lundi 17 mai 2021

Impertinences à l'eau de rose

Poètes et écrivains du Québec du 19e siècle évoqués dans le poème ci-dessous. 
De gauche à droite :
1ère rangée : Jean-Baptiste Caouette ; James-Émile Prendergast ;
Nérée Beauchemin ; Louis Fréchette ; Napoléon Legendre. 
2e rangée : Ernest Gagnon ; James Donnelly ; Ernest Myrand ; 
Hubert LaRue ; Faucher de Saint-Maurice.
3e rangée : Antoine Gérin-Lajoie ; Adolphe Poisson ; Arthur Buies ;
Henri-Raymond Casgrain ; Benjamin Sulte.
4e rangée : Octave Crémazie ; William Chapman ; Pamphile Le May ;
Pierre-Joseph-Olivier Chauveau ; Oscar Dunn.




(Fragments ; 
pour en savoir plus sur 
les auteurs évoqués, cliquer 
sur leurs noms en rouge)


   Nos écrivains sont fort nombreux : 
   La patrie en est radieuse.
   Ma muse, elle, un peu trop rieuse,
   Les prend à peine au sérieux. 

   Rire à leur barbe avec délices,
   Tout en leur brûlant de l'encens, 
   Ce sont là ses jeux innocents ;
   Je n'approuve pas ces caprices.

   Non. Du fond de mon cabinet,
   Nos écrivains je les admire.
   Je me garderais bien d'en rire :  
   On me coifferait d'un bonnet !

   Je veux encor moins sur l'enclume
   Les marteler brutalement ; 
   Mais chatouillons-les seulement...
   Avec une barbe de plume.

                           ***

   Bien. Je commence par Le May.
   C'est une féconde prairie.
   Il en a la monotonie,
   Mais aussi le charme embaumé.

   Vous vous dites : « Trop de verdure,
   De ruisseaux, d'oiseaux veloutés ! »
   Tout de même, vous écoutez, 
   Coudes cloués sur la clôture.

   Poisson tourne d'aimables vers. 
   Mais il n'a pas le vol des aigles.
   Comme un doux pigeon dans les seigles,
   Il becquète les gazons verts.

   Il semble avoir pris pour devise : 
   «Mon Dieu, pourquoi travailler tant !
   Pour mes vers, pas plus de tourment 
   Que pour mon devant de chemise !»

   Faucher ne nous fait pas languir !
   Sa plume est suave et pimpante.
   Comme une étoile à la brunante,
   Il fait rêver, sans éblouir. 

   Je prise fort Benjamin Sulte !
   Plein d'esprit, d'érudition.
   Ses vers sont sans prétention : 
   Le mot renferme un grain d'insulte.

   […] Chauveau, c'est un esprit d'élite !
   Prosateur souple et pomponné, 
   Dans la strophe il paraît gêné
   Comme un soldat dans sa guérite.

   Marmette a choisi le roman,
   Pays scabreux de sa nature.
   Joseph, je crains pour ta monture ! 
   Tes harnais sont faits de ruban.

   Je préfère Gérin-Lajoie :
   Ses héros regardent le ciel,
   Et l'intrigue, avec naturel, 
   Sous vos yeux marche et se déploie. 

  […] Sans viser à l'inattendu, 
   Buies vous surprend toujours son monde.
   Il est connu loin à la ronde,
   Ce trop célèbre enfant perdu.

   Muse ! muse ! par tes caresses
   Apprivoise ce pauvre cœur.
   Je crois sa muse un peu ta sœur ;
   J'ai pour cet homme des tendresses. 

   Buies ! Un esprit original
   Toujours sous sa phrase pétille :
   C'est une étoile qui scintille
   Sous un beau globe de cristal. 

   L'étoile doit dans les nuages
   Répandre en haut ses verts reflets :
   Buies ! laisse donc les feux-follets
   Planer seuls sur les marécages.

   Gagnon, spirituel causeur,
   Charme l'esprit comme l'oreille : 
   S'il fait ronfler l'orgue à merveille,
   Il tient éveillé son lecteur. 

   […] Gagnon est un homme de sens : 
   La preuve, c'est qu'il me répète
   Que je perds quelquefois la tête
   En prodiguant un peu d'encens.

   Myrand court trop la métaphore ;
   De l'idée, un peu trop de fleurs.
   Donnelly, bel astre d'ailleurs,
   Reste toujours à son aurore.

   […] Prendergast est un sylphide
   Qui ne manque pas de reflet : 
   C'est un insecte qui promet,
   Quoique à l'état de chrysalide.

   Quelle est cette muse hautaine,
   Qui jase à l'église, et qui prend
   De l'eau bénite avec son gant ?
   Diva superbe, ultra... mondaine.

   C'est Fréchette, du sang des dieux.
   De la verve, mais quelle morgue !
   Ses vers sont de vrais tuyaux d'orgue,
   Ronflants, dorés, harmonieux.

   Englué, comme l'ami Fabre, 
   Du sophisme contemporain,
   On craint toujours que le poulain
   Ou se jette à gauche, ou se cabre...

   Je vais trop loin : rétractons-nous.
   Fréchette, j'adore ta lyre !
   Muse ! si tu veux en médire...
   Fais cette sottise à genoux.

   […] Quand je veux lire Crémazie, 
   Je sens des pleurs mouiller mes yeux :
   Quel sort ! mourir sous d'autres cieux,
   Lui ! cet amant de la patrie !

   Son vers sonne comme un clairon.
   Quel souffle vrai ! Quelle envergure !
   Sa strophe est large, sans enflure : 
   C'est l'aigle de notre Hélicon.

   Casgrain : plume souple et féconde !
   Comme ces ruisseaux du Pérou
   Qui roulent l'or... et le caillou,
   D'éclairs sa phrase nous inonde.

   […] Chapman a fait Les Québecquoises.
   J'ai dit cela tout haut. Sais-tu
   Ce que l'écho m'a répondu ?
   « Chapman a fait des Iroquoises » !

   […] LaRue est un esprit mordant,
   Original et didactique.
   Il est aussi fort laconique...
   Muse ! allons, plus de coups de dent.

   […] Legendre travaille en dentelle :
   Mais a-t-il bien le feu sacré ?
   Il brode avec du fil doré ;
   Mais sa flamme est artificielle.

   […] Oscar Dunn, Montpetit, deux plumes
   Qui dorent le nom canadien,
   Mais, bien entendu, pas pour rien.
   Allons, me voilà dans les brumes.

   […] N'est-ce pas une jeune étoile
   Que ce reflet rose et lointain ?
   C'est la muse de Beauchemin,
   Qui jette un éclair, et se voile.

   Caouette est tout à fait en fleur :
   Sera-t-il poire, prune, orange ?...
   Aux doigts la plume lui démange : 
   Je le salue avec bonheur. 

                           ***

   Voilà. Mais quel air de dédain
   Me montrent plus de vingt visages ! 
   Aurais-je, avec mes vers sauvages,
   Indigné le peuple écrivain ?

   Allons, grands hommes que j'admire,
   Et que j'admire tout de bon,
   Prenez le style bon garçon,
   Et tolérez le mot pour rire.

   Écrivains sans doute immortels,
   Ah ! votre pose m'effarouche.
   Les vers me restent dans la bouche : 
   Ne soyez pas si solennels.

   Pour mériter votre indulgence,
   Puis-je assez faire en ce moment ?
   Non : vous voulez absolument
   De mes lazzis tirer vengeance.

   Grands hommes, vous dites en chœur : 
   « Exterminons de notre haleine
   Ce moucheron né dans la plaine,
   Ce blanc-bec un peu trop gouailleur ! »

   Eh bien donc, réglons notre affaire.
   À chacun j'adresserai un cartel : 
   À vingt, battons-nous en duel,
   Venez tous à mon gai presbytère.

   Pour armes, pas de pistolets : 
   Des cigarettes capiteuses !
   Et moi, charmantes mitrailleuses,
   Je ferai cible aux quolibets.

   Je promets du vin... de campagne,
   Du cidre fait à la maison,
   Mais qui fait sauter son bouchon
   Comme du vrai vin de Champagne !

   Enfin, pour émousser vos traits,
   Pour faire oublier mes outrages, 
   Je déclamerai vos ouvrages : 
   J'en sais par cœur de bons extraits ! […] 

                       Apollinaire Gingras* (1880)



Tiré de : Abbé Apollinaire Gingras, Au foyer de mon presbytère, Québec, Imprimerie A. Coté et Cie, 1881, p. 185-200. 

D'Apollinaire Gingras, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : La Terrasse Frontenac ; Le Marécage ; La cabane à sucre ; Du fond du lac - du fond de l'âme.

* Apollinaire Gingras, fils de Joseph Gingras, cultivateur, et d'Adélaïde Côté, est né à Saint-Antoine-de-Tilly le 7 mars 1847. Il fit ses études au Séminaire de Québec et à l'Université Laval. où il obtint un Doctorat ès Lettres. Il fut ordonné prêtre à Québec le 7 juin 1873. Il exerça son ministère dans plusieurs paroisses, dont Saint-Fulgence-de-Chicoutimi, Saint-Édouard-de-Lotbinière, Sainte-Claire-de-Dorchester et Château-Richer. Très malade en 1901, il prit sa retraite à Québec, puis il devint prédicateur volontaire de missions. Il résida plusieurs années au Saguenay, soit à Chicoutimi, Bagotville et Port-Alfred, puis à Hébertville, au Lac-Saint-Jean. 
  Féru de littérature et d'histoire, il fut en relation constante avec divers écrivains et cercles littéraires du Québec. En plus de son « poème anti-impérialiste » L'Emballement, paru en 1920, il publia deux recueils de poésies : Au foyer de mon presbytère (1881) et Poèmes et chansons (1935). Des recueils de ses discours et sermons ont également été publiés.
   Apollinaire Gingras est mort à l'Hôtel-Dieu de Chicoutimi le 19 mars 1935.
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 45).


Apollinaire Gingras (1847-1935)

(Source : Musée de la civilisation du Québec ;
fonds d'archives du Séminaire de Québec)

Le poème Impertinences à l'eau de rose, 
d'où sont extraits les fragments ci-haut, 
est tiré du recueil Au foyer de mon 
presbytère, de l'abbé Apollinaire Gingras.
On peut télécharger gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Apollinaire Gingras, vers 1865, avec un groupe de condisciples
au Petit Séminaire de Québec. Il est le troisième à partir de la
gauche, rangée du haut.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; 
fonds d'archives du Séminaire de Québec ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)

Tribun capable d'être flamboyant, Apollinaire Gingras
arborait une chevelure léonine à la fin de sa vie.

(Source : brochure de son poème L'emballement)



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mercredi 12 mai 2021

Pastels

« Payse », nom de plume de
Gabrielle Saint-Pierre-Dugal (1884-1965)



                                                          
                                              À l'artiste...


        Clair de lune

   Bleu de rêve et d'azur aux teintes argentées,
                  Le clair de lune luit.
   En vagues de lapis et d'opales teintées
                  L'onde brille et frémit
   Sous le tendre baiser de l'astre qui pâlit.

   Au lointain horizon des colline bleutées
                  Le ciel sombre s'unit.
   Voguant, mystérieuse, aux rives enchantées,
                  Ta haute voile fuit,
   Ô barque de saphir, toi, l'âme de la nuit !

        Crépuscule

   Pourpre, mauve, orangé, dans une apothéose
                   Au fond du ciel s'étend
                   ― Tel une immense rose ! ―
                   Le soleil qui descend.

                   D'ombre fraîche couverte,
   La rivière en splendeur, comme un serpent doré,
                   Entre deux rives vertes
                   Glisse un flot empourpré. 

                   Et le poète rêve : 
   Sur la route qui fuit, toute blanche, au lointain,
                   Le bonheur que, sans trêve,
                   Poursuit le cœur humain
   ― L'éternel chemineau ! ―  paraîtra-t-il soudain,
                   En lui tendant la main ?

                                            Payse (1927)



Tiré de : revue Le Canada français, Québec, octobre 1927. 

* Pour en savoir plus sur « Payse », nom de plume de Gabrielle Saint-Pierre-Dugal, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Sur le lac. 

De Gabrielle Saint-Pierre-Dugal, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Heureuse solitude et Poème d'or.

Gabrielle Saint-Pierre en 1903 avec Louis-Joseph
Dugal, qu'elle épousera en 1906.

(Photo : courtoisie Bernard Dionne)

Le poème Pastels, ci-haut, de « Payse »,
est tiré du numéro d'octobre 1927 de la
revue Le Canada français.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

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dimanche 9 mai 2021

L'épidémie du vaccin à Québec

Gravure de John Henry Walker, 1885. 

(Source : Musée McCord)




                  (AUTOMNE 1901)


   Québec était dispos. Jamais les maladies
   N'avaient tant respecté les fragiles mortels !
   Roux et Pasteur dormaient au fond des pharmacies
   Comme d'heureux pochards aux buvettes d'hôtel...

   Les « pointes » de Gauvreau* ne seraient plus, il semble,
   Qu'inutiles objets dont la mode a passé,
   Qu'un collectionneur étiquète et rassemble,
   Et qu'on lorgne, distrait, lorsqu'on n'est pas pressé.

   Mais ce sommeil émut la gente médicale,
   Et doctes médecins, pimpants, cirés, gantés,
   Décrétèrent ―c'était mesure radicale― 
   Que tous les citadins étaient des picotés ! 

   Or, de picote alors pas un grain dans la ville !
   « ―Ah bah ! nous l'y mettrons ! Jouons notre va-tout ! »
   Et les voilà, lancette en main, tous à la file,
   Dans l'hôpital, au club, sur les chemins, partout !

   « ―À l'œuvre ! Vaccinons au nom de l'hygiène ! »
   On fit beaucoup d'argent... et point de guérisons !
   Tout marchait à souhait depuis une semaine,
   Quand le ciel s'assombrit, soudain, à l'horizon...

   ―Les gens n'aiment pas ça, voyez-vous, qu'on les saigne
   Pour renfler son gousset ou se faire du nom...
   Au lieu d'infolios le bon sens les enseigne : 
   En vain Turcot** dit oui, quand le bon sens dit non !― 

   Or donc, si par Laurent on s'était laissé prendre,
   Par malheur le vaccin « prit » trop bien, paraît-il ;
   Les vaccinés, mourants, finirent par comprendre
   Qu'on les empoisonnait, de par décret civil !

   Le nuage où grondait une juste colère,
   Dans les esprits montés creva comme un abcès,
   Et les convalescents, furieux, réclamèrent
   Leur liberté de vivre... à grands coups de procès !

   Alors les vaccineux, guéris de leur marotte,
   Fermèrent, pris de peur, lancette et magasin...
   Ils avaient sur placards écrit le mot : Picotte,
   Un loustic ajouta : Résultat du vaccin ! 

                                   Arthur Lacasse (1901)



Tiré de : Arthur Lacasse, Heures solitaires, Québec, 1916, p. 150-152. 

* Il s'agit du Dr Gauvreau, directeur-propriétaire de l'Institut vaccinogène de Québec. Voir L'Électeur du 23 octobre 1894, p. 4, et Le Soleil du 8 novembre 1901, p. 1. 

** Il s'agit de l'échevin (conseiller municipal) Turcot, du siège no 1 de la Ville de Québec, qui chercha durant plusieurs années à imposer la vaccination obligatoire. Voir The Quebec Chronicle du 23 mars 1899, p. 1, et Le Courrier du Canada du 23 mars 1899, p. 3.

   Arthur Lacasse est né le 7 octobre 1869 à Saint-Anselme. Ordonné prêtre le 20 mai 1894 dans sa paroisse natale. Il a été, successivement, vicaire à Saint-Michel-de-Bellechasse, au Château-Richer, à Saint-Joseph-de-Beauce, à Saint-Augustin-de-Desmaures, puis curé de Honfleur, de Saint-Tite-des-Caps, de Saint-Apollinaire et de Saint-Henri-de-Lévis. 
 Féru de littérature et des arts, il a publié quatre recueils de poésies : Heures solitaires (1916), L'envol des heures (1919) et Les heures sereines (1927). Le défilé des heures, paru en 1938, contient plusieurs pièces parues dans les trois recueils précédents, de même que certains poèmes inédits.
   Arthur Lacasse est mort à Saint-Henri-de-Lévis le 15 juin 1956. 

D'Arthur Lacasse, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : À la mémoire de Pamphile Le May et Paysage nocturne.

Arthur Lacasse (1869-1956)

(Source : son recueil Le défilé des heures)

Heures solitaires, recueil d'Arthur Lacasse
d'où est tiré le poème L'épidémie du vaccin
à Québec
, ci-haut. Devenu très rare, on peut
trouver ICI trois exemplaires de ce recueil.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Dédicace d'Arthur Lacasse dans son recueil Le défilé des heures.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


L'abbé Arthur Lacasse ne faisait pas que des rimes 
badines ou de circonstance comme dans le poème
présenté ci-haut. Il produisit de nombreux poèmes
dont la profondeur et la beauté savaient émouvoir.
Quelques jours avant sa mort à Rome, le 9 juillet 
1930, Henri d'Arles (né Beaudet), prêtre, historien,
critique littéraire et premier critique d'art au Québec,
 écrivit une très belle lettre dans laquelle il fit part de 
sa haute estime pour la poésie d'Arthur Lacasse. 
Pour lire cette lettre, cliquer sur 
la photo d'Henri d'Arles : 


Arthur Lacasse, alors qu'il était élève
au Petit séminaire de Québec.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; 
fonds d'archives du Séminaire de Québec)

Arthur Lacasse le 6 juillet 1941.
Fragment d'une photo de groupe.

(Source : Musée de la civilisation du Québec ; 
fonds d'archives du Séminaire de Québec)


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100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
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Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

jeudi 6 mai 2021

Au Richelieu

La rivière Richelieu et une partie du mont Saint-Hilaire.

(Source : Wikipedia)




   Fleuve aux charmes puissants, où notre nef rapide
                              A glissé,
   Mon cœur ému, ravi, sur ton onde limpide
                              S'est bercé !

   Mon œil a vu pencher d'odorantes ramures
                              Sur tes eaux ;
   Un frisson parcourut, à tes joyeux murmures, 
                              Tous mes os. 

   J'ai vu tes bords riants, j'ai vu tes blondes rives
                              Et leurs fleurs,
   Et les zéphyrs portant sur leurs ailes hâtives
                              Mes douleurs.

   J'ai vu ton sein d'azur sous des barques heureuses
                              S'entrouvrir, 
   J'ai vu tes verts bosquets sous des chansons nombreuses
                              Retentir.

   J'ai contemplé longtemps ton écume légère,
                              Blanc manteau
   Qui semblait te voiler comme le blanc suaire
                              D'un tombeau.

   Fleuve aux paisibles flots, aux caressantes lames,
                              Mon cœur las
   De l'amour, de l'ivresse a humé les dictames
                              Dans tes bras !

   Avec une fillette, emporté sur tes vagues
                              Bien souvent 
   Je m'enfuyais au loin, écoutant tes bruits vagues
                              En rêvant.

   Et, la main dans la main, oubliant jusqu'au monde,
                              On parlait ;
   De notre âme un bonheur profond comme ton onde
                              S'écoulait.

   Nous regardions la brise aux ailes d'émeraude
                              S'amuser ;
   Nous trempions dans ton sein notre lèvre encor chaude
                              D'un baiser.

   Et puis, grisés d'amour, enivrés d'allégresse
                              Et d'espoir,
   Nous te quittions tous deux quand monte l'ombre épaisse
                              Au ciel noir.

   Fleuve où l'on aimait tant, dans notre nef rapide,
                              À glisser,
   Puisses-tu nous revoir sur ton onde limpide
                              Nous bercer !...

                                      Rodolphe Chevrier (1887)



Tiré de : Rodolphe Chevrier, Tendres choses, Montréal, J. P. Bédard Imprimeur-Éditeur, 1892, p. 43-47.

*  Louis Gustave Rodolphe Chevrier est né à Ottawa le 5 août 1868, de Joseph Alphonse Chevrier et de Marie Fairbanks. Il fit ses études primaires à Ottawa, chez les Frères des Écoles chrétiennes, puis ses études secondaires au Collège Bourget de Rigaud. À partir de 1886, il étudia la médecine à l'Université Laval de Montréal, dont il obtint le diplôme en juin 1890. À l'automne de la même année, il partit pour Paris afin de compléter ses études médicales à Paris, où il fut élu membre de la Société obstétrique et gynécologique de Paris. Il profita de ce séjour pour visiter la France, l'Angleterre et la Suisse. Il expédia alors des lettres de voyages dans divers journaux du Québec. 
   Actif dans la vie littéraire, il collabora à divers journaux et périodiques, dont Le Monde illustré ; Le Glaneur ; Le Nord ; La Fortune (journal littéraire) ; Le Canada. En 1892, il publia Tendres choses, son unique recueil contenant des poésies composées pour la plupart durant ses années comme pensionnaire au Collège Bourget de Rigaud et ses études de médecine à Montréal, de même que durant son séjour européen.
   Il s'impliqua aussi dans divers mouvements politiques, sociaux et patriotiques. Il fut notamment membre de la Commission des pensions militaires et de la Commission du district fédéral. En 1892, il devint échevin de la ville d'Ottawa.
   Il débuta sa carrière médicale en 1891, comme gynécologiste à l'Hôpital général d'Ottawa, dont il présida le conseil médical et fut le chirurgien-chef. De 1932 à 1949, il devint le premier directeur médical de l'Hôpital Saint-Vincent d'Ottawa pour incurables.
   Rodolphe Chevrier est mort à Ottawa le 11 février 1949. Il avait épousé Joséphine Bell le 11 octobre 1892, à la paroisse Notre-Dame de Montréal. 
(Sources : Jules Fournier, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, 1920, p. 132 ; John Hare, Anthologie de la poésie québécoise du XIXe siècle (1790-1890), Montréal, éditions Hurtubise HMH, 1979, p. 399 ; journal Le Monde illustré, 7 mai 1892, p. 3 ; Biographies canadiennes-française, édition de 1923, Montréal, p. 301 ; Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 695).

De Rodolphe Chevrier, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Rêverie et Vous souvient-il ? 

Rodolphe Chevrier (1868-1949)

(Source : son recueil 
Tendres choses, 1892)

Tendres choses, recueil de Rodolphe Chevrier
d'où est tiré le poème Au Richelieu, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Dans le numéro du 10 juillet 1892 de la  revue littéraire Le Glaneur, publiée à Lévis
 par Pierre-Georges Roy, l'écrivain et membre de l'École littéraire de Montréal,
Germain Beaulieu a publié ce portrait de Rodolphe Chevrier, à l'occasion de
la sortie de son recueil de poésies Tendres choses.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dans le journal Le Monde illustré du 7 mai 1892, le journaliste et poète
Amédée Denault, sous son nom de plume de Jules Saint-Elme, publia
cet hommage à Rodolphe Chevrier et à son recueil Tendres choses.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Rodolphe Chevrier en 1923.

(Source : Biographies canadiennes-
françaises
, Montréal, 1923, p. 301)

Dans sa fort bien faite Anthologie de la poésie
québécoise du XIXe siècle
, parue en 1979,
John Hare a fait une place à quelques poèmes
 de Rodolphe Chevrier.

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du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
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lundi 3 mai 2021

Mai

Éclaircie à Beaupré (1903), par Clarence Gagnon (1881-1942)

(Source : Madeleine Landry, Beaupré (1896-1904), lieu d'inspiration
d'une peinture identitaire
, Québec, Septention, 2014).




   Sur le fleuve ruisselle une lumière chaude
   Et l'immuable azur sourit au flot mouvant.
   Le feuillage tressaille aux caresses du vent.
   Où le givre brillait rayonne l'émeraude.

   Le vallon redevient un coin du paradis.
   Tout scintille, tout chante et tout s'idéalise,
   Et le merle, amoureux, nuit et jour vocalise
   Sous le dais ondoyant des bosquets reverdis.

   La ramure se lustre et la vague s'irise. 
   L'air est lourd du parfum capiteux des lilas.
   Du ruisseau, que figeaient glace, neige et verglas,
   Des trils d'harmonica s'envolent dans la brise.

   Le Nord laurentien luit comme le Midi ;
   Nos eaux ont tout l'éclat des miroirs de Venise,
   Et les palais flottants, que heurta la banquise,
   Reviennent sillonner leur cristal attiédi.

   Le soc d'acier, tranchant et clair comme le glaive,
   Rouvre l'âpre jachère où dormaient les grillons,
   Et des guérets fumants, inondés de rayons,
   Vers l'ostensoir des cieux un encens d'or s'élève.

   Sous l'étincellement du plus riant des mois
   L'âme s'émeut, le spleen s'enfuit, le sport s'agite,
   Et sur des lacs lointains, où foisonne la truite, 
   Les pêcheurs joyeux font merveille au cœur des bois.

   Et la brise, frôlant les grands flots de turquoise,
   Nous apporte la voix mâle des gais flotteurs
   Qui, sur leurs longs radeaux aux sauvages senteurs,
   Chantent à plein gosier : « C'est la belle Françoise ».

                                       William Chapman (1912)



Tiré de : William Chapman, Les fleurs de givre, Paris, Éditions de la Revue des poètes, 1912, p. 55-56. La série «L'année canadienne», d'où provient le poème ci-haut, a été publiée pour la première fois dans le numéro de janvier 1911 de la Revue canadienne.

Pour en savoir plus sur William Chapman, cliquer ICI. 

De William Chapman les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : À Percé ; Sur la tombe de Lucien Turcotte ; L'île d'Orléans ; Janvier ; Février ; Mars ; Avril.

William Chapman (1850-1917)

(Source : BANQ)

Le poème Mai, ci-haut, est tiré du recueil
de William Chapman, Les fleurs de givre, que
l'on peut télécharger gratuitement ICI. 

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Dédicace manuscrite de William Chapman à
Jean-Baptiste Caouette dans Les fleurs de givre.

(Collection Daniel Laprès)


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