lundi 19 octobre 2020

Fleur d'automne

Louvigny de Montigny (1876-1955)

(Source : BANQ)




   Au jardin j'ai cherché des fleurs pures, des roses ;
   L'automne qui revient fait les jardins moroses.
   Je voulais des blancheurs pour ceindre votre front,
   Les lis que j'ai trouvés vous auraient fait affront.

   Ils étaient morts. Octobre ensevelit la terre,
   De pétales meurtris il jonche le parterre.
   Disparus les oiseaux, les plantes, les parfums ;
   La pluie a fossoyé leurs places aux défunts. 

   L'automne qui revient fait les jardins moroses ;
   Pour orner votre front je n'ai pas vu de roses.
   Or, j'ai formé, madame, un bouquet de mes vers ;
   Mes vers sont aussi froids que des mousses d'hivers. 
   Tout l'été les regrets ont neigé sur mes roses : 
   L'automne a trouvé mes jardins déjà moroses...

   Une fleur vit encor, celle du Souvenir,
   Je vous l'offre avant que le froid l'ait fait jaunir ;
   Si vous la trouvez pâle et d'un pleur profanée,
   C'est que mon âme est triste aussi, presque fanée...

                          Louvigny de Montigny* (1898)



Tiré de : Le Monde illustré, Montréal, 15 octobre 1898.

*  Louvigny de Montigny est né à Saint-Jérôme le 1er décembre 1876, de Benjamin-Antoine Testard de Montigny, journaliste puis juge, et de Marie-Louise Hétu. Il fit ses études classiques au Collège Sainte-Marie de Montréal puis fréquenta la faculté de droit de l'Université Laval à Montréal.
   En 1895, âgé de 19 ans, il participa à la fondation de l'École littéraire de Montréal, dont il fut le premier secrétaire-archiviste. Il publia à cette période des articles et poèmes dans divers journaux, dont Le Monde illustré et Le Samedi
   En 1899, il participa à la fondation du journal hebdomadaire Les Débats, dont il fut le rédacteur et dont la devise était : «Ni vendu ni à vendre à aucune faction politique». Il fut également rédacteur de la Gazette municipale
   En 1910, il devint traducteur au Sénat du Canada, poste qu'il occupa jusqu'à la fin de sa vie. 
  Membre de la Société des écrivains canadiens, dont il fut vice-président quelques années, et officier de l'Instruction publique, il reçut en 1925 le titre de chevalier de la Légion d'honneur
  Jusqu'à la fin de sa vie, il collabora à divers journaux et périodiques, dont La PatrieLa Presse et Le Canada. Un nom de plume lui est associé, «Carolus Glatigny». 
   Il découvrit en 1914, paraissant en feuilleton dans le journal parisien Le Temps, le roman Maria Chapdelaine, de Louis Hémon, mort l'année précédente. Il en fit éditer à Montréal, en 1916, la première version sous forme de livre. Il fit ainsi connaître au public cette œuvre qu'il présenta comme un parfait exemple d'un roman de la terre. En 1937, il publiera sur ce sujet La revanche de Maria Chapdelaine, dans lequel il raconte l'histoire de la découverte puis de l'immense succès que remporta ce roman. Cet ouvrage fut couronné par l'Académie française.
  En 1916 également, il publia un essai, La langue française au Canada, son état actuel, qui secoua quelques vagues et lui valut notamment une polémique avec le journaliste Jules Fournier
   En 1925, il publia un ouvrage sur la vie et l'œuvre d'Antoine Gérin-Lajoie
   Son recueil de contes, Au pays de Québec, paru en 1945, fut lui aussi couronné par l'Académie française. 
   Il est l'auteur de pièces de théâtre, dont Je vous aime (1903) ; Le bouquet de Mélusine (1928) ; Les boules de neige (1935) ; L'épi rouge et autres scènes du pays de Québec (1953). 
   Il publia également un ouvrage satirique, Écrasons le perroquet ! (1948), dans lequel il déplore l'usage incorrect de la langue française. 
  Enfin, il supervisa la réédition, en 1951, d'Étoffe du pays, ajoutée d'autres écrits de son frère Gaston de Montigny (1870-1914).
   Outre la qualité de la langue française, l'un des grands combats de sa vie fut la reconnaissance du droit d'auteur.
   Louvigny de Montigny est mort à Ottawa le 20 mai 1955. Il avait épousé, le 24 mai 1904 à Montréal, Antoinette Helbronner, sœur de l'architecte et poète Michel Helbronner.  
(Sources : Marie-Pier Luneau, Louvigny de Montigny : à la défense des auteurs, Montréal, Leméac, 2011 ; Jean Charbonneau, L'École littéraire de Montréal, ses origines, ses animateurs, ses influences, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1935, p. 32-33 ; Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, Fides, 1989, p. 1000 ; Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, p. 621-622 ; Montréal, Fides, 1981, p.  Ancestry.ca).


« La mansarde »
   
   Dans son livre L'École littéraire de Montréal, paru en 1935, Jean Charbonneau, l'un des fondateurs de l'École, raconte que les réunions de celle-ci, à l'époque de ses débuts, avaient lieu dans les combles de la résidence de la famille de Louvigny de Montigny, située sur ce qui de nos jours s'appelle la Terrasse Saint-Denis, anciennement nommée la Montée du Zouave, qui est située juste au sud de la rue Sherbrooke, côté ouest : 

« Nous appelions "mansarde" la chambre de notre camarade Louvigny de Montigny. Elle était située au quatrième étage de la résidence du chevalier B. A. T. de Montigny [père de Louvigny], sur l'ancienne Montée du Zouave, à l'ouest de la rue Saint-Denis. C'est là que nous eûmes nos premières réunions, celles que nous pouvons compter comme importantes à l'époque de la fondation de l'École.
   Cette mansarde s'étendait tout le long des combles flanqués de fenêtres étroites où, le jour, nous recevions une lumière indécise et d'où, le soir, nous arrivaient quelques pâles rayons de lune. Dans cet ancien grenier, transformé en cabinet d'étude assez confortable, mais sans luxe, nous ressemblions à ces anachorètes exilés du monde extérieur, sortes de contemplateurs reclus au sommet d'un mont.
   Notre bibliothèque se composait de quelques bouquins préférés acquis au prix de nombreux sacrifices. Guy de Maupassant côtoyait Alphonse Daudet et Flaubert, Bourget, Balzac, Baudelaire, Leconte de l'Isle, Verlaine et Victor Hugo, le dieu, y trônaient solennellement. 
   À ces réunions on remarquait, une fois la semaine, les mêmes figures, et habituellement s'y retrouvaient Germain Beaulieu, Jean Charbonneau, Louvigny de Montigny, Paul de Martigny, Jean-Marie Melançon, Henry Desjardins, Georges-A. Dumont, Albert Ferland, E.-Z. Massicotte et quelques autres. 
  Malgré l'œil vigilant du chevalier de Montigny, par certains soirs, nous hissions clandestinement jusqu'à une des étroites fenêtres, et au moyen d'une longue corde, un panier rempli de bouteilles de bière blonde achetée chez l'épicier du coin, notre complice. Puis, avec solennité, assis en tailleurs autour de la grande chambre, chacun des convives muni d'un de ces récipients sommaires, en absorbait le contenu au moyen d'un chalumeau de paille. Semblables à ces fumeurs orientaux silencieusement inclinés devant un narghileh, nous laissons vagabonder nos esprits, nous exposant les derniers produits de nos rêves embellis d'un optimisme qui rassérène l'âme. 
   "Et ceci se passait dans des temps très anciens". »
 
Extrait de Jean Charbonneau, L'École littéraire de Montréal, ses origines, ses animateurs, ses influences, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1935, p. 32-33. 

La Terrasse Saint-Denis, à Montréal, anciennement nommée la Montée
du Zouave, où se trouvait la résidence de la famille de Louvigny de
Montigny, et aux combles de laquelle avaient lieu les réunions de l'École
 littéraire de Montréal à l'époque de ses débuts. C'est le père de Louvigny,
Jean-Baptiste Testard de Montigny, qui avait fait nommer ce cul-de-sac
pour commémorer les zouaves pontificaux, dont lui-même avait fait partie.

(Source : Google Maps ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cet entrefilet dans La Presse du 20 février 1894
présente les conditions dans lesquelles fut
baptisée la Montée du Zouave par le père 
de Louvigny de Montigny.

(Source : BANQ)

Louvigny de Montigny, vers 1903. 

(Source : BANQ)

Louvigny de Montigny est celui qui a fait connaître le roman Maria Chapdelaine, de Louis Hémon,
et qui a œuvré pour en assurer la grande notoriété. En 1937, il publia un ouvrage qui raconte les 
circonstances de la découverte de cette oeuvre littéraire et de la renommée qu'elle connut tant
au Canada français qu'en Europe. On voit ci-haut la dédicace manuscrite d'un exemplaire de
ce livre au sénateur Charles Bourgeois, originaire de Trois-Rivières.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

On peut lire dans la biographie de Louvigny de Montigny écrite par Marie-Pier Luneau (voir
ci-dessous) : « Au collège Sainte-Marie, Montigny fait la connaissance d'Albert Laberge, qui
y étudie de 1888 à 1892 : il se lie dès lors d'amitié avec le futur auteur de La Scouine ». 

Dans cette dédicace manuscrite de son recueil de contes paru en 1945, Louvigny
de Montigny s'adresse en ces termes à son ami Albert Laberge : « À mon cher
vieux camarade Albert Laberge, qui excelle à montrer l'amertume de la vie, et
qui sait pourtant jouir en toute sagesse des douceurs qu'elle procure aussi,
amical hommage. Louvigny de Montigny, Ottawa, 14 février 1945 ». 

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)
 

Biographie de Louvigny de Montigny 
par Marie-Pier Luneau. Paru en 2011,
l'ouvrage est encore disponible sur
commande dans toute bonne librairie.
Informations cliquer ICI.

Buste de Louvigny de Montigny 
par Alfred Laliberté

(Source : Mutual Art ;
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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