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mardi 26 juillet 2022

Fécondité

Jean-Louis Guay (1903-1932)

(Photo : courtoisie de Madeleine
Guay, sa petite-nièce)




   Suis-moi sur la colline où l'horizon recule,
   Grandissant à nos yeux la campagne au repos,
   Viens contempler les champs, les bois et les troupeaux
   Avant que soient trop bas les feux du crépuscule.

   Quelque part et si loin que le regard se porte,
   Le foin a repoussé dans les prés rajeunis ;
   L'avoine et le maïs dressent leurs blonds épis,
   Et les grands blés dorés sont lourds du pain qu'ils portent. 

   La forêt étalant sa chevelure sombre
   Cache bien des trésors dans son sein plantureux ;
   Les vergers sont chargés de leurs fruits savoureux,
   Et les jardins enclos ont des teintes sans nombre.

   Les vaches en paissant remontent le pacage,
   Les moutons sont couchés sous un large sapin, 
   Les chevaux hument l'air, et sur le grand chemin
   L'étranger, attentif, les regarde au passage.

   Des toits pointus s'échappe un reste de fumée ;
   Les enfants par leurs cris troublent la paix du soir ;
   Sur le perron de bois la maman vient s'asseoir
   Et le paysan chante avec sa bien-aimée.

                                      ***
   N'est-ce pas là l'image à la fois grande et belle
   Du bonheur calme et pur et de la liberté ?
   Est-il une richesse, est-il une beauté
   Plus utile à l'amour qui veut être fidèle ?

   Comme un ruisseau limpide encor près de sa source,
   Dans ses veines porte un flot pur, abondant,
   Qui redonne l'ardeur et s'en va, débordant, 
   Monte et se renouvelle en poursuivant sa course ;

   Sentir battre son cœur quand le rêve l'enchante,
   Pouvoir ainsi choisir et suivre son chemin ; 
   Être docile et prêt à secourir la main
   Qui supplie ; être bon quand la vie est méchante ; 

   Entendre chaque soir sans son âme qui vibre
   Le refrain grave et doux du devoir accompli ; 
   Voir sa terre féconde et son cœur ennobli 
   Par la loi du travail... c'est être riche et libre !  

                                      ***
   Ami, cette richesse est ton heureux partage ;
   Par le gain qu'elle t'offre elle assure tes jours , 
   L'épouse trouve en elle un précieux secours,
   Les filles et les fils une part d'héritage. 

   La paix du soir descend sur les voiles de l'ombre
   Et sème le mystère et le rêve à la fois ; 
   La nuit donne l'éveil à de nouvelles voix,
   Au ciel vont s'incruster des diamants sans nombre...

                             Jean-Louis Guay (1928)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 97-100. 

* Jean-Louis Guay, fils d'Octave Guay et de Philomène Rouleau, est né à Saint-Adrien d'Irlande, en Chaudière-Appalaches, le 27 janvier 1903. 
   On sait très peu de choses sur la vie de ce poète, sauf qu'il a fait son cours classique au Collège de Lévis, qu'il a habité quelque temps à Saint-Hyacinthe, où il résida à la résidence des Dominicains. Il aspirait alors à devenir un prêtre membre de cette congrégation, mais il dut y renoncer parce qu'il fut atteint de tuberculose. Pour cette raison, il séjourna plusieurs années au sanatorium du Lac-Édouard, avant de mourir, à l'âge de 29 ans, le 26 juillet 1932, à l'hôpital Laval de Québec. Il a été inhumé dans le cimetière de son village natal.
   S
ouvent sous le nom de plume de « Jean d'Autun » ou « Le Pélican », Jean-Louis Guay a publié des articles et poèmes dans divers journaux et périodiques, dont le magazine La vie au grand air. Son unique recueil, Moisson de vie, dont la plupart des poèmes ont été composés durant les années où l'auteur séjournait au sanatorium du Lac-Édouard, a été publié en 1931, soit l'année précédant sa mort. On peut ICI consulter ou télécharger gratuitement le recueil. 


Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez les informations et documents sous ses poèmes Les Flots ; Entre deux rives ; Une ombre a passé et Il neige (cliquer sur les titres) que les Nos poésies oubliées ont également présentés.

De Jean-Louis Guay, Nos poésies oubliées ont également présenté (cliquer sur les titres): Nuages et désirs ; L'été revient ; Au cimetière ; Sans retour.


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
Pour connaître les modalités de commande de cet 
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
cliquez sur cette image : 

dimanche 9 août 2020

Au cimetière

Croix funéraire d'Octave Guay, décédé en octobre 1918
de l'épidémie de grippe espagnole et père de Jean-Louis
Guay, poète, au cimetière de Saint-Adrien-d'Irlande,
dans la région de Chaudière-Appalaches. Jean-Louis
Guay mort en 1932 de la tuberculose à l'âge de 29
ans, repose dans le même cimetière, mais sans aucun
monument funéraire marquant sa sépulture. C'est là
un affront à la mémoire du poète que les Poésies
québécoises oubliées
 entendent faire corriger.

(Photo : Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir
)




   Hier, en cet enclos de vos poussières,
   Vos os ont tressailli sous les pas des vivants ;
   Des yeux, sur vos tombeaux, ont mouillé leurs paupières
   Et se sont souvenus de leurs derniers serments.

   Aujourd'hui je viens seul interroger vos cendres.
   Ont-elles plus de paix sous le bloc de granit
   Que sous la croix de bois, aux branches frêles, tendres,
   Ou sous le marbre blanc et le bronze terni ? 

                                 GESTE PIEUX 

   « Passant, dit une voix, la croix, qu'un lierre enlace,
   « Sur ma fosse placée, est sans art, sans éclat ; 
   « Sous l'usure des ans mon nom trop tôt s'efface
   « Mais dans le cœur des miens toujours il fleurira.

   « Sitôt que le printemps a rajeuni la terre
   « Sur ma tombe, à genoux, on vient semer des fleurs ;
   « Mon âme a pris son envol vers l'éternelle sphère
   « Et sur mes restes froids on verse encor des pleurs ». 

                                 GESTE FROID

   « Étranger, que me vaut cette stoïque gloire
   « D'avoir sur mon cercueil ce marbre blanc sculpté,
   « Si de mon souvenir on a perdu mémoire,
   « Si pour hâter mon ciel on n'a rien mérité ? 

   « De ce geste onéreux je n'oserais médire,
   ―La sotte vanité trône jusqu'au tombeau
   « Mais aux parents, du moins à mes amis va dire
   « Que leur oubli m'écrase autant que ce fardeau ». 

                                  Jean-Louis Guay (1927)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 124-125. 



Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Sans retour.

De Jean-Louis Guay, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 
Une ombre a passé ; Nuages et désirs ; Entre deux rives ; Les flots ; Il neige ; L'été revient.


Signature de Jean-Louis Guay derrière cette photo prise
au sanatorium du Lac-Édouard, en Haute-Mauricie, où
le poète était soigné pour la tuberculose qui l'emporta
en 1932, à l'âge de 29 ans.


(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Au cimetière, ci-haut, est tiré du recueil
Moisson de vie, de Jean-Louis Guay. On peut
télécharger gratuitement le recueil ICI.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean-Louis Guay est né dans le pittoresque village de
Saint-Adrien-d'Irlande, près de Thetford Mines. Il repose
au cimetière de ce village, dans le lot de ses parents
quoique son nom n'y soit pas indiqué.


(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Carte funéraire conjointe de Philomène Rousseau et
de Joseph Guay, respectivement mère et frère du
poète Jean-Louis Guay, auteur du poème ci-haut,
et décédés à deux mois d'intervalle en 1910.

(Collection Madeleine Guay,
petite-nièce de Jean-Louis Guay)


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

dimanche 24 mai 2020

Sans retour

Jean-Louis Guay (1903-1932)

(Courtoisie Madeleine
 Guay, sa petite-nièce
)




            La lumière entre à flots
            Par la fenêtre ouverte,
   Dans les airs attiédis vibrent des chants nouveaux ;
            Au souffle de la brise
            Les yeux, les cœurs se grisent ;
   Le réveil printanier ne laisse rien d'inerte.

            Les prés, dessous la neige,
            Commencent à percer. 
   C'est la saison des amours et son joyeux cortège.
            Les grands bois semblent morts
            Dans leurs mornes décors ;
   Mais dès que vient avril on les voit bourgeonner.

            Sous le ciel qui rayonne
            Et l'ardeur du soleil, 
   L'aïeul, sur le sol nu, déambule et fredonne ;
            Un sang nouveau, qui brûle,
            Dans ses veines circule
   Et donne à son vieux cœur la fièvre du réveil.

                              ***

            Les saisons tour à tour
            Apparaissent et passent,
   Mais dans le cycle humain l'enfance est sans retour ;
            Pour rajeunir son être
            Il lui faudra renaître
   Au printemps éternel, et d'éternelle grâce. 

                                Jean-Louis Guay* (1931)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 153-154. 

* Jean-Louis Guay, fils d'Octave Guay et de Philomène Rouleau, est né à Saint-Adrien d'Irlande, comté de Mégantic, le 27 janvier 1903. 
   On sait peu de choses sur la vie de ce poète, sauf qu'il a fait son cours classique au Collège de Lévis, qu'il a habité quelque temps à Saint-Hyacinthe, et qu'il fut longtemps malade de tuberculose, avant de mourir jeune, à l'âge de 29 ans, le 26 juillet 1932, au Sanatorium Notre-Dame, à Sainte-Foy, près de Québec. Il a été inhumé dans le cimetière de son village natal.
   S
ouvent sous le nom de plume Le PélicanJean-Louis Guay a publié des poèmes dans divers périodiques, dont le magazine La vie au grand air, publication du sanatorium du Lac-Édouard, où il a séjourné quelques années. Son unique recueil de poésies, Moisson de vie, a été publié en 1931, soit l'année précédant sa mort. On peut ICI consulter ou télécharger gratuitement le recueil. 



Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez les informations et documents sous ses poèmes Les FlotsEntre deux rives,  Une ombre a passé et Nuages et désirs, que les Poésies québécoises oubliées ont également présentés, en plus des poèmes Il neige et L'été revient.  


Le poème Sans retour, ci-haut, est tiré du recueil
Moisson de vie, de Jean-Louis Guay. On peut
télécharger gratuitement le recueil ICI.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Signature de Jean-Louis Guay derrière cette photo prise
au sanatorium du Lac-Édouard, en Haute-Mauricie, où
le poète était soigné pour la tuberculose qui l'emporta
en 1932, à l'âge de 29 ans.


(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean-Louis Guay est né dans le pittoresque village de
Saint-Adrien-d'Irlande, près de Thetford Mines. Il repose
au cimetière de ce village, dans le lot de ses parents
quoique son nom n'y soit pas indiqué.


(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La plupart des poèmes du recueil Moisson de vie, dont
Il neige, ci-haut, ont été composés par Jean-Louis Guay
au sanatorium du Lac-Édouard, dont il ne reste de nos
jours que des ruines. On aperçoit Jean-Louis Guay, le
deuxième à partir de la gauche sur la galerie du
sanatorium où on faisait prendre l'air aux patients.

Sur la photo du bas on aperçoit la galerie où fut
prise en 1928 la photo des patients alités.

(Photo du haut : collection Madeleine Guay ;
photo du bas : Daniel Laprès, août 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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mardi 11 juin 2019

L'été revient

Jean-Louis Guay (1903-1932), poète, 
et 
Jean Perron, écrivain, poète, auteur-compositeur




   L'été revient dans la nature
   Avec ses riantes couleurs ;
   Les bois revêtent leur parure
   Et les prés verts s'ornent de fleurs.
   Les nuits se parsèment d'étoiles,
   Et sur l'onde glissent les voiles
   Vers des rivages enchanteurs.

   Les oiseaux tour à tour reviennent
   Dans les bosquets, sur les rameaux
   Chanter leur mélodie ancienne.
   Dessous les toits pointus et hauts
   S'abritent les nids d'hirondelle ;
   Et tout n'est que bruissement d'ailes
   Dans la brise et les vents plus chauds.

   L'été revient dans la nature
   Avec ses riantes couleurs ;
   L'oiseau chante sous la ramure
   Et les prés verts s'ornent de fleurs.
   C'est la saison joyeuse et douce,
   C'est le réveil des nids de mousse,
   Et c'est le rêve dans les cœurs. 

                        Jean-Louis Guay (1931)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 49-50.

Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, cliquer ICI et voir les informations et documents sous son poème Nuages et désirs

Le poème L'été revient a été mis en musique et interprété par l'écrivain, poète et auteur-compositeur Jean Perron, dont voici l'introduction à cette magnifique réalisation artistique :

« Si je peux réussir dans ce modeste chant
― Où j'effleure la vie, et l'aube et son couchant 

À faire mieux juger du prix de l'existence,
Ces élans trouveront, ici, leur récompense ». 

Ainsi s'adresse au lecteur le poète Jean-Louis Guay au sujet de ses écrits au début de son unique recueil, Moisson de vie, paru en 1931, l'année avant sa mort, à l'âge de 29 ans. Comme beaucoup de jeunes gens de sa génération, ce poète de Saint-Adrien-d'Irlande (dans la région de Chaudières-Appalaches au Québec) a été emporté par la tuberculose. 

Le recueil contient plusieurs autres poèmes remarquables, mais quand j'ai lu L'été revient, les mots se sont mis à chanter dans ma tête. La musique pour faire de ce texte une chanson m'est venue très spontanément sur une guitare Art & Lutherie, de la famille Godin, fabriquée à la main à Princeville, une petite municipalité du Centre-du- Québec

Les vers de L'été revient, très musicaux dans leur rythme et leurs rimes, ne sont pas impairs comme le recommandait Verlaine dans son célèbre Art poétique, ce sont des octosyllabes. Les trois strophes contiennent toutefois chacune sept vers, ce qui donne à l'ensemble du poème une structure impaire. 

Mais si je me suis intéressé à Jean-Louis Guay, ce n'est pas pour en faire un génie dont la virtuosité aurait été imperceptible pour ses rustres contemporains ou un chaînon manquant de l'évolution vers la modernité. C'est parce que sa poésie est celle de quelqu'un qui, face à la fragilité de son existence, a laissé la vie s'exprimer en lui comme un arbre donne ses fruits.

Jean Perron
Juin 2019


Pour écouter et télécharger L'été revient
mis en musique et interprété par Jean Perron,
cliquer sur l'abeille butinant la fleur : 



L'été revient est tiré de Moisson de vie,
recueil de Jean-Louis Guay.  On peut
télécharger gratuitement ICI le recueil.


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
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du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
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pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
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VISA, cliquer ICI.


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

vendredi 3 mai 2019

Nuages et désirs

Jean-Louis Guay (1903-1932)

(Courtoisie Madeleine Guay,

sa petite-nièce)




   Où donc allez-vous ? Vers quels rêves,
   Nuages, êtes-vous poussés
   Sur cette mer du ciel sans grève,
   Comme des esquifs délaissés ?

   Vagabonds aux étranges formes,
   De tons et d'allure divers,
   Vos profils sont parfois énormes
   Mais vous glissez, géants des airs. 

   Dans un ciel pur, l'aube se lève,
   Les vagabonds d'hier ont fui...
   Mais ces passants errent sans trêve,
   Un vient et passe, un autre suit.

                          ***

   Ainsi passent nos vains désirs
   Comme des nuages sans nombre ; 
   Ils font nos peines, nos plaisirs,
   Puis s'éteignent dans l'oubli sombre. 

   Et c'est alors qu'on voudrait voir
   Régner au ciel de sa pensée
   Le calme et l'azur d'un beau soir,
   Où toute crainte est effacée.

   Mais l'être humain est ainsi fait
   Que son coeur désire sans cesse,
   Que son esprit aspire au vrai
   Tant qu'il n'a pas vu la Sagesse. 

                 Jean-Louis Guay*(1928)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 66-67.

* Jean-Louis Guay, fils d'Octave Guay et de Philomène Rouleau, est né à Saint-Adrien d'Irlande, en Chaudière-Appalaches, le 27 janvier 1903. 
   On sait très peu de choses sur la vie de ce poète, sauf qu'il a fait son cours classique au Collège de Lévis, qu'il a habité quelque temps à Saint-Hyacinthe, où il résida à la résidence des Dominicains. Il aspirait alors à devenir un prêtre membre de cette congrégation, mais il dut y renoncer parce qu'il fut atteint de tuberculose. Pour cette raison, il séjourna plusieurs années au sanatorium du Lac-Édouard, avant de mourir, à l'âge de 29 ans, le 26 juillet 1932, à l'hôpital Laval de Québec. Il a été inhumé dans le cimetière de son village natal.
   S
ouvent sous le nom de plume de « Jean d'Autun » ou Le PélicanJean-Louis Guay a publié des articles et poèmes dans divers journaux et périodiques, dont le magazine La vie au grand air. Son unique recueil de poésies, Moisson de vie, dont la plupart des poèmes ont été composés durant les années où l'auteur séjournait au sanatorium du Lac-Édouard, a été publié en 1931, soit l'année précédant sa mort. On peut ICI consulter ou télécharger gratuitement le recueil. 


Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez les informations et documents sous ses poèmes Les Flots ; Entre deux rives ; Une ombre a passé et Il neige, que les Poésies québécoises oubliées ont également présentés.


Ce qu'aller à la rencontre d'un 
poète oublié peut faire vivre : 


   Mardi le 31 juillet 2018, je m'étais rendu en compagnie de deux comparses férus de nos poésies oubliées, les Sieurs Pelo et René, au cimetière de Saint-Adrien-d'Irlande, un petit bijou de village de montagne qui est aussi un secret bien gardé, afin d'y trouver la tombe du poète Jean-Louis Guay, qui repose depuis 1932 dans le lot de ses parents.

   Nous y avons lu à voix haute son poème Entre deux rives, une manière pour nous, certes un peu insolite mais émouvante pour qui a la chance de vivre une telle expérience, de rendre hommage au poète disparu tout en faisant revivre sa poésie. Aussi, nous mesurions notamment le fait qu'il n'y avait certainement pas eu beaucoup de personnes non-apparentées à Jean-Louis Guay et qui, depuis sa mort 86 ans plus tôt, avaient pris la peine de se déplacer jusqu'à son village natal pour lui rendre hommage, lui dont le nom est même absent de la croix qui orne sa tombe.

   Dès le dimanche suivant, le 5 août, je décidai d'y retourner avec ma conjointe Louise, afin qu'elle aussi puisse découvrir ce magnifique coin de pays, et aussi pour dire deux autres poèmes sur le tombe de Jean-Louis Guay.

   Le temps est ensoleillé et chaud, agrémenté d'une bienfaisante brise. Après une demi-heure environ que nous sommes à la tombe du poète, Louise décide d'aller faire une ballade d'exploration au village avec nos petites chiennes Moussette et Hortense, me laissant seul au cimetière, aux alentours duquel aucune âme qui vive n'est alors visible. 

   Après une dizaine de minutes, voilà que surgissent un couple âgé dans la soixantaine et un homme plus jeune. Présumant que ces gens habitent le village, je me dirige vers eux, sans trop espérer qu'ils puissent savoir des choses sur mon poète ni même sur sa famille, dont les descendants semblent avoir quitté le village depuis longtemps. Je me dirige vers eux, le recueil de Jean-Louis Guay en main, et me présente. Tout à fait cordiaux, ils se présentent à leur tour : Diane, Réal et leur fils Réjean. Nous nous serrons la main.

   Même si je me doute que je n'obtiendrai pas beaucoup de renseignements de la part de ces sympathiques personnes, je tente quand même ma chance, en commençant par leur demander s'ils habitent le village. Ils me répondent par la négative, mais en précisant qu'ils sont tous deux nés à Saint-Adrien-d'Irlande, qu'ils ont quitté après leur mariage. Ils ajoutent qu'ils se trouvent là en ce dimanche après-midi parce qu'ils avaient voulu pique-niquer dans leur patelin natal, où ils se rendent rarement, puis faire une visite au cimetière, où reposent plusieurs membres de leurs familles.

   Je leur explique la raison pour laquelle je me trouve dans ce cimetière, en leur montrant le recueil Moisson de vie, de Jean-Louis Guay. Je leur indique l'endroit où est enterré celui-ci, dans le carré de son père Octave, à côté duquel se trouve une croix au nom du frère de Jean-Louis, qui se prénommait Octave comme leur père. 

   Je les informe aussi des recherches que j'ai effectuées pour tenter de trouver une photo du poète, mais sans succès jusqu'à présent malgré tous mes efforts même opiniâtres, tout cela, comme je le leur précise, parce que je crois mordicus à la nécessité non seulement de faire remonter à la surface les oeuvres de nos poètes oubliés, mais aussi de les sortir de l'anonymat en révélant leurs visages, de même que leurs histoires de vie. J'estime qu'ils y ont pleinement droit, eux qui ont servi notre langue et notre culture nationales sur les autels de la poésie, et ce, le plus souvent avec générosité et sans aucune attente de gratification personnelle. Je leur parle aussi du site des Poésies québécoises oubliées, de même que de l'album Nos poésies oubliées, sur lequel je travaille, d'où la nécessité de trouver, autant que possible, des photos ou portraits des poètes ainsi tirés de l'oubli.

   Je remarque alors que Diane et Réal se regardent d'un air entendu. Puis ils m'informent qu'ils ont une belle-soeur, Madeleine, qui est la petite-fille d'Octave Guay. J'en déduis aussitôt que Madeleine n'est nulle autre que la petite-nièce de mon poète ! Je n'en crois pas mes oreilles et commence à me croire en plein milieu d'un rêve...

   Diane prend alors son téléphone portable pour rejoindre Madeleine. Par bonheur, celle-ci est chez elle. Diane lui explique notre rencontre imprompue au cimetière de Saint-Adrien-d'Irlande où nous nous trouvons encore, puis elle me passe l'appareil. D'emblée très gentille, Madeleine m'invite aussitôt à venir la trouver chez elle, à Black Lake, qui est tout près. Diane et Réal s'offrent aimablement pour nous y guider. Sur les entrefaites, Louise réapparaît avec nos Moussette et Hortense. 

   Nous montons donc dans notre véhicule et suivons Diane et Réal jusque chez leur belle-soeur Madeleine, ce qui prend environ 10 minutes, pendant lesquelles j'explique à Louise, décontenancée, abasourdie et qui ne comprend pas encore pourquoi elle se trouve au volant en train de suivre des étrangers vers une résidence inconnue de Black Lake où nous n'avions jamais mis les pieds, tout ce qui vient de se passer et qui en encore en train de se dérouler.

   Nous voilà donc peu après chez Madeleine, qui, après les présentations (son mari, lui aussi très cordial, est présent), nous explique qu'elle est celle qui, pour la famille Guay, a conservé l'album-photo familial, une responsabilité que lui avait confiée sa grand-mère, qui était la belle-soeur de notre poète. Puis elle dépose l'album, fort volumineux, sur la table de sa cuisine. 

   Nous voilà donc à la recherche de notre poète, dont Madeleine précise que personne dans la famille ne connaît l'existence de son recueil, dont je venais de lui montrer mon exemplaire comportant une dédicace manuscrite de la soeur de Jean-Louis Guay, une religieuse que Madeleine avait très bien connue. 

   Puis nous trouvons enfin. Même si Madeleine n'avait aucun souvenir de lui, qui d'ailleurs est mort bien avant la naissance de sa petite-nièce, aucun doute n'est possible : quelques photos montrent un patient du sanatorium du Lac-Édouard, en Mauricie. Puisque les informations que j'avais glanées jusque-là indiquent que Jean-Louis Guay avait séjourné à ce sanatorium dans les années 1920, celui que l'on voit ci-haut au dessus du poème Nuages et désirs, extrait d'une photo datant de 1928 et prise au sanatorium du Lac-Édouard comme l'indique la note manuscrite à son endos, est bel et bien Jean-Louis Guay. 

   C'est donc ainsi que nous avons donc déniché une dizaine de photos de notre poète oublié. La photo dont est tiré le médaillon ci-haut, et que l'on peut voir en entier ci-dessous, est particulièrement touchante, car elle montre Jean-Louis Guay en compagnie d'une infirmière du sanatorium du Lac-Édouard, là même où il avait composé la plupart des poèmes qui constituent le recueil Moisson de vie, alors qu'il combattait la terrible maladie qui allait l'emporter quatre ans plus tard.

   Bien entendu, tout cela n'aura été que le fruit du hasard. Mais quand même, on peut en dire que, parfois, le hasard sait fort bien arranger les choses. Et il nous fut impossible de ne pas sentir la présence du poète dans cette rencontre aussi merveilleuse que totalement inattendue, sinon invraisemblable quoique bien réelle, avec ces gens aussi aimables que généreux que sont Diane, Réal, leur fils Réjean et, bien sûr, Madeleine, la petite-nièce de Jean-Louis Guay, ainsi que son mari.

   Enfin, pour couronner cet inoubliable dimanche, Louise et moi sommes retournés à Saint-Adrien-d'Irlande juste après notre visite chez Madeleine, afin de pique-niquer dans le joli parc municipal que nous avions remarqué lors de notre visite au cimetière quelques heures plus tôt et qui est situé sur le terrain où se trouvait jadis l'école primaire que Jean-Louis Guay avait fréquentée.

   Puis voilà qu'apparaît un beau petit bonhomme d'environ 2 ou 3  ans et tout à fait charmant, Jacob, qui vient nous faire causette, et dont nous voyons approcher les parents, Stéphanie et Jean-Philippe, un jeune couple de la région, accompagnés de la petite soeur de Jacob.

   Nous avons jasé durant un bon bout de temps avec Stéphanie et Jean-Philippe, qui se montrèrent vivement intéressés d'en apprendre sur le poète oublié de Saint-Adrien-d'Irlande, et qui m'ont laissé leur adresse-courriel afin que je leur envoie le lien à partir d'où on peut télécharger son recueil Moisson de vie, ce que je n'ai pas manqué de faire. 

  Peu après, j'ai reçu des nouvelles me confirmant leur appréciation des poésies de Jean-Louis Guay, particulièrement son poème L'Anneau, m'a dit la maman de Jacob. Donc, les poésies de Jean-Louis Guay reprennent vie un peu plus encore par la découverte qu'en ont faite ce jour-là Stéphanie et Jean-Philippe, sur l'emplacement même de l'école primaire fréquentée par le poète il y a plus de 100 ans. 

   C'est donc ainsi que s'est déroulé ce dimanche aussi époustouflant qu'émouvant et mémorable du 5 août 2018 au village natal de Jean-Louis Guay, un poète dont l'oeuvre mérite pleinement qu'on la sorte de l'injuste et insensé oubli dans lequel elle est confinée depuis trop longtemps. 



Le poème Nuages et désirs, ci-haut, est tiré du
recueil Moisson de vie, de Jean-Louis Guay. On
peut télécharger gratuitement le recueil ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Signature de Jean-Louis Guay derrière cette photo prise
au sanatorium du Lac-Édouard, en Haute-Mauricie, où
le poète était soigné pour la tuberculose qui l'emporta
en 1932, à l'âge de 29 ans.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean-Louis Guay adolescent.

(Courtoisie Madeleine Guay)

La plupart des poèmes du recueil Moisson de vie, dont
Nuages et désirs, ci-haut, ont été composés par Jean-Louis 

Guay au sanatorium du Lac-Édouard, dont il ne reste de nos
jours que des ruines. On aperçoit Jean-Louis Guay, le
deuxième à partir de la gauche sur la galerie du
sanatorium où on faisait prendre l'air aux patients.

Sur la photo du bas on aperçoit la galerie où fut
prise en 1928 la même photo des patients alités.

(Photo du haut : collection Madeleine Guay ;
photo du bas : Daniel Laprès, août 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean-Louis Guay est né dans le pittoresque village de
Saint-Adrien-d'Irlande, près de Thetford Mines. Il repose
au cimetière de ce village, dans le lot de ses parents
quoique son nom n'y soit pas indiqué.

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension de Moisson de vie, recueil de poésies de Jean-Louis Guay, par
Charles-E. Harpe, poète, écrivain et dramaturge, dans L'Écho de Frontenac
du 22 octobre 1931. 

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension de Moisson de vie parue dans Le Quotidien (Lévis) du 31 octobre 1931.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Entrefilet dans Le Devoir du 26 octobre 1931
annonçant la parution du recueil Moisson de vie,
de Jean-Louis Guay.

(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article annonçant la mort de Jean-Louis
Guay dans Le Soleil du 30 juillet 1932.

(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du
12 août 1932 soulignant le décès de Jean-Louis Guay.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Poème de « Louise Marie » (un nom de plume) à 
la mémoire de Jean-Louis Guay dans Le Soleil
(Québec) du 17 septembre 1932.

(Source : BANQ : cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Sous cette croix de fer forgé au cimetière
de Saint-Adrien-d'Irlande, près de Black Lake,
repose le poète Jean-Louis Guay, mort en 1932
à l'âge de 29 ans. Le seul nom sur la croix est
celui de son père, Octave Guay, décédé en 1918,
mais son épouse Philomène Rouleau et leur fils
Jean-Louis sont eux aussi inhumés dans le même lot.

(Photo : Daniel Laprès, 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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