mardi 30 avril 2019

Le sommeil de l'enfant

Elzéar Labelle (1843-1875)

(Source : Laurent-Olivier David,
Souvenirs et biographies, 1911)



Pour Madame R......., à la naissance de son premier enfant.


   Dors, ô mon bel enfant !
   Sur le sein de ta mère,
   Vois ! la nuit se répand,
   Ferme bien ta paupière.

   Tout se tait au dehors,
   L'oiseau, dans la ramure,
   De ses joyeux accords
   A cessé le murmure. 

   Ton sommeil est si beau.
   Demain, la fraîche aurore
   Sur ton petit berceau
   Viendra briller encore.

   Dors ! ton sommeil, enfant,
   C'est la sainte prière
   Qui sur l'homme suspend
   La divine colère.

   Toi qui, du Dieu vengeur
   Adoucit la sentence,
   Pour le pauvre pécheur
   Offre ton innocence.

   Le vent au loin mugit,
   Mais ne crains pas l'orage,
   Dors, aimable petit ! 
   Dieu protège ton âge. 

   L'ange du paradis
   Veille auprès de ta couche
   Pour cueillir le souris
   Que laisse errer ta bouche.

   En te fermant les yeux
   Qu'il couvre de son aile,
   Ce messager des cieux,
   De la voûte éternelle

   T'ouvre les horizons.
   Il te prend, il t'enlève
   Parmi les anges blonds : 
   Tu crois que c'est un rêve.

   Et tu le crois encore,
   Longtemps après le jour : 
   Ta mère qui t'adore, 
   Ta mère, ton amour,

   Ressemble tant aux anges
   Qui t'ont bercé là-bas,
   Que tu vois, sous tes langes,
   Des ailes à son bras.

   Dors, ô mon bel enfant,
   Sur le sein de ta mère.
   Vois ! la nuit se répand,
   Ferme bien ta paupière. 

            Elzéar Labelle* (1871)



Tiré de : Elzéar Labelle, Mes rimes (recueil posthume), Québec, P. G. Delisle Imprimeur, 1876, p. 53-56.

*  Elzéar Labelle est né à Montréal le 14 novembre 1843, de Jean-Baptiste Labelle, instituteur, et d'Héloïse Leclaire. Il étudia au Collège de l'Assomption, puis au Collège Sainte-Marie de Montréal. Après ses études de droit à l'Université Laval de Montréal, il fut admis au Barreau en 1862. 
  Aimant le mouvement et l'agitation des foules, il prit part aux luttes politiques municipales et nationales, s'intéressant particulièrement à la cause du prolétariat. Jeune étudiant, il prit la rédaction de La Guêpe, un journal humoristique très répandu. Il fonda le journal Le Colonisateur et collabora à plusieurs autres journaux et périodiques.
  Il fréquentait L'Hôtel de France, autrefois La Maison dorée, un restaurant montréalais renommé où se réunissaient des politiciens et des littérateurs comme Arthur Buies et Joseph-Albert-Norbert Provencher.  Son beau-frère André-Napoléon Montpetit a écrit dans sa préface au recueil Mes rimes : « Elzéar a jeté plus d'une chanson dans la rue, au temps des élections. La foule faisait des processions politiques ou municipales en chantant ses vers. [...] Son influence était recherchée. Partout où il allait, il y avait foule. S'il ne parlait pas, on s'attendait du moins à l'entendre chanter ou raconter quelque historiette toujours amusante, toujours armée d'un trait d'esprit ». 
   Avocat, imprimeur, journaliste, commerçant, il était avant tout poète, chansonnier et auteur de pièces de théâtre. L'historienne Marie-Claire Daveluy l'a désigné comme l'un des pionniers du théâtre au Québec.
   Elzéar Labelle est mort des suites de la tuberculose à Montréal le 24 octobre 1875. Il était âgé de 32 ans. Il était l'oncle maternel d'Édouard Montpetit
(Source : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 492 ; préface et notice biographique d'André-Napoléon Montpetit dans Mes Rimes). 

D'Elzéar Labelle, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Grand dîner chez un homme politique.


Le poème Le sommeil de l'enfant, ci-haut,
est tiré du recueil posthume Mes Rimes,
d'Élzéar Labelle. Il ne reste que trois
exemplaires de ce volume rarissime,
voyez ICI.  On peut aussi le
télécharger gratuitement ICI.

En janvier 1933 dans La Revue moderne, l'historienne Marie-Claire Daveluy
avait publié cette notice biographique sur Elzéar Labelle.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Annonce du décès d'Elzéar Labelle dans
La Gazette de Joliette, 26 octobre 1875

(Source : BANQ)

Annonce du décès d'Elzéar Labelle dans
Le Franc-Parleur du 23 octobre 1875.

(Source : BANQ)

Quelques jours après le décès d'Elzéar Labelle, le poète, écrivain, musicien et professeur
Emmanuel Blain de Saint-Aubin avait publié dans divers journaux ce poème en hommage
 à son ami, comme ici dans Le Franc-Parleur du 27 octobre 1875.

(Source : BANQ)

Annonce de la publication du recueil Mes rimes,
d'Elzéar Labelle, environ un an après sa mort, dans
Le Courrier du Canada du 11 seprembre 1876.

(Source : BANQ

samedi 27 avril 2019

Revenez, échos du temps passé

Paul-Émile Lavallée (1899-1922)

(Source : J.-M.-R. Villeneuve, L'un 
des vôtresMontréal, Bibliothèque
de l'Action française, 1927)

      


              (FRAGMENTS)


   Élaborer enfin les semences futures,
   Nous préparer, vaillants, aux luttes de demain :
   Tel est le doux emploi de ces heures obscures
   Dont se compose notre calme destin... [...] 

   Alors, qu'importera la route où l'on chemine
   Si nos cœurs sanctifiés débordent de trésors !
   Nous nous rassasierons de l'ivresse divine
   Qui viendra réveiller tous nos souvenirs morts...

   Nous nous rappellerons, alors, la croupe énorme
   De ces monts où jadis nous aimions à rêver,
   Et les profils géants que la nature forme
   Sur l'épiderme noir des vieux pans de rocher.

   Nous nous ressouviendrons des frissons de l'onde
   Et des chants de la brise et des hymnes lointains
   Qu'en revenant, le soir, le vent jetait au monde
   Sur les bords de ce lac aux tranquilles destins.

   Brume des matins d'or aux franges de lumière
   Qui voiliez la colline et ses chastes beautés,
   Vagues qui nous berciez sur votre onde éphémère,
   Décors majestueux des couchants empourprés.

   Oh ! revenez alors, dans votre course agile,
   Souvenirs du jeune âge, échos du temps passé.
   Venez comme en ce jour, dans le miroir tranquille
   De nos lacs, nous montrer tout l'azur renversé.

   Puis, quand tout sombrera dans les luttes dernières,
   Quand nous tressaillerons d'un suprême sursaut,
   Et que, glacés d'horreur en face du tombeau,
   Nous crierons, mais en vain, nos angoisses amères,

   Quand l'effroi du trépas étreindra nos genoux
   Las d'avoir parcouru tant de routes méchantes,
   Et quand nos yeux hagards diront les épouvantes
   Que le vent de la mort hérisse autour de nous,

   Venez fermer sur nous les portes de la vie,
   Hâtez-vous d'accourir, ô souvenirs sacrés ;
   Prévenances du ciel, quand la terre est enfuie,
   Survivez en nos cœurs aux regrets égarés...

                          Paul-Émile Lavallée* (1922)



Tiré de : J.-M-Rodrigue Villeneuve, o.m.i., L'un des vôtres, Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1927, p. 318-320. Le poème n'y est pas titré, donc le titre Revenez, échos du temps passé, ci-haut, est de notre conception.

*  Paul-Émile Lavallée est né à Berthier le 18 juin 1899, de Joseph-Alfred Lavallée, cultivateur, et de Cordélia Lavallée. Il fréquenta l'école primaire du rang Saint-Esprit, où se trouvait la maison familiale. On le qualifia dès lors de « petit prodige ». Après une année (1910-11) au Collège de Berthier, il entra au Séminaire de Joliette, où dès les premières semaines il se mérita la première place en classe et la conservera jusqu'à à fin de ses études au Séminaire, en 1918, année où il fut élu président des élèves et finissants.
   Dès son adolescence, il publia des poésies et articles dans divers journaux. Il se fit dès lors également remarquer pour ses talents d'orateur : lors d'une soirée académique tenue en 1918, il livra un discours dont il a été dit qu'il était l'un des plus beaux et des meilleurs jamais prononcés au Séminaire. Il participa activement à l'Académie Saint-Étienne, vouée à la vie littéraire au sein du Séminaire. 
   En septembre 1918, il entra dans la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, où il fit son noviciat et son scolasticat (études philosophiques et théologiques).
   Il est l'auteur d'un journal personnel inédit, constitué de trois volumes de 300 pages chacun, et qui contient notamment de nombreux poèmes, dont le poème ci-haut. Il avait auparavant composé, durant ses études au Séminaire de Joliette, un volume de 400 pages manuscrites qu'il avait intitulé Journal quotidien de six ans de vie collégiale. Ces documents sont conservés aux Archives des Oblats de Marie-Immaculée.
   Paul-Émile Lavallée est mort noyé accidentellement le 15 août 1922, au lac MacGregor, en Outaouais, où se trouvait la maison d'été des étudiants de sa congrégation. Âgé de 23 ans, il devait être ordonné prêtre trois semaines plus tard. 
(Sources : Les Anciens du Séminaires ; écrivains et artistes, Joliette, 1927, p. 203-206 ; J.-M.-Rodrigue Villeneuve, L'un des vôtres : le scolastique Paul-Émile Lavallée, Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1927 ; journal L'Action populaire, Joliette, 24 août et 21 août 1922).

   Paul-Émile Lavallée avait développé un réel talent littéraire, et ce, non seulement en poésie, mais également en prose, comme en témoigne cet extrait d'une lettre écrite à un ami huit jours avant sa mort et dans laquelle, exprimant un vibrant patriotisme inspiré de la nature du pays, il présente le paysage environnant le lac MacGregor (où il se noiera peu après) 

 « Le lac se découpe, sous mes yeux, de cinq ou six îlots, ronds, brisés, en futaies de bois blancs, au feuillage vert tendre ; les grèves de sable fin ou de calcaire semblent taillées au couteau dans le marbre de Carrare. Plus loin, entre d'autres îles, de petits bras de mer, détroits gracieux, avec des échappées de lumière sur le versant sud des montagnes. Ce sont ces dernières qui ferment notre horizon. Pas d'Himalayas sans doute, ni de Jungfrau, mais des montagnes modestes, voûtées, aux croupes rondes et houleuses, sans panache ni arêtes vives, sans cascades ni glaciers. Comme ce sont, au dire des géologues, les plus vieilles du monde, elles ont bien des raisons de mépriser ces vanités...
   Il y a dans notre nature quelque chose tout à la fois de religieux, de mâle, de fier et de grandiose, qui fouette le sang et nous aide à garder le front haut. Oh ! la patrie, comme elle souffle et murmure partout, comme elle parle à l'âme un langage mystérieux et puissant... » 
(Source : J.-M.-Rodrigue Villeneuve, L'un des vôtres, p. 303-304).


Les extraits poétiques ci-haut sont tirés
de l'ouvrage biographique consacré à
Paul-Émile Lavallée, L'un des vôtres,
dont l'auteur, J.-M.-Rodrigue Villeneuve,
deviendra plus tard cardinal-archevêque
de Québec. ll reste trois exemplaires
de ce livre sur le marché en ligne,
voyez ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Famille de Paul-Émile Lavallée, que l'on
voit à droite et âgé d'environ 12 ans.

(Source : J.-M.-Rodrigue Villeneuve, L'un des vôtres ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Séminaire de Joliette, vu de la rive opposée de la rivière
l'Assomption, à l'époque où Paul-Émile Lavallée y fit ses
études classiques, entre 1911 et 1918.

(Source : BANQ : cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Paul-Émile Lavallée, peu de temps avant
sa mort accidentelle, à l'âge de 23 ans.

(Source : J.-M.-Rodrigue Villeneuve, L'un des vôtres ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans les années 1920, cette croix était dressée à l'endroit où
fut trouvé le corps de Paul-Émile Lavallée, qui s'était noyé le
15 août 1922, alors qu'il se baignait dans le lac MacGregor.
La croix n'y est probablement plus de nos jours.

(Source : J.-M.-Rodrigue Villeneuve, L'un des vôtres ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice biographique sur Paul-Émile Lavallée dans Les Anciens
du Séminaire
, écrivains et artistes,  Joliette, 1927, p. 203-206.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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mercredi 24 avril 2019

Mon pays

Simone Routier (1901-1987)

(Source : René Pageau, Rencontres
avec Simone Routier
, Joliette,
Éditions de la Parabole, 1979)




                   Si, mon pays, je t'aime
   Pour tout cela de sain, de fort, de mâle en toi,
                   Pour le jeune poème
   De ton passé si fier de ton ardente foi,
                   Pour ta nature même. 

                   On veut partir souvent
   ― Tout être est versatile et prête plus de charmes
                   Au lointain captivant 
   Mais tu ne doutes pas, oh dis-moi, de tes armes :
                   Le rêve est décevant.

   Toujours on te revient comme à la main chérie,
                   À l'asile certain,
   Lorsqu'au ciel étranger notre âme s'est mûrie.
                   Le fol désir s'éteint
   S'il possède crûment toute sa rêverie. 

   Laisse-nous tôt partir ; avec moins de rancoeur
                   La vive expérience
   Saura rendre au prodigue enfant l'amour vainqueur,
                   Si d'une autre ambiance
   Le bonheur ne vaut pas celui de notre coeur.

                                  Simone Routier* (1928)




Tiré de : Simone Routier, L'Immortel adolescent, Québec, éditions Le Soleil, 1928, p. 167-168.

Simone Routier est née à Québec le 4 mars 1901, d'Alfred-Charles Routier et de Zélia Laforce. Son père était l'unique neveu et filleul de l'historien François-Xavier Garneau
   Diplômée du Monastère des Ursulines de Québec en 1920, elle étudia à l'Université Laval et à l'Université de Paris, où elle obtint en 1930 un diplôme en phonétique. Elle fut également graduée, l'année suivante, de la Faculté des Lettres de la Sorbonne. En 1945, elle paracheva des études de philosophie à l'Institut dominicain d'Ottawa
   De 1930 à 1940, elle fut dessinatrice-cartographe aux Archives publiques du Canada à Paris, puis, jusqu'en 1950, assistante-archiviste à la section des manuscrits à Ottawa. De 1950 à 1955, elle occupa le poste d'attachée de presse et d'information à l'ambassade canadienne à Bruxelles. Elle exerça les mêmes fonctions de 1955 à 1958 au consulat général canadien à Boston, où elle fut également vice-consule.
   Un drame la marquera pour la vie : en 1939, son fiancé, Louis Courty, mourut accidentellement la veille de leur mariage. 
   En 1929, elle avait remporté le Prix David pour son recueil de poésies L'Immortel adolescent. Son deuxième recueil, Ceux qui seront aimés, parut en 1930 et lui valut le diplôme d'honneur de la Société des poètes canadiens-français, de même que le diplôme des Jeux Floraux du Languedoc et la médaille du lieutenant-gouverneur. Elle publia également les recueils de poésie suivants : Les Tentations (1934) ; Les psaumes du jardon clos (1947) et Le long voyage (1947). Elle est également l'auteure de : Paris, Amour, Deauville (1932) ; Adieu Paris ! Journal d'une évacuée canadienne (1941 et 1942) et Réponse à « Désespoir de vieille fille » (1943).
   Membre, entre autres, de la Société des poètes canadiens-français, de la Société des poètes français (Paris) et de l'Académie canadienne-française, elle fut déléguée à de nombreuses biennales internationales de poésie et à divers congrès. Elle collabora à plusieurs journaux et revues tant au Québec qu'en Europe et prononça diverses conférences et causeries.
   En 1971, Simone Routier s'installa à Sainte-Anne-de-la-Pérade, où elle vivra jusqu'à sa mort survenue le 6 novembre 1987 à l'hôpital Saint-Joseph de Trois-Rivières. Elle est inhumée au cimetière de Sainte-Anne-de-la-Pérade. Elle avait épousé J.-Fortunat Drouin le 8 avril 1958.
(Sources : René Pageau, Rencontres avec Simone Routier, Joliette, Éditions de la Parabole, 1979 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 581 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nous jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 1182 ; Wikipedia ; Académie des Lettres du Québec).

Pour en savoir plus sur Simone Routier, voyez ICI un éclairant article d'Émilia Boivin-Allaire. 


L'Immortel Adolescent, recueil de Simone
Routier d'où est tiré le poème Mon pays,
ci-haut, dont trois exemplaires sont
encore disponibles, voyez ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Dans l'exemplaire numéroté 137 des 200 tirés à part de
L'Immortel Adolescent, Simone Routier a inscrit à la
main cette note corrigeant une erreur typographique.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension de L'Immortel Adolescent, premier recueil de poésies de Simone Routier,
d'où est tiré le poème Mon pays, ci-haut, par le journaliste et écrivain Harry Bernard
dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 26 octobre 1929.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension par l'écrivaine Michelle Le Normand du recueil
L'Immortel Adolescent dans Le Devoir du 7 décembre 1928.

(Source : BANQ : cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Autoportrait de Simone Routier (1925)
dans L'Immortel Adolescent.

Dédicace manuscrite de Simone Routier
dans son recueil Le long voyage (1947)

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Simone Routier à Paris, en 1935.

(Source : René Pageau, Rencontres
avec Simone Routier
, Joliette,
Éditions de la Parabole, 1979)

Le poète René Pageau a publié en 1979 cet
éclairant ouvrage sur la vie et l'oeuvre de
Simone Routier, suivi de lettres au poète
Alain Grandbois. On peut s'en procurer un
unique exemplaire restant ICI.

Article paru dans La Presse du 7 novembre 1987,
au lendemain de la mort de Simone Routier.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique parue dans
Le Soleil du 7 novembre 1987.

(Source : BANQ ; cliquer sur
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dimanche 21 avril 2019

Idéal

Alfred Descarries (1885-1958)

(Source : La Vie canadienne, supplément
au mensuel Le Roman canadien,
janvier 1929, p. 76)
 




   Fier poète, pourquoi tant d'aveugles écrits,
   Si ton âme a pour but, trop avide de gloire,
   D'atteindre un jour la cime inaccessible et noire
   Où jamais ne luiront les divins feux d'Iris ?

   L'art doit être, pour toi, la paix d'un oasis
   Où l'esprit repose, où la source aux yeux d'ivoire
   Calme le voyageur qui s'y penche pour boire,
   Et tu dois éprouver l'orgueil de Némésis.

   Dans tes écrits, toujours, ignore la faiblesse
   De crier à ton génie à celui qui le blesse. 
   Humble, suis le chemin d'austère vérité,

   Ce chemin où l'on croise, un matin de la vie,
   De plus brillants que soi, sans haine et sans envie,
   Sincère amant de l'art pour sa seule beauté. 

                                    Alfred Descarries(1916)




Tiré de : Revue Le Pays laurentien, Montréal, mars 1917, p. 43. Le poème a été publié quelques années plus tard dans : Alfred Descarries, Pour mon pays, Montréal, 1922, p. 94-95. 

*  Alfred Descarries est né le 8 décembre 1885 aux États-Unis. Peu après, sa famille s'établit à Beauharnois, où son père mourut lorsqu'il avait deux ans. Après le déménagement de sa famille à Montréal, en 1890, il fréquenta l'école primaire chez les Soeurs de la Providence et les Clercs de Saint-Viateur, puis l'école Montcalm. Dès l'âge de dix ans, pour subvenir aux besoins des siens, il fut contraint de quitter l'école et se retrouva sur le marché du travail, où il exerça plusieurs métiers, d'abord messager puis commis d'épicerie, correspondant pour une entreprise de tabac de Joliette, apprenti-typographe au journal Herald et au périodique Le Cultivateur. Il parvint finalement à entrer à La Presse puis au Journal. Il devint par la suite directeur de L'Étoile polaire de Labelle
   De retour à Montréal vers 1905, il fut attaché au bureau des ministres provinciaux de cette ville, puis fut nommé, en 1909, secrétaire de l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Quelques années plus tard, il travailla au palais de justice de Montréal, où il resta jusqu'à sa retraite. 
   Il collabora à plusieurs journaux et revues, dont, outre ceux ci-haut mentionnés, La Patrie, Le Canada, L'Album universel, L'Avenir du Nord, Le Progrès du Golfe, Le Canada français, Le Pays laurentien et La Revue canadienne.
  En plus de ses activités de conférencier, il publia divers recueils de poésies : Heures poétiques (1907) ; Variétés canadiennes (1908) ; Le Sillon (1914) ; L'Étincelle (1916) ; Pour mon pays (1922). Il écrivit des pièces de théâtre, dont Querelle de voisins (1904) ; Le pardon d'un gentilhomme (1904) ; La famille Beaufretin (1912) et Le dernier sacrifice.
   Alfred Descarries est mort à Montréal le 28 janvier 1958. Il avait épousé Angela Teletchia. 

(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 1138 ; revue La Vie canadienne, janvier 1929, p. 75-77)


Le sonnet Idéal, ci-haut, d'Alfred Descarries, est paru pour la première fois en mars 1917 dans
la revue Le Pays Laurentien, puis, en 1922, dans le recueil de poésies Pour mon pays, dont
il reste seulement un exemplaire sur le marché en ligne, voyez ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Signature d'Alfred Descarries sur la page couverture du recueil de
 poésies La Jonchée nouvelle, de Louis-Joseph Doucet, dont Les
poésies québécoises oubliées
ont publié Souvenance et Bise d'hiver.

Article biographique paru en janvier 1929 dans la revue littéraire
La Vie canadienne, supplément au mensuel Le Roman canadien.

(Source : BANQ ; Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Brève notice nécrologique parue dans La Presse du
29 janvier 1958. Aucune autre mention de la mort
 d'Alfred Descarries n'a été faite dans les journaux
et périodiques de l'époque, malgré le fait que,
quelques décennies auparavant, il avait été fort
actif dans les milieux littéraires du Québec.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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jeudi 18 avril 2019

La baie de Québec

Augustin-Norbert Morin (1803-1865)

(Source : Michel Lessard,
Québec éternelle, p­. 412)




   Quels sont ces attrayants rivages
   Que baigne un lac majestueux ?
   Quels monts riants quoique sauvages
   S'étendent au nord sous mes yeux ?
   Puis cette cime crénelée,
   Et ces vaisseaux aux mâts luisants ?
   Cette ville en cercle étalée, 
   Et ces clochers qui font appel aux ans ?

   Ces traits hardis de la nature,
   Ces oeuvres de l'homme et de l'art,
   Ces tons que cherche la peinture, 
   Que les vers n'offrent nulle part,
   Cette chatoyante féérie
   Du mirage à double horizon ;
   Ces lieux enfin c'est ma patrie :
   Combien ses fils l'aiment avec raison !

   Cette île qui ferme la baie,
   Jadis chère au dieu des buveurs*,
   Le soir quand la brise est tombée,
   S'agite au chant des rameurs.
   Dans ses nouvelles destinées
   Orléans préfèrent aux raisins
   Ses hauteurs d'épis couronnées,
   Ses bords peuplés d'intrépides marins. 

   Et toi, cataracte fumante,
   Émule du Niagara, 
   Au désespoir de quelque amante,
   Dis, si ton gouffre servira...
   Jamais. Notre sage Amérique
   Ne verra point un pareil saut.
   Son nécrologe prosaïque
   Nomme Sam Patch et n'a pas de Sapho.

   Restes des sanglants stratagèmes
   Entre des peuples indomptés,
   Les Hurons s'éteignent d'eux-mêmes,
   Là, sur des sables écartés.
   Ils ont adopté nos vices,
   Ont-ils pris aussi nos vertus ?
   De nos moeurs la docte malice,
   En les fixant, les a-t-elle abattus ?

   Ce fleuve, qui là se resserre,
   Vit naviguer avec ardeur,
   Vers une bourgade étrangère,
   Cartier, pilote ambassadeur : 
   Cartier que l'histoire infidèle
   Abandonne après ses travaux,
   Fut-il un des aïeux d'Adèle** ?
   Quelle est la terre où reposent ses os ?

   Ceux que la mer aventureuse
   Porte chez les Napolitains,
   Par une ressemblance heureuse,
   Voient Québec dans des flots lointains :
   Même entour, même grâce austère,
   Et même ensemble d'accidents.
   Notre Vésuve... Ah ! le cratère
   En puisse-t-il rester fermé longtemps !

   Mais la plage que j'ai chantée
   Comme nous a ses jours de deuil.
   Par le froid, l'onde tourmentée
   Offre un vaste et mobile écueil. 
   Ces rideaux, si verts tout à l'heure,
   Apportent les premiers frimas,
   La neige vient, l'hiver demeure,
   Adieu, zéphirs, moissons, verdure, mâts. 

                      Augustin-Norbert Morin*** (1841)



Tiré de : Le Répertoire national, tome 2, deuxième édition, Montréal, J. M. Valois & Cie Libraires-Éditeurs, 1893, p. 222-224.

* Jacques Cartier avait nommé l'Ile d'Orléans « Île de Bacchus », du nom du dieu romain des buveurs, parce qu'il y aurait vu des vignes.

** Adèle est le prénom de l'épouse d'Augustin-Norbert Morin, qu'il fréquentait au moment de composer ce poème. Il l'épousa deux ans plus tard. C'est la seule explication qui nous semble plausible de l'insertion du prénom Adèle dans ce poème. 

*** Augustin-Norbert Morin est né à Saint-Michel-de-Bellechasse le 13 octobre 1803, d'Augustin Morin, cultivateur, et de Marianne Cottin dit Duval. Grâce à l'intervention du curé de la paroisse, l'abbé Thomas Maguire, il put faire, de 1815 à 1822, ses études classiques au Petit séminaire de Québec
     Il se joignit après au journal Le Canadien, ce qui lui permit de payer ses études de droit, puis il fonda en 1826 un autre journal, La Minerve. Après avoir suivi les cours de Denis-Benjamin Viger à Montréal, il devint avocat.
    En 1825, il adressa une lettre au juge Edward Bowen dans laquelle il se portait à la défense de l'usage de la langue française dans les cours de justice. La publication de cette lettre le révéla au public.
   En 1830, il fut élu député de Bellechasse et il devint dès lors l'un des principaux dirigeants du Parti patriote. Rédacteur des 92 résolutions, il défendit celles-ci auprès de la monarchie britannique. 
   À Québec, il dirigea la rébellion de 1837, jusqu'à la suspension de la constitution en 1838. En 1839, il fut jeté en prison, après avoir été recherché pour « haute trahison » par l'oppresseur britannique. 
  À sa sortie de prison, peu après puisque l'accusation était infondée, il s'opposa à l'Acte d'Union. Durant les décennies 1840 et 1850, il occupa diverses fonctions dans les nombreux gouvernements de coalition. Il fut tour à tour élu député de Nicolet, Bellechasse et Chicoutimi. 
   De 1848 à 1851, il fut orateur (président) de l'Assemblée législative du Canada-Uni. Premier ministre du Canada-Est de 1851 à 1855, il co-dirigea le Canada-Uni avec Francis Hincks pour le Canada-Ouest, sous la bannière du Parti réformiste. En 1854 et 1855, il forma un autre gouvernement avec Allan MacNab, un libéral-conservateur. En 1854, il parvint à abolir le régime seigneurial. Il démissionna le 26 janvier 1855, alors qu'il fut nommé juge à la Cour supérieure, où il oeuvra à parfaire le Code civil du Canada-Est. 
   En 1852, il avait été nommé premier doyen de la faculté de droit de l'Université Laval de Québec. Il est aussi connu pour avoir fondé les villages de Sainte-Adèle (d'après le prénom de son épouse), Morin-Heights et Val-Morin, dans la région des Laurentides.
   Augustin-Norbert Morin est mort à Sainte-Adèle le 27 juillet 1865. Ses funérailles eurent lieu à Saint-Hyacinthe, où il fut inhumé dans l'église Notre-Dame-du-Rosaire ; après 1984, son cercueil fut transporté au cimetière de Sainte-Rosalie. Il avait épousé Adèle Raymond le 28 février 1843 à la cathédrale Notre-Dame de Québec
(Sources : Assemblée nationale du QuébecBiographi.caWikipedia ; R. P. L. Lejeune, Dictionnaire général du Canada, tome 2, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, 1931, p. 318-319)

Pour en savoir plus sur Augustin-Norbert Morin, cliquer ICI 


Le poème La baie de Québec, ci-haut, est
tiré de la deuxième édition du Répertoire
national
, tome 2.

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Augustin-Norbert Morin à l'époque des Rébellions
de 1837-38 auxquelles il participa activement.

(Source : Biographi.ca ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Augustin-Norbert Morin vers la fin de sa vie.

(Source : Wikipedia ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Deux anecdotes amusantes sur Auguste-Norbert Morin
tirées de l'ouvrage publié en 1913 par Edouard-Zotique
Massicotte
Anecdotes canadiennes, et que l'on peut
télécharger gratuitement ICI.

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Augustin-Norbert Morin ayant été une
figure majeure de l'histoire politique du
Québec, on lira avec grand profit cette
 très intéressante biographie signée
Jean-Marc Paradis et que l'on peut
se procurer dans toute bonne librairie.
Pour informations, cliquer ICI.

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Sam Patch, auquel Augustin-Norbert Morin fait allusion dans son poème ci-haut, était un
 jeune casse-cou américain, célèbre pour ses plongées dans les chutes Niagara et pour
d'autres sauts périlleux du genre. Il est mort à 22 ans, le 13 novembre 1829, en se
 jetant du haut des chutes Upper, à Rochester, dans l'état de New York. On aperçoit
à droite sa pierre tombale au cimetière de Charlotte, à Rochester, près du lieu où son
corps gelé fut retrouvé au printemps suivant dans la rivière Genesee.
Pour informations supplémentaires sur ce personnage légendaire, cliquer ICI (en anglais).


(Source de l'article : Gazette littéraire, revue française et étrangère de la littérature,
des sciences et des beaux-arts, Paris, première année, tome premier, 1830.
Source de la photo : Exploring Upstate )

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