vendredi 22 février 2019

Au gré de l'onde

Albert Ferland (1872-1943)

(Source : son recueil Mélodies poétiques)




   Pour me charmer murmure encore,
   Ô mon aimable Saint-Laurent,
   Si tu veux que, jusqu'à l'aurore, 
   Ma nef s'abandonne au courant. 

   Oui, que ta vague la plus tendre,
   Sous les frais baisers du zéphyr,
   À mon oreille fasse entendre
   Son plus harmonieux soupir. 

   Que j'aime, lorsque tout sommeille,
   Hormis l'étoile, qui, la nuit,
   Semble sur nous un oeil qui veille,
   Rêver sur l'onde qui s'enfuit !

   Que j'aime, quand je te caresse
   Amoureusement de la main,
   Te voir, comme ému de tendresse,
   Soulever mollement ton sein !

   Que j'aime, accompagnant ta vague,
   Voir, en déroulant leurs splendeurs,
   Tes bords se perdre dans le vague
   Des ténébreuses profondeurs !

   Quelquefois auprès de la rive
   Dont j'écoute les doux accords,
   Dans ma nacelle qui dérive,
   Au roulis des eaux je m'endors.

   Tandis que, ravi, je contemple
   Les beautés sublimes des cieux,
   Ce grandiose et vaste temple
   Où par l'astre Dieu parle aux yeux ;

   Tandis qu'un rocher, noir panache
   Narguant le front des horizons,
   À son épaule immense attache
   Une épaulette de rayons ;

   Comme un doux coursier dont les rênes
   Flottent librement sur son cou, 
   Dans la nuit sombre tu m'entraînes
   Et me porte je ne sais où. 

   Ah ! que ton flot caresse encore
   Le flanc de mon léger vaisseau,
   Et me berce jusqu'à l'aurore
   Comme l'enfant dans son berceau !

   Et ne crains pas de me déplaire
   En me faisant suivre ton cours ; 
   Car partout ta rive m'est chère : 
   Elle est le nid de mes amours. 

                     Albert Ferland(1893)



Tiré de : Albert Ferland, Mélodies poétiques, Montréal, P. J. Bédard Imprimeur-Relieur, 1893, p. 61-64.

* Albert Ferland est né à Montréal le 23 août 1872, d'Alfred Ferland et de Joséphine Hogue. Ayant refusé d'entreprendre des études classiques, il travailla tour à tour dans une épicerie, une étude d'avocat, à l'imprimerie Beauchemin et dans la fabrique de son père, avant d'enseigner le dessin et la gravure, notamment au Monument-national. Autodidacte, il parvint en quelques années à acquérir une culture considérable.
   Pendant ce temps, publia des poèmes dans les périodiques Le Samedi et Le Monde Illustré. Il participa en 1895 à la fondation de l'École littéraire de Montréal, dont il fut le secrétaire de 1900 à 1903, puis le président en 1904. La même année, il publia l'unique numéro de la Revue de l'art. Il est l'auteur de quatre recueils de poésies : Mélodies poétiques (1893) ; La consolatrice (1898) ; Femmes rêvées (1899) ; Le Canada chanté (en 5 volumes, parus de 1908 à 1946).
   Vers 1910, il décrocha un emploi comme dessinateur pour le service postal. Mais lorsque des coupures budgétaires provoquèrent sa mise à pied, il se vit plongé dans la misère. Comme le raconte son biographe Gaëtan Dostie : « Quand on le força à prendre sa retraite, le 28 janvier 1941, à 69 ans, il supplia qu'on prolonge son emploi car il n'avait droit à aucune pension. L'indigence fut son lot. Il dut quêter ses médicaments souventes fois. En novembre 1943, il attrape une grippe dont il ne se remettra pas ». 
   Albert Ferland est mort à Montréal le 9 novembre 1943. Il avait épousé en 1894 Eugénie Chapleau. 
(Sources : Gaëtan Dostie et Jean-Guy Paquin, Albert Ferland, 1872-1943, Du pays de Canard Blanc Wâbininicib au plateau Mont-Royal, Montpellier (Outaouais), 2003 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 508 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 478 ; La Tribune, 11 novembre 1943). 

D'Albert Ferland, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Retour des corneilles.


Au gré de l'onde, ci-haut, est tiré du recueil
Mélodies poétiques, d'Albert Ferland. On
peut ICI le télécharger gratuitement.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cet ouvrage consacré à l'artiste remarquable
qu'était Albert Ferland est paru en 2003. On
peut trouver ICIICI, ICI, ICI et ICI de
rares exemplaires de ce livre qui contient
de nombreuses poésies de Ferland.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'écrivaine Gaëtane de Montreuil, dont les Poésies québécoises oubliées ont présenté le
poème Maniwokon : la légende du Lac au Fantôme, a publié cet hommage à l'occasion du
la mort d'Albert Ferland, dans Le Devoir du 13 novembre 1943.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cet hommage signé par l'écrivain et journaliste Roger Duhamel
est paru dans Le Devoir du 20 novembre 1943.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Tribune, Sherbrooke, 11 novembre 1943

(Source : BANQ)

Le Devoir, 10 novembre 1943

(Source : BANQ)


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