lundi 30 juillet 2018

Hélas !

Germain Beaulieu (1870-1944)
(Source : BANQ)




   Rien ne nous satisfait ; nous sommes tous les mêmes,
   Maudissant aujourd'hui les beaux jours du passé ;
   Et l'amertume coule entre nos lèvres blêmes,
               Comme l'eau d'un vase brisé.

   Les autres vont jetant leurs rires par saccades,
   Et chaque heure qui passe a pour eux des bienfaits ;
   Tandis que de nos yeux, les larmes, en cascades,
               Hélas ! ne tariront jamais ! 

   Sous les coups assurés et rigoureux du rire,
   Nous irons au hasard, sans cesser d'être fous,
   Et nous finirons tous comme le chien qui crève
               Sous une grêle de cailloux.

   C'est qu'ils ne savent pas de quoi notre âme est faite,
   Ceux qui blâment ainsi nos âmes de rêver.
   Pardonnons au dédain qu'ils ont pour le poète :
               Sachons plus haut nous élever !...

                            Germain Beaulieu* (1900)



Tiré de : École littéraire de Montréal, Les Soirées du Château de Ramezay, Montréal, Eusèbe Sénécal et Cie Imprimeurs-Éditeurs, 1900, p. 258.

* Germain Beaulieu est né à Rivière-Blanche (canton de Matane) le 30 avril 1870, du mariage de Joseph Beaulieu et de Basilisse Pelletier. Orphelin en bas âge, il fut adopté par une famille de Montréal. Après ses études à l'École normale Jacques-Cartier, il s'inscrivit en droit et fut admis au Barreau en juillet 1894. Il ouvrit une étude légale à Montréal.
   Très jeune, il collabora au journal Le Pays et à de nombreux autres périodiques où, sous plusieurs pseudonymes, il fit paraître des poésies et des critiques littéraires.
   En novembre 1895, il fonda, avec Louvigny de Montigny et Jean Charbonneau, l'École littéraire de Montréal dont il devint le premier président. Il en sera l'âme pendant quarante ans. Il s'opposa à l'idée de transformer l'École littéraire de Montréal en une sorte d'Académie française du Québec. Il s'est moqué de cette idée dans un ouvrage satirique, Nos Immortels.
   En 1909, il devint secrétaire de la Société des Artisans canadiens-français et s'occupa, souvent seul, de la rédaction de son périodique La Semaine.
   Il s'intéressa à l'entomologie et participa à l'organisation du Musée entomologique canadien et de la Société canadienne d'histoire naturelle, dont il assuma la première présidence en 1923. Il avait auparavant publié, en 1908, une Étude sur les insectes du Canada dans la Revue Canadienne, puis en 1924 il fit paraître une brochure intitulée Insectes nuisibles de la province de Québec.
   Nommé conseiller juridique du ministère de l'Agriculture en 1930, il vint résider à Québec.
   En 1905, dans un article intitulé L'avenir des Canadiens Français et paru dans Le Nationaliste, il fut l'un des premiers à promouvoir l'indépendance du Québec. En 1909, il réitéra ses convictions indépendantistes dans un article intitulé Où allons-nous ? (texte ICI). Une autre cause dont, à la même époque, il fut l'un des précurseurs est celle de l'éducation gratuite et obligatoire.
   Atteint de demi-cécité, Germain Beaulieu se retira à Rigaud, où il mourut le 18 juin 1944. Il avait épousé Graziella Cassegrain le 11 juin 1898 et, en secondes noces, Rita Lanctôt le 31 octobre 1911. 
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 767-768 ; Wikipedia).

Le poème Hélas !, ci haut, est tiré du recueil Les Soirées du Château de Ramezay,
de l'École littéraire de Montréal. Cet exemplaire contient une dédicace manuscrite
de Wilfrid Larose, président de l'École en 1900, adressée à Lomer Gouin

gendre d'Honoré Mercier et alors ministre, puis qui devint premier ministre 
du Québec de 1905 à 1920.
(Photo de W. Larose : BANQ ; collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Les membres de l'École littéraire de Montréal
l'année où parut Les Soirées du Château de Ramezay.
Germain Beaulieu est au milieu de la rangée du bas, 

le numéro 4 juste à gauche de Nelligan.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Portrait de Germain Beaulieu par
Albert Ferland. (Source : BANQ)

La Presse, 20 juin 1944, p 18.
(Source : BANQ)

1 commentaire:

  1. Je ne cherchais pas Germain Beaulieu, mon grand-père maternel, sur Wikipédia. Mais le hasard me l’a fait découvrir, et ma curiosité m’a conduit jusqu’à cette page publiée en 2018 (!) dans la série « Poésies québécoises oubliées ». J’ai vu Germain Beaulieu pour la dernière fois dans son cercueil en 1944. J’avais 5 ans. Plus tard, on m’a vanté un peu son talent littéraire et son âme de naturaliste, mais sa verve poétique ainsi que ses luttes socio-politiques et son athéisme me furent cachés pendant la moitié de ma vie. C’est vers l’âge de 50 ans que j’ai découvert que mon plus riche héritage familial résidait dans ce que mon grand-père Germain Beaulieu avait laissé d’immatériel. Aujourd’hui, a 81 ans, je découvre de ses poèmes et photos, extirpés de l’oubli par des gens passionnés que je remercie infiniment d’avoir publié cela sur le Web.
    Paul Germain Beaulieu, auteur du recueil de poésie « A corps et à cris » (Editions d’Acadie, 1980) et du guide ornithologique « Aves de las lagunas costeras de Oaxaca, México » (Conabio, 2016).

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