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lundi 16 novembre 2020

Retour au village natal : la rivière du Sud

La rivière du Sud

(Source : La Voix du Sud)




      (Troisième partie du poème Retour au village natal ;
      L'auteur est né à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud)



   J'ai vu dans son vieux paysage
         La rivière du Sud,
   Où je me jetais à la nage,
         Où j'accordais mon luth ;

   Cette rivière aux flots limpides
         Où, glissant en bateau,
   Je suivais des yeux les rides
         Du sillage sur l'eau...

   Où, m'asseyant sur quelque roche,
         Je guettais le poisson
   Qui se mouvait agile au proche
         Et mordait l'hameçon...

   Collégien d'humeur tranquille,
         Par les jours d'été chaud,
   J'y venais étudier Virgile
         Dans un creux des coteaux.

   Le bruit constant des moissonneuses 
         Aux champs pleins de soleil,
   Donnait aux églogues fameuses
         Un charme sans pareil. 

   Belle rivière, sur tes grèves
         Qu'ombragent ces doux bois, 
   Elle et moi faisions de beaux rêves
         Bien souvent autrefois,

   Et revenions parmi les seigles
         Au son de l'Angélus,
   Avec mille propos espiègles,
         Et des cœurs tout émus ! 

                  Jules Gendron (1930)



Tiré de : La Côte-du-Sud vue par ses poètes : anthologie compilée par Gaston Deschênes, inédit, Sainte-Foy, 1987. 

Pour en savoir plus sur Jules Gendron, voyez la notice biographique et les documents sous son poème L'amour et la gloire

Jules Gendron (1868-1947)

(Source : son poème épique La légende des chevaliers d'Oïl,
Québec, éditions Victor Lafrance, 1928)

La rivière du Sud à Saint-François-de-la-rivière-du-Sud,
village natal de Jules Gendron, auteur du poème ci-haut.

(Source : Chaudière-Appalaches)

Jules Gendron est l'un des 100 poètes présentés dans 
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L'historien Gaston Deschênes, dont on peut suivre l'intéressant carnet-web ICI, est
le concepteur de La Côte-du-Sud vue par ses poètes, une anthologie non publiée
d'où est tiré le poème ci-haut de Jules Gendron. Il a publié d'autres ouvrages sur sa
région natale de la Côte-du-Sud, dont (cliquer sur les titres pour plus d'informations) : 

Les origines littéraires de la Côte-du-Sud ;

L'Année des Anglais : la Côte-du-Sud à l'heure de la Conquête ;

Curiosités de la Côte-du-Sud (avec Pierre Lahoud).

vendredi 20 juillet 2018

L'Amour et la Gloire

Jules Gendron (1868-1947)

(Source : La Légende des Chevaliers d'Oïl)




   Certain adolescent avait un amour rare
   Dont il était jaloux, dirai-je même avare.
   De doux projets tous deux ils remplissaient leurs jours.
   L'heure était enivrante alors que sur le cours
   Des routes ils cueillaient en errant des pervenches.
   L'heure était ineffable alors que, sous les branches
   Des saules, au ruisseau, l'un près de l'autre assis,
   Vers la brune, ils chantaient les refrains du pays. 
   L'heure était absorbante au sommet des montagnes,
   Alors qu'en admirant la beauté des campagnes
   Ils bâtissaient ensemble aux lointaines Espagnes.
   Et l'heure était céleste alors que, tard le soir, 
   Leurs lèvres se touchaient en se disant : « Au revoir !»

   Un jour vint cependant où dans l'âme sereine 
   Du bel adolescent régnait une autre reine ; 
   La Gloire aussi hanta son mobile cerveau,
   Et l'entraîna bien loin du paisible hameau. 
   En vain son doux amour versa d'amères larmes,
   Et, pour le retenir, épuisa tous les charmes,
   Il voulut embrasser la carrière des armes ;
   Sur maints champs de combat, pour des exploits hardis,
   Eut son sein décoré d'étoiles en rubis ; 
   Fréquenta les palais des rois et des marquis,
   Vit marcher devant lui la haute Renommée. 
   Un soir, dans un pays sauvage, son armée, 
   Par le fer ennemi, hélas ! fut décimée.

   Blessé grièvement dans ce combat fatal,
   Oublié sur le champ dans l'effroi général,
   Il sentit approcher bientôt l'heure dernière.
   Les vastes cieux d'Afrique étaient pleins de lumière,
   Et la brise effleurait doucement tous les morts. 
   Se soulevant avec de pénibles efforts,
   Et tirant de son sein un médaillon modeste,
   Il contempla mourant, hélas ! ce qui lui reste
   Des bonheurs d'ici-bas et des jours du passé : 
   Le portrait tout fané d'un amour délaissé.

   Lors essuyant des pleurs qui coulaient sur sa joue,
   Il murmura ces mots : « Bien fol est, je l'avoue, 
   Celui qui pour la Gloire abandonne l'Amour !
   Un jour vient où les rois, les honneurs et la Cour
   Ne peuvent consoler les peines de notre âme
   Comme le coeur aimant de la plus humble femme ». 
   Il dit, et sur le sol rougi tôt expira,
   Sur ses lèvres pressant l'image de Laura. 

                                         Jules Gendron(1914)



Tiré de : Jules Gendron, La Légende des Chevaliers d'Oïl, Québec, éditions Victor Lafrance Limitée, 1928, p. 253-255.

* Jules Gendron est né à Saint-François-de-Montmagny (aujourd'hui Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud) le 31 mars 1868, de Stanislas Gendron et d'Apolline Morin. Il passa les onze premières années de sa vie auprès de sa grand-mère, Élisabeth Gendron-Dominy, car son père était encore étudiant en droit notarial. À la mort de celle-ci, il réintégra sa famille où il était considéré comme un étranger.
   Pensionnaire au Collège de Lévis de 1881 à 1888, il s'inscrivit à la Faculté de droit de l'Université Laval et obtint son diplôme en 1891. Il décida alors d'entreprendre des études de médecine et se rendit à l'université Hamline, à Saint-Paul, dans l'état du Minnesota aux États-Unis. Il reçut son diplôme de médecine en 1896, puis exerça sa profession à Centerville, à Crookston, pour finalement s'établir à Grands Rapids, dans l'état du Michigan.
   Membre de la Société des Poètes canadiens, il publia en 1928 La Légende des Chevaliers d'Oïl, puis en 1940 La Geste, La Laurentiade et Memoirs of a Country Doctor. Un recueil, Échos poétiques, achevé en 1930, est resté à l'état de manuscrit et serait conservé dans les archives de l'Université Laval. 
   Jules Gendron a épousé Marie Emma Juliette Pelletier à Crookston, vers 1904. Il est mort à Grand Rapids le 11 septembre 1947.
(Sources : Gaston Deschênes, Les origines littéraires de la Côte-du-Sud, Sillery et Sainte-Foy, éditions Septentrion et éditions des Trois-Saumons, 1996, p. 96 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 627-628).


L'Amour et la Gloire, ci-haut,
est tiré du poème épique
La Légende des Chevaliers d'Oïl

Pour en savoir plus sur cette oeuvre, 
cliquer ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans l'introduction de La Légende des Chevaliers d'Oïl,
Jules Gendron confie à son poème la mission de
transmettre aux descendants de la Nouvelle-France
tout son amour envers sa patrie qu'il n'oublie pas.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Mention du décès de Jules Gendron dans
Le Soleil du 12 septembre 1947, p. 10.

(Source : BANQ


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