samedi 28 mars 2020

Stances aux étoiles

Charles Gill (1871-1918)

(Source : Centre de recherche en
civilisation canadienne-française
)




   Étoiles ! tourbillon de poussière sublime
   Qu'un vent mystique emporte au fond du ciel désert,
   À vouloir vous compter, notre calcul se perd
   Dans le vertigineux mystère de l'abîme.

   Étoiles, tourbillon de poussière sublime ! 

   Le puissant télescope ouvre son œil en vain.
   Vous n'avez pas livré le secret de votre être,
   Et nous vous admirons sans pouvoir vous connaître,
   Quand descend dans le soir votre rêve divin.

   Le puissant télescope ouvre son œil en vain !  

   Yeux d'or indifférents aux frêles destinées,
   Des peuples ont sombré dans le fatal remous,
   Avant que vos rayons égarés jusqu'à nous
   Aient franchi la distance en des milliers d'années.

   Yeux d'or indifférents aux frêles destinées ! 

   Vous planez sur la Mort, vous planez sur l'oubli.
   Le Temps emporte tout, le siècle comme l'heure ;
   Tout se perd, tout s'écroule... et votre aspect demeure
   Tel qu'il le fut jadis pour maint enseveli. 

   Vous planez sur la Mort, vous planez sur l'oubli !

   Vous hantez le silence altier des solitudes.
   Ô points d'or qui veillez en des gouffres muets
   Où les clameurs d'en bas ne bourdonnent jamais,
   Vous ignorez le cri des viles multitudes.

   Vous hantez le silence altier des solitudes ! 

   Vous brillez dans mon cœur autant que dans la nuit.
   ― Ô merveille des cieux, tu tiens là tout entière ! 
   J'y garde vos reflets comme en un sanctuaire,
   Et plus d'un noir chagrin devant eux s'est enfui.

   Vous brillez dans mon cœur autant que dans la nuit ! 
   
   Phares de l'Infini, vous éclairez mon âme ! 
   Votre immense problème atteint l'Éternité ;
   Vous me révélez Dieu par votre majesté : 
   Je vois luire Son nom dans vos disques de flamme. 

   Phares de l'Infini, vous éclairez mon âme ! 

   Oh ! guidez-vous les morts dans leur envol vers Dieu ?
   Mon esprit, délivré du fardeau périssable,
   S'engloutira peut-être en l'ombre irrévocable,
   Ignorant de sa route après l'ultime adieu. 

   Oh ! guidez-vous les morts dans leur envol vers Dieu ?

   Je t'adore, ô splendeur des étoiles sans nombre ! 
   Élevant ma pensée à ton niveau géant,
   J'ai vu l'âme immortelle et nié le néant,
   Car, à te contempler, j'ai grandi dans mon ombre !...

   Je t'adore, ô splendeur des étoiles sans nombre ! 

                                            Charles Gill (1900)



Tiré de : Charles Gill, Le Cap Éternité, poème suivi des Étoiles filantes, Montréal, éditions du Devoir, 1919, p. 89-90. Les Stances aux étoiles sont parues pour la première fois dans Les soirées du château de Ramezay, Montréal, Eusèbe Sénécal et Cie, 1900.

Pour en savoir plus sur Charles Gill, cliquer ICI

De Charles Gill, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Aurore.
    
Le Cap Éternité, recueil de Charles Gill,
paru un an après sa mort et d'où sont
tirées les Stances aux étoiles, ci-haut. 

Cet exemplaire appartenait au journaliste
nationaliste et écrivain Olivar 
Asselin,

dont on peut voir la signature 
sur le coin gauche, en haut.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maison natale de Charles Gill, au 73 rue Prince à Sorel, face au Carré Royal. Il y a également grandi.

(Photo : Daniel Laprès, 2019 ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Promenade littéraire de Sorel-Tracy présente ce panneau commémoratif
consacré à Charles Gill, dans le Carré Royal, face à sa maison natale.

(Photo : Daniel Laprès, 2019 ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Portrait de Charles Gill par le peintre et poète Émile Vézina,
dans le journal Le Nationaliste du 23 avril 1911.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Charles Gill est mort le 16 octobre 1918, victime de l'épidémie de
grippe espagnole qui sévissait alors. Le lendemain de son décès,
son ami le poète Albert Lozeau lui rendait hommage dans Le Devoir.


(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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