)




   Où vas-tu donc lorsque, dans l'ombre, 
   Plus rapide que l'hirondelle, 
   Tu fends l'espace et la nuit sombre ?
   Où vas-tu donc, petite étoile ?

   Viens-tu nous voir, nous, mauvais monde
   Tout de poussière et si rebelle,
   Et qu'un torrent d'horreurs inonde ?
   Viens-tu nous voir, curieuse étoile ?

   Es-tu lasse de scintiller
   Au sein des cieux lorsque, si belle,
   L'on t'y voyait étinceler ?
   Es-tu lasse, coupable étoile ?

   Fuis-tu le ciel, ce doux séjour
   Que désire l'âme immortelle
   Dans son cadre d'un pauvre jour ?
   Fuis-tu le ciel, méchante étoile ?

   Es-tu l'ange de nous chéri,
   De nos chevets la sentinelle
   Qui nous garde de l'ennemi ?
   Es-tu cet ange, ô bonne étoile ?

   Retourne donc, si tu t'esquives ;
   Repens-toi donc, si criminelle ;
   Ne laisse pas en fugitive,
   Mais sois notre ange et notre étoile !

              Josephte* (Pierre J.O. Chauveau ; 1845)



Tiré de : Le Répertoire national, volume III, Montréal, J. M. Valois & Cie Libraires-Éditeurs, 1893, p. 288. 

* « Josephte » est le pseudonyme utilisé par Pierre J. O. Chauveau pour quelques poésies parues dans le volume troisième du Répertoire national, dont la première édition remonte à 1850. (Source : Bernard Vinet, Pseudonymes québécois, Québec, éditions Garneau, 1974, p. 131).

Pour en savoir plus sur Pierre J. O. Chauveau, qui, de 1867 à 1873, fut le premier Premier ministre du Québec, voyez ICI. 

De Pierre J. O. Chauveau, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : La Messe de minuit à L'Islet et Taquineries poétiques au « comité de la pipe »

Le 15 septembre 1867, à titre de premier ministre du Québec et d'ami intime de notre historien national François-Xavier Garneau, Pierre J. O. Chauveau avait livré un discours à sa mémoire lors d'une cérémonie au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Québec. Cliquez ICI pour prendre connaissance de ce texte qui constitue l'un des grands discours politiques de l'histoire du Québec. 


Le poème À une étoile tombante, ci-haut, de
«Josephte», pseudonyme de P. J. O. Chauveau,
a été publié dans le volume troisième du
Répertoire national, que l'on peut consulter
et télécharger gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La grande cause de la vie de Pierre J. O.
Chauveau fut l'instruction du peuple du
Québec. Cet engagement revêtait à ses
yeux plus d'importance que le fait qu'il
a été premier ministre, tel qu'en témoignent
les termes dans lesquels il se présente au 

début de son livre L'instruction  publique 
au Canada, paru en 1876, soit  trois ans 
après qu'il ait quitté le poste de premier
ministre. Ainsi, il n'y mentionne même pas 

qu'il a été premier ministre et a plutôt choisi
 de mettre en relief ses anciennes fonctions 
de Surintendant de l'instruction publique.

On aperçoit également quelques mots
écrits de la main de Chauveau et adressés
à une religieuse, Soeur Saint-Gabriel, qui
avait pris soin de sa fille Élisa, elle-même
religieuse et décédée quelques temps
auparavant. Cette touchante dédicace
se lit comme suit :

« À Soeur St-Gabriel, avec mes bons
souvenirs et l'expression de ma
reconnaissance pour toute ce
qu'elle a fait pour ma chère Élisa ».

(Collection Daniel Laprès ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Portrait du jeune Pierre J. O. Chauveau.

(Source : Wikipedia)

Pierre J. O. Chauveau est l'une des
figures politiques les moins connues
de l'histoire du Québec. Pourtant, cet
homme intègre et dédié à l'avancement
culturel et matériel du peuple du Québec
se révèle comme un personnage fort
sympathique et digne de notre estime
et de notre reconnaissance.

Cette très intéressante biographie publiée
par Hélène Sabourin nous rend la grandeur
de Pierre J. O. Chauveau et tout ce qu'il a
fait pour le peuple québécois. Cliquer ICI
pour plus d'informations sur cet ouvrage
que l'on peut commander dans toute
bonne librairie.

Pierre J. O. Chauveau a habité durant la majeure partie de sa vie
dans cette maison située au 22 de la rue Sainte-Anne, à Québec.

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Mort le 4 avril 1890, Pierre J. O. Chauveau
repose dans la Chapelle des Ursulines, au
Vieux-Québec. On peut y voir cette plaque
commémorative.

(Photo :Daniel Laprès ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

mardi 5 novembre 2019

Le bal céleste

La grande comète de 1882 
Photographe inconnu.

(Source : Catchers Of the Light)




                      (Entrevu en observant la Comète)


   Dans le ciel où c'était fête,
   La lune donnait un bal ;
   Cette nuit-là, sur sa tête,
   Brillait le croissant royal. 

   La nuit étendait ses voiles,
   Et les astres invités
   Passaient devant les étoiles
   Pour admirer leurs beautés.

   Une aurore boréale
   Illuminait le ciel bleu,
   Comme un grand feu de Bengale
   Allumé par le bon Dieu. 

   Le temps battait la mesure,
   Tandis qu'au milieu des airs,
   Sur l'orgue de la nature,
   Montaient des divins concerts.

   Et tous les soleils du monde,
   Venus du Sud et du Nord,
   Faisaient briller à la ronde
   Leurs mille paillettes d'or.

   Les turbulentes étoiles
   Dansaient des valses sans fin ;
   Aux tourbillons de leurs voiles
   Se montrait plus d'un pied fin.

   À travers la voûte bleue,
   Les comètes sans pudeur
   Traînaient leurs robes à queue
   Avec des airs de grandeurs. 

   Et les étoiles filantes
   Jetaient leur éclat rival,
   Pour s'éteindre chancelantes
   Au milieu des feux du bal. 

   Les timides nébuleuses
   Menaient un quadrille à part,
   Où ces pâles vaporeuses
   Polkaient seules à l'écart.

   Les planètes plus vieillies
   Se regardaient fixement
   Et faisaient tapisseries
   Tout le long du firmament. 

   Du haut d'un observatoire,
   Un astronome ébloui
   Lorgnait, sans y croire,
   Ce bal céleste inouï. 

   Et cependant, solitaire, 
   Globe éteint, déshérité, 
   Notre pauvre coin de terre
   Tournait dans l'obscurité. 

                   Castor* (1882)




Tiré de : revue L'Album des familles, Ottawa, septième année, numéro onze, premier novembre 1882.

*  On ne sait pas avec certitude qui était « Castor ». Si l'on se fie à l'ouvrage Pseudonymes québécois, de Bernard Vinet et paru en 1974 aux éditions Garneau, « Castor » est le pseudonyme littéraire de deux personnalités de l'époque : François-Xavier Trudel, avocat, sénateur et militant ultramontain, et Louis-François-Georges Baby, homme politique et juge. 
   Il pourrait peut-être aussi s'agir de l'abbé Alphonse Villeneuve, l'un des fondateurs du journal ultramontain Le Franc-Parleur et qui, selon Charles Langelier, aurait écrit, en duo avec François-Xavier Trudel et sous le pseudonyme commun de « Castor », un ouvrage de polémique, Le pays, le parti et le grand homme

Pour en savoir plus sur la Grande comète de 1882, cliquer ICI


Le poème Le bal céleste, ci-haut, est tiré de l'édition du premier novembre 1882
de la revue L'Album des familles, dirigée par Stanislas Drapeau.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cet article de l'édition du premier novembre 1882 de L'Album des familles
accompagne le poème Le bal céleste, présenté ci-haut. On peut consulter
ICI ce numéro de cette revue mensuelle.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Quelques photos et illustrations 
de la Grande comète de 1882 : 

La Grande comète de 1882, photographiée
le 14 novembre 1882.

(Source : Pinterest : cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

La Grande comète de 1882, vue depuis l'Inde.

(Source : Fine Arts America ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir

The Great comet of 1882 ;
peinture de James Hervat.

(Source : Pixels.com)
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Grande comète de 1882

(Source : Sources.Uni-Trier-de)

La Grande comète de 1882, vue depuis le navire
cuirassé HMS Orion sur le lac Timsah, en Égypte.

(Source : Getty images ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Great comet of 1882

(Source : Royal Astronomical Society ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

samedi 2 novembre 2019

Pourquoi celui-là ?

À gauche : Ernest Tremblay (1877-1940)

À droite : Paul-Émile Lamarche (1881-1918)

(Sources : Ernest Tremblay dans Albert Laberge, Journalistes,
écrivains et artistes
; Paul-Émile Lamarche dans Réal Bélanger,
Paul-Émile Lamarche : le pays avant le parti).



                     À mon camarade de collège, Paul-Émile Lamarche, 
                  mon ami, doux et lumineux enfant du mystère que 
                  si peu ont compris, je dédie cette petite synthèse 
                  impressionniste : 

   
   De profundis ! Lamarche est mort !
   Lamarche est mort à la bataille.
   Est étendu son pauvre corps
   Dont les vers font déjà ripaille : 
   De profundis ! Lamarche est mort !

   C'est à minuit, au clair de lune,
   Que sûrement Lamarche est mort.
   Est mort dedans son infortune,
   Doux et tranquille et sans remords 
   C'est à minuit, au clair de lune.

   Dans le mystère, étrangement, 
   Ont crié trois corbeaux funèbres,
   Lorsque la Mort, pompeusement,
   A pris son âme et ses vertèbres 
   Dans le mystère, étrangement. 

   Pourquoi, la Mort, es-tu venue
   Cette nuit-là ? ― Nul n'en sait rien. 
   Trois corbeaux, sur la Place nue,
   Trois corbeaux noirs ! ― Ami, dors bien ! 
   Pourquoi la Mort es-tu venue ?

                      Ernest Tremblay* (1918)



Tiré de : "Ernest Tremblay" dans Albert Laberge, Journalistes, écrivains et artistes, Montréal, édition privée, 1945, p. 40-41. 

Ernest Tremblay est né le 7 mars 1878 à Manchester (New York), de Grégoire Tremblay et de Kathleen O'Hara. Sa mère s'établit à Montréal lorsque, à l'âge de deux ans, il perdit son père. Sa mère étant très pauvre, il fut durant son enfance un garçon de ferme soumis à des traitements brutaux, et il ne peut que faire des études modestes.
   C'est comme machiniste et homme à tout faire qu'il entra au Théâtre français de Montréal. Il y apprit le métier de revuiste auprès des gens de théâtre. Il devint ainsi un auteur de revues théâtrales très appréciées du public. 
   Il fut également comédien, ayant été membre de la troupe des Soirées de famille fondée en 1896 par Elzéar Roy, dont les représentations étaient tenues au Monument national. Il délaissa ensuite le métier d'acteur pour devenir critique de théâtre. Il contribua ainsi beaucoup à promouvoir l'art de la comédie à Montréal.
   Admis au sein de l'École littéraire de Montréal, il collabora à divers périodiques dont La Presse, Le Monde illustré, Le Terroir, L'AutoritéLa Patrie, où il publia notamment de nombreux poèmes remarqués et des pièces de théâtres appréciées du public. Sous la rubrique Rire et pleurer,  dans La Presse, il a publié plus de 1 000 poésies et « gazettes rimées », qui selon l'écrivain Albert Labergesont « pleines d'humour et d'émotion ». 
   Ernest Tremblay est mort à Montréal le 8 juin 1940.
   Albert Laberge a écrit : « Ernest Tremblay avait été un acteur applaudi, un brillant journaliste, un poète de grand talent, un spirituel auteur de revues, un causeur plein de verve, un gai camarade, mais lorsque le corbillard renfermant sa dépouille partit de la maison mortuaire pour se rendre à l'église, le cortège funèbre se composait de huit personnes... »
(Sources : Albert Laberge, Journalistes, écrivains et artistes, Montréal, édition privée, 1945, p. 35-45 ; Jules Fournier, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, 1920, p. 217 ; Dictionnaire des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 1270, dont la date de décès d'Ernest Tremblay est erronée ; La Presse, 11 juin 1940). 

Pour en savoir plus sur Ernest Tremblay, qui était réellement un écrivain d'exception ― ce qui rend encore plus troublant l'oubli quasi total dans lequel il est confiné depuis sa mort, y compris dans les manuels de littérature ―, cliquer sur le début du chapitre que l'écrivain Albert Laberge lui a consacré dans son ouvrage Journalistes, écrivains et artistes




Pour en savoir plus sur Paul-Émile Lamarche, sujet du poème ci-haut, voyez : Le politicien le plus estimable de l'histoire du Québec.

On peut également lire un discours politique majeur que donna Paul-Émile Lamarche en 1918 : Secouons nos ailes et élevons-nous !


Le poème Pourquoi celui-là ?, ci-haut, est tiré du
livre Journalistes, écrivains et artistes, d'Albert
Laberge. On peut le consulter ou le télécharger
gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


   Paul-Émile Lamarche fut un homme politique dont l'incorruptibilité, le dévouement et le patriotisme furent énormément appréciés par les Québécois de son temps. Même s'il n'a été que simple député durant un seul mandat et qu'il est mort au jeune âge de 36 ans, vingt ans après sa mort, plus de 10 000 personnes prirent part à des cérémonies à sa mémoire, ce qui n'est jamais arrivé pour aucun politicien québécois, toutes époques confondues.
      Mais cela n'empêcha pas notre société à la mensongère devise « Je me souviens » de laisser dans l'oubli cette figure politique aussi remarquable qu'exceptionnelle dont le souvenir serait très utile à la nation québécoise et à sa lutte pour l'existence.
     En cliquant sur cette couverture, vous pourrez consulter et télécharger gratuitement la brochure qui relate cette phénoménale commémoration par le peuple du Québec : 



La photo de gauche est tirée de la brochure commémorative du vingtième anniversaire de la
mort de Paul-Émile Lamarche. Le 16 octobre 1938, des allocutions furent prononcées au
pied du monument Lamarche au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. La photo
montre Roland Grandchamp, président de la Section Paul-Émile Lamarche de la Société-
Saint-Jean-Baptiste de Montréal (section qui n'existe plus) alors qu'il livrait son discours.
On aperçoit Édouard Montpetit, cheveux blancs et deuxième après le jeune garçon 

à droite du monument.

Photo de droite : Le monument Lamarche 80 ans après
cette commémoration ; Daniel Laprès, 21 juillet 2018.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Un aperçu de la foule au cimetière Notre-Dame-des-Neiges,
le 16 octobre 1938, lors de la cérémonie commémorative du
vingtième anniversaire de la mort de Paul-Émile Lamarche.

(Source : Fêtes commémoratives à l'occasion du 20e
anniversaire de la mort de Paul-Émile Lamarche
)

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans La Patrie du 12 octobre 1918, lendemain de la mort de Paul-Émile
Lamarche, victime de l'épidémie de grippe espagnole qui sévissait alors.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Pour seulement 20 $, on peut se procurer dans toute
bonne librairie cette excellente et inspirante biographie
de Paul-Émile Lamarche. Cliquer sur la couverture 
pour de plus amples informations : 


Article paru dans La Presse du 11 juin 1940, à l'occasion du décès d'Ernest
Tremblay
, auteur du poème ci-haut en hommage à Paul-Émile Lamarche.

(Source : BANQ ; Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'Autorité, 15 juin 1940.

(Source : BANQ : cliquer sur
l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 11 juin 1940.

(Source : BANQ ; cliquer sur
l'image pour l'agrandir)

L'Illustration nouvelle, 11 juin 1940.

L'écrivain Albert Laberge nous laisse deviner la tristesse  de la scène :

« Ernest Tremblay avait été un acteur applaudi, un
  brillant journaliste, un poète de grand talent, un spirituel auteur
 de revues, un causeur plein de verve, un gai camarade, mais
 lorsque le corbillard renfermant sa dépouille partit de la
 maison mortuaire pour se rendre à l'église, le
cortège funèbre se composait de huit personnes... »

(Source : BANQ ; cliquer sur
l'image pour l'agrandir)