mardi 27 octobre 2020

Au docteur J. K. Foran

Joseph Kearney Foran (1857-1931)

(Source : Le monument Crémazie, p. 24)




            Au docteur J. K. Foran, qui a traduit en 
            vers anglais deux de mes poèmes.


   Barde, à ton large front rayonne la fierté
   Des têtes que le feu de l'idéal entoure,
   Et l'on sent tressaillir sur ton luth enchanté
   Le souffle d'Ossian et le rythme de Moore

   Pour célébrer les champs, les bois, les vieux castels,
   Pour louer les héros dont on baise la trace,
   Pour chanter les combats et les deuils immortels,
   Tu vibres du frisson des poètes de race. 

   Et l'ardeur du soleil qui dore le lichen,
   L'arôme capiteux qui flotte sur la lande,
   L'éclat d'îlots qu'on croit détachés de l'Eden,
   Le frais gazouillement de la brise d'Irlande ;

   Les échos du vallon où ton ancêtre est né,
   L'attrait de la légende où revit maint fantôme,
   La sauvage splendeur du lac de Killarney,
   Le blond miroitement des toits couverts de chaume ; 

   La fraîcheur de la mousse enguirlandant les murs,
   Les bruits harmonieux des bois et des cascades,
   Le babil des ruisseaux, des joncs, des seigles mûrs,
   Le charme toujours neuf des antiques ballades ;

   L'éternelle verdeur de l'île des martyrs,
   La rumeur de Shannon, l'hymne de l'Atlantique,
   L'odeur du trèfle au pied des tours et des menhirs,
   Les sons mélodieux de la harpe celtique ;

   Chants, feux, ombrage, échos, sèves, souffles, senteurs,
   Tout cela vit, frémit, embaume et se reflète
   Dans les mots chatoyants de tes vers enchanteurs,
   Ô noble fils d'Erin ! Ô fier et grand poète !

   Et si mes humbles chants survivent à mes pleurs,
   S'ils résistent au temps, devant qui tout s'efface,
   C'est que ta lyre d'or, forte comme ta race,
   En aura prolongé l'écho dans tous les cœurs.

                              William Chapman* (1907)



Tiré de : William Chapman, Les aspirations, Paris, Librairies-Imprimeries Réunies, 107, p. 145-147.

* Pour en savoir plus sur William Chapman (1850-1917), poète beauceron, cliquer ICI.  

De William Chapman, les Poésies québécoises oubliées ont également publié À Percé et L'île d'Orléans

   Joseph Kearney Foran est né à Aylmer (Outaouais) le 5 septembre 1857, de John Foran et de Catharine F. Kearney. Il obtenu en 1880 un diplôme de droit à l'Université Laval, à Québec, puis, en 1894, un doctorat en littérature à l'Université d'Ottawa. 
  Membre du Barreau en 1881, il fut successivement avocat, journaliste puis fonctionnaire. Entretemps, à partir de 1883, à cause de sa santé précaire, il passa trois années dans les bois du nord. En 1886, il devint secrétaire de l'orateur (président) de la Chambre des Communes. C'est à partir de cette période qu'il commença à écrire des poèmes, essais et divers autres travaux littéraires. 
   Embrassant à partir de 1891 le métier de journaliste, il devint éditeur du journal Montreal True Witness. Conférencier très prisé devant des auditoires tant anglais que français, il donna plus de 2 000 conférences. En 1902, il devint greffier juridique de la Chambre des Communes.
   Influencé par le poète James Donnelly, avec qui il se lia d'amitié durant ses études à l'Université Laval, cet Anglo-Irlandais fut durant toute sa vie un ardent défenseur des droits des Canadiens-français et un fervent admirateur de la langue et de la culture françaises. En 1916, l'Académie française lui fit part de son appréciation pour deux de ses poèmes, intitulés Le dernier regard de Napoléon et L'enterrement de Rouget de Lisle
   Il a publié plusieurs ouvrages de droit et de littérature, dont The spirit of the age, on faith and infidelity (1885) ; An essay on obligations (1886) ; Poems and Canadian Lyrics (1895) ; Jeanne Mance or the Angel of the colony (1931) et deux ouvrages posthumes, A Garland : Lectures and poems (1931) ; Blossoms of the past (1935). Il est également l'auteur d'une nouvelle, Simon the Abenakis.
   Ayant pris sa retraite en 1924 pour des raisons de santé, Joseph Kearney Foran est mort à Ville Mont-Royal le 8 mars 1931. Il avait épousé Louisa Davis à Ottawa, en 1892. 
(Sources : Faculty Marianopolis ; Ancestry.ca ; La Presse, 17 mars 1931 et 25 avril 1931). 


Le poème Au docteur J. K. Foran, ci-haut, est tiré 
du recueil Les aspirations, de William Chapman,
poète né en Beauce que l'on voit sur cette photo.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Joseph Kearney Foran jeune enfant avec sa mère. 

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


C'est durant ses marches fréquentes avec son ami le poète James Donnelly 
sur la terrasse Dufferin, à Québec, durant ses études en droit à l'Université 
Laval à la fin des années 1870, que Joseph Kearney Foran, Anglo-Irlandais 
de naissance, devint un ardent défenseur des droits des Canadiens-français. 
 Foran raconte les circonstances de cette influence dans une conférence qu'il 
donna en 1912 sur l'œuvre littéraire de James Donnelly, mort en 1900, et
qu'il s'attacha à transmettre aux générations futures. Pour prendre 
connaissance du texte de cette conférence, cliquer sur cette image 
de la terrasse Dufferin tel qu'elle paraissait en 1880, époque où 
Foran et Donnelly y déambulaient fréquemment : 

(Source : BANQ)

Dans une entrevue qu'il accorda au journal Le Canada et parue le 27 décembre 1917, 
Joseph Kearney Foran raconte les raisons de son ardente sympathie envers les 
Canadiens-français. Il y évoque notamment l'influence du poète James Donnelly.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Peu après la mort de James Kearney Foran, en 1931, ses proches 
ont publié un recueil de ses principaux écrits et discours, dont
une vigoureuse Défense des Canadiens-français. On peut 
consulter ce texte, préalablement paru dans La Presse 
en 1918, en cliquant sur cette image :



L'attachement de James Kearney Foran pour les 
Canadiens-français, dont il alla jusqu'à promouvoir 
la culture et à faire sienne son histoire, se vérifie 
également dans le discours qu'il donna lors de 
l'inauguration du monument Crémazie, au carré
Saint-Louis à Montréal, le 24 juin 1906. Pour
lire ce discours, cliquer sur cette image du
monument Crémazie : 

(Source : imtl.org)

James Kearney Foran vers 1895. 

(Source : son livre Poems
and Canadian Lyrics
)

James Kearney Foran vers la fin de sa vie active. 

(Source : J. K. Foran, A Garland (recueil posthume), Montréal, 1931)


James Kearney Foran fut un témoin privilégié de la vie sociale, littéraire
et politique canadienne-française de la deuxième moitié du XIXe siècle 
et du début du XXe. Il raconte quelques-unes des scènes dont il fut 
témoin dans un récit que l'on peut consulter en cliquant sur cette
 image tirée du recueil posthume A Garland, paru l'année de sa mort : 


La Presse, 17 mars 1931.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


La Presse. 25 avril 1931.

(Source : BANQ)

James Kearney Foran repose au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. 
Sur la première photo, son monument funéraire tel qu'il paraissait en 1931, peu
après son inhumation. Sur l'autre photo tel qu'il paraît de nos jours.

(Sources : première photo, J. K. Foran, A Garland (recueil posthume), 1931 ; 
deuxième photo : Find-A-Grave)


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