jeudi 6 décembre 2018

Simple poème

Maurice Hébert (1888-1960)

(Source : BANQ
)




   Ne me fais plus souffrir, ô mon Âme ingénue.
   Accueille mon offrande et comprends ces regrets ;
   Qu'à ma fiévreuse main se rive ta main nue
   Et qu'à tes doux genoux s'exhalent mes secrets.

   Sans toi je n'étais plus qu'amertume et sottise :
   Je déchirais mes jours aux ronciers du chemin,
   Je frissonnais en l'ombre et tremblais à la bise,
   Et mes veilles d'extase étaient sans lendemain. 

   J'ai pleuré sur la vie et pleuré sur moi-même,
   J'ai langui dans l'amour, n'étant point fait pour lui ;
   Mais voici que tu viens et me redis : Je t'aime !...
   Et l'Amour apparaît comme le Soleil luit. 

   Tout est si naturel, délicieux et simple !
   Telle murît la vigne et tel murît mon coeur,
   Fruit longtemps resté vert, trop loin des grappes amples
   Que dorent les midis et dont bout la liqueur. 

   J'attendais mon Soleil. C'est toi qui me le donnes,
   Par l'or de tes cheveux, le regard de tes yeux,
   Par toute la beauté qu'ici-bas tu rayonnes,
   Par toute la bonté que tu ravis aux cieux.

   Laisse-moi te prier comme une sainte Vierge ;
   Laisse-moi te parler en te disant les mots
   Que ma mère m'apprit à la lueur du cierge
   Qu'elle allumait la nuit pour chasser tous nos maux.

   Laisse mon front fleurir auprès de ton épaule
   Et se faner à tout jamais le mal d'antan ;
   Clos mes deux yeux, scelle ma bouche ; et si je frôle
   De mon âme ton âme, à moi fais-en autant. 

   Puis, tel un vendangeur auquel sourit la Reine,
   Ah ! laisse-moi glisser entre tes mains, ce soir, 
   L'humble coeur de ma joie et celui de ma peine,
   Et que tes doigts sacrés soient mon tendre espoir !

                                    Maurice Hébert(1930)



Tiré de : revue Le Canada Français, novembre 1930.


Maurice Hébert est né à Québec le 21 janvier 1888, de Célestin Hébert, notaire, et de Julie-Louise Lang. Il fit son cours classique au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et au Petit Séminaire de Québec. Il étudia ensuite le droit à l'Université Laval.
   Il n'exerça la profession d'avocat que de 1910 à 1913, où il passa à la fonction publique québécoise, où il occupa successivement les postes de sécrétaire du Bureau des statistiques, secrétaire aux ministères des Travaux publics et du Travail, publicitaire du gouvernement. En 1940, il fut nommé directeur général du Tourisme et de la Publicité.
   En outre, il enseigna la rhétorique française et anglaise au Collège Jésus-Marie de Sillery et à l'Université Laval.
   Il écrivit de la poésie et du théâtre, collabora, de 1925 à 1939, aux revues Le Canada françaisL'Enseignement secondaire, Le Terroir et au journal L'Événement.
   Membre de la Société des poètes canadiens-français, il fut fait officier de l'Instruction publique de France, en plus d'avoir reçu un doctorat honorifique de l'Université Laval et la Médaille de Vermeil de l'Académie française. Il fut également actif au sein de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, notamment à titre de président du Conseil Saint-Dominique. 
   Il a écrit une oeuvre poétique considérable, dont Le Cycle de Don Juanqui n'a toutefois pas été réunie en recueil et qui est restée dispersée dans divers journaux et périodiques. Il est l'auteur de nombreux articles de critique littéraire dont plusieurs ont été réunis en volumes : De livres en livres (1929) ; Et d'un livre à l'autre (1932) et Les lettres au Canada français (1936). Il est également l'auteur d'une brochure, L'immigration, problème angoissant (1947).
   Le 22 octobre 1915, Maurice Hébert avait épousé Marguerite Taché à la cathédrale Notre-Dame de Québec. Il est mort à Québec le 11 avril 1960. Il était le père de l'écrivaine Anne Hébert. Ses restes reposent au cimetière de Sainte-Catherine-de-la-Jacques Cartier auprès de sa fille Anne et de son neveu le poète Hector de Saint-Denys Garneau.
(Sources : Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989, p. 683-684 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 676 ; Nos Origines ; Wikipedia).


Simple poème, ci-haut, est paru dans le numéro de
novembre 1930 de la revue Le Canada français.

Dédicace manuscrite de Maurice Hébert adressée au
ministre du gouvernment du Québec Edgar Rochette
dans  son livre Les lettres au Canada français (1936).

 (Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maurice Hébert à son bureau, en 1942.

(Source : BANQ)

Maurice Hébert était le père de
l'écrivaine Anne Hébert (1916-2000)

Quelques mois après la mort de Maurice Hébert, l'écrivain Harry Bernard
lui a rendu hommage dans l'édition du 30 juin 1960 du
 journal 
Le Courrier de Saint-Hyacinthe, où il tenait une chronique littéraire 
sous le nom de plume de « L'Illettré ».

(Source : Harry-Bernard.com ; cliquer sur l'article pour l'élargir)

Notice nécrologique dans
La Presse du 14 avril 1960.

(Source : BANQ ;
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