jeudi 4 février 2021

Le chant des voyageurs

Octave Crémazie (1827-1879)

(Source : Musée de la civilisation du Québec,
fonds d'archives du Séminaire de Québec)






   À nous les bois et leurs mystères,
   Qui pour nous n'ont plus de secrets ! 
   À nous le fleuve aux ondes claires
   Où se reflète la forêt !
   À nous l'existence sauvage,
   Pleine d'attraits et de douleurs !
   À nous les sapins dont l'ombrage 
   Nous rafraîchit dans nos labeurs !...
   Dans la forêt et sur la cage
   Nous sommes trente voyageurs.

   Bravant la foudre et les tempêtes,
   Avec leur aspect solennel
   Qu'ils sont beaux ces pins dont les têtes
   Semblent les colonnes du ciel !
   Lorsque, privés de leur feuillage,
   Ils tombent sous nos coups vainqueurs,
   On dirait que, dans le nuage,
   L'Esprit des bois verse des pleurs...
   Dans la forêt et sur la cage
   Nous sommes trente voyageurs. 

   Quand la nuit de ses voiles sombres
   Couvre nos cabanes de bois,
   Nous regardons passer les ombres
   Des Algonquins et des Iroquois. 
   Ils viennent, ces rois d'un autre âge,
   Conter leurs antiques grandeurs
   À ces vieux chênes que l'orage
   N'a pu briser dans ses fureurs...
   Dans la forêt et sur la cage
   Nous sommes trente voyageurs.

   Puis, sur la cage qui s'avance
   Avec les flots du Saint-Laurent, 
   Nous rappelons de notre enfance
   Le souvenir doux et charmant.
   La blonde laissée au village,
   Nos mères et nos jeunes sœurs, 
   Qui nous attendent au rivage,
   Tour à tour font battre nos cœurs...
   Dans la forêt et sur la cage
   Nous sommes trente voyageurs.  

   Quand viendra la triste vieillesse
   Affaiblir nos bras et nos voix,
   Nous conterons à la jeunesse
   Nos aventures d'autrefois.
   Quand enfin, pour ce grand voyage 
   Où tous les hommes sont rameurs,
   La mort viendra nous crier : « Nage !»
   Nous dirons, bravant ses terreurs : 
   ― Dans la forêt et sur la cage
   Nous étions trente voyageurs. 


                  Octave Crémazie (Québec, janvier 1862)



Tiré de : Œuvres complètes d'Octave Crémazie, publiées sous le patronage de l'Institut canadien de Québec, Montréal, Beauchemin et Valois libraires-éditeurs, 1882, p. 198-199.  

Pour en savoir plus sur Octave Crémazie, voyez la notice biographique et les documents sous son poème L'alouette

Pour en savoir plus sur les cageux, voyez l'article d'Éliane Balastrou, Les cageux, ces voyageurs intrépides du XIXe siècle.

Cageux au confluent de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent,
à Sainte-Anne-de-Bellevue, vers 1830.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Le chant des voyageurs, ci-haut, est
tiré des Œuvres complètes d'Octave Crémazie.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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