dimanche 9 décembre 2018

Aimé des dieux

Le village de Saint-Michel-de-Bellechasse, où s'est noyé le 9 août 1916,
alors qu'il se baignait dans le fleuve Saint-Laurent, le jeune Ernest Roy,
âgé de 17 ans et auteur du poème Aimé des dieux, ci-dessous.
(Source : Le Journal de Québec ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)




                                                                     « Ceux qui meurent jeunes
                                                                        sont aimés des dieux ». 
                                                                                                        PLATON 


   Le bonheur ici-bas n'est que de quelques jours.
   Que deviendront plus tard nos rêves de jeunesse,
   Cet idéal auquel nous aspirons sans cesse,
   Que les adolescents ont poursuivi toujours ?

   Que subsistera-t-il de toutes nos amours ?
   Nous aurons dépensé des trésors de tendresse,
   Mais pour bien peu de temps, car, avec la vieillesse,
   Finiront des plaisirs restés pourtant trop courts. 

   Nous verrons, résignés, se flétrir notre rêve ;
   La souffrance sur nous s'acharnera sans trêve ;
   Nos coeurs seront meurtris par d'éternels adieux.

   Avait-il donc raison le philosophe antique,
   En murmurant ces mots, phrase mélancolique :
   Celui-là qui meurt jeune est bien aimé des dieux ?

                                      Ernest Roy* (1915)



Tiré de : Revue Le Parler français, Québec, septembre 1916, p. 7.

*  Ernest Roy est né à Québec, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, le 16 septembre 1898, d'Ernest Roy, avocat, député et juge, et de Malvina Godbout. Il fit ses études classiques au Petit séminaire de Québec, où il était sorti premier de sa classe de rhétorique et s'était vu attribuer un prix du lieutenant-gouverneur pour ses succès scolaires.
    Il se destinait à des études de droit à l'Université Laval lorsque, le 8 août 1916, il se noya alors qu'il se baignait dans le fleuve Saint-Laurent à Saint-Michel-de-Bellechasse. Il était âgé de 17 ans. 


Cette mention des circonstances de la mort d'Ernest Roy fut publiée sous son poème
Aimé des dieux, dans le numéro de septembre 1916 de la revue Le Parler français.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Aimé des dieux, ci-haut, a
été publié en septembre 1916 dans la
revue Le Parler français.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La salle de la classe de Rhétorique du Petit séminaire de Québec,
 tel qu'elle était à l'époque où y étudiait Ernest Roy, le jeune auteur 

du poème Aimé des dieux, ci-haut. Il venait de graduer du Petit 
séminaire quelques semaines avant sa mort tragique.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Ernest Roy, l'auteur du poème Aimé des
dieux
, ci-haut, était le fils du député
et juge Ernest Roy (1871-1928), que
l'on voit ci-dessus.
(Source : BANQ)

Extrait de baptême d'Ernest Roy Jr, tiré du registre
de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, à Québec.
(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Mention de la mort accidentelle
d'Ernest Roy dans La Presse du
9 août 1916. Les journaux ont

mentionné son âge de manière
erronée, car il avait 17 ans et
 non  pas 19(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 9 août 1916
(Source : BANQ)

Journal Le Canada, 10 août 1916
(Source : BANQ)

Le jeune Ernest Roy, auteur du poème Aimé des dieux, repose
avec sa famille au cimetière de Saint-Michel-de-Bellechasse,
tout près de l'endroit où il s'est noyé le 8 aoùt 1916.
(Source : Généalogie Québec; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

jeudi 6 décembre 2018

Simple poème

Maurice Hébert (1888-1960)
(Source : BANQ)




   Ne me fais plus souffrir, ô mon Âme ingénue.
   Accueille mon offrande et comprends ces regrets ;
   Qu'à ma fiévreuse main se rive ta main nue
   Et qu'à tes doux genoux s'exhalent mes secrets.

   Sans toi je n'étais plus qu'amertume et sottise :
   Je déchirais mes jours aux ronciers du chemin,
   Je frissonnais en l'ombre et tremblais à la bise,
   Et mes veilles d'extase étaient sans lendemain. 

   J'ai pleuré sur la vie et pleuré sur moi-même,
   J'ai langui dans l'amour, n'étant point fait pour lui ;
   Mais voici que tu viens et me redis : Je t'aime !...
   Et l'Amour apparaît comme le Soleil luit. 

   Tout est si naturel, délicieux et simple !
   Telle murît la vigne et tel murît mon coeur,
   Fruit longtemps resté vert, trop loin des grappes amples
   Que dorent les midis et dont bout la liqueur. 

   J'attendais mon Soleil. C'est toi qui me le donnes,
   Par l'or de tes cheveux, le regard de tes yeux,
   Par toute la beauté qu'ici-bas tu rayonnes,
   Par toute la bonté que tu ravis aux cieux.

   Laisse-moi te prier comme une sainte Vierge ;
   Laisse-moi te parler en te disant les mots
   Que ma mère m'apprit à la lueur du cierge
   Qu'elle allumait la nuit pour chasser tous nos maux.

   Laisse mon front fleurir auprès de ton épaule
   Et se faner à tout jamais le mal d'antan ;
   Clos mes deux yeux, scelle ma bouche ; et si je frôle
   De mon âme ton âme, à moi fais-en autant. 

   Puis, tel un vendangeur auquel sourit la Reine,
   Ah ! laisse-moi glisser entre tes mains, ce soir, 
   L'humble coeur de ma joie et celui de ma peine,
   Et que tes doigts sacrés soient mon tendre espoir !

                                    Maurice Hébert* (1930)



Tiré de : Revue Le Canada Français, novembre 1930.

Maurice Hébert est né à Québec le 21 janvier 1888, de Célestin Hébert, notaire, et de Julie-Louise Lang. Il fit son cours classique au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et au Petit Séminaire de Québec. Il étudia ensuite le droit à l'Université Laval.
   Il n'exerça la profession d'avocat que de 1910 à 1913, où il passa à la fonction publique québécoise, où il occupa successivement les postes de sécrétaire du Bureau des statistiques, secrétaire aux ministères des Travaux publics et du Travail, publicitaire du gouvernement. En 1940, il fut nommé directeur général du Tourisme et de la Publicité.
   En outre, il enseigna la rhétorique française et anglaise au Collège Jésus-Marie de Sillery et à l'Université Laval.
   Il écrivit de la poésie et du théâtre, collabora, de 1925 à 1939, aux revues Le Canada françaisL'Enseignement secondaire, Le Terroir et au journal L'Événement.
   Membre de la Société des poètes canadiens-français, il fut fait officier de l'Instruction publique de France, en plus d'avoir reçu un doctorat honorifique de l'Université Laval et la Médaille de Vermeil de l'Académie française. Il fut également actif au sein de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, notamment à titre de président du Conseil Saint-Dominique. 
   Il a écrit une oeuvre poétique considérable, dont Le Cycle de Don Juanqui n'a toutefois pas été réunie en recueil et qui est restée dispersée dans divers journaux et périodiques. Il est l'auteur de nombreux articles de critique littéraire dont plusieurs ont été réunis en volumes : De livres en livres (1929) ; Et d'un livre à l'autre (1932) et Les lettres au Canada français (1936). Il est également l'auteur d'une brochure, L'immigration, problème angoissant (1947).
   Le 22 octobre 1915, Maurice Hébert avait épousé Marguerite Taché à la cathédrale Notre-Dame de Québec. Il est mort à Québec le 11 avril 1960. Il était le père de l'écrivaine Anne Hébert. Ses restes reposent au cimetière de Sainte-Catherine-de-la-Jacques Cartier auprès de sa fille Anne et de son neveu le poète Hector de Saint-Denys Garneau.
(Sources : Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989, p. 683-684 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 676 ; Nos Origines ; Wikipedia).


Simple poème, ci-haut, est paru dans le numéro de
novembre 1930 de la revue Le Canada français.

Dédicace manuscrite de Maurice Hébert adressée au
ministre du gouvernment du Québec Edgar Rochette
dans  son livre Les lettres au Canada français (1936).
 (Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maurice Hébert à son bureau, en 1942.
(Source : BANQ)

Maurice Hébert était le père de
l'écrivaine Anne Hébert (1916-2000)

Quelques mois après la mort de Maurice Hébert, l'écrivain Harry Bernard
lui avait rendu hommage dans l'édition du 30 juin 1960 du
 journal 
Le Courrier de Saint-Hyacinthe, où il tenait une chronique littéraire 
sous le nom de plume de « L'Illettré ».
(Source : Harry-Bernard.com ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique dans
La Presse du 14 avril 1960.

(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image pour
l'agrandir)

lundi 3 décembre 2018

Ode au soleil d'hiver

Alfred DesRochers (1901-1978)
(Source : Un poète et son double)

       

                                                   (Fragments)


   Je te salue, astre d'hiver au feu débile,
   Âme des jours qui vont s'allongeant, ô Soleil
   Qui roule, pour laver la nuit de son sommeil,
   Des vagues de beauté rurale sur la ville !

   Le paysage m'apparaît surnaturel
   Et montre, quand tu sourds des branches frimassées
   Comme surgit la grâce à travers nos pensées,
   La nette piété d'un dessin de missel.

   Ton reflet rouge ente la neige d'ombre bleue ;
   Les objets familiers prennent, à ta lueur, 
   Les couleurs de la Vierge et de Notre Seigneur
   Dans ma petite rue étroite de banlieue.

   Par toi, je redeviens premier communiant ;
   Je revois en esprit la campagne natale,
   Le vieux curé du catéchisme, la rafale
   Tourbillonnant dans les carreaux du vitrail blanc,
   
   Les longues courses en traîneaux, les camarades
   Dont la voix bégayante est soeur de ta clarté,
   Les agenouillements pieux, la volonté 
   De bannir la paresse et les gestes maussades !

   Un enfant qui fut moi sourit, extasié
   D'amour, de confiance, et d'attente mystique : 
   Du fond de mon passé s'amplifie un cantique
   Dont je croyais, depuis longtemps, l'air oublié.

   Et j'aperçois soudain mes erreurs lamentables,
   Pourquoi, dans les cités aux matins circonscrits,
   J'ai, privé de l'espace où Dieu me fut appris,
   Tant cherché la blancheur à des chairs périssables !

   C'est que depuis des ans et des ans, ô Soleil
   Qui vêts de pureté candide la nature,
   J'ai borné mes regards à la muraille obscure
   Où s'inscrit un décor triste et toujours pareil. 

   Mais voici que je te retrouve ! À ta venue,
   L'air est comme un sortir de confessionnal ;
   Le coupable autrefois s'unit à l'actinal
   Essor de la fumée en marche vers la nue !

   Soleil, tu me rapprends le suprême savoir ;
   Tu me refais servant aux messes sur semaine,
   Pour que l'esprit, illuminé de foi, comprenne
   Les symboles du rit, le dogme de l'espoir !

   Ta hantise a chassé jusques au dernier doute !
   Si le sort, dont les coups m'ont si souvent heurté,
   Répand autour de moi deuil, haine et lâcheté,
   D'un pas quand même égal, je poursuivrai ma route.

   Car au fond de mon coeur s'impriment tes leçons,
   Soleil exténué de vivre mais qui gardes,
   Parmi la trahison des aurores blafardes, 
   L'invincible besoin de mûrir des moissons ! 

                             Alfred DesRochers* (1939)



Tiré de : Revue Les Carnets viatoriens, Joliette, octobre 1949. Il s'agit de fragments publiés alors dans ce périodique et qui avaient été publiés dix ans auparavant dans Le Devoir du 21 mars 1939. Depuis, ces fragments ne semblent pas avoir été publiés nulle part. 

Alfred DesRochers est né le 5 août 1901 à Saint-Élie-d'Orford, d'Honoré DesRochers, cultivateur, et de Zéphirine Marcotte. Après un séjour de quatre ans à Manseau, sa famille retourna à Saint-Élie-d'Orford et y resta jusqu'à la mort du père survenue le 27 septembre 1913. Madame DesRochers émigra alors aux États-Unis, mais revint après dix mois s'établir à Sherbrooke. Alfred commença alors à travailler comme livreur d'épicerie, puis il apprit le métier de mouleur de fonte à la fonderie Jenkses, à Sherbrooke. En 1915, il débuta son cours classique au Collège Séraphique de Trois-Rivières, mais il mit fin à ses études en 1918.
    Il exerça divers métiers, dont manoeuvre dans une scierie et commis-quincaillier, puis, le 20 mai 1925, il épousa Rose-Alma Breault. Le 13 juillet de la même année, il entra au journal La Tribune de Sherbrooke, où il fut chargé de diverses tâches avant de devenir journaliste. Il y resta jusqu'en 1942. Entretemps, il avait fondé, en 1927, l'hebdomadaire L'Étoile de l'Est, de Coaticook, et la Société des Écrivains de l'Est. En 1930, il reçut le Prix d'Action intellectuelle, puis, en 1932, le Prix David, pour son recueil de poésies À l'ombre de l'Orford.
   Il servit dans l'armée canadienne de 1942 à 1944, puis obtint en 1945 un poste de traducteur au parlement fédéral. En 1946, il revint à La Tribune et y resta jusqu'en 1952. Après un séjour de deux ans à Claire-Vallée, dans la municipalité de Saint-Sylvère. À partir de 1953, il résida à Montréal, où il travailla pour la Presse canadienne et pour la télévision.
   En 1964, année où il prit une semi-retraite, il reçut le Prix Ludger-Duvernay pour l'ensemble de son oeuvre. En 1976, l'Université de Sherbrooke lui décerna un doctorat honorifique. 
   Alfred DesRochers est mort à Montréal le 12 octobre 1978. Ses restes reposent au cimetière de son village natal de Saint-Élie-d'Orford. Il était le père de la comédienne, chanteuse et humoriste Clémence DesRochers.
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1982, p. 793-794 ; Documentaire Alfred DesRochers, poète, production de l'Office national du film).


Pour en savoir plus sur Alfred DesrRochers, voyez le texte d'une passionnante conférence qu'il donna à Montréal le 20 avril 1954 et que les Glanures historiques québécoises ont fait remonter à la surface en 2018.

D'Alfred DesRochers, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté :  Je suis un fils déchu

Voyez également ces deux documents audiovisuels en cliquant sur chacune des deux images suivantes : 



Ode au soleil d'hiver, ci-haut, a été publié en
octobre 1949 de la revue Les Carnets viatoriens,
et 10 ans auparavant dans Le Devoir.

Dédicace manuscrite d'Alfred DesRochers à son petit-fils dans
la deuxième édition, parue en 1974, de son tout premier recueil
publié à 75 exemplaires en 1929, L'Offrande aux Vierges folles.
On peut en trouver ICI quelques rares exemplaires. 

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

On peut trouver dans toute bonne librairie
le principal recueil d'Alfred DesRochers,
À l'ombre de l'Orford, dont cette édition
contient également son premier recueil,
L'Offrande aux Vierges folles.
Pour informations, cliquer ICI.

Alfred DesRochers repose au cimetière de Saint-Élie-d'Orford.
(Photo : Daniel Laprès, 2018)

vendredi 30 novembre 2018

L'Oeil

Olivier-Victor Bourbeau-
Rainville
(1873-1916)
(Source : La Presse, 25 septembre 1916)




   Au firmament de l'âme il en reçoit les teintes.
   Entre l'âme et l'espace, au bord des cils fournis,
   L'oeil est comme une étoile entre deux infinis
   Et reçoit les rayons de ces deux sources saintes.

   L'amour le fait briller comme un pur diamant,
   L'hymen en fait jaillir des lueurs triomphales,
   Le berceau le remplit de clartés idéales.
   Il agit sur les coeurs souvent comme un aimant. 

   Son regard chez l'enfant a tout l'éclat des sources,
   Il a chez le vieillard l'insondable des mers,
   Il prend aux miséreux le ton des jours amers
   Et chez l'homme méchant il a mille ressources.

   C'est le flambeau du coeur, l'astre de la raison.
   Sensible comme l'onde aux mouvements de l'âme,
   Tour à tour il s'égaie, il s'attriste, il s'enflamme,
   Il s'emplit d'idéal, d'extase et d'oraison.

   Miroir de la nature, il est baigné par elle,
   Il porte, d'âge en âge, au fond des coeurs charmés,
   Les baisers de l'aurore et des regards aimés,
   L'éternelle splendeur de la voûte éternelle.

   Il lit au fond de nous comme un livre ouvert. 
   Au moment du danger c'est lui qui nous regarde,
   Témoin silencieux, de l'âme il a la garde,
   Et par le repentir repeuple un coeur désert. 

   Entre les cils mourants il laisse couler l'âme,
   Sa lumière vacille en flambeau consumé.
   Et quand tout est fini, quand il est refermé, 
   Il s'ouvre dans les cieux d'où lui venait sa flamme.

              Olivier-Victor Bourbeau-Rainville* (mars 1903)



Tiré de : Le Pays Laurentien (revue mensuelle), mars 1917. (Il s'agit d'une publication posthume).

* Olivier-Victor Bourbeau-Rainville est né à Arthabaska le 12 mai 1873, de Louis Rainville, notaire, et de Victoria Bourbeau. Après ses études classiques au Séminaire de Nicolet, il fit des études de droit à l'Université Laval. Admis au Barreau en 1898, il ouvrit une étude légale à Bryson (comté de Pontiac). Il constitua par la suite une société juridique à Hull, puis devint, en 1908, juge pour les districts de Terrebonne et de Pontiac.
   Co-fondateur de deux journaux, La Voix de l'Outaouais et Le Pionnier canadien, il collabora aussi à la revue Le Pays Laurentien. Il est l'auteur d'un roman, Camille Mirecourt, qu'il publia en feuilleton dans Le Pionnier canadien. Il écrivit quelques pièces de théâtre, dont Dollard des Ormeaux, un drame en vers qui fut joué en 1911 au Théâtre national, à Montréal, et qui connut un vif succès. Il composa également plusieurs poèmes qu'il publia dans les journaux et qui n'ont jamais été réunis en recueil.
    Le 10 mai 1898, il épousa Éliza, fille de l'écrivain, historien et homme politique Laurent-Olivier David.
   Olivier-Victor Bourbeau-Rainville, atteint de tuberculose, est mort à Sainte-Agathe-des-Monts le 23 septembre 1916.
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 377 ; Rodolphe Fournier, Lieux et monuments historiques des Cantons de l'Est et des Bois-Francs, Montréal, Éditions Paulines, 1978, p. 179 ; L'Avenir du Nord du 29 septembre 1916 et La Presse du 25 septembre 1916).


Le poème L'Oeil, ci-haut, fut composé en
1903 et publié de façon posthume en mars
1917 dans la revue Le Pays Laurentien, dont
on peut consulter ICI la collection complète.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Olivier-Victor Bourbeau-Rainville est
l'auteur de ce drame théâtral qui fut joué
à Montréal en 1911 et qui remporta un
succès tant populaire que critique. Il n'en
reste que deux exemplaires sur le marché,
voir ICI et ICI. Sinon on peut le consulter
ou le télécharger gratuitement ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maison natale d'Olivier-Victor Bourbeau-Rainville au 19, rue Laurier Ouest
à Arthabaska. L'homme de lettres Henri d'Arles y est également né.
(Source : Google Maps ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru le 29 septembre dans L'Avenir du Nord, de Saint-Jérôme,
à l'occasion de la mort d'Olivier-Victor Bourbeau-Rainville.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans La Presse du 25 septembre 1916.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mardi 27 novembre 2018

Enfance

Maurice Désilets (1912-1967)
(Source : Archives des Clercs
de Saint-Viateur, à Joliette)




   Le Grand-Esprit chasse et sa proie,
   Une biche à plainte givrée,
   Passe. La plaine immense ondoie.
   Le Grand-Esprit chasse sa proie. 

   Meute avide, la neige aboie ;
   Le cor des vents sonne curée
   Et l'Esprit vole vers sa proie,
   Blonde biche à l'âme givrée.

                    * * * 

   Attendre, le coeur las,
   Une mère qu'on aime ; 
   Tendre l'oreille aux pas,
   Attendre, le coeur las. 

   Longtemps ne croire pas
   À son adieu suprême ;
   Attendre, le coeur las, 
   L'Ange envolé qu'on aime !

                    * * *

   La lampe rose éclaire
   Ce dieu dont les bras forts
   Avec douceur m'enserre ;
   Et la lampe l'éclaire. 

   Les blancs djinns en colère
   Font tapage dehors ;
   La lampe douce éclaire
   Son amour aux bras forts. 

                    * * *

   Au palais de glace sonore
   Dansent les Elfes blancs du nord
   Quand le soleil de minuit dore
   Les clochers de glace sonore.

   Et jusqu'à l'ondulante aurore,
   Les Sylphes en longs voiles d'or
   Déroulent leurs rondes sonores
   Aux bras des Elfes blancs du nord.

                    * * *

   Petit Noël accourt de l'horizon,
   Un immense sac à jouets derrière ; 
   Il rit, le front dans les étoiles, son
   Petit pied se lève sur l'horizon. 

   Il vient ! Ses pistes dans la neige sont
   Des cirques de montagne, des rivières.
   Petit Noël accourt de l'horizon,
   Un immense sac à bonheur derrière !

                    * * *

   Le feu dans l'âtre crépitait, 
   Tonnant en vives étincelles. 
   Le bois sec croulant éclatait,
   Le feu dans l'âtre crépitait. 

   Le Souvenir en moi chantait
   Toutes ses vieilles ritournelles ;
   Dans l'âtre un passé crépitait
   Parmi les rouges étincelles...

              Maurice Désilets* (1939)




Tiré de : Maurice Désilets, Fugues lyriques, Montréal, Librairie des Clercs de Saint-Viateur, 1947, p. 11-13. Le poème Enfance est d'abord paru en 1939 dans le premier recueil de poésies publié par Maurice Désilets, Mosaïque et Vol de flammes.

* Maurice Désilets est né à Worcester (Massachusetts) le 6 décembre 1912, de Théodore Désilets, vitrier, et d'Angéline Rondeau. Il fut baptisé à l'église Notre-Dame-des-Canadiens (qui a été détruite en 2018). Orphelin de mère dès l'âge d'un an, il passa quatre années dans un orphelinat, puis fit ses études primaires au couvent-école des Soeurs de Sainte-Anne à Worcester. Il passa ensuite quelque temps à Daveluyville (comté d'Arthabaska), comme en atteste sa confirmation reçue à l'âge de 10 ans de Mgr J.-S.-H. Brunault, évêque de Nicolet. Puis, en septembre 1927, il s'inscrivit au Collège Bourget, à Rigaud, où il resta pensionnaire jusqu'à la fin de son cours classique.
   Le 23 juillet 1934, il entra au noviciat des Clercs de Saint-Viateur, à Joliette, et fut ordonné prêtre le 3 juin 1939. D'abord enseignant au Collège Bourget en 1940, il fut brièvement, durant l'année 1941, aumônier à Embrun (Ontario) puis au Collège Saint-Joseph de Berthierville. Il revint dès la fin de 1941 enseigner à son Alma mater, le Collège Bourget, où il passa l'essentiel de sa vie active. Entretemps, en 1946-48, il étudia la pédagogie à l'Université de Montréal.
   En 1939, il publia un premier recueil de poésies, Mosaïque et Vol de flamme, puis, en 1947, Fugues lyriques. Il collabora à divers périodiques, en plus de publier des poèmes dans les Carnets viatoriens et L'Écho de Bourget.
   Atteint de leucémie dès 1964, Maurice Désilets est mort à Rigaud, à la Maison Charlebois des Clercs de Saint-Viateur, le 17 avril 1967. Il est inhumé au cimetière de sa congrégation, à Rigaud.
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 734 ; Bulletin de la Société historique franco-américaine, volume XIII, 1967, p. 146-149).

Pour en savoir plus sur Maurice Désilets, voyez ICI un article publié dans le Bulletin de la Société historique franco-américaine par son confrère l'historien Antoine Bernard, qui lui-même décéda quelques mois après Maurice Désilets.


Fugues lyriques, recueil de poésies et contes de
Maurice Désilets, d'où est tiré le poème Enfance,
ci-haut. On peut trouver ICI quelques exemplaires
de cette oeuvre remarquable et fort originale.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Maurice Désilets
dans son recueil Fugues lyriques.
(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'artiste-peintre et graveur Armand Gingras a réalisé
plusieurs  gravures accompagnant les poèmes et contes
de Fugues lyriques, dont celle-ci coiffant le poème
Enfance, ci-haut.

« Et l'Esprit vole vers sa proie,
Blonde biche à l'âme givrée ».

Article paru dans La Presse le 18 avril 1967,
au lendemain du décès de Maurice Désilets.
(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique parue dans
La Presse du 19 avril 1967.
(Source : BANQ ;
 cliquer sur l'image pour l'agrandir)