jeudi 21 mai 2020

Le matin

Clara Lanctôt (1886-1958)

(Source : Georges Bellerive, Brèves
apologies de nos auteurs féminins
.




   Le matin a revêtu
   Sa parure multicolore.
   Clair tissu que la blonde aurore
   Broda de son doigt ingénu.

   Les plis de sa voilette fine
   Neigent sur son beau front vermeil,
   Tandis qu'un rayon de soleil
   Nimbe sa tête qui s'incline. 

   Mille calices parfumés 
   Se sont ouverts à son passage,
   Pour offrir le royal hommage
   Des purs diamants enfermés

   Dans le velours de leurs pétales
   Et sous l'étamine d'or mat,
   Le papillon joyeux s'ébat
   Dans l'air baigné de rayons pâles.

   Pendant que toute âme jouit
   De cette heure délicieuse, 
   À genoux et plus douloureuse,
   Je soupire au sein de la nuit.

   Mais je trouve enfin la lumière,
   Le rayonnement du bonheur
   Dans l'empyrée où va mon cœur,
   Loin de la splendeur éphémère.

                   Clara Lanctôt* (1930)



Tiré de : Clara Lanctôt, Visions encloses, Victoriaville, La Voix des Bois-Francs, 1930, p. 77-78. 

* Clara Lanctôt est née à Hull le 15 juillet 1886, de Thomas Lanctôt, journalier, et de Justine Arvisais. À la suite d'une rougeole alors qu'elle avait huit ans, un jour de Noël, elle perdit la vue et s'inscrivit le 4 septembre 1895 à l'Institut Nazareth de Montréal. Elle y apprit le braille et parvint à terminer son cours, obtenant son diplôme supérieur en juin 1906. À l'Institut Nazareth, elle avait également étudié, sous la direction d'Arthur Letondalle piano, l'orgue, le chant et l'harmonie, et obtint un baccalauréat de piano. 
   De retour dans sa famille, elle enseigna le piano jusqu'en 1925. Elle revint l'année suivante à l'Institut Nazareth, où elle donna des cours de musique (piano) jusqu'en 1940. Elle composa également des mélodies musicales.
   Entretemps, elle s'adonna à la poésie et reçut, en 1927, un prix de composition en poésie de la Société littéraire du Québec. Elle publia des poèmes dans divers périodiques sous son nom de plume de Fleur d'ombre, de même que deux recueils de poésies, Visions d'Aveugle (1912) et Visions Encloses (1930). 
   Elle se retira au début des années 1940 au Foyer Rousselot pour aveugles, à Pointe-aux-Trembles (dans l'est de Montréal), mais continua à faire partie du corps enseignant établi et dirigé par l'Institut canadien des aveugles. Elle donna aussi des leçons de piano à domicile jusqu'en 1954. 
   Clara Lanctôt est morte le 5 mai 1958 à l'hôpital Saint-Vital, à Montréal. 
(Source principale : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 1164). 

Pour en savoir plus sur Clara Lanctôt, cliquer ICI. 

Une page Facebook lui a été consacrée par un membre de sa famille ; voyez ICI

De Clara Lanctôt, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 

― Le Ruisseau ; 

Noël vécu


Le poème Le matin, ci-haut, est tiré de
Visions encloses, recueil de Clara Lanctôt.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La préface du recueil Visions encloses, de Clara Lanctôt, est signée 
Marthe Lemaire-Duguay. une journaliste qui, avec son mari
Camille Duguay, s'est beaucoup investie pour la culture
et les arts au Centre-du-Québec et dans les Bois-Francs.

(Photo tirée de : Marthe Lemaire-Duguay, 

L'œil à la fenêtre, Victoriaville, 1950 ;
Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le merveilleux poète Nérée Beauchemin a rendu à Clara Lanctôt
l'hommage de ce poème présenté au début du recueil Visions encloses.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Clara Lanctôt était aussi musicienne. En plus d'enseigner 
le piano, elle composa plusieurs pièces, dont cette "Berceuse",
  dont voici une belle interprétation par Michel Du Paul que l'on
peut écouter en cliquant sur cette image : 


Clara Lanctôt repose au cimetière
Notre-Dame-de-Hull, en Outaouais.

(Photo : David-Eric Simard, 17 mai 2020 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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