lundi 26 février 2018

Poing d'honneur


Dessin accompagnant le poème humoristique
Poing d'honneur dans le recueil "Chiq'naudes "

publié en 1924 par Frandero (Francis Desroches).
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)



                                  "Ce soir Jack Dempsey
                                défendra son titre contre 
                                Luis Firpo, l'Argentin..."
                                               (Les journaux)


   Chaque pays ambitionne 
   De compter parmi ses enfants
   Quelque colosse qui s'adonne
   À priser les coups et le sang...

   Et lorsqu'un promoteur escompte
   En retirer de beaux deniers,
   Vite il vous trouve un mastodonte
   Qui se fera taper sû'l'nez...

   Avec un rival à sa taille
   Il s'occupe de le matcher,
   Puis on annonce la bataille
   Tout comme d'la gomme à mâcher...

   Enfin le soir sanglant arrive : 
   Les deux rivaux cognent dans l'tas,
   Et l'promoteur sur le qui-vive
   S'enrichit pendant qu'on se bat...

   Ainsi pour l'championnat du monde
   Le continent américain,
   Ce soir, sera témoin d'une ronde
   Entre Dempsey et l'Argentin...

   Le titre, la chose est certaine, 
   Sera perdu ou conservé,
   Puis en dedans d'une quinzaine
   Un "challenger" sera trouvé...

   À quel pays l'honneur insigne
   De compter le prochain champion ?...
   Quel est celui qu'on désigne
   À se faire flanquer quelques gnons ?...

   C'est chose qu'on ne peut connaître ; 
   Mais pour flatter ceux de chez nous,
   Bagosse ! l'on pourrait peut-être
   Risquer notre Elzéar Rioux !!!

                       Frandero (1923)


Tiré de : Frandero, "Chiq'naudes", Québec, Édition de la Tour de Pierre, 1924, p. 54-56. 

De Francis Desroches (Frandero), les Poésies Québécoises Oubliées ont également présenté : - Viens voir neiger


"Chiq'naudes", de Frandero. Sur ce
recueil de poèmes humoristiques, voyez
ICI l'analyse de Jean-Louis Lessard, du
blogue littéraire Laurentiana

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace de Frandero (Francis Desroches) dans son 
recueil "Chiq'naudes". (Collection Daniel Laprès )

À gauche, Jack Dempsey ; au centre, Luis Firpo dit l'Argentin ; 
à droite, le légendaire cliché pris lors du combat historique du 
14 septembre 1923 tenu à New York, et évoqué dans le poème 
Poing d'honneur qui fut publié ce même jour par Frandero 
dans un journal de Québec(Sources : Jack Dempsey dans
Total HistoryLuis Firpo et cliché du combat Dempsey-Firpo 
dans The Fight CityCliquer sur l'image pour l'agrandir)

Pour voir une vidéo des moments forts du combat
historique du 14 septembre 1923 entre Jack Dempsey 

et Luis Firpo dit l'Argentin, cliquer sur cette image. 

Elzéar Rioux (1897-1938). Boxeur québécois,
il a affronté Jack Dempsey en juillet 1922 à
l'Aréna Mont-Royal, au coin de la rue Saint-

Urbain et de l'Avenue du Mont-Royal, à 
Montréal (où se trouve aujourd'hui un marché 
Provigo). Elzéar Rioux est mentionné à la fin 
du poème Poing d'honneur, ci-haut. (Source : 
La Presse, 17 novembre 1928 ; cliquer sur 
l'image pour l'agrandir)

vendredi 23 février 2018

Soleil d'hiver

Clovis Duval (1882-1951)

(Source : Dictionnaire des poètes d'ici de
1606 à nos jours
, Montréal, éd. Guérin, 2001)





   À savourer à la fenêtre
   Le soleil très chaud par instants
   Qui nous caresse et nous pénètre,
   On dirait que c'est le printemps. 

   Notre oeil, amant des belles choses,
   Transportant notre esprit ailleurs,
   Croit voir déjà poindre les roses
   Dans la clarté des jours meilleurs.

   Il voit déjà nos forêts veuves
   Balancer comme en des berceaux
   Tout le parfum des brises neuves
   Et tout l'orchestre des oiseaux !

   Voilà sur le fleuve des voiles
   Emportant dans leurs plis sereins
   L'éclat du jour ou des étoiles,
   Et des lambeaux de chants marins !

   Ces rêves d'été sont faciles,
   Surtout lorsqu'auprès d'un bon feu
   Nous accouchons de vers tranquilles.
   Mais, s'il vous plaît, sortons un peu !...

   Soleil d'hiver n'est que parure.
   Les piétons désappointés 
   Passent, le nez dans la fourrure,
   Et moi je songe à ces beautés   

   Dont le regard qui nous enlace
   Est beau, comme aujourd'hui, les cieux,
   Mais dont le coeur reste de glace
   Malgré la flamme de leurs yeux ! 

                         Clovis Duval* (1913)



Tiré de : Clovis Duval, Les Fleurs Tardives, Montréal, 1923, p. 80-81. 

*  Né à Bastican, Clovis Duval était médecin, musicien et poète. Il fit des études classiques au Petit Séminaire de Trois-Rivières (Bacc. en 1897). Étudiant en médecine à l'Université Laval, il fut reçu médecin en 1907. Il débuta sa carrière à Batiscan jusqu'en 1920 et la poursuivit à Rivière-au-Renard, en Gaspésie. Installé à Montréal en 1927, il continua à pratiquer sa profession à Charlemagne, puis à Trois-Rivières, où il mourut le 22 décembre 1951.
   Dans les années 1930, il effectua un voyage en France pour y étudier le chant. 
   Il collabora activement aux journaux Le Bien Public et Le Nouvelliste, de Trois-Rivières, où il fit paraître dans une large mesure ses poésies, qui seront publiées dans trois recueils, dont le premier, Les Fleurs Tardives (1923), regroupe les poèmes qu'il écrivait au collège et durant ses études universitaires. 
 Au sujet de Clovis Duval, le regretté professeur et critique littéraire Roger Chamberland (1956-2003) a écrit : « Le poète chante la Nature et y puise tout le réconfort que son âme en mal d'une radieuse sérénité voudrait obtenir ». 

(Source : Dictionnaire des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2001, p. 372). 

Les Fleurs Tardives, recueil de Clovis Duval, dans
lequel est publié le poème Soleil d'hiver, ci-haut.
Il reste un seul exemplaire à très bas prix de 

ce recueil devenu très rare. Voyez ICI.


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mardi 20 février 2018

Survivre

Alphonse Beauregard (1881-1924)

(Source : Dictionnaire des auteurs de
langue française en Amérique du Nord





    ― Subsister décrépits, déchus mais n'être pas
    Des ombres que le vent chasse, informes, là-bas !
    N'avoir de chair et d'os que pour souffrir sans cesse
    Plutôt que, purs esprits dégagés de faiblesses,
    Vaguer insouciants dans le vide éternel ! 
    Vivre toujours au lieu de t'espérer, ô ciel !
    Même sans toi, que nous seraient des millénaires
    À jouir de l'afflux de sang dans nos artères !
    Comme nous aimerions à ne jamais risquer
    Que notre droit d'agir soit soudain révoqué,
    Ni que devant nos pas le sol s'ouvre et bascule ! 
    Ne pas mourir !...

                                  Assez de songes ridicules,
    Voyez, la mort descend sur les hommes, et rien
    N'en reste dont voudrait, pour sa pâture, un chien. 
    Ainsi que des paquets d'éphémères, les vies 
    S'en vont nul ne sait où ; l'ouragan les charrie.

    ― Avoir aimé, vécu, puis rien, rien que du noir !
    Ô voix, nous ne saurions ces mots les concevoir ; 
    Mais à notre regard, borné par la nature, 
    Si pauvrement se peint l'existence future
    Que nous imaginons, plutôt, la foule en deuil
    Accourant submerger de fleurs notre cercueil. 
    Et lorsque nous semons des actes sur la route,
    À notre vanité nécessaire, s'ajoute
    La foi que l'on suivra notre exemple à genoux
    Et que longtemps, longtemps on parlera de nous. 

    ― Rares sont les éclairs dans vos âmes avides. 
    Contre un moment d'envol vous passez mille jours
    À satisfaire un idéal de basse-cour. 
    Brusquerez-vous le temps à coups d'espoirs splendides ?

    ― Comme des avions après leur ciel conquis
    Reviennent sur la terre où leur force naquit,
    Nous ne pouvons longtemps vivre d'apothéoses.
    Voix du néant, qui nous atteins, les jour moroses,
    Et trouble notre coeur épris d'éternité, 
    Ton rire est impuissant à nous faire douter
    Que l'homme cache en lui la grandeur immanente.
    Nous narguons le calcul de la raison mordante
    Et notre âme jamais ne comprendra la nuit. 
    Suspendus aux cheveux de la terre qui fuit, 
    Nous évoquons encore nos heures solennelles,
    Rêvant qu'il restera de nous une étincelle. 

                                  Alphonse Beauregard* (1921) 


Tiré de : Alphonse Beauregard, Les Alternances, Montréal, Roger Maillet éditeur, 1921, p. 23-25. 

    *Alphonse Beauregard est né à La Patrie le 5 janvier 1881. À la mort de son père, en 1892, il dut abandonner sa scolarité après un cours commercial élémentaire à l'Académie Girouard, à Saint-Hyacinthe. Il travailla à la manufacture de chaussures Côté jusqu'en 1898, puis il s'établit à Montréal où il devint comptable pour la compagnie Singer. En 1907, il entra au service de la Commission du Havre. Son ami Francis Saint-Germain lui ouvrit alors sa riche bibliothèque familiale.
    Dès 1906, Beauregard consacra ses loisirs à la poésie. Ses premiers poèmes parurent dans La Revue et dans Le Nationaliste, et ses écrits dans L'Avenir du Nord, la Revue Moderne, etc. Le 28 octobre 1908, il fut reçu à l'École littéraire de Montréal, dont il sera secrétaire de 1911 à 1922, et président à partir de 1922 jusqu'à sa mort prématurée en 1924.  
     En 1912, il publia un premier recueil de poésies, Les Forces, et un second, Les Alternances, parut en 1921. Sa poésie est une longue méditation sur l'être humain. « Sans être poète de premier plan, écrit Raymond Rivard, Alphonse Beauregard affiche une originalité certaine. [...] Après Nelligan, on aurait tort de croire que l'angoisse poétique s'est éteinte ».
   Alphonse Beauregard est mort à Montréal le 15 janvier 1924, des suites d'une asphyxie accidentelle au gaz. 
(Sources : Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989 ; Wikipedia). 

Sur la mort tragique d'Alphonse Beauregard, voyez ICI le récit de l'écrivain Albert Laberge


Les Alternances, recueil d'Alphonse Beauregard 
paru en 1921 et d'où est tiré le poème Survivre.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 


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samedi 17 février 2018

Vers la liberté

Georges Boulanger (1901-1980)

(Source : son recueil Fleurs du Saint-
Laurent
, Québec, 1929)





   Aux jours sombres et froids de ces temps endeuillés
   Où les enfants du sol se voyaient dépouillés 
   D'indéniables droits, leur vieille âme française
   Tressaillit de courroux ; car, sous la botte anglaise
   Ils avaient trop souvent reployé leur fierté.  

   Aussitôt dans leur coeur parla la Liberté. 
   Sa voix, comme un écho que le zéphyr emporte,
   Leur dit à chacun d'eux, en passant leur porte : 

   « De la valeur bretonne encore trop rapprochés
   « Pour subir plus longtemps des tyrans l'arrogance,
   « Que les ardents lutteurs, dans leurs droits retranchés,
   « Se lèvent en héros ! Vive l'Indépendance ! »

   D'un principe élevé, généreux et décis
   Naquit alors la guerre aux bourreaux endurcis. 
   Pour augmenter encore aux belles épopées,
   Papineau commandait aux troupes équipées. 

   Des villages entiers accourent au combat,
   S'entraînent à la lutte, et ceux dont le coeur bat
   Pour un peu d'équité, de valeur, de mérite, 
   De courageux soldats formèrent une élite. 

   Hésitant à cacher dans les nuages gris
   Sa face rubiconde et ses rayons pâlis,
   Le soleil est témoin de l'infâme bataille
   Entre le fort ayant pour force la mitraille
   Et le faible vaincu qui proclame son droit. 

   On s'empresse partout, on vient de chaque endroit
   Pour soutenir les chefs et donner confiance. 
   La sérénité d'âme inspire l'espérance,
   La foi stimule et mène au but les insurgés. 

   Mais du parti royal, non plus sont négligés
   Du combat meurtrier les apprêts nécessaires,
   Et paraissent bientôt devant les téméraires
   Colborne et ses soldats, deux mille combattants.

   Les révoltés, inquiets, ont resserré leurs rangs
   Près du temple vieilli qu'on nomme Saint-Eustache.
   Sur la foi d'un serment que la bravoure attache,
   Chénier leur fait jurer de combattre ou mourir. 
   Et tous, pleins de fierté, clament un cri : Tenir. 

   L'armée anglaise approche. Au paisible village, 
   Ayant de la Patrie en eux la douce image,
   Les insurgés armés, enivrés des exploits,
   Changent en châteaux-forts les maisons et les toits. 
   Lorsqu'ainsi transformé comme une forteresse,
   Saint-Eustache est l'endroit que la valeur caresse.
   Dans un petit fossé, près du temple divin, 
   Deux braves sont cachés : Louis Bart et Paul Gauvin. 

   Les régiments anglais, silencieux, s'avancent ;
   Pour seconder l'espoir du tyran, ils s'élancent
   Sur le bien faible bourg, commencent le conflit, 
   Canonnent le couvent qu'ils ont tôt démoli,
   Font un feu meurtrier, ceinturent le village,
   Reculent un instant... mais la lutte fait rage : 
   Le succès se fait lent, les insurgés tiennent,  
   Ils s'arment de courage, et le combat soutiennent. 

   Le temple, encore debout, tombe sous les boulets,
   S'enveloppe bientôt dans un nuage épais,
   Brûle, fume, s'effondre en écrasant les braves. 
   La Victoire s'égare en ces heures trop graves. 

   Cachés dans le fossé, Gauvin et son ami
   Nourrissent bien leur feu, harcèlent l'ennemi. 
   Les Anglais accourus sont prompts à la riposte. 
   Les héros sont blessés en défendant leur poste ;
   Frappés mortellement, ils n'ont plus qu'un soupir
   Pour affirmer encore qu'ils ont voulu tenir. 

   Et, tandis que leur sang s'échappe avec leur vie, 
   Les yeux tournés au ciel, dans leur âme ravie,
   Ils murmurent tout bas ces deux mots que le coeur
   Prononce en gémissant sous le talon vainqueur : 
   Les mots doux et divins de Patrie et de Mère. 

   Afin que du combat dont la défaite amère
   Ne ressuscitât point un reste de fierté ; 
   Afin qu'il ne parut, du vieux clocher resté
   Chancelant et noirci, rien, pas la moindre trace ; 
   Comme pour effacer le souvenir vivace
   D'un effort surhumain vers notre liberté,
   Vers ce grand idéal, trop longtemps écarté, 
   Les boulets destructeurs culbutent les décombres
   Et font planer partout la ruine et les ombres.

   Le feu lèche les murs, le temple est un brasier
   Allumé par l'Anglais qui cherche à rassasier
   Son appétit brutal, son instinct et sa rage. 

   Quand le clocher s'écroule, au milieu du carnage, 
   Du fracas de la chute, on distingue soudain
   Un son divin et pur s'exhaler de l'airain !
   C'est le glas des héros dont la note funèbre
   Accompagne à la gloire un désastre célèbre. 

                                     ---

   Reposez, chevaliers du mérite et du droit !
   Nous marchons après vous, ivres de cet exploit ; 
   À tailler un drapeau nous travaillons sans trêve
   Afin de le hisser au mât de votre rêve ! 

                                   Georges Boulanger* (1920)




Tiré de : Georges Boulanger, L'Heure vivante, Québec, 1926, p. 45-48. 

Poète et conteur, Georges Boulanger (1901-1980) est né à Sainte-Agathe-de-Lotbinière. Il étudie au Collège d'Arthabaska de 1916 à 1919. De 1921 à 1936, il est secrétaire au Journal d'agriculture. Il organise la bibliothèque de ministère de l'Agriculture dont il est le bibliothécaire de 1953 à 1968. 
Il fonde, en 1967, l'Association des fonctionnaires à la retraite du Québec et, en 1968, l'Institut national Samuel de Champlain, après avoir organisé les fêtes annuelles de Champlain à Québec. 
Membre de la Société des Poètes canadiens-français, il compose un sonnet, La Mère, qui remporte un concours international de poésie organisé en 1932 à Paris. 
Collaborateur à plusieurs périodiques, dont Contacts (dix-sept contes en 1954-1955), L'Opinion, Le Terroir, il est surtout connu pour ses deux recueils de poésies, L'Heure vivante (1926) et Les Fleurs du Saint-Laurent (1929), qui chantent la terre, l'amour, la patrie. 
(Source principale : Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989, p. 178). 


L'Heure vivante, recueil de poésies d'où
est tiré le poème Vers la liberté, ci-haut.
 

Notice nécrologique parue
dans Le Soleil de Québec,
le 9 octobre 1980. 


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mercredi 14 février 2018

Sagesse

Eva Senécal (1905-1988)

(Source : P. de Granpré, Histoire de la
littérature française du Québec
, tome 2)
    


    Si tu veux, nous fuirons au bois, loin du vulgaire,
    Pour y voir reverdir les arbres dégarnis.
    Le soir apaisera nos deux âmes de guerre
    Et bercera nos coeurs à la chanson des nids. 

    Les oiseaux se feront la cour dans les érables,
    Petits couples grisés de printemps et d'odeur ; 
    Les femelles auront des poses adorables,
    Empreintes d'abandon, d'amour et de candeur. 

    Nous écouterons l'eau qui descend des montagnes,
    Avec un bruit de fifre et de gais tambourins,
    Et nous observerons le réveil des campagnes,
    Du regard réfléchi et grave des marins.

    Nous verrons le soleil s'endormir, pour renaître
    Dans une apothéose ardente de rayon,
    Les troupeaux qui s'en vont dans les plaines pour paître,
    Le pasteur invoquant l'enfant Septentrion

    Les nymphes, que le jour de ses reflets attire,
    Feront des signes ronds sur l'écorce des bois,
    Afin d'orienter l'impétueux satyre
    Qu'elles agaceront de reculs et d'effrois. 

    Tous deux nous bâtirons en secret notre gîte,
    À l'ombre des sapins, au penchant des côteaux.
    Plein d'un sage mépris pour tout ce qui s'agite,
    Nous aurons, ce printemps, la paix des végétaux. 

                                  Eva Senécal (1929)


Tiré de : Eva Senécal, La course dans l'aurore, Sherbrooke, Les Éditions de La Tribune, 1929, p. 107-108. 

Pour en savoir plus sur Eva Senécal, voyez ICIICI et ICI. 

Une biographie d'Eva Senécal est toujours disponible sur commande chez votre libraire ; voyez ICI. Sur le premier recueil de poésies publié par Eva Senécal en 1927, voyez ICI l'analyse de Jean-Louis Lessard, du blogue Laurentiana

Le recueil La course dans l'aurore, d'Eva Senécal, 
d'où est tiré le poème Sagesse.


dimanche 11 février 2018

Sur la tombe d'Ernest Gagnon

Pierre tombale d'Ernest Gagnon au
cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à
Québec. 


(Photo : Daniel Laprès, 2017;
cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



     (Poème inédit dédié à Blanche, fille d'Ernest Gagnon, 
      et ici publié pour la première fois)


   Sous un pâle soleil d'automne,
   Je t'ai trouvé, mon vieil ami,
   Où la feuille morte frissonne,
   En un lit profond, endormi.

   Mais à ton logis qui s'incline
   J'ai beau heurter du pied le seuil, 
   Rien n'émeut ta large poitrine,
   Gentilhomme de grand accueil. 

   Gisent-ils sous les pierres blanches,
   Silencieusement croisés,
   Tes doigts d'artiste, le dimanche
   Sur les orgues jadis posés ?

   Et sur ce marbre froid, ta lyre
   Va-t-elle se taire à jamais,
   Elle qui déchaînait un délire
   D'enthousiasmes muets ?

   Non, non ! Aux sources du génie
   Ton âme harmonieuse a bu
   Et, pâmé d'extase infinie, 
   Tranquille, tu jouis du but. 

   Tes yeux sont empourprés d'aurore,
   Tes doigts, de musique assouvis,
   Jouent aux claviers du ciel encore
   Et charment les anges ravis. 

   Froissant du pied la feuille jaune, 
   Le front perdu dans la lueur, 
   J'ai versé sur toi mon aumône, 
   L'humble prière de mon cœur. 

               Armand Chossegros, s.j.* (1915)


Manuscrit du poème tel que conservé aux Archives des Ursulines de Québec

(Photos : Madeleine Gagnon, qui nous a gracieusement 

transmis le poème; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 


* Armand Chossegros est né à Céaux d'Allègre dans le diocèse du Puy, en France, le 4 janvier 1864. Fit ses études au collège Saint-Joseph d'Avignon, en France. Entra chez les Jésuites au noviciat du Sault-au-Récollet (Montréal) en 1884 et prononça ses voeux en 1886. Fut ordonné prêtre à Montréal, par Mgr Paul Bruchési, le 3 juillet 1898. Professeur au noviciat jésuite du Sault-au-Récollet, au collège Sainte-Marie de Montréal, au séminaire de Saint-Boniface (Manitoba). De 1913 à sa mort, il enseigna l'histoire ecclésiastique et le droit canon au scholasticat jésuite de l'Immaculée-Conception, à Montréal. Il publia des poèmes dans les journaux et périodiques du temps, de même que, sous le pseudonyme d'Edmond Léo, des critiques littéraires dans Le Devoir. Auteur de Histoire du Noviciat de la Compagnie de Jésus au Canada (1903).  Décédé le 19 mai 1928 à l'Hôtel-Dieu de Montréal. 
Le 21 mai 1928, Le Devoir salua sa mémoire dans un article paru en première page et dans lequel on peut notamment lire :  « Le P. Chossegros a bien voulu, pendant de nombreuses années, nous donner gracieusement son utile et féconde collaboration. Rien ne lui faisait plaisir comme de mettre en relief un nouveau talent ».  
(Sources : Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, p. 128 ; Le Devoir, 21 et 22 mai 1928 ; Bulletin des Recherches Historiques).

Pour en savoir plus sur Ernest Gagnon, cliquer ICI


Armand Chossegros, s.j. (1864-1928)

(Source : Archives des Jésuites au 
Canada ; cliquer sur l'image pour 
l'agrandir)

Ernest Gagnon (1834-1915)

Musicien, écrivain, historien et officier public,
ami intime d'Armand Chossegros s.j., qui
composa le poème ci-haut à sa mémoire. 

Dédicace d'Ernest Gagnon dans la troisième édition (1894)
de son oeuvre-maîtresse Les Chansons populaires du Canada.


(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Blanche Gagnon (1867-1951)

Fille d'Ernest Gagnon, elle fut auteure,
chroniqueuse et critique d'art musical.
Elle a publié un intéressant livre de
souvenirs, Réminiscences et actualités.

Le poème ci-haut lui a été dédié par
Armand Chossegros s.j., à l'occasion
du décès de son père. 


Elle est inhumée dans le lot de ses parents.

(Source : Blanche Gagnon, Réminiscences
et actualités
, Québec, 1939).  

En 2013, la pierre tombale d'Ernest Gagnon et des membres 
de sa famille au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Québec,
était dans un piteux état d'abandon. Mais depuis, comme on 

peut le constater sur la deuxième photo prise en septembre 
2017, le monument est entretenu et fleuri avec générosité 
et amour par Madeleine Gagnon (sans
 lien de parenté).

(Photo : Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

      

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