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vendredi 27 décembre 2019

Chant des hirondelles

Charles-Marie Ducharme (1864-1890)

(Source : BANQ)




   Envolons-nous à tire d'aile,
       Vers nos séjours chéris ;
   Envolons-nous à tire d'aile,
       Le zéphyr nous appelle
       Dans les vallons fleuris.

   Chantons des hymnes, des berceuses,
       Les chansons du retour ;
   Chantons des hymnes, des berceuses,
       Nous revenons, joyeuses,
       Aux premiers feux du jour.

   Laissons nos ailes dans l'espace,
       Légères, se bercer ;
   Laissons nos ailes dans l'espace,
       Sur la brise qui passe
       Doucement reposer.

   Un vert roseau, là-bas, s'incline
       Sur le flot gémissant ;
   Un vert roseau, là-bas, s'incline
       Et la plage lutine
       Le caillou blanchissant.

   Voici des mousses, des feuillages,
       De beaux lilas en fleurs ;
   Voici des mousses, des feuillages,
       Des fleurettes sauvages
       Aux brillantes couleurs.

   Voilà des bosquets, des prairies,
       Un ruisseau qui s'enfuit ;
   Voilà des bosquets, des prairies,
       Vers ces touffes fleuries
       Dirigeons-nous sans bruit. 

   D'un crin, d'une plume soyeuse,
       Tressons nos frais séjours ; 
   D'un crin, d'une plume soyeuse,
       Sous la feuille dormeuse,
       Protégeons nos amours !

           Charles-Marie Ducharme (1884)



Tiré de : La Revue canadienne, volume 21, 1885, p. 220-221. Le poème est également paru dans : John Hare, Anthologie de la poésie québécoise du XIXsiècle (1790-1890), Montréal, éditions Hurtubise-HMH, 1979, p. 397-398. 

Pour en savoir plus sur Charles-Marie Ducharme, voyez la notice biographique sous sa Poésie de Noël pour Séraphinette, ou cliquez sur cette image : 




De Charles-Marie Ducharme, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le vieux moulin


Dédicace du livre Ris et croquis écrite de la main de son auteur
Charles-Marie Ducharme et adressée au poète William Chapman.
Un mauvais travail de reliure a malheureusement amputé
les dernières lettres des mots, à droite.


(Collection Daniel Laprès)

L'hirondelle des granges, dessin de Roland
Jolicoeur
, élève au Collège de L'Assomption,
dans Gédéon Boucher, Gazouillis, Saint-Jean-
sur-Richelieu, Les éditions du Richelieu, 1940.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

D'abord publié en 1885 dans La Revue canadienne,
le Chant des hirondelles, ci-haut, de Charles-Marie
Ducharme, est également paru en 1979 dans
l'Anthologie de la poésie québécoise du XIXe
siècle
, de John Hare, un ouvrage aussi utile
que précieux, dont on peut trouver de rares
exemplaires ICI, ICI et ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

mercredi 12 décembre 2018

Poésie de Noël pour Séraphinette

Charles-Marie Ducharme (1864-1890)

(Source : BANQ)




   Ding dong, ding dong, la cloche sonne,
   Séraphinette ouvre les yeux ;
   Ding dong, réveille-toi mignonne,
   N'entends-tu pas ses airs joyeux ?

   Mets ta couronne de fleurs blanches,
   Ton bleu collier et ta croix d'or ;
   Mets ta toilette des dimanches,
   L'enfant Jésus sourit encore ;

   Il te sourit ma blondinette,
   Ma blondinette au bel oeil noir ;
   Il dit tout bas : « Séraphinette,
   Pourquoi ne veux-tu plus me voir ? »

   Voici ce bouquet de fraîches roses,
   Ces fins joujoux dans ton soulier ;
   Pour toi, toutes ces belles choses
   Vont garnir ton berceau d'osier.

   Par les ajours de la dentelle, 
   La dentelle de tes rideaux,
   Le soleil sur ta main cisèle
   Des fleurs d'or, de petits anneaux,

   Anneaux jolis qui semblent dire
   À la dormeuse du berceau : 
   « Ô ma charmante, il faut sourire
   Aux doux rayons du jour nouveau ».

   Voici l'heure où, dans le village,
   Les mignonnettes comme toi, 
   À la crèche du voisinage
   Vont adorer leur petit roi :

   Ce chérubin si blond, si rose,
   Aux menottes de blanc satin,
   Qui sur les brins mousseux repose
   Et lève au ciel son oeil mutin.

   Ding dong, ding dong, la cloche sonne,
   Séraphinette ouvre les yeux ;
   Ding dong, réveille-toi mignonne :
   N'entends-tu pas ses airs joyeux ?

               Charles-Marie Ducharme(1889)




Tiré de : Le Monde illustré, Montréal, 21 décembre 1889.

*  Charles-Marie Ducharme est né à Trois-Rivières le 30 juin 1864, de Prosper Ducharme, cultivateur, et d'Elmina Turcotte. Il fit de brillantes études classiques au Collège Sainte-Marie, de Montréal. Il devint par la suite notaire. Associé à Narcisse Pérodeau, à Montréal, il consacrait tous ses loisirs à la littérature, publiant une foule de pièces en prose et de poésies dans divers journaux et revues, dont La Revue canadienne, Le Monde illustré, Le Bazar, L'Étendard et Le National. En 1889, il publia un recueil de ses meilleurs textes en prose sous le titre de Ris et Croquis. De décembre 1889 à août 1890, il publia trente-six chroniques sur la littérature canadienne-française de la précédente décennie.
   Décidé à se consacrer exclusivement à la littérature, il abandonna l'exercice du notariat vers la fin de 1889, mais il fut terrassé par une maladie (phtisie ou paralysie, les deux choses ont été dites) qui causa sa mort, à Montréal, le 7 novembre 1890. Il n'avait que 26 ans.
  L'historien et critique littéraire John Hare a écrit au sujet des poésies de Charles-Marie Ducharme : « Ses quelques poèmes demeurent comme un témoignage du goût renouvelé pour la littérature au Québec autour des années 1890 ».
(Sources : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 662 ; John Hare, Anthologie de la poésie québécoise du XIXe siècle (1790-1890), Montréal, éditions Hurtubise HMH, 1979, p. 397 ; Ancestry.ca

Pour en savoir plus sur Charles-Marie Ducharme et son combat pour l'éveil culturel de la nation canadienne-française, cliquez ICI

De Charles-Marie Ducharme, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le Vieux moulin (cliquer sur le titre).



Poésie de Noël pour Séraphinette, ci-haut,
a été publié dans l'édition du 21 décembre
1889 de l'hebdomadaire Le Monde illustré.

(Source : BANQ ;
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Charles-Marie Ducharme adressée au
poète William Chapman, dans  son livre Ris et Croquis, paru en
1889. Un mauvais travail de reliure a malheureusement amputé
la dédicace de quelques lettres à droite.

(Collection Daniel Laprès)

L'historien et critique littéraire John Hare
a inclus Charles-Marie Ducharme dans son
excellente Anthologie de la poésie québécoise
du XIXe siècle
, parue en 1979 et dont on peut
trouver quelques rares exemplaires ICI

Acte d'inhumation de Charles-Marie Ducharme au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, qui appartient à la paroisse Notre-Dame-de-Montréal. On y lit :

« Le Dix Novembre mil huit cent quatre-vingt-dix, Nous Prêtre soussigné avons inhumé dans le Cimetière de cette Paroisse le corps de Charles Ducharme, écrivain, notaire, fils de Prospère (sic) Ducharme et de feue Elmina Turcotte, décédé le sept du mois courant, âgé de vingt-six ans, de cette paroisse. Témoins : Évariste Dupré, intendant et Ferdinant Savage, commis, qui ont signé. H. Laurier, Prêtre ».

Puisque les témoins ayant signé sont l'intendant et un commis du cimetière, il ne semble pas que des membres de la famille de Ducharme aient assisté à ses funérailles, ce qui peut être compréhensible puisqu'elle était de la région de Trois-Rivières et que les communications à l'époque n'étaient pas aisées, et ce, d'autant plus que la famille ne semblait pas être fortunée, ce que peut laisser entendre le fait que la tombe de Ducharme n'est plus repérable de nos jours, ce qui indique qu'il a été enterré dans une fosse commune. On y apprend aussi que sa mère était alors déjà décédée.

(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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dimanche 29 avril 2018

Le Vieux Moulin

Charles-Marie Ducharme (1864-1890)
(Source : BANQ)




   De tes murs, vieux moulin, peux-tu dire l'histoire ?
   Te souviens-tu du jour où le feu destructeur, 
   Jaloux de ta structure, envieux de ta gloire,
   Rampait sur tes flancs gris, comme un vil malfaiteur ?

   Bien des lustres, depuis, sont venus en cortège
   Assaillir tes parois, brunir ta ronde tour
   Et, vainement encor, la banquise de neige 
   Tente, chaque printemps, d'éviter ton contour. 

   Le bouillant Saint-Laurent te jette son écume,
   Les entraves d'azur de son flot courroucé :
   Tu brises, impassible, et la vague qui fume
   Et le cristal massif sur ta base lancé. 

   La flamme a pu ravir ton toit, tes longues ailes,
   Tes cylindres durcis par le grain du froment,
   Tes cadres de bois brut, tes rustiques poutrelles,
   Mais tes cailloux ternis ont sauvé leur ciment. 

   Et, vigilant gardien posté sur le rivage,
   Près des sables dorés et des tendres roseaux,
   Ton vaste bouclier couvre le voisinage,
   Ses nids, ses toits, sa ville, au bas des bleus côteaux...

   Contre l'élan fougueux de l'errante banquise
   Moulin, longtemps encor, protège ta cité,
   Veille sur ses décors, sur ses foyers qu'attise
   Le sourire invitant de l'hospitalité !

   Et, quand tu sentiras tes massives assises
   Fléchir comme un rocher miné par le flot vert ; 
   Quand des mille fragments de tes murailles grises
   Le gazon refoulé se verra recouvert :

   Pourrais-je, vieux moulin, en voyant tes ruines,
   Te refuser, ingrat, un hommage empressé ?
   Oublier, sous tes murs, mes courses enfantines
   Et ne point évoquer ton glorieux passé ?

   Non, non, Trifluvien, dans mes jeunes années,
   Je ne saurais laisser sur l'aile du zéphyr
   Les reliques d'antan à l'oubli condamnées :
   De tes exploits, toujours, j'aurai le souvenir ! 

                 Charles-Marie Ducharme (1888)


Tiré de : Revue Canadienne, avril 1888, p. 221-222. Charles-Marie Ducharme a ajouté à son poème la note suivante : « Ce moulin situé sur le bord du fleuve, en amont des Trois-Rivières, a souvent protégé cette cité, au printemps, contre les glaces du Saint-Laurent ».


Pour en savoir plus sur l'éveilleur intellectuel et culturel qu'était Charles-Marie Ducharme, cliquer ICI. 



Le Vieux Moulin de Trois-Rivières, près du fleuve Saint-Laurent,
tel qu'il apparaissait sur une carte postale datée de 1906.
(Source : Patrimoine culturel québécois ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

En 1975, le Vieux Moulin célébré par Charles-Marie Ducharme a été
transporté sur le site de l'Université du Québec à Trois-Rivières.
(Source : Patrimoine culturel québécois ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

En 1889, Charles-Marie Ducharme a publié un recueil d'essais et 
de proses, intitulé Ris et croquis. Un exemplaire contient une 
dédicace de Ducharme au poète William Chapman. Un mauvais
travail de reliure a 
malheureusement amputé les dernières lettres
des mots, à droite 
(collection Daniel Laprès).

Dans son excellente Anthologie de la poésie
québécoise du XIXe siècle
, le regretté John Hare
a jugé bon d'inclure un poème de Charles-M.
Ducharme. Hare voit les poèmes de Ducharme
comme « un témoignage du goût renouvelé pour
la littérature au Québec autour des années 1890 ».