dimanche 29 avril 2018

Le Vieux Moulin

Charles-Marie Ducharme (1864-1890)
(Source : BANQ)




   De tes murs, vieux moulin, peux-tu dire l'histoire ?
   Te souviens-tu du jour où le feu destructeur, 
   Jaloux de ta structure, envieux de ta gloire,
   Rampait sur tes flancs gris, comme un vil malfaiteur ?

   Bien des lustres, depuis, sont venus en cortège
   Assaillir tes parois, brunir ta ronde tour
   Et, vainement encor, la banquise de neige 
   Tente, chaque printemps, d'éviter ton contour. 

   Le bouillant Saint-Laurent te jette son écume,
   Les entraves d'azur de son flot courroucé :
   Tu brises, impassible, et la vague qui fume
   Et le cristal massif sur ta base lancé. 

   La flamme a pu ravir ton toit, tes longues ailes,
   Tes cylindres durcis par le grain du froment,
   Tes cadres de bois brut, tes rustiques poutrelles,
   Mais tes cailloux ternis ont sauvé leur ciment. 

   Et, vigilant gardien posté sur le rivage,
   Près des sables dorés et des tendres roseaux,
   Ton vaste bouclier couvre le voisinage,
   Ses nids, ses toits, sa ville, au bas des bleus côteaux...

   Contre l'élan fougueux de l'errante banquise
   Moulin, longtemps encor, protège ta cité,
   Veille sur ses décors, sur ses foyers qu'attise
   Le sourire invitant de l'hospitalité !

   Et, quand tu sentiras tes massives assises
   Fléchir comme un rocher miné par le flot vert ; 
   Quand des mille fragments de tes murailles grises
   Le gazon refoulé se verra recouvert :

   Pourrais-je, vieux moulin, en voyant tes ruines,
   Te refuser, ingrat, un hommage empressé ?
   Oublier, sous tes murs, mes courses enfantines
   Et ne point évoquer ton glorieux passé ?

   Non, non, Trifluvien, dans mes jeunes années,
   Je ne saurais laisser sur l'aile du zéphyr
   Les reliques d'antan à l'oubli condamnées :
   De tes exploits, toujours, j'aurai le souvenir ! 

                 Charles-Marie Ducharme (1888)


Tiré de : Revue Canadienne, avril 1888, p. 221-222. Charles-Marie Ducharme a ajouté à son poème la note suivante : « Ce moulin situé sur le bord du fleuve, en amont des Trois-Rivières, a souvent protégé cette cité, au printemps, contre les glaces du Saint-Laurent ».


Pour en savoir plus sur l'éveilleur intellectuel et culturel qu'était Charles-Marie Ducharme, cliquer ICI. 



Le Vieux Moulin de Trois-Rivières, près du fleuve Saint-Laurent,
tel qu'il apparaissait sur une carte postale datée de 1906.
(Source : Patrimoine culturel québécois ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

En 1975, le Vieux Moulin célébré par Charles-Marie Ducharme
a été transporté sur le site de l'Université du Québec à Trois-Rivières.
(Source : Patrimoine culturel québécois ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

En 1889, Charles-Marie Ducharme a publié un recueil d'essais et 
de proses, intitulé Ris et croquis. Un exemplaire contient une 
dédicace de Ducharme au poète William Chapman. Un mauvais
travail de reliure a 
malheureusement amputé les dernières lettres
des mots, à droite 
(collection Daniel Laprès).

Dans son excellente Anthologie de la poésie
québécoise du XIXe siècle
, le regretté John Hare
a jugé bon d'inclure un poème de Charles-M.
Ducharme. Hare voit les poèmes de Ducharme
comme « un témoignage du goût renouvelé pour
la littérature au Québec autour des années 1890 ». 

jeudi 26 avril 2018

Avril

Alice Lemieux Lévesque (1905-1983)
(Source : BANQ)




   Avril c'est un éclat de rire,
   C'est une étreinte de soleil
   Qui vient lutiner et séduire
   Chaque rosier dès son éveil.

   Avril, c'est un gamin qui chante
   Et vend pour deux sous de muguet ; 
   C'est un refrain d'amour que hante
   Un rêve beau comme un secret. 

   C'est un bosquet où l'ombre est rose ; 
   C'est un pommier poudré de fleurs ; 
   C'est une ivresse qui propose 
   D'avoir vingt ans au coin du cœur. 

   C'est un bal que donne la vie,
   C'est une fleur entre les dents,
   Et c'est l'heure que j'ai choisie
   Pour parler d'amour au printemps.

         Alice Lemieux Lévesque (1962)



Tiré de : Alice Lemieux Lévesque, Silences, Québec, éditions Garneau, 1962, p. 51.

Pour en savoir plus sur Alice Lemieux Lévesque, cliquer ICI et ICI


Silences, recueil d'Alice Lemieux Lévesque
d'où est tiré le poème Avril, s'est mérité le prix
Champlain.

L'ouvrage contient un avant-propos du philosophe
Gustave ThibonIl en reste sur le marché seulement
un exemplaire, dédicacé de la main de la poétesse,
qu'on peut se procurer ICI

Dédicace manuscrite d'Alice Lemieux Lévesque dans
son recueil Silences. (Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Alice Lemieux Lévesque sur la terrasse Dufferin,
à Québec, à la fin des années 1960.
(Source : P. de Grandpré, Histoire de la littérature
française du Québec
, tome 2, Montréal, éditions
Beauchemin, 1969 ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Hommage à Alice Lemieux Lévesque à l'occasion
de son décès, par l'écrivain Jean Royer,
dans Le Devoir du 15 janvier 1983. 

Notice nécrologique parue dans
La Presse, 11 janvier 1983.

lundi 23 avril 2018

Vieilles choses

Jean Bruchési (1901-1979)

(Source : Réal Bertrand, Lionel Groulx,
Montréal, éditions Lidec, 1997, p. 31)




   J'aime les vieilles choses :
   Il s'y cache souvent,
   Tout comme chez les roses,
   Un parfum enivrant, 

   Un doux parfum qui monte
   Des recoins du passé,
   Joint au charme d'un conte
   Autrefois commencé.

   Aïeules qu'on exile,
   Elles voudraient mourir
   Sans connaître l'asile
   Au fond du souvenir.

   Une pensée y flotte
   Avec un rêve d'or ;
   Une très vieille note
   Semble y vibrer encor.

   C'est pourquoi je les aime : 
   Vieux livres, vieux tableaux,
   Et vieilles maisons même : 
   Des riens, des bibelots...

   C'est une ancienne chaise
   Au bienveillant accueil : 
   Je m'y sens plus à l'aise
   Qu'en un riche fauteuil. 

   Et puis c'est une table
   D'où ne s'élève plus
   Le rire délectable
   Des convives perdus. 

   C'est une toile, un livre,
   Une médaille enfin,
   Ou bien un sou de cuivre
   Dans un vieux parchemin. 

   Ils sont tous laids peut-être ;
   Pour eux le temps est dur !
   Mais le ciel y fait naître
   Toujours un peu d'azur...

   J'aime les vieilles choses,
   Les choses d'autrefois : 
   C'est un bouquet de roses
   Pour la table des rois. 

          Jean Bruchési (1922)


Tiré de : Jean Bruchési, Coups d'ailes, Montréal, L'Action française, 1922, p. 19-21. 

Pour en savoir plus sur Jean Bruchési, cliquer ICI et ICI.


Coups d'ailes, recueil de poésies de
Jean Bruchési paru en 1922.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le recueil Coups d'ailes, de Jean Bruchési, est divisé en trois parties intitulées Envolée
En plein ciel et Retour, dont chacune est illustrée par Jean-Baptiste Lagacé, illustrateur 
et fondateur de l'histoire de l'art au Québec.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Jean Bruchési au philosophe Hermas Bastien, dont
les Poésies Québécoises Oubliées ont déjà présenté Les voix de la terre.


(Collection Daniel Laprès)

En 1934, Jean Bruchési était
caricaturé par Robert La Palme.


(Source : Archives de la Ville de Montréal ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean Bruchési, à gauche, en 1932 avec 
le poète et scénariste Robert Choquette,
dont les Poésies Québécoises Oubliées
ont présenté Ode à la liberté.


(Source : Jean Bruchési, Souvenirs à 

vaincreMontréal, éditions Hurtubise-
HMH, 1974 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

vendredi 20 avril 2018

Nocturne fantaisiste

Willie Proulx (1907-1958)

(Source : Biographies canadiennes-
françaises
, édition de 1933)





   Au gîte ! au gîte hirondelle va vite ! 
   Vole au chevet de tes chers hirondeaux ;
   L'hirondeau dort, au nid le soir t'invite,
   Plane sur l'onde, effleure les roseaux. 

   Voici venir la pâleur coutumière
   Où, chaque soir, la Nuit baise le Jour,
   Sur les monts tombe et saigne la lumière ;
   Hymen sanglant : la mort naît de l'amour. 

   Tombez du ciel, ombres crépusculaires,
   Tombez sur nous, sur la ville qui dort,
   Glissez là-bas vos voiles funéraires
   Sur ce tombeau de sang, de pourpre et d'or. 

   Divine nuit ! tu viens, j'entends ton aile,
   Ton aile bat comme un cœur palpitant,
   Ton vol est doux, n'es-tu pas éternelle ?
   Reste du moins, reste, reste un instant. 

   Nuage blond, effleure ma fenêtre,
   Je veux voler sur ton flanc coloré,
   Sois mon coursier ; il faut que je pénètre
   Jusqu'au delà du fluide éthéré.

   Allons là-haut glisser sur cette neige
   Qui flotte et tremble au contact de nos pas ;
   Montons, rions, faisons joyeux cortège :
   Neige et bonheur, ici, ne durent pas. 

   Mais l'air est froid ; taillons-nous une mante
   Dans ce drap bleu parsemé de fleurons ;
   Montons, montons, l'infini me tourmente,
   Étoiles d'or, servez-moi d'éperons. 

   Plus vite encore, abandonnons la terre,
   À nous l'azur, soyons audacieux ;
   Le croissant de lune est un cimeterre
   Pour conquérir l'immensité des cieux. 

   À nous le val que forment ces nuages,
   À nous ces pics, ces forêts et ces monts,
   À nous l'argent qui borde ces rivages,
   À nous ces champs recouverts d'épis blonds !

   À nous enfin ce marbre, ce porphyre,
   À nous l'enclos de ce palais doré.
   Adieu ! coursier, ce lit bleu va suffire
   Au conquérant d'un pays adoré.

   Je vais dormir au chant du vent qui passe
   Et vient parfois jouer dans mes cheveux,
   Ici viendront les brises de l'espace
   Pour nous griser de parfums capiteux.

   Divine nuit ! reste, j'aime ton aile,
   Ton aile bat comme un cœur palpitant,
   Ton vol est doux, n'es-tu pas éternelle ?
   Reste du moins, reste, reste un instant ! 

                                  Willie Proulx* (1927)


Tiré de : Willie Proulx, Mélodies poétiques, Montréal, Éditions Édouard Garand, 1927, p. 14-16. 

* Né le 18 avril 1907 à Springfield, au Massachusetts, William (Willie) Proulx était le fils de Ulric Proulx et de Cécile Saint-Jean. La famille vint s'installer à Lachine, sur l'île de Montréal, alors qu'il n'avait que deux ou trois ans. Il suivit les classes de l'école primaire de Lachine, puis fit ses humanités au Séminaire de Sainte-Thérèse et sa philosophie au Collège Sainte-Marie de Montréal. En 1927, l s'inscrivit à la faculté de droit de l’Université de Montréal.
    La même année, il remporta le premier prix du concours de philosophie des collèges classiques du Québec. À sa sortie du collège, la même année et à l'âge de vingt ans, il publia un recueil de vers­ : Mélodies poétique­s. En 1929, il remporta le championnat oratoire de l'Université de Montréal. Il s'intéressa aussi à la politique en tant que membre du parti conservateur, pour lequel il prononça de nombreux discours.
    Admis au Barreau en 1930, il débuta sa carrière juridique de criminaliste au cabinet de Lucien Gendron (qui devint juge de la Cour des sessions de la paix), de Philippe Monette et J. R. Gauthier. Il eut aussi son cabinet avec Louis-Philippe Larivière et son beau-frère, Paul Robitaille (qui devint juge à la Cour provinciale). Membre à vie de l’Association de bienfaisance des avocats de Montréal, il a été nommé juge de la Cour des sessions de la paix à Montréal, le 1er février 1950, devenant le plus jeune juriste à être assermenté à cette fonction.
    Willie Proulx avait épousé, le 21 novembre 1931, Marguerite Lapointe. Il est décédé le 19 mai 1958 à Montréal, d'une thrombose cérébrale, à l’âge de 51 ans.
(Sources : Biographies canadiennes-françaises, Montréal, 1933, p. 126 ; Les cours de justice et la magistrature du Québec, Gouvernement du Québec, 1999.).

Dans son introduction à Mélodies poétiques, Willie Proulx a notamment écrit ce qui suit (et rappelons-nous que l'auteur n'avait que vingt ans alors qu'il publiait ces lignes qui, après plus de 90 ans, n'ont rien perdu de leur actualité) : 

    « Dans notre siècle de vie trépidante on ne lit plus les poètes, et leurs bouquins s'en vont rêver dans la poussière des tablettes et de l'oubli. Heureux sont ceux qui parviennent à se faire lire en se glissant dans les pages de magazines ou de revues, et encore sont-ils pourchassés dans ce dernier cantonnement par l'annonce moderne qui trône sur la saine littérature terrassée.
    Sans doute, plusieurs causes expliquent qu'on ne lise plus ou qu'on lise moins ; sans doute la jeunesse de certains auteurs fait sourire les sceptiques comme si l'on déniait aux jeunes le droit et la capacité de sentir et d'extérioriser leurs sentiments ; sans doute, la valeur des poètes modernes est discutable, puisque les grands maîtres sont passés moissonnant les gerbes les plus fécondes, épuisant les plus beaux sujets d'inspiration, et gravissant des hauteurs presqu'inaccessibles à qui n'a leur génie ; sans doute, il ne reste qu'un champ restreint pour les pauvres glaneurs, et c'est peut-être bien ce qui fait que le lecteur, raffiné par le commerce des grands maîtres, se laisse difficilement émouvoir par les tulles légères et les gazes diaphanes de la poésie moderne.
    Nous n'avons aucunement l'intention d'entreprendre un plaidoyer, et qu'on nous pardonne d'exprimer des vérités, mais le fait n'est-il pas avéré et constaté que la paresse intellectuelle grandit de jour en jour, qu'on se matérialise de plus en plus au point même de tout valoriser en argent jusqu'aux choses les plus sacrées ?
    D'aucuns diront qu'il faut être de son temps, et qu'il ne sert à rien de poser en coq gaulois, j'en conviens, mais combien de jeunes talents sont submergés par le flot montant de cette indifférence, et combien de nos compatriotes, qui auraient pu honorer notre langue, notre âme nationale, nos institutions, se sont voués à l'inaction, démoralisés devant cette apathie déprimante ? [...] ». 
(Willie Proulx, introduction à Mélodies poétiques, p. 9-10).


Mélodies poétiques, recueil de Willie Proulx
d'où est tiré le poème Nocturme fantaisiste.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La même année où il publiait
son recueil Mélodies poétiques,
Willie Proulx remportait le premier
prix de philosophie du concours
des collèges classiques du Québec.
Ce fait fut souligné dans

La Presse du 1er octobre 1927.

Willie Proulx, vers la fin de sa vie.

(Source : Les cours de justice et
la magistrature du Québec, 1999)

Mention du décès de Willie Proulx
dans Le Devoir, 20 mai 1958



Hommage à Willie Proulx publié
à l'occasion de son décès dans
La Presse, 21 mai 1958. On peut
lire 
dans La Presse du 22 mai 1958 

(p. 26) un compte-rendu des funérailles, 
Paul Sauvé, qui deviendra premier 
ministre du Québec un an et demi 
plus tard, servit de porteur d'honneur.

mardi 17 avril 2018

Les chevaux de la sablière

Sylvain Garneau (1930-1953)
(Source : P. de Grandpré, Histoire de la littérature française
du Québec
, tome 3, Montréal, éd. Beauchemin, 1969)




   J'aimais les voir dormir, au soleil, à midi
   Je les regardais boire au bord de la rivière
   Quand à la fin du jour nous allions, étourdis,
   Voir briller dans les champs leurs ardentes crinières.

   Parfois quand le matin faisait étinceler
   En chaque sillon ses serpents de lumière
   Nous allions épier les chevaux attelés. 
   Mais ils étaient plus beaux au fond de nos clairières

   Lorsque, luisants de sel, ils grattaient leur cou blond
   Contre les peupliers, lorsque près des cascades
   Ils suivaient d'un œil doux les lapins dans leurs bonds
   Et remplissaient d'air pur leur poitrine malade. 

   Et nous allions, le soir, dans nos lits, deux à deux, 
   Raconter en silence à nos amis lunaires
   Combien nous les aimions ces centaures peureux
   Qui courent, enflammés, sur les dunes légères.

                            Sylvain Garneau* (1951) 


Tiré de : Sylvain Garneau, Objets trouvés, Montréal, Les Éditions de Malte, 1951, p. 72.

* Sylvain Garneau est né dans la paroisse Saint-Germain d'Outremont le 29 juin 1930, d'Antonio Garneau, avocat et juge, et de Germaine d'Amours. Il passa la majeure partie de son enfance à Sainte-Dorothée, sur les bords de la rivière des Prairies. Il fit ses études classiques au Collège Stanislas, où il obtint son baccalauréat en 1948. Il entra alors dans la marine et, à titre d'officier-cadet à bord d'un cargo marchand, il visita une bonne partie de l'Europe. De retour au pays, il travailla comme journalier dans la construction, puis comme journaliste à La Presse, et rédacteur pour des journaux économiques, puis il devint annonceur au poste de radio CKVM (à Ville-Marie, au Témiscamingue), puis à Radio-Canada. 
Plusieurs de ses poèmes sont parus dans Le Jour, L'Autorité, Notre Temps et la Revue de l'Amérique française. Il est mort à l'hôpital Notre-Dame de Montréal, le 7 octobre 1953, des suites d'une blessure à la tête qu'il s'est infligée une semaine plus tôt avec son fusil de chasse. Le 15 janvier 1953, il avait épousé Huguette Laurendeau, comédienne connue sous le nom d'Amulette Garneau et sœur du journaliste et animateur Marc Laurendeau. Il était le frère du poète et dramaturge Michel Garneau. 
(Sources : Editions Les Herbes Rouges ; Mémoire de maîtrise d'Alberte Vigneault (1972) ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, vol. III, p. 689). 

Il y a une histoire vécue derrière le poème ci-haut :

« À la campagne, l'été, quand il était enfant, Michel Garneau montait de vieux chevaux de trait à pattes poilues. "Il y avait un grand bout de terre où j'allais, avec une ancienne sablière et un étang. Tu grimpais dans un pommier, tu attirais le cheval avec une pomme, tu sautais sur son dos et tu t'agrippais comme il faut, parce que le cheval, il ne voulait pas être monté, il s'en allait galoper dans la forêt. Si tu passais à travers les premières minutes sans tomber, tu étais bon pour une heure ou deux à te promener sur le cheval.
  Un jour, j'ai raconté ça à mon frère Sylvain et j'ai vu qu'il avait l'œil vif et brillant. Il en a fait un poème, Les chevaux de la sablière. C'est mon histoire, mais totalement transformée, mythifiée. Je l'ai vu prendre mon histoire et me la redonner revue, corrigée, améliorée. Je l'ai vu opérer la magie" ». (Source : La Tribune, 22 mai 2014) 


Pour en savoir plus sur Sylvain Garneau, cliquer ICI. 

Objets trouvés, recueil d'où est tiré le poème
Les chevaux de la sablière, ci-dessus.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Dédicace manuscrite de Sylvain Garneau dans
un exemplaire de son recueil Objets trouvés.
(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Sylvain Garneau à bord d'un bateau. Date inconnue.
(Source : Les Herbes Rouges ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Sylvain Garneau. Date inconnue.
(Source : Dictionnaire des oeuvres
littéraires du Québec
, vol. III, p. 699)

On peut encore se procurer cette édition des
oeuvres poétiques de Sylvain Garneau dans
toute bonne librairie. Informations ICI.

Moins d'un an avant sa mort tragique,
 Sylvain Garneau épousait la comédienne
Amulette Garneau (de son vrai nom Huguette
Laurendeau). Le "Carnet mondain" du Devoir
en fit mention deux jours avant le mariage.
(Source : BANQ)

Hommage paru dans Le Devoir, 10 octobre 1953.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Hommage à Sylvain Garneau par son collègue
l'écrivain André Langevin, dans l'hebdomadaire
du réseau français de Radio-Canada.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

samedi 14 avril 2018

Saint-Hétrette qu'on est épais !...

Illustration d'Albert Chartier accompagnant le poème
Saint-Hétrette qu'on est épais ! dans le numéro de
juillet-août 1938 du magazine Can-Can.  
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)




   On est canayen 
   Ou ben on l'est pas !
   C'est l' 24 juin
   Qu'on s'aperçoit d' ça !

             * * *

   On s'promène dans la rue
   Et tout ému,
   On admire les "guidounes",
   Les marchands d'ballounes,
   De sifflets, d'pétards,
   De drapeaux et d'étendards ! 
   C't'une atmosphère de fête,
   Pis d'mal de tête.
   Nos élégants poteaux
   Sont pleins d'drapeaux.
   Tout l'monde est dehors,
   Les conducteurs de chars,
   Les ronds-d'cuir, les facteurs,
   Les épiciers, les "groceurs", 
   Les scieux d'bois,
   Les marchands d'p'tits pois,
   Les charrieux d'eau,
   Pis un tas d'bozos !
   Y-z-ont à leurs trousses,
   Comme des pois en gousse,
   Toute une marmaille
   Qui s'chamaille,
   Et s'barbouille le front
   À coup d'suçons !

             * * *

   Pis c'est la procession
   Du p'tit mouton !
   R'gâre don' Josée
   C'est la police montée...
   Oh ! l'beau capitaine!...
   Les grosses bedaines
   De nos "as de pique"...
   V'là not' éch'vin...
   Y-a-t-y l'air fin!...
   Les chars allégoriques ; 
   Les p'tits soldats
   Qui sont pas d'bois ; 
   Les beaux cadets
   Dret comme des piquets ; 
   Ceux qui portent les haillons 
   Du régiment d'Carillon...
   Pomme-pomme-paspomme!...
   Tiens, v'là la fanfare
   De Saint-Édouard...
   R'gâre le gros bonhomme!...
   Tiens, v'là mon oncle Jos!
   Mon Dou, si y'a chaud !...
   [...]
   Pis c'est l'ptit Batisse suant,
   Avec son mouton bêlant!...
   Et le rêve est terminé.
   Tout s'efface...
   La garde d'une race
   A passé.
   Dans un nuage de gloire,
   Une race de poires,
   Le visage épanoui,
   Se ré-aplaventrit.
   Pi on r'tourne se gaver d'sodas,
   D'pinottes, pi d'chocolats !

             * * *

   Et puis c'est l'soir
   Du grand jour de gloire !
   Tout l'monde s'amène
   Au Parc Lafontaine.
   Des orateurs bedonnants,
   Au milieu d'un grand silence
   Jettent les mots vibrants : 
   "...survivance...
   "Race qui n'veut pas mourir...!"
   Y faut en rire
   Si on veut pas pleurer ;
   On a ben plus l'air, madoué,
   D'une race de morts-nés
   Qu'on a négligé d'enterrer !
   Dans l'air enthousiasmé,
   C'est les pétards, les fusées,
   Les pluies d'lumières,
   Les feux, les éclairs...
   Tout' un peuple sus son derrière,
   R'garde, le nez en l'air !
   [...]

          Louis B. Champagne* (1938)


Tiré de : Magazine Can-Can**, Montréal, juillet-août 1938, p. 6.

On ne connaît que peu de choses sur Louis Beaugrand-Champagne, sauf qu'il est né en 1915 et est mort le 30 avril 1991 (voir notice nécrologique ci-dessous), et qu'il a longtemps été impliqué dans diverses activités de type littéraire et culturel, d'abord comme participant au journal étudiant du Collège Jean-de-Brébeuf durant les années 1930, de même qu'à titre de membre du conseil d'administration de la troupe de théâtre Les Compagnons de Saint-Laurent et de divers autres organismes et institutions. Enfin, il était le gendre de J. J. Joubert, fondateur de la laiterie du même nom qui était bien connue à l'époque. 

Le numéro de juillet-août 1938 du
magazine Can-Can, d'où est tiré le
poème satirique de Louis B. Champagne,
Saint-Hétrette qu'on est épais !

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

** Le magazine Can-Can a été fondé en décembre 1937 par le dessinateur Albert Chartier (qui créa notamment Onésime) et son ami Marcel Tessier (sur lequel il nous a été impossible de trouver des informations ―il ne s'agit pas de l'historien du même nom―, sauf qu'il était président des Publications Lafayette sous l'égide desquelles paraissait Can-Can). Ayant existé de novembre 1937 à février 1939, ce mensuel fit paraître quatorze numéros et a pu compter sur plusieurs collaborateurs de prestige, dont Gratien Gélinas, Louis Francoeur, Jovette Bernier, Ernest Pallascio-Morin et Robert Choquette. On a notamment dit (voir ICI) que Can-Can s'inspirait du magazine New Yorker


Note manuscrite de Marcel Tessier, co-fondateur, dans le
premier numéro du magazine Can-Can, et qui se lit ainsi :

« Première copie originale - sortie des presses de "Printing
Service Ltd", le mercredi 3 décembre 1937 à 6:15 p.m.
Marcel Tessier, prés.
Les Publications Lafayette Ltée
».
(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Notice nécrologique,
 Le Devoir, 1er mai 1991.