vendredi 30 octobre 2020

Chanson d'automne

Charles-E. Harpe (1908-1952)

(Source : courtoisie Gaston Deschênes)




   L'automne arrive : hâtons-nous de fermer la porte,
                  Qu'il n'entre pas dans la maison.
   Car mon cœur heureux que ton amour transporte,
                  Se plaît l'éternelle saison. 

   Laissons pleurer le saule auprès des feuilles mortes
                  Dont Novembre fait la moisson.
   Et que tous les oiseaux s'enfuient, peu nous importe,
                  Nous avons appris leurs chansons. 

   Que les jours endeuillés le suivent en escorte,
                  La pluie et sa lente oraison,
   Nous serons à l'abri de la triste cohorte
                  Dans notre amoureuse prison.

   Mais si tu dois ne plus m'aimer, ouvrons la porte,
                  Et que dans toute la maison
   Pénètre en tourbillon le froid des feuilles mortes,
                  Pour ensevelir ma raison !

                                Charles-E. Harpe (1948)



Tiré de : Charles-E. Harpe, Les oiseaux dans la brume, Montmagny, Éditions Marquis, 1948, p. 159-160. 

De Charles-E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 

L'escale

Guirlande aux éprouvés ;

Le plus bel hymne à l'orgue des vivants ;

Voix de la solitude

― Été du ciel de mon enfance

Clair de lune.


Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, 
cliquer sur cette image : 


Les oiseaux dans la brume, recueil de 
Charles-E. Harpe d'où est tiré le poème
Chanson d'automne, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Charles-E. Harpe est l'un des 100 poètes présentés dans 
Nos poésies oubliées, un volume paru en septembre 2020 
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mardi 27 octobre 2020

Au docteur J. K. Foran

Joseph Kearney Foran (1857-1931)

(Source : Le monument Crémazie, p. 24)




            Au docteur J. K. Foran, qui a traduit en 
            vers anglais deux de mes poèmes.


   Barde, à ton large front rayonne la fierté
   Des têtes que le feu de l'idéal entoure,
   Et l'on sent tressaillir sur ton luth enchanté
   Le souffle d'Ossian et le rythme de Moore

   Pour célébrer les champs, les bois, les vieux castels,
   Pour louer les héros dont on baise la trace,
   Pour chanter les combats et les deuils immortels,
   Tu vibres du frisson des poètes de race. 

   Et l'ardeur du soleil qui dore le lichen,
   L'arôme capiteux qui flotte sur la lande,
   L'éclat d'îlots qu'on croit détachés de l'Eden,
   Le frais gazouillement de la brise d'Irlande ;

   Les échos du vallon où ton ancêtre est né,
   L'attrait de la légende où revit maint fantôme,
   La sauvage splendeur du lac de Killarney,
   Le blond miroitement des toits couverts de chaume ; 

   La fraîcheur de la mousse enguirlandant les murs,
   Les bruits harmonieux des bois et des cascades,
   Le babil des ruisseaux, des joncs, des seigles mûrs,
   Le charme toujours neuf des antiques ballades ;

   L'éternelle verdeur de l'île des martyrs,
   La rumeur de Shannon, l'hymne de l'Atlantique,
   L'odeur du trèfle au pied des tours et des menhirs,
   Les sons mélodieux de la harpe celtique ;

   Chants, feux, ombrage, échos, sèves, souffles, senteurs,
   Tout cela vit, frémit, embaume et se reflète
   Dans les mots chatoyants de tes vers enchanteurs,
   Ô noble fils d'Erin ! Ô fier et grand poète !

   Et si mes humbles chants survivent à mes pleurs,
   S'ils résistent au temps, devant qui tout s'efface,
   C'est que ta lyre d'or, forte comme ta race,
   En aura prolongé l'écho dans tous les cœurs.

                              William Chapman* (1907)



Tiré de : William Chapman, Les aspirations, Paris, Librairies-Imprimeries Réunies, 107, p. 145-147.

* Pour en savoir plus sur William Chapman (1850-1917), poète beauceron, cliquer ICI.  

De William Chapman, les Poésies québécoises oubliées ont également publié À Percé et L'île d'Orléans

   Joseph Kearney Foran est né à Aylmer (Outaouais) le 5 septembre 1857, de John Foran et de Catharine F. Kearney. Il obtenu en 1880 un diplôme de droit à l'Université Laval, à Québec, puis, en 1894, un doctorat en littérature à l'Université d'Ottawa. 
  Membre du Barreau en 1881, il fut successivement avocat, journaliste puis fonctionnaire. Entretemps, à partir de 1883, à cause de sa santé précaire, il passa trois années dans les bois du nord. En 1886, il devint secrétaire de l'orateur (président) de la Chambre des Communes. C'est à partir de cette période qu'il commença à écrire des poèmes, essais et divers autres travaux littéraires. 
   Embrassant à partir de 1891 le métier de journaliste, il devint éditeur du journal Montreal True Witness. Conférencier très prisé devant des auditoires tant anglais que français, il donna plus de 2 000 conférences. En 1902, il devint greffier juridique de la Chambre des Communes.
   Influencé par le poète James Donnelly, avec qui il se lia d'amitié durant ses études à l'Université Laval, cet Anglo-Irlandais fut durant toute sa vie un ardent défenseur des droits des Canadiens-français et un fervent admirateur de la langue et de la culture françaises. En 1916, l'Académie française lui fit part de son appréciation pour deux de ses poèmes, intitulés Le dernier regard de Napoléon et L'enterrement de Rouget de Lisle
   Il a publié plusieurs ouvrages de droit et de littérature, dont The spirit of the age, on faith and infidelity (1885) ; An essay on obligations (1886) ; Poems and Canadian Lyrics (1895) ; Jeanne Mance or the Angel of the colony (1931) et deux ouvrages posthumes, A Garland : Lectures and poems (1931) ; Blossoms of the past (1935). Il est également l'auteur d'une nouvelle, Simon the Abenakis.
   Ayant pris sa retraite en 1924 pour des raisons de santé, Joseph Kearney Foran est mort à Ville Mont-Royal le 8 mars 1931. Il avait épousé Louisa Davis à Ottawa, en 1892. 
(Sources : Faculty Marianopolis ; Ancestry.ca ; La Presse, 17 mars 1931 et 25 avril 1931). 


Le poème Au docteur J. K. Foran, ci-haut, est tiré 
du recueil Les aspirations, de William Chapman,
poète né en Beauce que l'on voit sur cette photo.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Joseph Kearney Foran jeune enfant avec sa mère. 

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


C'est durant ses marches fréquentes avec son ami le poète James Donnelly 
sur la terrasse Dufferin, à Québec, durant ses études en droit à l'Université 
Laval à la fin des années 1870, que Joseph Kearney Foran, Anglo-Irlandais 
de naissance, devint un ardent défenseur des droits des Canadiens-français. 
 Foran raconte les circonstances de cette influence dans une conférence qu'il 
donna en 1912 sur l'œuvre littéraire de James Donnelly, mort en 1900, et
qu'il s'attacha à transmettre aux générations futures. Pour prendre 
connaissance du texte de cette conférence, cliquer sur cette image 
de la terrasse Dufferin tel qu'elle paraissait en 1880, époque où 
Foran et Donnelly y déambulaient fréquemment : 

(Source : BANQ)

Dans une entrevue qu'il accorda au journal Le Canada et parue le 27 décembre 1917, 
Joseph Kearney Foran raconte les raisons de son ardente sympathie envers les 
Canadiens-français. Il y évoque notamment l'influence du poète James Donnelly.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Peu après la mort de James Kearney Foran, en 1931, ses proches 
ont publié un recueil de ses principaux écrits et discours, dont
une vigoureuse Défense des Canadiens-français. On peut 
consulter ce texte, préalablement paru dans La Presse 
en 1918, en cliquant sur cette image :



L'attachement de James Kearney Foran pour les 
Canadiens-français, dont il alla jusqu'à promouvoir 
la culture et à faire sienne son histoire, se vérifie 
également dans le discours qu'il donna lors de 
l'inauguration du monument Crémazie, au carré
Saint-Louis à Montréal, le 24 juin 1906. Pour
lire ce discours, cliquer sur cette image du
monument Crémazie : 

(Source : imtl.org)

James Kearney Foran vers 1895. 

(Source : son livre Poems
and Canadian Lyrics
)

James Kearney Foran vers la fin de sa vie active. 

(Source : J. K. Foran, A Garland (recueil posthume), Montréal, 1931)


James Kearney Foran fut un témoin privilégié de la vie sociale, littéraire
et politique canadienne-française de la deuxième moitié du XIXe siècle 
et du début du XXe. Il raconte quelques-unes des scènes dont il fut 
témoin dans un récit que l'on peut consulter en cliquant sur cette
 image tirée du recueil posthume A Garland, paru l'année de sa mort : 


La Presse, 17 mars 1931.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


La Presse. 25 avril 1931.

(Source : BANQ)

James Kearney Foran repose au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. 
Sur la première photo, son monument funéraire tel qu'il paraissait en 1931, peu
après son inhumation. Sur l'autre photo tel qu'il paraît de nos jours.

(Sources : première photo, J. K. Foran, A Garland (recueil posthume), 1931 ; 
deuxième photo : Find-A-Grave)


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samedi 24 octobre 2020

Pages de vie ― L'épreuve

Casimir Hébert (1879-1951)

(Source : La Presse, 19 novembre 1951)




   De mon patron c'était la fête. Par les rues
   De Montréal j'errais en quête d'un emploi
   Et, après les avoir longtemps parcourues,
   Personne qui m'eût dit : « J'aurais besoin de toi ».
 
   Depuis un an bientôt, je m'éreinte à ces courses : 
   Tous les soirs, je reviens harassé, fatigué.
   J'ai depuis de longs mois épuisé mes ressources : 
   Quand les mioches ont faim, quel père serait gai !

   Je retournais le cœur gonflé prêt à se fendre,
   Et de mes yeux roulaient de gros pleurs mal cachés.
   Des passants, de pitié ne se pouvant défendre,
   Promenaient leurs regards sur ma peine attachés.
   C'est qu'ils avaient lu, là, dans mon œil, quelque chose : 
   L'existence de jours meilleurs qui ne sont plus. 

   Je revis mon enfance où je cueillais la rose
   Et décrochais les nids des sommets vermoulus.
   Je ne soupçonnais pas non plus la vie amère,
   En ces jours que jamais je ne puis oublier,
   Lorsqu'au retour joyeux de vacances, ma mère
   Posait une couronne à mon front d'écolier. 

   Je vis encore ces jours heureux du monastère,
   Où quatre ans m'ont paru quatre mois des plus courts ;
   L'étranger et l'ami me saluaient leur frère
   Et l'acte n'a jamais démenti leurs discours.

   Sans souci, comme sans la moindre inquiétude,
   Mes heures s'écoulaient doucement en ce lieu
   Et, tout en me livrant au plaisir de l'étude, 
   Je me disais : « Ici, c'est la maison de Dieu ». 

   Souvent, j'ai souhaité cette faveur insigne
   De vivre et de mourir en ce béni séjour ; 
   Mais (c'est votre secret, mon Dieu), j'étais indigne
   D'obtenir ce nouvel effet de votre amour. 

   Adieu, frères aimés, solitude chérie,
   Agapes où l'amour fraternel m'inspirait
   Des vers et des chansons. Adieu, villa fleurie
   Où dans tes pampres verts le pinson murmurait. 
   Adieu, cloître si doux dont j'ai connu les charmes : 
   Nouveau Vulcain, je suis tombé du paradis. 

   Et j'avançais toujours, laissant couler mes larmes
   Et se traîner mes pieds par la marche raidis. 

                        Casimir Hébert* (15 octobre 1915)



Tiré de : Revue Le Pays laurentien, janvier 1916, p. 8-9. Le poème y est paru sous la signature de « Pierre Héribert », nom de plume de Casimir Hébert. 

* Casimir Hébert est né à Saint-Michel-Archange le 12 janvier 1879, de Pierre Hébert, cultivateur, et d'Élisabeth Pion dit Lafontaine. Devenu très jeune orphelin de père, il fit ses études au Collège de Saint-Rémi-de-Napierville puis au Collège Sainte-Marie de Montréal. 
  D'abord commis à la librairie Cadieux & Derome, rue Notre-Dame, à Montréal. Pendant dix-sept ans, il dirigea une école privée, en plus d'avoir été enseignant au Catholic High School, à Montréal. Il devint ensuite professeur de latin au collège du Mont-Saint-Louis, puis fut titulaire durant vingt ans des cours d'ethnographie montréalaise à l'École de tourisme de l'Université de Montréal, tout en enseignant, pendant seize ans, aux cours publics du soir de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Il fut également professeur de français à l'Association des Credit's Men de Montréal.
   Helléniste et latiniste que d'aucuns qualifiaient de « remarquable », parlant couramment treize langues vivantes, et en connaissant une trentaine, il fonda la Société linguistique du Canada. Il fut créé chevalier du Bon parler français. En 1910, il devint membre de la Société historique de Montréal. 
   De 1916 à 1919, il fut consul honoraire du Pérou à Montréal. En 1938-39, il travailla comme publiciste au ministère de la Colonisation du Québec. 
   Fondateur du Magazine canadien en 1909, puis de la revue Le Pays laurentien en 1916, il collabora à plusieurs journaux et périodiques, dont entre autres Le Semeur, Le Nationaliste, La Revue nationale, Le Forestier catholique
   Il a produit une œuvre poétique volumineuse, mais dont la plus large partie est restée inédite, n'ayant publié que quelques poèmes dans les journaux sous son nom de plume de « Pierre Héribert » ou sous son nom véritable. Deux poèmes de lui sont inclus dans l'anthologie Quinze ans de poésie française à travers le monde, de J. L. L. d'Artrey, publiée en 1927 à Paris. En 1945, il publia La fête éternelle, un recueil de poésies spirituelles. Il a également publié des fables dans les principaux organes littéraires du Québec de l'époque.
  Il s'est également consacré à rassembler les poésies dispersées dans divers journaux et périodiques, de certains poètes alors disparus, dont Joseph Lenoir et Arthur de Bussières, dont il publia des anthologies. Il ne put toutefois mener à terme son projet de publier les poésies d'Ernest Martel. Dans son Anthologie des poètes canadiens, parue en 1920, Jules Fournier dit de Casimir Hébert : « Il a lui-même commis une œuvre poétique assez considérable, qui verra sans doute le jour quand il aura fini de travailler pour les autres ».
   Généalogiste passionné, il fut membre fondateur, puis durant plusieurs années le secrétaire, de la Société de généalogie canadienne-française. Bibliophile chevronné, il consacra les dernières années de sa vie à partager ses connaissances au bénéfice de nombreux chercheurs et lecteurs à la Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis à Montréal. 
   Casimir Hébert est mort à Montréal le 17 novembre 1951. Il avait épousé Marie-Louise Favreau à Montréal, le 10 février 1904. 
(Sources : Préface à Charles Thibault : Discours choisis, Montréal, Éditions Édouard Garand, 1931, p. 6-13 ; Jules Fournier, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, 1920, p. 224-225 ; J. L. L. d'Artrey, Quinze ans de poésie française à travers le monde, Paris, La France Universelle, 1927, p. 146-150 ; La Presse, 19 novembre 1951 ; Le Devoir, 19 novembre 1951). 

Généalogiste chevronné, Casimir Hébert a publié des ouvrages sur les familles suivantes (cliquer sur les noms pour consulter ces ouvrages) : 


Casimir Hébert, à gauche, le 6 mai 1943 à la Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis
à Montréal, avec les écrivains Philippe La Ferrière et Gérard Malchelosse

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème L'épreuve, ci-haut, est paru dans
le premier numéro (janvier 1916) de la revue
 Le Pays laurentien, dont Casimir Hébert 
est le fondateur. 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Casimir Hébert a très peu publié de ses propres poésies. Son seul 
recueil connu est La fête éternelle, paru en 1945. Deux de ses 
poèmes ont été choisis pour faire partie de l'anthologie Quinze
ans de poésie française à travers le monde
, parue à Paris en 1927.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

S'il n'a pas publié beaucoup de ses propres œuvres, Casimir Hébert s'est dédié à la 
publication d'œuvres poétiques et littéraires d'auteurs disparus qui, sans son concours,
auraient très probablement été oubliés à jamais. C'est ainsi qu'il a fait publier les œuvres
des poètes Joseph Lenoir et Arthur de Bussières, de même que les discours de Charles
Thibault
, qui était l'un des orateurs les plus remarquables de son temps.

On peut télécharger gratuitement ces trois ouvrages. Pour celui de Joseph Lenoir,
cliquer ICI, celui d'Arthur de Bussières ICI et celui de Charles Thibault ICI.

Durant les dernières années de sa vie, Casimir Hébert est devenu une figure familière
de la Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis à Montréal, où les lecteurs et les 
chercheurs pouvaient bénéficier de ses vastes connaissances et de ses conseils. 

(Source : Wikipedia)

La Presse, 19 novembre 1951.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Canada, 19 novembre 1951.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 21 novembre 1951.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 19 novembre 1951.

(Source : BANQ ; cliquer 
sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 11 décembre 1951.

(Source : BANQ)


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jeudi 22 octobre 2020

L'épée de Lévis

Le général François Gaston, duc de Lévis encourageant ses troupes.

(Source : Wikipedia)




   Toi qu'au champ de l'honneur un héros conduisait,
   Toi qui donnais la mort par son bras redoutable,
   Toi par qui dans la plaine un jour le sang coulait
   Pour servir d'un héros la revanche implacable, 
   Que ta lame était belle au milieu du combat
   Quand Lévis te plongeait dans le cœur du soldat !

   Sur ce sol arrosé du sang de la victoire,
   Jamais tu ne connus la honte des revers ;
   Ta lame étincelant dans un cercle de gloire
   Éblouissait l'Anglais de rapides éclairs. 
   Oui, ton éclat fut grand au sein de la bataille
   Quand Lévis te guida, bravant fer et mitraille !

   Tu repoussas le joug que l'altière Albion
   Voulait faire peser sur nos faibles épaules ;
   Fière, tu répondis à son cruel affront
   Par de terribles coups, de sanglantes paroles.
   Ton fer brillait toujours au milieu du combat,
   Et Lévis le plongeait dans le cœur du soldat !

   Solide était ta lame en sa main invincible : 
   L'ennemi par ton choc mordait le sol sanglant ;
   Tu faisais tout ployer sous ta force terrible,
   Et par toi le Français revenait triomphant.
   Car Lévis te guidait au sein de la bataille,
   Frappant, détruisant tout, bravant fer et mitraille !

   Hélas ! Un jour de deuil vit ton éclat pâlir
   Et le nombre ravir la victoire au courage. 
   La France sans pitié laissa l'enfant périr,
   Et Lévis te brisa dans un sanglot de rage.
   Ta gloire était finie ; au milieu du combat
   On ne reverrait plus l'arme du grand soldat. 

                               Emery Desroches (1897)



Tiré de : Le Monde illustré, Montréal, 13 novembre 1897. 

Pour en savoir plus sur le général François Gaston de Lévis, cliquer ICI.  

Pour en savoir plus sur Emery Desroches, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Souvenir d'enfance.   

D'Emery Desroches, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté Pluie d'hiver et L'Amour et l'Innocence

Voyez le témoignage du poète Louis-Joseph Doucet en cliquant sur cette photo de son ami Emery Desroches, mort à l'âge de 26 ans en 1905 : 


Le général de Lévis brisant sa légendaire épée et faisant brûler les drapeaux
régimentaires de la France pour ne pas qu'ils soient remis aux Anglais
lors de la capitulation de Montréal le lendemain, 8 septembre 1760. 

Œuvre de Joseph-Charles Franchère, dans Fleur de Lys, troisième concours 
littéraire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1918.


Emery Desroches est l'un des 100 poètes présentés dans 
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Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

lundi 19 octobre 2020

Fleur d'automne

Louvigny de Montigny (1876-1955)

(Source : BANQ)




   Au jardin j'ai cherché des fleurs pures, des roses ;
   L'automne qui revient fait les jardins moroses.
   Je voulais des blancheurs pour ceindre votre front,
   Les lis que j'ai trouvés vous auraient fait affront.

   Ils étaient morts. Octobre ensevelit la terre,
   De pétales meurtris il jonche le parterre.
   Disparus les oiseaux, les plantes, les parfums ;
   La pluie a fossoyé leurs places aux défunts. 

   L'automne qui revient fait les jardins moroses ;
   Pour orner votre front je n'ai pas vu de roses.
   Or, j'ai formé, madame, un bouquet de mes vers ;
   Mes vers sont aussi froids que des mousses d'hivers. 
   Tout l'été les regrets ont neigé sur mes roses : 
   L'automne a trouvé mes jardins déjà moroses...

   Une fleur vit encor, celle du Souvenir,
   Je vous l'offre avant que le froid l'ait fait jaunir ;
   Si vous la trouvez pâle et d'un pleur profanée,
   C'est que mon âme est triste aussi, presque fanée...

                          Louvigny de Montigny* (1898)



Tiré de : Le Monde illustré, Montréal, 15 octobre 1898.

*  Louvigny de Montigny est né à Saint-Jérôme le 1er décembre 1876, de Benjamin-Antoine Testard de Montigny, journaliste puis juge, et de Marie-Louise Hétu. Il fit ses études classiques au Collège Sainte-Marie de Montréal puis fréquenta la faculté de droit de l'Université Laval à Montréal.
   En 1895, âgé de 19 ans, il participa à la fondation de l'École littéraire de Montréal, dont il fut le premier secrétaire-archiviste. Il publia à cette période des articles et poèmes dans divers journaux, dont Le Monde illustré et Le Samedi
   En 1899, il participa à la fondation du journal hebdomadaire Les Débats, dont il fut le rédacteur et dont la devise était : «Ni vendu ni à vendre à aucune faction politique». Il fut également rédacteur de la Gazette municipale
   En 1910, il devint traducteur au Sénat du Canada, poste qu'il occupa jusqu'à la fin de sa vie. 
  Membre de la Société des écrivains canadiens, dont il fut vice-président quelques années, et officier de l'Instruction publique, il reçut en 1925 le titre de chevalier de la Légion d'honneur
  Jusqu'à la fin de sa vie, il collabora à divers journaux et périodiques, dont La PatrieLa Presse et Le Canada. Un nom de plume lui est associé, «Carolus Glatigny». 
   Il découvrit en 1914, paraissant en feuilleton dans le journal parisien Le Temps, le roman Maria Chapdelaine, de Louis Hémon, mort l'année précédente. Il en fit éditer à Montréal, en 1916, la première version sous forme de livre. Il fit ainsi connaître au public cette œuvre qu'il présenta comme un parfait exemple d'un roman de la terre. En 1937, il publiera sur ce sujet La revanche de Maria Chapdelaine, dans lequel il raconte l'histoire de la découverte puis de l'immense succès que remporta ce roman. Cet ouvrage fut couronné par l'Académie française.
  En 1916 également, il publia un essai, La langue française au Canada, son état actuel, qui secoua quelques vagues et lui valut notamment une polémique avec le journaliste Jules Fournier
   En 1925, il publia un ouvrage sur la vie et l'œuvre d'Antoine Gérin-Lajoie
   Son recueil de contes, Au pays de Québec, paru en 1945, fut lui aussi couronné par l'Académie française. 
   Il est l'auteur de pièces de théâtre, dont Je vous aime (1903) ; Le bouquet de Mélusine (1928) ; Les boules de neige (1935) ; L'épi rouge et autres scènes du pays de Québec (1953). 
   Il publia également un ouvrage satirique, Écrasons le perroquet ! (1948), dans lequel il déplore l'usage incorrect de la langue française. 
  Enfin, il supervisa la réédition, en 1951, d'Étoffe du pays, ajoutée d'autres écrits de son frère Gaston de Montigny (1870-1914).
   Outre la qualité de la langue française, l'un des grands combats de sa vie fut la reconnaissance du droit d'auteur.
   Louvigny de Montigny est mort à Ottawa le 20 mai 1955. Il avait épousé, le 24 mai 1904 à Montréal, Antoinette Helbronner, sœur de l'architecte et poète Michel Helbronner.  
(Sources : Marie-Pier Luneau, Louvigny de Montigny : à la défense des auteurs, Montréal, Leméac, 2011 ; Jean Charbonneau, L'École littéraire de Montréal, ses origines, ses animateurs, ses influences, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1935, p. 32-33 ; Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, Fides, 1989, p. 1000 ; Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, Fides, 1981, p. 621-622 ; Ancestry.ca).


« La mansarde »
   
   Dans son livre L'École littéraire de Montréal, paru en 1935, Jean Charbonneau, l'un des fondateurs de l'École, raconte que les réunions de celle-ci, à l'époque de ses débuts, avaient lieu dans les combles de la résidence de la famille de Louvigny de Montigny, située sur ce qui de nos jours s'appelle la Terrasse Saint-Denis, anciennement nommée la Montée du Zouave, qui est située juste au sud de la rue Sherbrooke, côté ouest : 

« Nous appelions "mansarde" la chambre de notre camarade Louvigny de Montigny. Elle était située au quatrième étage de la résidence du chevalier B. A. T. de Montigny [père de Louvigny], sur l'ancienne Montée du Zouave, à l'ouest de la rue Saint-Denis. C'est là que nous eûmes nos premières réunions, celles que nous pouvons compter comme importantes à l'époque de la fondation de l'École.
   Cette mansarde s'étendait tout le long des combles flanqués de fenêtres étroites où, le jour, nous recevions une lumière indécise et d'où, le soir, nous arrivaient quelques pâles rayons de lune. Dans cet ancien grenier, transformé en cabinet d'étude assez confortable, mais sans luxe, nous ressemblions à ces anachorètes exilés du monde extérieur, sortes de contemplateurs reclus au sommet d'un mont.
   Notre bibliothèque se composait de quelques bouquins préférés acquis au prix de nombreux sacrifices. Guy de Maupassant côtoyait Alphonse Daudet et Flaubert, Bourget, Balzac, Baudelaire, Leconte de l'Isle, Verlaine et Victor Hugo, le dieu, y trônaient solennellement. 
   À ces réunions on remarquait, une fois la semaine, les mêmes figures, et habituellement s'y retrouvaient Germain Beaulieu, Jean Charbonneau, Louvigny de Montigny, Paul de Martigny, Jean-Marie Melançon, Henry Desjardins, Georges-A. Dumont, Albert Ferland, E.-Z. Massicotte et quelques autres. 
  Malgré l'œil vigilant du chevalier de Montigny, par certains soirs, nous hissions clandestinement jusqu'à une des étroites fenêtres, et au moyen d'une longue corde, un panier rempli de bouteilles de bière blonde achetée chez l'épicier du coin, notre complice. Puis, avec solennité, assis en tailleurs autour de la grande chambre, chacun des convives muni d'un de ces récipients sommaires, en absorbait le contenu au moyen d'un chalumeau de paille. Semblables à ces fumeurs orientaux silencieusement inclinés devant un narghileh, nous laissons vagabonder nos esprits, nous exposant les derniers produits de nos rêves embellis d'un optimisme qui rassérène l'âme. 
   "Et ceci se passait dans des temps très anciens". »
 
Extrait de Jean Charbonneau, L'École littéraire de Montréal, ses origines, ses animateurs, ses influences, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1935, p. 32-33. 

La Terrasse Saint-Denis, à Montréal, anciennement nommée la Montée
du Zouave, où se trouvait la résidence de la famille de Louvigny de
Montigny, et aux combles de laquelle avaient lieu les réunions de l'École
 littéraire de Montréal à l'époque de ses débuts. C'est le père de Louvigny,
Jean-Baptiste Testard de Montigny, qui avait fait nommer ce cul-de-sac
pour commémorer les zouaves pontificaux, dont lui-même avait fait partie.

(Source : Google Maps ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cet entrefilet dans La Presse du 20 février 1894
présente les conditions dans lesquelles fut
baptisée la Montée du Zouave par le père 
de Louvigny de Montigny.

(Source : BANQ)

Louvigny de Montigny, vers 1903. 

(Source : BANQ)

Louvigny de Montigny est celui qui a fait connaître le roman Maria Chapdelaine, de Louis Hémon,
et qui a œuvré pour en assurer la grande notoriété. En 1937, il publia un ouvrage qui raconte les 
circonstances de la découverte de cette oeuvre littéraire et de la renommée qu'elle connut tant
au Canada français qu'en Europe. On voit ci-haut la dédicace manuscrite d'un exemplaire de
ce livre au sénateur Charles Bourgeois, originaire de Trois-Rivières.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

On peut lire dans la biographie de Louvigny de Montigny écrite par Marie-Pier Luneau (voir
ci-dessous) : « Au collège Sainte-Marie, Montigny fait la connaissance d'Albert Laberge, qui
y étudie de 1888 à 1892 : il se lie dès lors d'amitié avec le futur auteur de La Scouine ». 

Dans cette dédicace manuscrite de son recueil de contes paru en 1945, Louvigny
de Montigny s'adresse en ces termes à son ami Albert Laberge : « À mon cher
vieux camarade Albert Laberge, qui excelle à montrer l'amertume de la vie, et
qui sait pourtant jouir en toute sagesse des douceurs qu'elle procure aussi,
amical hommage. Louvigny de Montigny, Ottawa, 14 février 1945 ». 

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)
 

Biographie de Louvigny de Montigny 
par Marie-Pier Luneau. Paru en 2011,
l'ouvrage est encore disponible sur
commande dans toute bonne librairie.
Informations cliquer ICI.

Buste de Louvigny de Montigny 
par Alfred Laliberté

(Source : Mutual Art ;
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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