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mardi 26 juillet 2022

Fécondité

Jean-Louis Guay (1903-1932)

(Photo : courtoisie de Madeleine
Guay, sa petite-nièce)




   Suis-moi sur la colline où l'horizon recule,
   Grandissant à nos yeux la campagne au repos,
   Viens contempler les champs, les bois et les troupeaux
   Avant que soient trop bas les feux du crépuscule.

   Quelque part et si loin que le regard se porte,
   Le foin a repoussé dans les prés rajeunis ;
   L'avoine et le maïs dressent leurs blonds épis,
   Et les grands blés dorés sont lourds du pain qu'ils portent. 

   La forêt étalant sa chevelure sombre
   Cache bien des trésors dans son sein plantureux ;
   Les vergers sont chargés de leurs fruits savoureux,
   Et les jardins enclos ont des teintes sans nombre.

   Les vaches en paissant remontent le pacage,
   Les moutons sont couchés sous un large sapin, 
   Les chevaux hument l'air, et sur le grand chemin
   L'étranger, attentif, les regarde au passage.

   Des toits pointus s'échappe un reste de fumée ;
   Les enfants par leurs cris troublent la paix du soir ;
   Sur le perron de bois la maman vient s'asseoir
   Et le paysan chante avec sa bien-aimée.

                                      ***
   N'est-ce pas là l'image à la fois grande et belle
   Du bonheur calme et pur et de la liberté ?
   Est-il une richesse, est-il une beauté
   Plus utile à l'amour qui veut être fidèle ?

   Comme un ruisseau limpide encor près de sa source,
   Dans ses veines porte un flot pur, abondant,
   Qui redonne l'ardeur et s'en va, débordant, 
   Monte et se renouvelle en poursuivant sa course ;

   Sentir battre son cœur quand le rêve l'enchante,
   Pouvoir ainsi choisir et suivre son chemin ; 
   Être docile et prêt à secourir la main
   Qui supplie ; être bon quand la vie est méchante ; 

   Entendre chaque soir sans son âme qui vibre
   Le refrain grave et doux du devoir accompli ; 
   Voir sa terre féconde et son cœur ennobli 
   Par la loi du travail... c'est être riche et libre !  

                                      ***
   Ami, cette richesse est ton heureux partage ;
   Par le gain qu'elle t'offre elle assure tes jours , 
   L'épouse trouve en elle un précieux secours,
   Les filles et les fils une part d'héritage. 

   La paix du soir descend sur les voiles de l'ombre
   Et sème le mystère et le rêve à la fois ; 
   La nuit donne l'éveil à de nouvelles voix,
   Au ciel vont s'incruster des diamants sans nombre...

                             Jean-Louis Guay (1928)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 97-100. 

* Jean-Louis Guay, fils d'Octave Guay et de Philomène Rouleau, est né à Saint-Adrien d'Irlande, en Chaudière-Appalaches, le 27 janvier 1903. 
   On sait très peu de choses sur la vie de ce poète, sauf qu'il a fait son cours classique au Collège de Lévis, qu'il a habité quelque temps à Saint-Hyacinthe, où il résida à la résidence des Dominicains. Il aspirait alors à devenir un prêtre membre de cette congrégation, mais il dut y renoncer parce qu'il fut atteint de tuberculose. Pour cette raison, il séjourna plusieurs années au sanatorium du Lac-Édouard, avant de mourir, à l'âge de 29 ans, le 26 juillet 1932, à l'hôpital Laval de Québec. Il a été inhumé dans le cimetière de son village natal.
   S
ouvent sous le nom de plume de « Jean d'Autun » ou « Le Pélican », Jean-Louis Guay a publié des articles et poèmes dans divers journaux et périodiques, dont le magazine La vie au grand air. Son unique recueil, Moisson de vie, dont la plupart des poèmes ont été composés durant les années où l'auteur séjournait au sanatorium du Lac-Édouard, a été publié en 1931, soit l'année précédant sa mort. On peut ICI consulter ou télécharger gratuitement le recueil. 


Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez les informations et documents sous ses poèmes Les Flots ; Entre deux rives ; Une ombre a passé et Il neige (cliquer sur les titres) que les Nos poésies oubliées ont également présentés.

De Jean-Louis Guay, Nos poésies oubliées ont également présenté (cliquer sur les titres): Nuages et désirs ; L'été revient ; Au cimetière ; Sans retour.


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
Pour connaître les modalités de commande de cet 
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
cliquez sur cette image : 

dimanche 9 août 2020

Au cimetière

Croix funéraire d'Octave Guay, décédé en octobre 1918
de l'épidémie de grippe espagnole et père de Jean-Louis
Guay, poète, au cimetière de Saint-Adrien-d'Irlande,
dans la région de Chaudière-Appalaches. Jean-Louis
Guay mort en 1932 de la tuberculose à l'âge de 29
ans, repose dans le même cimetière, mais sans aucun
monument funéraire marquant sa sépulture. C'est là
un affront à la mémoire du poète que les Poésies
québécoises oubliées
 entendent faire corriger.

(Photo : Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir
)




   Hier, en cet enclos de vos poussières,
   Vos os ont tressailli sous les pas des vivants ;
   Des yeux, sur vos tombeaux, ont mouillé leurs paupières
   Et se sont souvenus de leurs derniers serments.

   Aujourd'hui je viens seul interroger vos cendres.
   Ont-elles plus de paix sous le bloc de granit
   Que sous la croix de bois, aux branches frêles, tendres,
   Ou sous le marbre blanc et le bronze terni ? 

                                 GESTE PIEUX 

   « Passant, dit une voix, la croix, qu'un lierre enlace,
   « Sur ma fosse placée, est sans art, sans éclat ; 
   « Sous l'usure des ans mon nom trop tôt s'efface
   « Mais dans le cœur des miens toujours il fleurira.

   « Sitôt que le printemps a rajeuni la terre
   « Sur ma tombe, à genoux, on vient semer des fleurs ;
   « Mon âme a pris son envol vers l'éternelle sphère
   « Et sur mes restes froids on verse encor des pleurs ». 

                                 GESTE FROID

   « Étranger, que me vaut cette stoïque gloire
   « D'avoir sur mon cercueil ce marbre blanc sculpté,
   « Si de mon souvenir on a perdu mémoire,
   « Si pour hâter mon ciel on n'a rien mérité ? 

   « De ce geste onéreux je n'oserais médire,
   ―La sotte vanité trône jusqu'au tombeau
   « Mais aux parents, du moins à mes amis va dire
   « Que leur oubli m'écrase autant que ce fardeau ». 

                                  Jean-Louis Guay (1927)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 124-125. 



Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Sans retour.

De Jean-Louis Guay, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 
Une ombre a passé ; Nuages et désirs ; Entre deux rives ; Les flots ; Il neige ; L'été revient.


Signature de Jean-Louis Guay derrière cette photo prise
au sanatorium du Lac-Édouard, en Haute-Mauricie, où
le poète était soigné pour la tuberculose qui l'emporta
en 1932, à l'âge de 29 ans.


(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Au cimetière, ci-haut, est tiré du recueil
Moisson de vie, de Jean-Louis Guay. On peut
télécharger gratuitement le recueil ICI.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean-Louis Guay est né dans le pittoresque village de
Saint-Adrien-d'Irlande, près de Thetford Mines. Il repose
au cimetière de ce village, dans le lot de ses parents
quoique son nom n'y soit pas indiqué.


(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Carte funéraire conjointe de Philomène Rousseau et
de Joseph Guay, respectivement mère et frère du
poète Jean-Louis Guay, auteur du poème ci-haut,
et décédés à deux mois d'intervalle en 1910.

(Collection Madeleine Guay,
petite-nièce de Jean-Louis Guay)


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

dimanche 24 mai 2020

Sans retour

Jean-Louis Guay (1903-1932)

(Courtoisie Madeleine
 Guay, sa petite-nièce
)




            La lumière entre à flots
            Par la fenêtre ouverte,
   Dans les airs attiédis vibrent des chants nouveaux ;
            Au souffle de la brise
            Les yeux, les cœurs se grisent ;
   Le réveil printanier ne laisse rien d'inerte.

            Les prés, dessous la neige,
            Commencent à percer. 
   C'est la saison des amours et son joyeux cortège.
            Les grands bois semblent morts
            Dans leurs mornes décors ;
   Mais dès que vient avril on les voit bourgeonner.

            Sous le ciel qui rayonne
            Et l'ardeur du soleil, 
   L'aïeul, sur le sol nu, déambule et fredonne ;
            Un sang nouveau, qui brûle,
            Dans ses veines circule
   Et donne à son vieux cœur la fièvre du réveil.

                              ***

            Les saisons tour à tour
            Apparaissent et passent,
   Mais dans le cycle humain l'enfance est sans retour ;
            Pour rajeunir son être
            Il lui faudra renaître
   Au printemps éternel, et d'éternelle grâce. 

                                Jean-Louis Guay* (1931)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 153-154. 

* Jean-Louis Guay, fils d'Octave Guay et de Philomène Rouleau, est né à Saint-Adrien d'Irlande, comté de Mégantic, le 27 janvier 1903. 
   On sait peu de choses sur la vie de ce poète, sauf qu'il a fait son cours classique au Collège de Lévis, qu'il a habité quelque temps à Saint-Hyacinthe, et qu'il fut longtemps malade de tuberculose, avant de mourir jeune, à l'âge de 29 ans, le 26 juillet 1932, au Sanatorium Notre-Dame, à Sainte-Foy, près de Québec. Il a été inhumé dans le cimetière de son village natal.
   S
ouvent sous le nom de plume Le PélicanJean-Louis Guay a publié des poèmes dans divers périodiques, dont le magazine La vie au grand air, publication du sanatorium du Lac-Édouard, où il a séjourné quelques années. Son unique recueil de poésies, Moisson de vie, a été publié en 1931, soit l'année précédant sa mort. On peut ICI consulter ou télécharger gratuitement le recueil. 



Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, voyez les informations et documents sous ses poèmes Les FlotsEntre deux rives,  Une ombre a passé et Nuages et désirs, que les Poésies québécoises oubliées ont également présentés, en plus des poèmes Il neige et L'été revient.  


Le poème Sans retour, ci-haut, est tiré du recueil
Moisson de vie, de Jean-Louis Guay. On peut
télécharger gratuitement le recueil ICI.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Signature de Jean-Louis Guay derrière cette photo prise
au sanatorium du Lac-Édouard, en Haute-Mauricie, où
le poète était soigné pour la tuberculose qui l'emporta
en 1932, à l'âge de 29 ans.


(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jean-Louis Guay est né dans le pittoresque village de
Saint-Adrien-d'Irlande, près de Thetford Mines. Il repose
au cimetière de ce village, dans le lot de ses parents
quoique son nom n'y soit pas indiqué.


(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La plupart des poèmes du recueil Moisson de vie, dont
Il neige, ci-haut, ont été composés par Jean-Louis Guay
au sanatorium du Lac-Édouard, dont il ne reste de nos
jours que des ruines. On aperçoit Jean-Louis Guay, le
deuxième à partir de la gauche sur la galerie du
sanatorium où on faisait prendre l'air aux patients.

Sur la photo du bas on aperçoit la galerie où fut
prise en 1928 la photo des patients alités.

(Photo du haut : collection Madeleine Guay ;
photo du bas : Daniel Laprès, août 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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mardi 11 juin 2019

L'été revient

Jean-Louis Guay (1903-1932), poète, 
et 
Jean Perron, écrivain, poète, auteur-compositeur




   L'été revient dans la nature
   Avec ses riantes couleurs ;
   Les bois revêtent leur parure
   Et les prés verts s'ornent de fleurs.
   Les nuits se parsèment d'étoiles,
   Et sur l'onde glissent les voiles
   Vers des rivages enchanteurs.

   Les oiseaux tour à tour reviennent
   Dans les bosquets, sur les rameaux
   Chanter leur mélodie ancienne.
   Dessous les toits pointus et hauts
   S'abritent les nids d'hirondelle ;
   Et tout n'est que bruissement d'ailes
   Dans la brise et les vents plus chauds.

   L'été revient dans la nature
   Avec ses riantes couleurs ;
   L'oiseau chante sous la ramure
   Et les prés verts s'ornent de fleurs.
   C'est la saison joyeuse et douce,
   C'est le réveil des nids de mousse,
   Et c'est le rêve dans les cœurs. 

                        Jean-Louis Guay (1931)



Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Sainte-Foy, 1931, p. 49-50.

Pour en savoir plus sur Jean-Louis Guay, cliquer ICI et voir les informations et documents sous son poème Nuages et désirs

Le poème L'été revient a été mis en musique et interprété par l'écrivain, poète et auteur-compositeur Jean Perron, dont voici l'introduction à cette magnifique réalisation artistique :

« Si je peux réussir dans ce modeste chant
― Où j'effleure la vie, et l'aube et son couchant 

À faire mieux juger du prix de l'existence,
Ces élans trouveront, ici, leur récompense ». 

Ainsi s'adresse au lecteur le poète Jean-Louis Guay au sujet de ses écrits au début de son unique recueil, Moisson de vie, paru en 1931, l'année avant sa mort, à l'âge de 29 ans. Comme beaucoup de jeunes gens de sa génération, ce poète de Saint-Adrien-d'Irlande (dans la région de Chaudières-Appalaches au Québec) a été emporté par la tuberculose. 

Le recueil contient plusieurs autres poèmes remarquables, mais quand j'ai lu L'été revient, les mots se sont mis à chanter dans ma tête. La musique pour faire de ce texte une chanson m'est venue très spontanément sur une guitare Art & Lutherie, de la famille Godin, fabriquée à la main à Princeville, une petite municipalité du Centre-du- Québec

Les vers de L'été revient, très musicaux dans leur rythme et leurs rimes, ne sont pas impairs comme le recommandait Verlaine dans son célèbre Art poétique, ce sont des octosyllabes. Les trois strophes contiennent toutefois chacune sept vers, ce qui donne à l'ensemble du poème une structure impaire. 

Mais si je me suis intéressé à Jean-Louis Guay, ce n'est pas pour en faire un génie dont la virtuosité aurait été imperceptible pour ses rustres contemporains ou un chaînon manquant de l'évolution vers la modernité. C'est parce que sa poésie est celle de quelqu'un qui, face à la fragilité de son existence, a laissé la vie s'exprimer en lui comme un arbre donne ses fruits.

Jean Perron
Juin 2019


Pour écouter et télécharger L'été revient
mis en musique et interprété par Jean Perron,
cliquer sur l'abeille butinant la fleur : 



L'été revient est tiré de Moisson de vie,
recueil de Jean-Louis Guay.  On peut
télécharger gratuitement ICI le recueil.


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

dimanche 12 mai 2019

Bouquet poétique de fête des mères et grand-mères

Oeuvre d'Hélène Paradis, artiste-peintre de Mauricie



Sept poésies oubliées de chez nous pour souligner 
la Fête des mères et des grand-mères :




LA JEUNE MÈRE

   Lorsque je vois courir sur ta bouche vermeille
         Comme un secret bonheur qui luit,
   Je devine, en pensant au bébé qui sommeille
         Que tu souris pour lui !

   Quand j'écoute ta voix chanter une romance,
         Oublieuse du temps qui fuit,
   Je sais, rien qu'en voyant le berceau qui balance,
         Que tu chantes pour lui ! 

   Quand je te vois agir et t'occuper sans cesse,
         Tout le jour et souvent la nuit,
   Non je n'ignore pas, connaissant ta tendresse,
         Que tu peines pour lui ! 

   Quand je te vois pensive et sur le ber courbée,
         Longtemps sans haleine et sans bruit,
   Je comprends, en voyant une larme tombée,
         Que tu souffres pour lui !

   Quand je vois chaque jour tant d'amour qui t'embrase
         Et qui s'épanche sur son fruit,
   Et t'admirant je dis, sans feinte et sans emphase : 
         Tu vis et meurs pour lui ! 

                                Jean-Louis Guay (1931)


Tiré de : Jean-Louis Guay, Moisson de vie, Québec, 1931, p. 24-25.  

De Jean-Louis Guay (1903-1932), les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 

 Il neige
 Les flots

Moisson de vie, recueil de Jean-Louis Guay
d'où est tiré le poème La jeune mère, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


________________


MA MÈRE

   Vous, vénérable mère, à qui je dois ma vie,
   Vous, dont les tendres soins furent pour moi si doux,
   Comment pourrais-je un jour les énumérer tous,
   Vos immenses bienfaits ? Dites, mère chérie ?

   Vos veilles, vos chagrins, vos nombreux sacrifices ;
   Vos peines, vos douleurs et vos afflictions, 
   Vos souffrances, vos pleurs et vos privations ; 
   De votre amour pour moi quels visibles indices !

   Lorsqu'encore au berceau, j'ignorais tout du monde
   Et ne distinguais pas les gens autour de moi ;
   Je sentais en mon coeur, je ne sais quel émoi
   Lorsque vous me pressiez sur vous une seconde.

   Oui ! Je vous distinguais, seule au milieu des autres,
   Quand vous veniez vers moi pour me prendre en vos bras ;
   Je me souviens toujours que je ne voulais pas
   Accepter de baisers si ce n'étaient les vôtres.

   En dépit de mon âge, oh ! déjà, douce mère,
   Mon coeur à votre égard battait d'un grand amour ;
   Il se sentait heureux le soir de chaque jour
   Lorsque vous m'endormiez en disant la prière.

   Jamais, oh ! non jamais... ô vous, mère que j'aime,
   Votre fils n'oubliera vos soins et vos bontés ;
   Et vos nombreux bienfaits en mon âme incrustés
   Me feront souvenir de votre amour extrême. 

                               Hercule Giroux Jr.(1922)


Tiré de : Hercule Giroux Jr., Soupirs et sourires, deuxième édition, Montréal, 1932, p. 117-118. 

* Hercule Giroux Jr. est un poète sur qui on sait peu de choses, sauf qu'il est né en 1901 ou 1902 d'Hercule Giroux, voyageur de commerce, et d'Alexina Portelance, qu'il a épousé Marguerite Turcotte et qu'il est décédé à Montréal le 19 janvier 1962. Il a publié en 1922 un seul recueil de poésies, Soupirs et sourires, qui fut réédité en 1932.

Soupirs et sourires (deuxième édition, 1932), recueil de poésies
d'Hercule Giroux Jr., d'où est tiré le poème Ma mère, ci-haut.
À droite, dédicace manuscrite d'Hercule Giroux
dans ce même recueil.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Mention du décès d'Alexina Portelance,
mère d'Hercule Giroux Jr., dans Le
Devoir 
du 29 juin 1931.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique, La Presse, 22 janvier 1962.

________________



 ÉLÉGIES POUR MA MÈRE

                            I

   C'est toujours la même maison ;
   Sur la mer, ta fenêtre ouverte...
   Mon coeur, depuis une saison,
   Est vide et ta chambre déserte.

   Tombe de mousse recouverte, 
   Où tu dors avec ma raison,
   Les yeux clos sur quelque vision
   D'une céleste découverte.

   C'est là, brisé par la douleur,
   Que librement coulent mes pleurs,
   Sur la croix, à l'ombre des saules ;
   
   Et dans le silence angoissant,
   Je reviens, seul, et je ressens
   La vie écraser mes épaules !

                            II

   La route est pleine de lumière,
   Le soleil projette à foison
   Ses rayons d'or sur la clairière,
   Mais le deuil loge en ta maison. 

   Si j'entends l'oiseau sur la branche,
   C'est qu'il me dit ton chant joyeux ;
   Et quand je cueille la pervenche,
   C'est pour voir un peu de tes yeux. 

   Mon âme avec toi sur la route
   Cause tout bas. Et je t'écoute
   Parler d'un bonheur surhumain...
   
   L'ombre nous cerne, la nuit tombe,
   Pensif, je regagne ma tombe,
   Du ciel tu reprends le chemin. 

                  Charles-E. Harpe(1948)


Tiré de : Charles-E. Harpe, Les oiseaux dans la brume, Montmagny, Éditions Marquis, 1948, p. 143-146. 

De Charles-E. Harpe (1908-1952), les Poésies québécoises oubliées ont également présenté (cliquer sur les titres):

― Été du ciel de mon enfance


Les oiseaux dans la brume, recueil de Charles-E. Harpe
d'où est tiré Élégies pour ma mère, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


__________



LA GRAND-MÈRE

   Le coeur d'une grand-mère est un livre d'images
   Plein de fresques d'argent et de tons nébuleux
   Où les beaux enfants blonds penchent leurs têtes sages
   Et contemplent, ravis, des tableaux fabuleux.

   C'est l'enfance, pieds nus, avec des roses blanches,

   La jeunesse aux aguets sous les pommiers en fleurs ;
   Puis ce sont les chagrins aigus qui, dans les branches,
   Jettent au fond du soir des cris d'oiseaux siffleurs.

   La grand-mère, ô mon Dieu, vous la créez si douce,

   Que son nom fait un bruit caressant et pareil
   Au murmure confus d'un ruisseau sur la mousse.
   On dirait qu'il s'y glisse un rayon de soleil. 

   La vie a bu le sang de son coeur. Elle est pâle

   Et touche de ses doigts ridés son front terni.
   Ses yeux ont la couleur laiteuse de l'opale,
   Son rire est triste et doux comme un songe fini.

   Grand-mères qui priez en inclinant la tête,

   Laissez-nous, grand-mamans, nous les enorgueillis
   Qui portons dans notre âme un souffle de tempête,
   Baiser vos cheveux blancs et vos rêves vieillis. 

                              Robert Choquette (1927)



Tiré de : Robert Choquette, À travers les vents, Montréal, Les éditions du Mercure, 1927, p. 54. 

De Robert Choquette (1905-1991), les Poésies québécoises oubliées ont également présenté (cliquer sur les titres): 

Ode à la liberté
Hymne à l'Été


À travers les vents, recueil de Robert Choquette
d'où est tiré le poème La grand-mère, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


________________



LE CHANT DE MA MÈRE

   Ta douce voix, ma mère,
   M'est encore très chère ;
   Et j'entends tes chansons
   Égayant la maison ! 

   Près de la cheminée
   Ton chant nous ravissait ;
   L'âme toute imprégnée
   De bonheur et de paix. 

   Ta voix montait, altière,
   En des notes légères,
   Fascinant nos esprits,
   Dans le calme des nuits. 

   Ô doux chant qui me berce
   Encore avec ivresse, 
   Jamais ton souvenir
   Ne pourra se ternir !

         Marie Dénéchaud-LaRue(1935) 


Tiré de : Marie Dénéchaud-LaRue, La voix du coeur, Québec, 1935, p. 68-19.

* On sait bien peu de choses sur Marie Dénéchaud-LaRue, outre qu'elle est née en 1861 ou 1862  dans la lignée des descendants de Claude Dénéchau, seigneur et député avant le régime de l'Union, qu'elle a vécu à Québec, qu'elle avait épousé Alfred P. Larue, qu'elle a publié en 1935 un unique recueil de poésies, La voix du coeur, et qu'elle est décédée à Québec le 1er mai 1943.
(Sources : Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 386 ; Le Soleil, 4 mai 1943).


La voix du coeur, unique recueil de Marie
Dénéchaud-LaRue et d'où est tiré le poème
Le chant de ma mère, ci-haut.

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Notice nécrologique parue dans Le Soleil du 4 mai 1943.


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LE POÈTE À SA MÈRE


   C'était au temps jadis,  ― t'en souviens-tu maman ?
   Où les cheveux épars, je folâtrais gaiement 
   Sous ces grands ormes verts dont les panaches sombres
   Épandaient sur l'enclos la fraîcheur de leurs ombres. 
   Mon jeune âge sonnait doux, ouaté de miel :
   Je n'avais pas encor de nuage en mon ciel...

   Un jour que je courais, le feu sur le visage,
   Au vol d'un papillon, mesurant mon courage,
   Je sentis sur mon front comme un souffle glacial
   Qui m'effleura soudain et m'infligea ce mal,
   Ce mal qui te causa de mortelles alarmes,
   Ô mère, et pour lequel je versai tant de larmes.

   Ainsi le frêle lis se courbe en le vallon
   Lorsque passe sur lui le terrible aquilon,
   Ainsi la rose perd l'éclat de ses pétales
   Lorsque soufflent du nord des haleines fatales.

   Je me revois languir dans mon petit lit blanc,
   Comme ce lis courbé sous le souffle du vent,
   Et pareil à l'oiseau, prisonnier de sa cage,
   Je regardais au ciel la grive et le nuage
   Qui sillonnaient l'azur et parcouraient les cieux,
   Et te disais alors : « Je veux voler comme eux ».

   À ces mots tu pleurais, tu pleurais de tristesse, 
   Je ne comprenais point ton immense tendresse,
   Et répétais sans cesse en relevant les yeux :
   « Comme eux je veux voler, je veux aller aux cieux ! » 
[...] 

   Lorsqu'en ce triste lit me clouait la douleur,
   Et qu'à mon oeil mourant se suspendait un pleur,
   J'allais mourir, hélas ! et descendre dans la tombe,
   Mon âme déployait ses ailes de colombe,
   Je répétais ces mots qu'on eût dit des adieux :
   « Comme eux je veux voler, je veux aller aux cieux ! »

   Mais redoublant pour moi de soins et de caresses,
   Tu ne me comptas plus tes multiples tendresses,
   Et le jour et la nuit, tu fus à mon chevet,
   Parcourant tous les grains de ton vieux chapelet. [...] 

   Et combien je chéris ce souvenir lointain
   Qui bat avec mon coeur d'un battement sans fin
   Et qui chante tout bas ces héros de la vie : 
   Les mères guérissant l'enfant à l'agonie... [...] 

                                   Willie Proulx (1927)


Tiré de : Willie Proulx, Mélodies poétiques, Montréal, Éditions Édouard Garand, 1927, p. 39-44. 

De Willie Proulx (1907-1958), les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Nocturne fantaisiste (cliquer sur le titre).


Mélodies poétiques, recueil de Willie Proulx, d'où
est tiré le poème Le poète à sa mère, ci-haut.

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LES GRAND-MÈRES

   Qu'il est beau de les voir, avec leurs cheveux blancs,
   Les grands-mères, alors qu'aux heures indécises
   Elles s'en vont dire un chapelet aux églises ;
   Les jours ne semblent pas leur paraître accablants !

   Leurs coeurs, jeunes encor, ont des secrets troublants,
   Qu'elles gardent pour ceux qui les auront comprises.
   Les voyez-vous, parfois, en faisant « des reprises »,
   S'arrêter tout-à-coup, joindre leurs doigts tremblants ?

   Puis, après un baiser à leur petite-fille,
   Dire doucettement : « Enfile mon aiguille »...
   Elles rêvent alors aux chemins parcourus ;

   Car leur vie est féconde en tristesses amères,
   Que d'enfants oublieux elles ont secourus...
   Ah ! ne faites jamais de chagrin aux grand-mères !

                               Alfred Descarries (1917)


Tiré de : Revue Le Pays Laurentien, octobre 1917.

D'Alfred Descarries (1885-1958), les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Idéal (cliquer sur le titre).


Le poème Les grand-mères, ci-haut, d'Alfred Descarries, est tiré
du numéro d'octobre 1917 de la revue Le Pays Laurentien.

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Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
Pour connaître les modalités de commande de cet 
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
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