dimanche 30 décembre 2018

Bonne et heureuse

« Les visites du Jour de l'An » ; oeuvre d'Edmond-J. Massicotte, 1928.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)




   Ravi de l'entendre parfois,
   Je me rappelle qu'autrefois,
   Dans nos villes et nos villages,
   C'était la formule en usage,
   Lorsque, craintif ou résolu,
   Le temps marquait un bond de plus
   Dans sa ballade aventureuse :
           « Bonne et heureuse ! »

   Du grand jour, à tous préféré,
   Saluant le retour sacré,
   C'était, levés avant l'aurore,
   D'une voix distincte, sonore, 
   Le voeu qu'on allait répétant
   Aux connaissances en tendant
   Une main large et vigoureuse : 
           « Bonne et heureuse ! »

   De tous côtés, allègrement, 
   Sur les perrons, aux bâtiments,
   Dans la neige où le pied s'enlise,
   Sous le grand portail de l'église,
   Dans les maisons, sur les chemins,
   L'azur vibrait, l'air était plein
   D'élans de gaieté généreuse ; 
           « Bonne et heureuse ! »

   Bien sonnants, vite prononcés,
   Ils n'avaient pas l'air compassé,
   Les mots que l'on pouvait entendre,
   Directs et pas durs à comprendre.
   C'était le gage simple et beau
   Qu'on n'accueillait pas l'an nouveau
   L'âme rancunière et hargneuse :
           « Bonne et heureuse ! »

   C'était, tout un jour, grandissant,
   Comme un tourbillon incessant
   De tendresse, de bienveillance,
   D'oubli, de pardon des offenses,
   D'hommage, noble infiniment,
   Des gendres aux belles-mamans
   Qui leur font l'existence affreuse : 
           « Bonne et heureuse ! »

   C'était, comme un rythme éternel,
   Le salut ardent, fraternel,
   Qu'un vent d'allégresse irradie,
   C'était la douce psalmodie
   Des coeurs battant à l'unisson.
   Le tribut de filles, garçons,
   Aux chefs de familles nombreuses : 
           « Bonne et heureuse ! »

   C'était, sans ornements pervers,
   Le langage vibrant, ouvert,
   Ne donnant pas chance aux méprises,
   Le verbe qui caractérise
   La rubrique du temps ancien,
   En sa simplesse valant bien
   Un tas de périphrases creuses : 
           « Bonne et heureuse ! »

                    Lionel Léveillé* (1931)



Tiré de : Lionel Léveillé, Vers la lumière, Montréal, Librairie d'Action française, 1931, p. 27-30.

* Pour en savoir plus sur Lionel Léveillé, voyez les informations et documents sous son poème Rêveur.  Du même poète, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté Les quêteux


Lionel Léveillé (1875-1955)
(Source : Almanach de la
langue française
, 1933)

Le poème Bonne et heureuse, ci-haut, est tiré
du recueil Vers la lumière, de Lionel Léveillé.
Un seul exemplaire de l'édition originale est
encore disponible sur le marché en ligne,
voyez ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Lionel Léveillé a également publié des poésies et
autres écrits sous le nom de plume de « Englebert
Gallèze », avec deux " L " et non un seul comme sur
cette illustration signée Henri Letondal parue dans 

l'édition 1923 de l'Almanach de la langue française

jeudi 27 décembre 2018

L'hospitalité du poète

Adolphe Poisson (1849-1922)
(Source : BANQ)




   Le silence s'est fait dans mon humble demeure,
   Les enfants sont partis, les ormes effeuillés ;
   Et parmi les débris d'un bel été je pleure
                 Mes petits oiseaux envolés.

   Les vents doux qui faisaient courber les tiges vertes
   Et berçaient les rameaux de l'érable orgueilleux
   Ne viennent plus le soir aux fenêtres désertes
                 Caresser mes rideaux soyeux. 

   Tous les chants se sont tus, et cette étroite allée,
   Où souvent se perdait mon rêve aux ailes d'or,
   N'a plus de frais ombrage, et voici la gelée
   Qui tisse un blanc linceul à la source qui dort. 

   Plus rien... Mais, ô bonheur ! sur la neige durcie
   J'ai vu s'abattre un soir de petits oiseaux gris
   Qui voltigent par bande et dont l'aile transie
   Laisse les bois frileux pour de plus chauds abris.

   Ils avaient fait leurs nids dans la forêt voisine
   Et se faisaient l'amour à l'ombre des halliers,
   Mais la neige est venue, et la troupe mutine
                 Fond sur nos toits hospitaliers. 

   Soyez les bienvenus, hôtes toujours fidèles
   Qui n'avez pas suivi dans leur rapide essor
   Les merles oublieux, les folles hirondelles,
   Et qui restez ici pour partager mon sort !

   Je vous ai fait construire une retraite douce,
   Quand les rameaux plieront sous l'effort des autans,
   Vous y réchaufferez dans des nids faits de mousse
                 Vos petits membres grelottants.

   Au lieu de disputer à la nature avare
   Le petit grain de mil sous la neige oublié,
   Vous trouverez au nid que ma main vous prépare
                 Le grain de mil multiplié.

   Fuyez le trait perfide et l'embûche méchante
   Que suspend l'oiseleur aux tiges des roseaux ;
   Approchez-vous de moi : le poète qui chante
                 Toujours fut l'ami des oiseaux. 

   Libres vous resterez, car, mes chers petits êtres,
   Vous aimez comme moi la douce liberté.
   La cage vous effraie et mes larges fenêtres
                 Vous offrent l'hospitalité !

   Que le vent de novembre effeuille le bocage,
   Que la brise de mai ramène les beaux jours,
   Pour vous c'est la patrie, et votre aile voyage 
   De ma main bienfaisante au lieu de vos amours.

   Soyez les bienvenus, hôtes toujours fidèles,
   Qui n'avez pas suivi dans leur rapide essor
   Les merles oublieux, les folles hirondelles,
   Et qui restez ici pour partager mon sort. 

                            Adolphe Poisson* (1895)



Tiré de : Adolphe Poisson, Heures perdues, Québec, Imprimerie générale A. Côté et Cie, 1895, p. 39-43.

* Joseph Adolphe Poisson est né à Gentilly le 14 mars 1849, d'Édouard Modeste Poisson, médecin, et de Marie-Delphine Buteau. Deux ans après sa naissance, sa famille s'installa à Arthabaska, dans la maison où Adolphe Poisson résidera toute sa vie.
   À la suite d'études au Séminaire de Nicolet, au Petit séminaire de Québec puis à l'Université Laval à Québec, il fut admis au Barreau en juillet 1873. La même année, il remplaça son père, qui venait de mourir, au poste de "registrateur" du comté d'Arthabaska. Il occupera cette fonction jusqu'à sa mort.
   Conteur et conférencier en maintes circonstances, ayant publié de nombreux poèmes et contes dans divers journaux, il fit paraître quatre recueils de poésies : Chants canadiens (1880) ; Heures perdues (1895) ; Sous les pins (1902) et Chants du soir (1917). En 1894, l'Université Laval lui décerna un doctorat honoris causa en littérature. Impliqué dans la vie de sa paroisse de Saint-Christophe d'Arthabaska, il y exerça notamment le poste de marguillier.
   Adolphe Poisson est mort à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska le 22 avril 1922. Il avait épousé Amélie Côté le 18 octobre 1882.
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 97-98 ; Généalogistes associés). 

Pour en savoir plus sur Adolphe Poisson, cliquer ICI

D'Adolphe Poisson, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : ― Aux défenseurs oubliés de la patrie ; ― L'envie


Le poème L'hospitalité du poète, ci-haut, est tiré
du recueil Heures perdues, d'Adolphe Poisson.
On peut le télécharger gratuitement ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maison où Adolphe Poisson a vécu de l'âge de deux ans, en 1851, jusqu'à la fin de sa vie
en 1922, au 55 avenue Laurier Ouest, dans le secteur Arthabaska de Victoriaville.
(Photo : Street View). 

Plaque érigée en 1951 devant la maison
d'Adolphe Poisson, à Arthabaska.
(Source : Répertoire du patrimoine culturel du Québec)

Article paru dans Le Nouvelliste du 27 avril 1922
à l'occasion du décès d'Adolphe Poisson.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Monument funéraire d'Adolphe Poisson
au cimetière Saint-Christophe d'Arthabaska,
et situé près de la maison du poète.
(Photo : René Girard, 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir). 

dimanche 23 décembre 2018

Noël vécu

Clara Lanctôt (1886-1958)

(Source : son recueil Visions d'aveugle)




   Noël, messager de la joie,
   Jadis m'apporta la douleur ;
   Il a rempli d'ombre ma voie,
   Versé l'amertume en mon coeur. 

   Comme celui des jours funèbres,
   Le souvenir m'en est cruel ;
   Il tinte au fond des mes ténèbres,
   Tel un glas au lugubre appel. 

   Noël, en claire apothéose,
   Brillait en mes rêves d'enfant ;
   Mon ciel avait les tons de rose
   D'un radieux enchantement.

   C'était la fête de lumière,
   De paix, de sourire et d'amour...
   Bethléem, la vision chère,
   Venait me charmer en ce jour.

   Ma mère, bonne et vigilante,
   Tendrement avait préparé
   Le buis. De neige étincelante,
   L'arbuste vert était paré.

   Une constellation ardente
   Éclairait les joyeux décors
   Où la main de l'ange qu'on chante,
   À minuit, suspend les trésors.

   Le sommeil vint bercer mes rêves...
   Mais hélas ! un mal sans espoir
   S'accrut en des heures trop brèves
   Où mes yeux cessèrent de voir. 

   Et c'est Noël !... la nuit commence,
   La sombre nuit des yeux fermés : 
   Plus même un reflet d'espérance
   À mes regards inanimés. 

   Comme celui des jours funèbres,
   Le souvenir m'en est cruel ;
   Il tinte au fond de mes ténèbres,
   Tel un glas au lugubre appel. 

                  Clara Lanctôt(1930)



Tiré de : Clara Lanctôt, Visions encloses, Victoriaville, éditions La Voix des Bois-Francs, 1930, p. 56-58.

* Clara Lanctôt est née à Hull le 15 juillet 1886, de Thomas Lanctôt, journalier, et de Justine Arvisais. À la suite d'une rougeole alors qu'elle avait huit ans, un jour de Noël, elle perdit la vue et s'inscrivit le 4 septembre 1895 à l'Institut Nazareth de Montréal. Elle y apprit le braille et parvint à terminer son cours, obtenant son diplôme supérieur en juin 1906. À l'Institut Nazareth, elle avait également étudié, sous la direction d'Arthur Letondalle piano, l'orgue, le chant et l'harmonie, et obtint un baccalauréat de piano. 
   De retour dans sa famille, elle enseigna le piano jusqu'en 1925. Elle revint l'année suivante à l'Institut Nazareth, où elle donna des cours de musique (piano) jusqu'en 1940. Elle composa également des mélodies musicales.
   Entretemps, elle s'adonna à la poésie et reçut, en 1927, un prix de composition en poésie de la Société littéraire du Québec. Elle publia des poèmes dans divers périodiques sous son nom de plume de Fleur d'ombre, de même que deux recueils de poésies, Visions d'Aveugle (1912) et Visions Encloses (1930). 
   Elle se retira au début des années 1940 au Foyer Rousselot pour aveugles, à Pointe-aux-Trembles (dans l'est de Montréal), mais continua à faire partie du corps enseignant établi et dirigé par l'Institut canadien des aveugles. Elle donna aussi des leçons de piano à domicile jusqu'en 1954. 
   Elle est décédée le 5 mai 1958 à l'hôpital Saint-Vital, à Montréal. 

(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 1164). 

Pour en savoir plus sur Clara Lanctôt, cliquer ICI

Une page Facebook lui a été consacrée par un membre de sa famille ; voyez ICI

De Clara Lanctôt, les Poésies québécoises oubliées ont publiéLe Ruisseau.



Le poème Noël vécu, ci-haut, est tiré du
recueil Visions encloses, de Clara Lanctôt.
Un seul exemplaire est présentement
disponible sur le marché en ligne,
voyez ICI

Clara Lanctôt, dans l'ouvrage de
Georges Bellerive Brèves apologies
de nos auteurs féminins
(1921), que
l'on peut télécharger gratuitement ICI.

Clara Lanctôt était non seulement poétesse, mais aussi
musicienne. La revue musicale québécoise La Lyre,
en avril 1923, publiait une Berceuse composée par
elle. On peut télécharger ICI ce numéro de La Lyre,
dans lequel on peut lire en page 8 un bref article
présentant Clara Lanctôt, de même que la partition
et les paroles de sa Berceuse en pages 17 à 20.

Clara Lanctôt repose à Gatineau,
au cimetière Notre-Dame.
(Source : Réseau du Patrimoine
de Gatineau et de l'Outaouais
)

vendredi 21 décembre 2018

Les grains d'encens

Germaine Bernier (1902-1986)
(Source : Fonds Germaine Bernier
Archives UQAM, 115P-020:F3/6)




   Chaque jour en vivant, nous aimons quelque chose ;
   Un sourire, un regard, un baiser, une fleur,
   Le ciel d'un matin pur, un crépuscule rose,
   Un nuage plus blanc sur un jour de chaleur. 

   Au fond de la mémoire un souvenir qui chante,
   Refleurissant le coeur qui s'en trouve embaumé ;
   Un vieux refrain qui berce, un vers qui nous enchante !
   C'est souvent ce qu'il faut pour vivre un jour aimé.

   Et tous ces légers riens qui parfument nos heures
   Ont souvent plus de prix, font souvent plus de bien
   Que tous les plaisirs fous, les fêtes pas meilleures
   Où le bruit seul captive, où le bonheur n'a rien.

   Et tous ces riens menus, gracieux et fragiles, 
   Arrivent jusqu'au coeur, y tombent pour briller
   Comme des grains d'encens aux odeurs très subtiles
   Qu'on met sur des charbons et qu'on laisse brûler...

   Aussi, moi qui connais la valeur de ces choses,
   J'ai voulu les garder, je veux les retenir : 
   Parfums de mes amours et parfums de mes roses, 
   Oh ! restez dans mes vers, vous ne pouvez mourir !

   J'aime tout ici-bas : chaque jour en mon âme
   Brûlent des grains d'encens, parce que chaque jour
   Un sourire, un regard, un beau vers me réclame ;
   Dans un chant, dans un son, je trouve un peu d'amour...

   Et c'est dans cet encens que viennent les poèmes !
   Chaque grain, en brûlant, allume vite un vers !
   Et parce que j'adore et que, joyeuse, j'aime,
   Aimant, je chanterai demain autant qu'hier !

   Je chanterai toujours : l'amitié la meilleure,
   La joie et le souci, la pluie et le beau temps, 
   La lumière du jour, la nuance de l'heure...
   Les brumes de l'hiver, le retour des printemps !

   Je chanterai, pourvu que dans mon chant suprême, 
   Viennent encor brûler, tout au fond de mon coeur, 
   Les petits grains d'encens qui forment les poèmes,
   Brûlant pour la Beauté, chantant sur le Bonheur !

                                Germaine Bernier* (1931)



Tiré de : revue Le Canada français, Québec, mars 1931.

*  Musicienne, professeur, journaliste, auteure, conférencière, Germaine Bernier est née à Montréal le 7 juin 1902, de François-Xavier Bernier, contremaître, et d'Exilda Hamel.
   En 1918, elle fut lauréate en piano au Conservatoire national de musique, à Québec. Elle obtint par la suite un brevet d'enseignement de l'Académie de musique de Québec et trois attestations du Royal College of Music de Londres (Angleterre) qui avait tenu des séances d'examen à Montréal. Elle fut professeur de musique durant douze ans.
   En 1930, elle entra au journal Le Devoir, où elle fut tour à tour, jusqu'à sa retraite en 1963, rédactrice de la page féminine, de la « Chronique du lundi » et de la « Chronique de la quinzaine ». Elle collabora également à plusieurs journaux et revues, dont L'Action nationale, Le Canada français, L'École canadienne, Paysana, Familia, La Terre et le Foyer, Les Cahiers du nursing, Relations, Nos Enfants, etc., qui publièrent abondamment ses écrits souvent signés de pseudonymes tels « Prisca », « Claudine », « Elisabeth Desneiges », « Elise de Blois » et « Camerata ». Pendant douze ans au Devoir, elle avait signé «Prisca » ses articles et plusieurs poèmes. Ses articles furent également publiés dans des périodiques étrangers, en Europe comme aux États-Unis. Elle a publié deux ouvrages, Impressions de France et d'Italie (1954) et Le Portugal (1961). 
   Présidente du Cercle des femmes journalistes (1954-56), elle fonda au cours de ce mandat le Service du livre français, dont la principale activité était la cueillette et la distribution de livres neufs et usagés. 
  Membre de nombreuses sociétés et associations, elle fut désignée « Femme de l'année » par le Conseil des femmes de la Chambre de commerce du district de Montréal (1961). Elle fut également récipiendaire de la Médaille d'or de la ville d'Aix-en-Provence (1953) et la Médaille d'or de la ville de Vichy (1961).
   Elle est la première femme à recevoir, en 1962, le Prix Olivar-Asselin de journalisme, décerné par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
   Marie-Paule Desjardins a écrit de Germaine Bernier : « Femme brillante et dynamique qui s'affirme dans une profession  peu ouverte à l'élément féminin, elle excelle dans les conférences-forums, défend le droit au travail de la femme à l'extérieur du foyer, s'intéresse fortement à l'éducation et met l'accent sur le dépassement de soi ».
   Germaine Bernier est morte à Montréal le 1er avril 1986. Une biographie, signée Germaine Laplante, lui avait été consacrée en 1978 (information ICI).
(Sources : Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, éditions Guérin, 2007, p. 38 ; UQAM - Service des archives et de gestion des documents ; Ancestry.ca). 

Le poème Les grains d'encens, ci-haut,
est paru dans le numéro de mai 1931 de
la revue Le Canada français.
(Source : BANQ ;

cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Extrait de baptême de Germaine Bernier, paroisse de la
basilique Notre-Dame-de-Montréal, 7 juin 1902.
(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans La Presse du 3 avril 1986 à l'occasion du décès de Germaine Bernier.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 3 avril 1986
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique dans
La Presse, 3 avril 1986

mardi 18 décembre 2018

Caprice

Henri d'Arles,
nom de plume de
Henri Beaudet (1870-1930)


(Photo : collection Daniel Laprès)




   Dis, veux-tu que je sois une humble primevère,
   Fraîche éclose, au matin, sur le velours des prés ?
   Oh ! veux-tu que je sois une rose trémière,
   Égayant ton jardin de ses tons empourprés ?

   Dis, veux-tu que je sois un ruisseau qui roucoule
   Sur un lit de cailloux sertis de sables fins ?
   Ton nom si doux, porté sur son eau qui s'écoule,
   Palpiterait dans l'air en échos argentins ?

   Dis, veux-tu que je sois une feuille d'automne
   Somptueux et divers, mêlé d'or et de sang ?
   Oh ! veux-tu que je sois le soupir monotone
   Que, dans les bois déserts, l'oiseau jette en passant ?

   Dis, veux-tu que je sois une neige candide,
   Déployant dans ton ciel son voile immaculé ?
   Oh ! veux-tu que je sois un beau rayon limpide,
   Pour qu'à mon coeur enfin ton coeur soit révélé ?

   Car le mystère habite en ton âme divine,
   En vain, depuis longtemps, je cherche à le percer.
   J'interroge tes yeux, mais ce que j'y devine
   N'est pas le cher secret dont j'ai cru me bercer. 

   Ah ! si rien ne te plaît, ô pure enchanteresse,
   Des formes de mon rêve, et si tu ne veux pas
   En accepter l'offrande, alors que ma détresse
   Se cache dans ton ombre et s'enchaîne à tes pas. 

                                  Henri d'Arles(1924)



Tiré de : Mon magazine, Montréal, mars 1932. Il s'agit d'une publication posthume, le poème ne semblant être paru nulle part auparavant, même si Henri d'Arles l'a transmis en 1924 à Gaëtane de Montreuil en vue d'une publication dans La Presse qui n'aboutit pas.

* Henri Beaudet, dont le nom de plume est Henri d'Arles, est né à Arthabaska (paroisse Saint-Christophe) le 9 septembre 1870, d'Athanase Beaudet, conducteur de malles, et d'Elisabeth-Esther Le Prince. Il fit ses études primaires au Collège du Sacré-Coeur de Victoriaville, puis chez les Frères des Écoles Chrétiennes, à Québec. Il fit ensuite ses études classiques au Petit séminaire de Québec (aujourd'hui le Collège François-de-Laval). En 1921-22, il suivit également des cours libres de littérature et d'histoire à la Sorbonne et au Collège de France, à Paris. 
   En 1889, il était entré dans l'ordre des Dominicains, à Saint-HyacintheIl fut ordonné prêtre en 1895 et exerça son ministère à Saint-Hyacinthe, puis à New York, à Lewiston (Maine) et à Fall River (Massachusetts). Il quitta ensuite les Dominicains pour devenir membre du clergé séculier. En 1918, il fut nommé aumônier du couvent des Augustines, dans la banlieue de Manchester (New Hampshire).
   Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Propos d'Art (1903) ; Pastels (1904) ; Le collège sur la colline (1908) ; Essais et conférences (1910) ; Lacordaire (1911) ; Eaux-fortes et Tailles-douces (1913) ; Le Mystère de l'Eucharistie (1915) ; Acadie (trois tomes, 1913 à 1921) ; Les Grands Jours (1920) ; Nos historiens (1921) ; Arabesques (1923) ; Louis Fréchette (1924) ; Estampes (1926) ; Miscellanées (1927) ; Horizons (1929).
   Il se vit décerner diverses distinctions, dont entre autres celles d'Officier d'Académie, de Docteur ès Lettres, de même que la Médaille Richelieu de l'Académie française.
   À noter que né Beaudet, Henri d'Arles a transformé son patronyme en Beaudé, comme on le voit dans diverses publications. 
   Henri d'Arles est mort le 9 juillet 1930 à Rome (Italie), où il effectuait des recherches et études en vue d'une biographie de Jésus qu'il projetait d'écrire.
(Source : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 917-918 ; Biographies canadiennes-françaises, Montréal, 1926, p. 426 ; Ancestry. ca ; Pierre Girouard ; Assumption College).


Le poème Caprice, ci-haut, d'Henri d'Arles,
est paru en mars 1932 dans Mon Magazine.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite d'Henri d'Arles dans
un  exemplaire de son livre Pastels et adressée
au gouverneur de l'état du Rhode Island, Aram
Pothier
, qui était natif d'Yamachiche et qui fut le
premier canadien-français d'origine à accéder
au poste de gouverneur d'un état américain.


(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Carte de visite d'Henri d'Arles insérée dans
son livre Essais et conférences (1910).


(Collection Daniel Laprès)

Photo d'Henri d'Arles parue en 1926 dans
Biographies canadiennes-françaises.

Une plaque commémorative est apposée sur la façade de la
maison natale d'Henri d'Arles, au 19 avenue Laurier Ouest,
à Arthabaska. Le juge et poète Bourbeau-Rainville est lui
aussi né dans cette maison. 


(Source : Street View ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Exrait de baptême d'Henri Beaudet, dit Henri d'Arles, dans
le registre de la paroisse Saint-Christophe-d'Arthabaska.


(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 11 juillet 1930

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Plusieurs hebdomadaires régionaux du Québec avaient couvert la mort
d'Henri d'Arles, qui était un écrivain connu et apprécié du public québécois.
Ici dans Le Progrès du Golfe (Rimouski) du 18 juillet 1930.


(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.