dimanche 8 mars 2020

Nocturne

Michel Helbronner (1876-1934)
(Nom de plume : « Jacques Savane »)

(Source : La Presse, 14 novembre 1906)




   La lune, gravement, majestueuse et lente
   Dans la tiédeur du soir, monte de l'horizon
   Adoucir l'azuré du céleste blason
   Sablé de diamants ― légende étincelante. 

   De l'infini descend, vers la terre brûlante,
   Le mystique parfum et l'étrange frisson
   Des astres qui, là-haut, ébauchent la chanson
   De l'éternel amour à la brise troublante. 

   Et de leurs bras géants, les arbres enlacés, 
   Comme des corps étreints longuement embrassés,
   Soupirent des aveux aux étoiles rêveuses.

   Les feuilles vers l'azur chuchotent des serments,
   Pareils à des baisers de lèvres amoureuses
   Que se donnent, la nuit, d'invisibles amants. 

                           Michel Helbronner* (1910)



Tiré de : Le Nationaliste, 8 mai 1910 ; ce sonnet, signé sous le nom de plume de « Jacques Savane », a valu à l'auteur d'obtenir le titre de lauréat au concours de 1910 de la « Muse de Nadaud », à Roubaix (France). 

*  Pierre-Michel Helbronner est né à Montréal le 22 octobre 1876, de Jules Helbronner, journaliste et militant ouvrier, et d'Eugénie Meusnier. Ses parents étaient d'origine française, son père étant juif et sa mère catholique. Lui-même a été éduqué dans la foi catholique dans laquelle il passa sa vie et qu'il transmit à sa fille unique.
   Après des études au Grammar School, puis un stage d'architecture à Londres et des études à l'université McGill, il entreprit d'autres stages dans les ateliers du peintre Edmond Dyonnet et du sculpteur Louis-Philippe Hébert. En 1898, il fut admis au sein de l'Association des architectes de la province de Québec. En 1908, il fut l'un des fondateurs de l'Institut royal d'architecture du Canada et devint membre titulaire de la Société des architectes de France. En 1911, il se fit attribuer une licence en architecture du Royal Indies. En 1921, il devint membre de l'Institut d'ingénierie du Canada et du British Architects Institute.
   Entré en 1899 au cabinet d'architectes et ingénieurs civils T. Pringle & Sons, à Montréal, il devint en 1907 associé de cette compagnie. Durant sa carrière d'architecte et d'ingénieur, il dirigea une grande partie des plus importantes constructions industrielles du pays qui furent confiées à sa société. 
  À partir de 1904, sous le pseudonyme de « Jacques Savane », il publia des poésies dans divers journaux et périodiques québécois, dont La Presse ; La Patrie ; Le Nationaliste ; Le Passe-Temps ; L'Album musicalL'Avenir du Nord (Saint-Jérôme) ; Le Nouvelliste (Trois-Rivières) ; Le Clairon (Saint-Hyacinthe) ; Le Semeur, Le Pays ; La Revue Moderne, etc. En France, il collabora à la Revue du Languedoc et aux Annales politiques et littéraires de Paris. Ses nombreux poèmes ne furent toutefois jamais publiés en recueil. 
   Dès 1906, ses poèmes lui valurent une mention aux Annales de Paris puis il y obtint l'année suivante un premier prix. Il fut également lauréat de la Muse de Nadaud, à Roubaix (France) pour les années 1907-1908 et 1909-1910. En 1908, le gouvernement de France lui attribua le titre d'officier d'Académie pour sa contribution à la culture française. De nombreux autres prix littéraires lui furent attribués, dont celui du Caveau Stéphanois (Saint-Étienne, France, 1911), de nouveau la Muse de Nadaud (1911), l'Académie des Jeux floraux du Languedoc (1912), le concours Gallia (1912), etc. 
   Détail piquant à relever : il publia durant trois ans des poèmes dans La Presse, dont son père était le rédacteur en chef et qui n'avait alors jamais soupçonné la véritable identité de « Jacques Savane ». 
   De 1914 à 1919, il s'enrôla dans l'armée française et combattit sur le front européen tout au long de la première guerre mondiale. Plusieurs fois blessé, il fut cité à l'ordre du jour par l'armée britannique. D'abord engagé dans un régiment d'infanterie, il fut directeur de travaux militaires à Rouen, puis, en 1915, il fut nommé interprète technique pour l'anglais à l'état-major du génie britannique, au Havre. En 1916 et 1917, il fut interprète de liaison auprès de la 46e division britannique et participa à tous les combats dans les secteurs de la Somme, d'Arras et de Lens
   De juin 1917 à l'Armistice du 11 novembre 1918, il fut interprète attaché à l'état-major du maréchal Douglas Haig, auprès de qui il fut chargé de toutes les traductions techniques et participa à des conférences interalliées. 
   Il rédigea durant la guerre plusieurs documents techniques, dont un dictionnaire technique bilingue qui, sur recommandation de la mission militaire française attachée à l'armée anglaise, fut accepté par le ministère britannique de la Guerre. 
   De retour à Montréal en 1919, il reprit ses activités d'ingénieur-architecte et ses engagements auprès de diverses sociétés culturelles et philanthropiques, dont la Société de secours mutuels des Français de Montréal ; l'Union nationale française dont il fut vice-président ; l'Association des vétérans des armées de terre et de mer et de la Grande guerre ; la Société d'Alsace-Lorraine ; l'Association du Sphinx (union des anciens interprètes et agents de liaison militaire français attachées aux armées britanniques et américaines) ; la Great War Veteran Association (section Ville-Marie) ; l'Union philatélique de Montréal, etc. 
   Michel Helbronner est mort à Montréal le 23 janvier 1934. Il avait épousé Marie Aline LaRue le 31 janvier 1905, à Ottawa. 
(Sources : Biographies canadiennes-françaises, édition 1925, p. 326 ; Jules Fournier, Anthologie des poètes canadiens-français, Montréal, 1920, p. 192 ; La Presse, 23 janvier 1934 ; Biographical Dictionary of Architects in CanadaAncestry.ca).



Michel Helbronner a dû être intellectuellement
très précoce : âgé d'à peine 16 ans, il était admis
aux études d'architecture, et ce, en obtenant la 

première place du concours, comme le mentionne
cet entrefilet paru dans l'édition du 4 août 1893
du journal Le Prix courant.

(Source : BANQ)

Comme le souligna La Presse du 14 novembre
1906, Michel Helbronner se vit attribuer un prix
par les Annales politiques et littéraires de Paris.
Le journal montréalais publia à cette occasion le
poème qui mérita ce prix à Helbronner, dont le titre
est Mariage d'oiseaux et que l'on peut lire ICI.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans La Presse du 14 novembre 1906, le critique littéraire Henry Roullaud, sous le pseudonyme de
Laurent Bart, signa cet article en hommage au talent poétique de Michel Helbronner, alors que ce
dernier devenait lauréat des Annales politiques et littéraires de Paris.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Colette Lesage, chroniqueuse et l'une
des premières femmes journalistes
au Québec, souligna également le
succès littéraire de Michel Helbronner
dans La Presse du 17 novembre 1906.
(Source : BANQ ; cliquer
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Le 11 novembre 1906, le journal Le Nationaliste 
s'est lui aussi réjoui du succès littéraire parisien 
de son collaborateur Michel Helbronner.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le 18 juin 1907, le journal Le Canada souligna l'attribution à
Michel Helbronner et à Albert Lozeau d'un prix des Annales
politiques et littéraires de Paris. Pour Helbronner, il s'agissait
de la deuxième fois où il se vit couronner par cette société.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Presse du 7 mai 1908 souligna la remise à Michel Helbronner
du diplôme d'officier de l'Académie française.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Le 31 janvier 1905, Michel Helbronner a épousé
à Ottawa Marie Aline Larue. Comme on le voit
dans l'article de La Presse paru le même jour, le
mariage a été célébré par l'archevêque d'Ottawa,
Mgr J.-Thomas Duhamel, dans sa chapelle privée.

Malheureusement, le mariage ne dura que quelques
années, Helbronner ayant perdu son épouse alors
qu'elle était âgée de vingt-sept ans, comme l'indique
l'annonce parue dans La Presse le 22 février 1910.
Une fille, alors âgée de trois ans, était issue de ce
mariage.

La Presse du 7 mai 1910 ne manqua pas de
souligner l'attribution à Michel Helbronner
l'attribution d'un autre prix littéraire en
France, celui de la Société de la Muse
de Nadaud, à Roubaix.

(Source : BANQ ; cliquer
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Le 9 avril 1911, le journal Le Nationaliste, dont Michel
Helbronner était un collaborateur, publia ce portrait de
lui par l'artiste-peintre Émile Vézina.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Durant la première guerre mondiale, Michel Helbronner
a exercé d'importantes responsabilités dans les armées
alliées (voir la notice biographique ci-haut). Cette
photo de lui en uniforme de l'armée française, dans
laquelle il s'était enrôlé dès le début de la guerre, est
parue dans La Presse du 8 juillet 1922.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

La Presse du 23 décembre 1914 fait état d'une lettre
et d'une photo de Michel Helbronner envoyées par
lui-même à un ami tandis qu'il se trouvait sur le front
en France, au début de la première guerre mondiale.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le 4 novembre 1915, La Presse publia des extraits d'une lettre
que Michel Helbronner avait adressée à un ami depuis 
le front, 
alors qu'il servait l'armée française durant la première guerre 
mondiale. Son père et sa mère sont nés en France, tandis 
que lui-même est natif de Montréal.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Michel Helbronner s'est engagé dans diverses sociétés
culturelles et littéraires, dont la Mutuelle française à
Montréal, dont La Presse du 5 janvier 1921 souligna
son élection à la présidence de cet organisme.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Michel Helbronner vers l'âge de 48 ans, tel qu'il
paraissait dans les éditions 1924 et 1925 des
Biographies canadiennes-françaises.

(Source : BANQ)

Quelques jours à peine avant sa mort subite,
Michel Helbronner avait participé à l'élection
 des administrateurs de la Mutuelle française
de Montréal, dont il fut élu vice-président,
comme le souligne La Presse du 17 janvier
1934, six jours avant le décès d'Helbronner.

(Source : BANQ)

Article paru dans La Presse du 23 janvier 1934, jour même de la mort de Michel Helbronner.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Michel Helbronner est mort subitement dans sa résidence dans la nuit du 23 janvier 1934.
L'édifice, situé au 2067 rue Saint-Urbain, à Montréal, existe toujours. La porte d'entrée du logis
d'Helbronner est indiquée d'un « X » jaune.

(Source : Google Maps)

Michel Helbronner était un architecte de premier ordre, à qui
nous devons plusieurs œuvres du patrimoine bâti de son temps.
Il soutenait bénévolement de son art diverses œuvres, dont le
socle qu'il a dessiné de cette statue de Jeanne d'Arc que l'on
voit encore de nos jours au 428 avenue Viger Est, à Montréal,
où se trouvait alors le consulat de France.

(À propos de la statue de Jeanne d'Arc, voyez ICI.
Source de l'information sur l'auteur du socle :
P.-G. Roy, Les monuments commémoratifs de la province
de Québec
, tome 1, Québec, 1923, p. 283.


Michel Helbronner était un amateur d'art averti. En septembre
1924, dans la montréalaise Revue moderne, il a publié un article
 sur le dessinateur et graveur français Rodolphe Bresdin, qui, de 
1873 à 1877, a séjourné au Québec

Pour consulter l'article d'Helbronner, cliquer sur cette
gravure de Rodolphe Bresdin par lui-même : 


Michel Helbronner était le beau-frère de Louvigny de Montigny,
l'un des trois fondateurs de l'École littéraire de Montréal en plus
d'avoir été le principal précurseur du combat pour les droits
des auteurs et écrivains. Marie-Pier Luneau lui a consacré
une éclairante biographie que l'on peut commander dans
toutes les bonnes librairies. Informations ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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