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vendredi 24 avril 2020

Après la promenade du soir

Francis DesRoches (1895-1979)
(Source : J-Arthur Lemay Mille têtes, 1931)

C'est au sommet de la tour de l'Assemblée nationale du Québec 

que furent tenues, à partir de juin 1923, les premières séances de
 la Société des poètes canadiens-français, dont Francis 
DesRoches fut l'un des cinq fondateurs.





   Quand je suis fatigué des propos de la rue,
   De bousculer les gens, de lever le chapeau,
   D'entendre s'exclamer la foule qui se rue
   Vers l'affiche nouvelle appendue au poteau ;

   Quand je suis écœuré d'écouter quelqu'histoire 
   Que raconte aux amis un prétendu farceur
   À propos d'une fille à la prunelle noire
   Qui passe et qui rougit, blessée en sa pudeur ; 

   Lorsque mon cœur, froissé de cette indifférence
   Que chaque promeneur prodigue à son voisin,
   Sent le vide se faire autour de sa souffrance
   Alors que la douleur sonne en lui le tocsin, 

   Je voudrais chaque soir, en termes ironiques,
   Railler un peu ce monde où l'on mange, où l'on boit
   Sans songer que la Mort aux gestes fatidiques
   Est là qui nous attend... Et je rentre chez moi !...

                                Francis DesRoches* (1920)



Tiré de : Francis DesRoches, Brumes du soir, Québec, Imprimerie de L'Action sociale limitée, 1920, p. 73-74.


* Francis DesRoches est né à Québec le 27 août 1895, d'Odilon DesRoches, agent d'assurances, et d'Adélaïde Germain, institutrice. Il fit ses études secondaires au Collège Séraphique, à Trois-Rivières, et au Petit séminaire de Québec, puis s'inscrivit en droit à l'Université Laval. Il suivit également des cours à l'Institut sténographique Perreault, à Montréal. Il interrompit ses études pour s'engager dans l'armée durant la première guerre mondiale, mais fut réformé pour des raisons de santé. 
   Il entra en 1917 dans la fonction publique québécoise, d'abord comme  sténo-dactylo puis comme publiciste au service du ministère de l'Agriculture, puis, en 1941, au Secrétariat de la province (aujourd'hui le ministère du Conseil exécutif), où il occupa tour à tour les fonctions de pourvoyeur, publiciste et directeur du personnel. En 1947, il prit la direction du bulletin trimestriel de la Mutuelle des employés civils du Québec. Il prit sa retraite de la fonction publique en 1965.
   En 1923, avec Louis-Joseph Doucet, Avila de Belleval, Alonzo Cinq-Mars et Alphonse Désilets, il fut membre-fondateur de la Société des poètes canadiens-français et de son organe officiel, Le Message des poètes (devenu la revue Poésie en 1965), en plus d'en avoir été le président en 1948, alors qu'il en rédigea les règlements nécessaires à son incorporation. Il est l'auteur de deux recueils de chroniques, En furetant (1919) et Propos d'un rôdeur (1942), qu'il signa sous le pseudonyme de « Frandero », de deux recueils de poésies, Brumes du soir (1920) et Cendres chaudes (1963), d'un roman, Pascal Berthiaume (1932), et de Chiqu'naudes (1924), un recueil de gazettes rimées (poèmes humoristiques ou satiriques sur des faits d'actualité) qu'il signa également sous le pseudonyme de « Frandero ».  Il est à noter que Chiq'naudes a été publié aux Éditions de la Tour de Pierre, qui évoque la tour du Parlement de Québec, dans laquelle furent tenues les premières séances de la Société des poètes.
  En 1958, il obtint le premier prix (médaille d'or) du concours de poésie des Poètes canadiens-français, et deux mois plus tard, il remporta le troisième prix (médaille de bronze) de la Société du bon parler français.
   Il fut membre de la Société des écrivains canadiens, du Comité des études et échanges internationaux «Mondo» (Rome), en plus d'avoir été délégué général pour le Québec de la Société des poètes et artistes de France. Il collabora à divers journaux et périodiques, dont au journal L'Événement, de Québec, où, de 1920 à 1948, il publia des poésies et des critiques littéraires, en plus d'y avoir été traducteur. Il fut aussi l'animateur de plusieurs revues littéraires. 
    Selon la critique littéraire Cécile Cloutier : « Il se sentit poète, le raconta, devint l'âme des cénacles littéraires de la vieille capitale ». 
   Francis DesRoches est mort à Québec le 28 novembre 1979. En juin 1921, il avait épousé Antoinette Dubois, puis en secondes noces, le 16 septembre 1972, Jeanne d'Arc Fillion. 
(Sources : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 421 ; Université de Napierville ;  journal Le Canada, 15 octobre 1952 ; Le Soleil, 29 novembre 1979). 


De Francis DesRoches, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Viens voir neiger et Poing d'honneur (cliquer sur les titres). 


Brumes du soir, recueil de Francis
DesRoches,  d'où est tiré le poème
La promenade du soir, ci-haut. Le 

dessin de la couverture est une 
œuvre de Gérard Morisset.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Francis DesRoches
dans son recueil Brumes du soir.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le 8 juin 1923, dans la tour de pierre du Parlement de Québec, ces cinq poètes fondèrent
  la Société des poètes canadiens-français. Dans le sens des aiguilles d'une montre :
Alonzo Cinq-Mars, Francis DesRoches, 
Louis-Joseph Doucet, 
Avila de Belleval et 
Alphonse Désilets.

Article paru dans le journal Le Canada du 15 octobre 1952,
faisant état du rôle de Francis DesRoches à la fois comme
fondateur de la Société des poètes en 1923, président puis
rédacteurs des statuts et règlements en 1948. Il avait alors
succédé à Charles E. Harpe, mort subitement à 42 ans.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Journal L'Action catholique, 15 décembre 1958.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans Le Bien Public (Trois-Rivières) du 15 juin 1973, à l'occasion du
cinquantième anniversaire de la fondation de la Société des Poètes, la
présidente d'alors de la Société, la poétesse Reine Malouin, a publié
un article dont l'extrait ci-haut présente les fondateurs, dont Francis
DesRoches. Les autres autres fondateurs mentionnés sont Louis-
Joseph Doucet
, Alonzo Cinq-Mars, Alphonse Désilets, qui ont tous
été présentés par les Poésies québécoises oubliées (cliquer sur
leurs noms). Quant à Avila de Belleval, il sera présenté sous
peu. Pour l'article entier, cliquer ICI. 

Journal Le Bien public (Trois-Rivières), 15 juin 1973.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique dans Le Soleil, 29 novembre 1979.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Francis DesRoches a publié cinq livres. En plus de son recueil de poésies
Brumes du soir, d'où est tiré le poème Après la promenade du soir, ci-haut, il
a également publié En furetant (recueil de chroniques, 1919) ; Chiq'naudes
(poèmes satiriques sur des faits d'actualité, 1924) ; Propos d'un rôdeur
(recueil de chroniques, 1942), ces deux derniers ouvrages signés sous le 

pseudonyme de « Frandero », et Cendres chaudes (poésies, 1963).

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
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tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
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ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection, 
cliquez sur cette image : 

lundi 26 février 2018

Poing d'honneur


Dessin accompagnant le poème humoristique
Poing d'honneur dans le recueil "Chiq'naudes ", 

publié en 1924 par Frandero (Francis Desroches).
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)



                                  "Ce soir Jack Dempsey
                                défendra son titre contre 
                                Luis Firpo, l'Argentin..."
                                               (Les journaux)


   Chaque pays ambitionne 
   De compter parmi ses enfants
   Quelque colosse qui s'adonne
   À priser les coups et le sang...

   Et lorsqu'un promoteur escompte
   En retirer de beaux deniers,
   Vite il vous trouve un mastodonte
   Qui se fera taper sû'l'nez...

   Avec un rival à sa taille
   Il s'occupe de le matcher,
   Puis on annonce la bataille
   Tout comme d'la gomme à mâcher...

   Enfin le soir sanglant arrive : 
   Les deux rivaux cognent dans l'tas,
   Et l'promoteur sur le qui-vive
   S'enrichit pendant qu'on se bat...

   Ainsi pour l'championnat du monde
   Le continent américain,
   Ce soir, sera témoin d'une ronde
   Entre Dempsey et l'Argentin...

   Le titre, la chose est certaine, 
   Sera perdu ou conservé,
   Puis en dedans d'une quinzaine
   Un "challenger" sera trouvé...

   À quel pays l'honneur insigne
   De compter le prochain champion ?...
   Quel est celui qu'on désigne
   À se faire flanquer quelques gnons ?...

   C'est chose qu'on ne peut connaître ; 
   Mais pour flatter ceux de chez nous,
   Bagosse ! l'on pourrait peut-être
   Risquer notre Elzéar Rioux !!!

                       Frandero (1923)


Tiré de : Frandero, "Chiq'naudes", Québec, Édition de la Tour de Pierre, 1924, p. 54-56. 

De Francis Desroches (Frandero), les Poésies Québécoises Oubliées ont également présenté : - Viens voir neiger


"Chiq'naudes", de Frandero. Sur ce
recueil de poèmes humoristiques, voyez
ICI l'analyse de Jean-Louis Lessard, du
blogue littéraire Laurentiana. 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace de Frandero (Francis Desroches) dans son 
recueil "Chiq'naudes". (Collection Daniel Laprès )

À gauche, Jack Dempsey ; au centre, Luis Firpo dit l'Argentin ; 
à droite, le légendaire cliché pris lors du combat historique du 
14 septembre 1923 tenu à New York, et évoqué dans le poème 
Poing d'honneur qui fut publié ce même jour par Frandero 
dans un journal de Québec. (Sources : Jack Dempsey dans
Total History ; Luis Firpo et cliché du combat Dempsey-Firpo 
dans The Fight City. Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Pour voir une vidéo des moments forts du combat
historique du 14 septembre 1923 entre Jack Dempsey 

et Luis Firpo dit l'Argentin, cliquer sur cette image. 

Elzéar Rioux (1897-1938). Boxeur québécois,
il a affronté Jack Dempsey en juillet 1922 à
l'Aréna Mont-Royal, au coin de la rue Saint-

Urbain et de l'Avenue du Mont-Royal, à 
Montréal (où se trouve aujourd'hui un marché 
Provigo). Elzéar Rioux est mentionné à la fin 
du poème Poing d'honneur, ci-haut. (Source : 
La Presse, 17 novembre 1928 ; cliquer sur 
l'image pour l'agrandir)

mardi 23 janvier 2018

Viens voir neiger

Francis DesRoches (1895-1979)

(Source : J.-Arthur Lemay,
Mille têtes, 1931)




   La neige tourbillonne
   Vite, mets ton manteau !
   Viens voir neiger, mignonne,
   Viens voir comme c'est beau !...
      
   Sous ta claire voilette
   Cache ton gai minois ; 
   Allons voir la toilette 
   Si blanche des grands bois !...

   D'une chaude fourrure 
   Protège bien ton cou ; 
   Entends sous la ramure
   Le vent qui fait froufrou. 

   Abrite tes menottes 
   En ton épais manchon ; 
   Écoute un peu les notes
   De ce vent folichon. 

   Chère, je t'aime toute ! 
   Allons, viens à mon bras ; 
   Allons voir sur la route
   La neige, pas à pas. 

   Regarde sur la plaine
   Tous ces blancs papillons ; 
   Vois la campagne pleine
   De blancheurs, de rayons. 

   La neige flotte et tombe
   Blanche indéfiniment ! 
   Ô duvet de colombe
   Qui vire éperdument !...

   Elle revêt les chênes
   D'un manteau de velours,
   Et de ses blanches chaînes
   Enlace nos amours...

   Comme un violoncelle 
   Le vent gémit là-bas ; 
   La neige s'amoncelle
   Au bord des champs, en tas. 

   Tout n'est plus que lumières,
   Reflets des blancs cristaux,
   Les routes, les chaumières,
   Les vallons, les coteaux. 

   Sous la fine avalanche
   De la mousse des cieux,
   M'amie est toute blanche,
   Oh ! si blanche à mes yeux !...
       
   Et la neige qui frôle
   Ta lèvre de satin
   Donne un petit air drôle
   À ton rire mutin...

   Allons, ma Fleur de Givre,
   Reviens vite au foyer
   Sur les chenets de cuivre
   Chauffer ton petit pied...

   Et là, devant les flammes
   Et leur bonne chaleur,
   Nous ferons pour nos âmes
   Un Rêve de Blancheur !...

            Francis DesRoches (1920) 



Tiré de : Francis DesRoches, Brumes du soir, Québec, Imprimerie de L'Action Sociale, 1920, p. 114-117. 

Pour en savoir plus sur Francis DesRoches, cliquer ICI.


Brumes du soir, recueil de poésies de
Francis Desroches, publié en 1920 et 

d'où est tiré le poème Viens voir neiger.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 


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