lundi 30 juillet 2018

Hélas !

Germain Beaulieu (1870-1944)
(Source : BANQ)




   Rien ne nous satisfait ; nous sommes tous les mêmes,
   Maudissant aujourd'hui les beaux jours du passé ;
   Et l'amertume coule entre nos lèvres blêmes,
               Comme l'eau d'un vase brisé.

   Les autres vont jetant leurs rires par saccades,
   Et chaque heure qui passe a pour eux des bienfaits ;
   Tandis que de nos yeux, les larmes, en cascades,
               Hélas ! ne tariront jamais ! 

   Sous les coups assurés et rigoureux du rire,
   Nous irons au hasard, sans cesser d'être fous,
   Et nous finirons tous comme le chien qui crève
               Sous une grêle de cailloux.

   C'est qu'ils ne savent pas de quoi notre âme est faite,
   Ceux qui blâment ainsi nos âmes de rêver.
   Pardonnons au dédain qu'ils ont pour le poète :
               Sachons plus haut nous élever !...

                            Germain Beaulieu* (1900)



Tiré de : École littéraire de Montréal, Les Soirées du Château de Ramezay, Montréal, Eusèbe Sénécal et Cie Imprimeurs-Éditeurs, 1900, p. 258.

* Germain Beaulieu est né à Rivière-Blanche (canton de Matane) le 30 avril 1870, du mariage de Joseph Beaulieu et de Basilisse Pelletier. Orphelin en bas âge, il fut adopté par une famille de Montréal. Après ses études à l'École normale Jacques-Cartier, il s'inscrivit en droit et fut admis au Barreau en juillet 1894. Il ouvrit une étude légale à Montréal.
   Très jeune, il collabora au journal Le Pays et à de nombreux autres périodiques où, sous plusieurs pseudonymes, il fit paraître des poésies et des critiques littéraires.
   En novembre 1895, il fonda, avec Louvigny de Montigny et Jean Charbonneau, l'École littéraire de Montréal dont il devint le premier président. Il en sera l'âme pendant quarante ans. Il s'opposa à l'idée de transformer l'École littéraire de Montréal en une sorte d'Académie française du Québec. Il s'est moqué de cette idée dans un ouvrage satirique, Nos Immortels.
   En 1909, il devint secrétaire de la Société des Artisans canadiens-français et s'occupa, souvent seul, de la rédaction de son périodique La Semaine.
   Il s'intéressa à l'entomologie et participa à l'organisation du Musée entomologique canadien et de la Société canadienne d'histoire naturelle, dont il assuma la première présidence en 1923. Il avait auparavant publié, en 1908, une Étude sur les insectes du Canada dans la Revue Canadienne, puis en 1924 il fit paraître une brochure intitulée Insectes nuisibles de la province de Québec.
   Nommé conseiller juridique du ministère de l'Agriculture en 1930, il vint résider à Québec.
   En 1905, dans un article intitulé L'avenir des Canadiens Français et paru dans Le Nationaliste, il fut l'un des premiers à promouvoir l'indépendance du Québec. En 1909, il réitéra ses convictions indépendantistes dans un article intitulé Où allons-nous ? (texte ICI). Une autre cause dont, à la même époque, il fut l'un des précurseurs est celle de l'éducation gratuite et obligatoire.
   Atteint de demi-cécité, Germain Beaulieu se retira à Rigaud, où il mourut le 18 juin 1944. Il avait épousé Graziella Cassegrain le 11 juin 1898 et, en secondes noces, Rita Lanctôt le 31 octobre 1911. 
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 767-768 ; Wikipedia).

Le poème Hélas !, ci haut, est tiré du recueil Les Soirées du Château de Ramezay,
de l'École littéraire de Montréal. Cet exemplaire contient une dédicace manuscrite
de Wilfrid Larose, président de l'École en 1900, adressée à Lomer Gouin

gendre d'Honoré Mercier et alors ministre, puis qui devint premier ministre 
du Québec de 1905 à 1920.
(Photo de W. Larose : BANQ ; collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Les membres de l'École littéraire de Montréal
l'année où parut Les Soirées du Château de Ramezay.
Germain Beaulieu est au milieu de la rangée du bas, 

le numéro 4 juste à gauche de Nelligan.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Portrait de Germain Beaulieu par
Albert Ferland. (Source : BANQ)

La Presse, 20 juin 1944, p 18.
(Source : BANQ)

vendredi 27 juillet 2018

Les Quatre Saisons

Pierre tombale d'Eudore Évanturel (1852-1919)
au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Québec.
(Photo : Madeleine Gagnon, 2018)



                  LE PRINTEMPS

   Phtisique, et toussant dans la neige,
   L'Hiver s'est éteint lentement.
   Le ciel pleurait pour le cortège,
   Le jour de son enterrement.

   C'est au Printemps à lui survivre.
   Il revient en grand appareil,
   Non pas en casquette de givre,
   Mais en cravate de soleil. 

   Sortons. La boue est disparue ;
   Et pour mieux protéger son teint,
   Avril, qui passe par la rue, 
   Tient son parasol à la main. 

   Et Mai, qui le suit par derrière,
   S'avance, le front découvert,
   Une rose à la boutonnière
   De son habit de velours vert. 

                  L'ÉTÉ

   La main brunie à l'espagnole,
   Semant des bouquets à foison,
   L'Été danse la Farandole,
   Le pied perdu dans le gazon. 

   Le trèfle croît sur la muraille,
   Le grillon chante dans le thym ; 
   Et Juillet, en chapeau de paille, 
   Arrose les fleurs du jardin. 

   Il fait plus chaud que dans la forge
   Où, pour les forçats de l'enfer,
   Satan sur son enclume forge
   La chaîne et le boulet de fer. 

   Le blé promet. La fraise est mûre. 
   Quand vient le soir, tant l'air est bon,
   La Lune, en quête d'aventure, 
   Se promène sur son balcon. 

                  L'AUTOMNE

   Pendant que l'Éternité joue,
   Le Temps, sur son vieux tapis vert,
   Des Saisons fait tourner la roue : 
   Automne, Été, Printemps, Hiver. 

   Les nuits sont froides : ― l'on s'enrhume ;
   Soir et matin le ciel est noir. 
   Les nuits sont froides ; ― le toit fume ;
   La boue encadre le trottoir. 

   Le vent de la montagne pince ;
   Mais si les nids sont dépouillés, 
   La girouette pleure et grince
   Tristement sur ses gonds rouillés. 

   Les verrous sont blancs à nos portes.
   Déjà le froid. Adieu l'Été. 
   Novembre est plein de feuilles mortes.
   Encore un Soleil de compté !

                  L'HIVER

   Aux grincements que fait sa botte,
   Foulant les glaçons sous ses pas, 
   Le menton bleu, Janvier grelotte
   Sous son paletos de frimas.

   On voit baisser le thermomètre ; 
   Et dans le givre du châssis,
   Février signe à la fenêtre,
   Son nom avec ses doigts rougis. 

   Les places publiques sont blanches ;
   La grêle poudre les beffrois.
   Triste saison des avalanches,
   Des craquements et des grands froids ! 

   Entrons au logis ! ― le vent souffle ; 
   Mais sous le blanc toit des maisons,
   L'Hiver, le pied dans sa pantoufle,
   Se réchauffe près des tisons.

                 Eudore Évanturel * (1876)



Tiré de : Eudore Évanturel, Premières poésies, première édition, Québec, Augustin Côté et Cie, 1878, p. 6-14.

* Eudore Évanturel est né à Québec le 22 septembre 1852, de François Évanturel, avocat, et de Louise-Jeanne-Eugénie Huot. Il a étudié au Petit Séminaire de Québec. En 1878, il obtint un emploi au Conseil législatif du Québec. La même année, lors de la chute du gouvernement Joly, il dut quitter son poste et devint pour deux ans, à Boston, le secrétaire de l'historien Francis ParkmanRédacteur-propriétaire du Journal du commerce de Lowell (Massachusetts), il fut chargé par le gouvernement du Québec de faire des recherches historiques à Boston et à Washington.
   De retour au Québec en 1887, il fut nommé archiviste au secrétariat provincial, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort, le 16 mai 1919. Il avait épousé à Québec, le 26 novembre 1884, Esther Casgrain, fille de Philippe Baby Casgrain
   Eudore Evanturel a publié un seul recueil, Premières poésies, dont les deux premières éditions parurent en 1878, puis, dans une troisième édition parue en 1888, il a éliminé une vingtaine de poèmes jugés sensualistes, sinon peccamineux par les bien-pensants du temps. 
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 608).
N. B. : Il n'existe pas de photo ou de portrait d'Eudore Évanturel. Une photo circule sur le web, mais il ne s'agit pas de lui. 

Pour prendre connaissance de la polémique ayant entouré la publication de Premières poésies, voyez ICI les pages 57 à 63 de la biographie de l'écrivain Joseph Marmette, qui avait signé la préface du recueil d'Évanturel.
Et voyez ICI, aux pages 233 à 244 du premier tome (sur trois) des Mélanges du fanatique ultramontain Jules-Paul Tardivel, l'attaque délirante de celui-ci contre Premières poésies d'Eudore Évanturel, qui, en plus de s'exiler aux États-Unis durant plusieurs années, ne s'aventurera jamais plus dans le non-conformisme littéraire. À en croire Tardivel, les poésies d'Évanturel sont condamnables à cause, entre autres, de leur « profonde immoralité » et de leur « dépravation », et parce qu'elles « renferment une pensée [qui respirela volupté, la luxure, les passions les plus dégradantes ». Pourtant, le recueil ne contient strictement rien qui puisse justifier de telles accusations qui, dans le contexte de l'époque, pouvaient suffire à tuer une carrière, littéraire ou autre. 

Premières poésies est le seul recueil
publié par Eudore Évanturel.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

On peut trouver dans toutes les bonnes
librairies l'édition la plus récente (2019)
de l'Oeuvre poétique du remarquable
poète que fut Eudore Évanturel.
Pour informations, cliquer ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Pierre tombale d'Eudore Évanturel au cimetière
Notre-Dame-de-Belmont, à Québec.
(Photo : Madeleine Gagnon, 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

lundi 23 juillet 2018

Mon rêve habite près des feuilles

Medjé Vézina (1896-1981)

(Source : Dictionnaire des œuvres
littéraires du Québec
, tome 2)




   Quittons furtivement, si tu le veux, la ville ;
   Allons, ô mon très cher, surprendre le soleil
   Qui saura mieux bouleverser l'âme tranquille
   Des coteaux ; rarement l'aube d'un vert réveil
   Peut accabler d'ivresse, ici, l'homme et les choses.
   L'aurore se chagrine à rechercher les nids. 
   Le petit-jour en pleurs rencontre peu de roses ;
   À peine un cri d'oiseau quand flambe le midi.
   Fuyons, si tu le veux, une foule pressée,
   Courant mal éveillée à son banal destin. 
   Vois : déjà la clarté ruisselle dispersée, 
   Le miracle du monde est tout dans ce matin ! 

   Mon rêve a faim et soif de liberté, d'espace ; 
   Allons vers la maison qui nous appelle ailleurs,
   Vers ce village blanc que la montagne enlace,
   Où l'air, le sol, l'azur sont un triple bonheur,
   Tout un jour recueillir l'heure si plénière
   Du rayon qui mit sa caresse dans ta voix ; 
   Dans le soir étonné des lampes sans lumière,
   Alors te murmurer : « Ma lumière, c'est toi ! »
   Vois, les âmes d'ici savent trop la rancune
   D'appeler un bonheur qui ne se lève pas ;
   Là-bas les nuits sont des oiseaux couleur de lune
   Et l'on est humble ainsi qu'un brin de réséda

                                 Medjé Vézina* (1934)



Tiré de : Medjé Vézina, Chaque heure a son visage, Montréal, Les Éditions du Totem, 1934, p. 47-48.

* Ernestine dite Medjé Vézina est née à Montréal le 16 avril 1896, de Joseph-Damien Vézina, médecin, et de Fabiola Alain. Après des études au couvent de Lachine, qu'elle termina en 1914, elle fut lauréate de l'Académie de musique de Québec, puis en 1926, elle entra à titre de publiciste-stagiaire à l'École d'art paysan de Québec et devint codirectrice, avec Adrienne Choquette, de Terre et Foyer, revue d'éducation populaire publiée par le gouvernement du Québec. Durant vingt-six ans, elle prépara l'édition mensuelle de la revue avec l'aide de deux illustratrices, Suzanne Auger et Cécile Lemieux. Entretemps, elle fut, de 1941 à 1944, rédactrice et directrice de la Revue des Fermières, publiée par le ministère de l'Agriculture du Québec. 
   En 1934, elle publia Chaque heure a son visage, son unique recueil de poésies. Elle participa, à l'Auditorium du Plateau à Montréal, au Grand gala de poésie organisé par la Société des écrivains canadiens-français à l'occasion de la tenue du Deuxième Congrès de la langue française au Canada
   Elle a collaboré à divers périodiques dont Le Jour, la Revue populaire, la Revue modernePaysana, L'Émérillon, Elle prit sa retraite en 1961.
   Son recueil Chaque heure a son visage est célébré dans les termes suivants par les critiques littéraires Laurent Mailhot et Pierre Nepveu : « [...] d'une passion généreuse et tourmentée, qui suffit à placer [Medjé Vézina] au tout premier rang des poètes de son époque. Souvent négligée parmi les voix féminines du début des années trente, Medjé Vézina les domine pourtant par la rigueur et l'intensité de son écriture ». 
   Medjé Vézina est décédée à Québec le 4 avril 1981. 
(Sources : Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, éditions Guérin, 2007, p. 484 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 215 ; Laurent Mailhot et Pierre Nepveu, La poésie québécoise des origines à nos jours, Montréal, éditions de L'Hexagone, 1981, p. 209).

Chaque heure a son visage, recueil de
Medjé Vézina d'où est tiré le poème
Mon rêve habite près des feuilles, ci-haut.
Il ne reste sur le marché en ligne 

qu'un seul exemplaire de l'édition 
originale de 1934, voir ICI
Une réédition est disponible, voir ICI
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Medjé Vézina, années 1930.
(Source : L, Mailhot et P. Nepveu,
La poésie québécoise des origines
à nos jours
, p. 209)

Les pages littéraires des
journaux de l'époque ne
semblent avoir fait aucune
mention de la mort de
Medjé Vézina. Seule cette
notice nécrologique est
parue dans Le Soleil du
9 avril 1981.
(Source : BANQ)

vendredi 20 juillet 2018

L'Amour et la Gloire

Jules Gendron (1868-1947)

(Source : La Légende des Chevaliers d'Oïl)




   Certain adolescent avait un amour rare
   Dont il était jaloux, dirai-je même avare.
   De doux projets tous deux ils remplissaient leurs jours.
   L'heure était enivrante alors que sur le cours
   Des routes ils cueillaient en errant des pervenches.
   L'heure était ineffable alors que, sous les branches
   Des saules, au ruisseau, l'un près de l'autre assis,
   Vers la brune, ils chantaient les refrains du pays. 
   L'heure était absorbante au sommet des montagnes,
   Alors qu'en admirant la beauté des campagnes
   Ils bâtissaient ensemble aux lointaines Espagnes.
   Et l'heure était céleste alors que, tard le soir, 
   Leurs lèvres se touchaient en se disant : « Au revoir !»

   Un jour vint cependant où dans l'âme sereine 
   Du bel adolescent régnait une autre reine ; 
   La Gloire aussi hanta son mobile cerveau,
   Et l'entraîna bien loin du paisible hameau. 
   En vain son doux amour versa d'amères larmes,
   Et, pour le retenir, épuisa tous les charmes,
   Il voulut embrasser la carrière des armes ;
   Sur maints champs de combat, pour des exploits hardis,
   Eut son sein décoré d'étoiles en rubis ; 
   Fréquenta les palais des rois et des marquis,
   Vit marcher devant lui la haute Renommée. 
   Un soir, dans un pays sauvage, son armée, 
   Par le fer ennemi, hélas ! fut décimée.

   Blessé grièvement dans ce combat fatal,
   Oublié sur le champ dans l'effroi général,
   Il sentit approcher bientôt l'heure dernière.
   Les vastes cieux d'Afrique étaient pleins de lumière,
   Et la brise effleurait doucement tous les morts. 
   Se soulevant avec de pénibles efforts,
   Et tirant de son sein un médaillon modeste,
   Il contempla mourant, hélas ! ce qui lui reste
   Des bonheurs d'ici-bas et des jours du passé : 
   Le portrait tout fané d'un amour délaissé.

   Lors essuyant des pleurs qui coulaient sur sa joue,
   Il murmura ces mots : « Bien fol est, je l'avoue, 
   Celui qui pour la Gloire abandonne l'Amour !
   Un jour vient où les rois, les honneurs et la Cour
   Ne peuvent consoler les peines de notre âme
   Comme le coeur aimant de la plus humble femme ». 
   Il dit, et sur le sol rougi tôt expira,
   Sur ses lèvres pressant l'image de Laura. 

                                 Jules Gendron* (1914)



Tiré de : Jules Gendron, La Légende des Chevaliers d'Oïl, Québec, éditions Victor Lafrance Limitée, 1928, p. 253-255.

* Jules Gendron est né à Saint-François-de-Montmagny (aujourd'hui Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud) le 31 mars 1868, de Stanislas Gendron et d'Apolline Morin. Il passa les onze premières années de sa vie auprès de sa grand-mère, Élisabeth Gendron-Dominy, car son père était encore étudiant en droit notarial. À la mort de celle-ci, il réintégra sa famille où il était considéré comme un étranger.
   Pensionnaire au Collège de Lévis de 1881 à 1888, il s'inscrivit à la Faculté de droit de l'Université Laval et obtint son diplôme en 1891. Il décida alors d'entreprendre des études de médecine et se rendit à l'université Hamline, à Saint-Paul, dans l'état du Minnesota aux États-Unis. Il reçut son diplôme de médecine en 1896, puis exerça sa profession à Centerville, à Crookston, pour finalement s'établir à Grands Rapids, dans l'état du Michigan.
   Membre de la Société des Poètes canadiens, il publia en 1928 La Légende des Chevaliers d'Oïl, puis en 1940 La Geste, La Laurentiade et Memoirs of a Country Doctor. Un recueil, Échos poétiques, achevé en 1930, est resté à l'état de manuscrit et serait conservé dans les archives de l'Université Laval. 
   Jules Gendron a épousé Marie Emma Juliette Pelletier à Crookston, vers 1904. Il est mort à Grand Rapids le 11 septembre 1947.
(Sources : Gaston Deschênes, Les origines littéraires de la Côte-du-Sud, Sillery et Sainte-Foy, éditions Septentrion et éditions des Trois-Saumons, 1996, p. 96 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 627-628).


L'Amour et la Gloire, ci-haut,
est tiré du poème épique
La Légende des Chevaliers d'Oïl

Pour en savoir plus sur cette oeuvre, 
cliquer ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans l'introduction de La Légende des Chevaliers d'Oïl,
Jules Gendron confie à son poème la mission de
transmettre aux descendants de la Nouvelle-France
tout son amour envers sa patrie qu'il n'oublie pas.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Mention du décès de Jules Gendron dans
Le Soleil du 12 septembre 1947, p. 10.
(Source : BANQ

mardi 17 juillet 2018

Ballade

Robert Charbonneau (1911-1967)
(Source : Madeleine Ducrocq-Poirier,
Robert Charbonneau, Montréal,
éditions Fides, 1967, p. 151)




   Elles ont vaincu, ces jacinthes
   Aux bras de triomphants amours,
   Mais parfois aux cendres éteintes
   Reporte des désirs le cours ;
   Comme ce sont de pâles teintes
   Dont le printemps revêt l'éther,
   Elle suggérait des étreintes
   Peureuses au bord de la chair. 

   L'ancienne amie aux lèvres peintes
   Laisse un réseau de parfums lourds
   Et sa lèvre aux langueurs éteintes
   Éloigne de moi sans retour
   Les matins libres de contrainte
   Ne laissant que regrets amers 
   De voluptés jamais atteintes
   Toutes éparses dans la chair. 

   Qu'importe maintenant sa plainte
   Que ton coeur désormais soit sourd
   Dédaignant la beauté de maintes
   Qu'il échappe aux charmes d'amour : 
   Vous n'êtes que mensonge et feinte,
   Âmes perfides, regards clairs
   Que brûle entre des bras de saintes
   La rose dure au coeur des chairs.

   La nuit dérive dans les airs
   Et vaine dans mon coeur, la crainte
   Aux défunts souvenirs amers
   Étale une poupée déteinte. 

              Robert Charbonneau* (1931)



Tiré de : Robert Charbonneau, Petits poèmes retrouvés, Montréal, Les Éditions de L'Arbre, 1945, p. 21-22.  

Fils de Joseph-Arthur Charbonneau et d'Alma Robert, Robert Charbonneau est né à Montréal le 3 février 1911. Il a vécu à Farnham, avec sa famille, de 1912 à 1919.  À son retour à Montréal, il s'inscrivit à l'École Saint-Stanislas. Il compléta ses études classiques au Collège Sainte-Marie en 1933 et obtint un diplôme en journalisme de la Faculté des sciences sociales de l'Université de Montréal en 1934.
   La même année, il fonda avec Paul Beaulieu, la revue La Relève, devenue en 1941 La Nouvelle Relève. Il dirigea l'une et l'autre de ces revues jusqu'en 1948.
   Journaliste, il travailla à La Patrie (1934-1937), au Droit (1937-1938) et au Canada où il fut directeur adjoint et directeur de l'information.
   En 1940, il fonda, avec Claude Hurtubise, les Éditions de l'Arbre, dont il fut le directeur littéraire (1940-1943) et le président.
   De 1945 à 1947, il présida la Société des Éditeurs, puis il reprit sa carrière de journaliste comme adjoint au directeur de l'information à La Presse (1949-1953), puis devint directeur du magazine La Semaine à Radio-Canada (1953-1955), puis, en 1955, directeur du service des textes à Radio-Canada.
   Membre de l'Académie canadienne-française (devenue l'Académie des Lettres du Québec) depuis sa fondation, il fut également membre de la Société des Écrivains canadiens. Il se vit attribuer le Prix David (1942), le Prix Ludger-Duvernay (1946) et la Médaille Chauveau (1965).
   Robert Charbonneau est mort d'une crise cardiaque à Saint-Jovite le 26 juin 1967, à l'âge de 56 ans. 
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 3, Montréal, éditions Fides, 1982, p. 500).  

Petits poèmes retrouvés, recueil de Robert
Charbonneau d'où est tiré le poème Ballade,
ci-haut. Les poèmes sont d'abord parus en
1943 dans deux numéros de la revue
La Nouvelle Relève que l'on peut consulter
ou télécharger gratuitement ICI et ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Robert Charbonneau en 1931, année
où il composa le poème Ballade, ci-haut.
Alors âgé de 20 ans, il faisait son cours
classique au Collège Sainte-Marie, à Montréal.
(Source : Madeleine Ducrocq-Poirier,
Robert Charbonneau, Montréal, éditions
Fides, 1972, p. 61)

En 1940, Robert Charbonneau (assis) a fondé les
Éditions de L'Arbre avec Claude Hurtubise (debout).
Cette maison d'édition, qui a existé jusqu'en 1948, a joué
un rôle important dans l'histoire de l'édition québécoise.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Paru en 1972, cet ouvrage de Madeleine
Ducrocq-Poirier permet de connaître la
vie et l'oeuvre de l'écrivain remarquable
que fut Robert Charbonneau. On peut en
trouver de rares exemplaires ICI et ICI.
 

Après la guerre, Robert Charbonneau avait
affronté plusieurs écrivains français renommés
dans une polémique où il a affirmé l'indépendance
de la littérature québécoise et sa valeur propre.
Ce volume, paru en 1947, contient les réponses
de Charbonneau à ses vis-à-vis français. On
peut en trouver quelques exemplaires ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Paru en 1941, Ils posséderont la terre est
le premier roman de Robert Charbonneau.
Dans Écrivains canadiens (1964), le critique
littéraire Guy Sylvestre a dit de cet ouvrage
qu'il « est une date dans l'histoire du roman
canadien-français ». On peut s'en procurer
 une édition récente de poche et à bon prix.
Pour informations, cliquer ICI