dimanche 19 juillet 2020

L'escale

Charles-E. Harpe (1908-1952)

(Source : courtoisie Gaston Deschênes)




                                       I

   Levé de grand matin comme un chasseur avide
   Qui veut traquer la bête au piège des roseaux,
   À l'heure où l'aube étend sur le frisson de ses eaux
   Ses châles de lumière, altéré d'air languide
   Pour me soustraire au sort de vos sombres éthers,
   Hommes, qui ressemblez aux mollusques des mers
   Avec vos yeux rongés de larmes infécondes,
   Pour scalper vos cerveaux en poids sur mon cerveau,
   Boire un coup de soleil au bar du renouveau,
   Me rouler dans la joie et découvrir des mondes
   Conçus de beauté pure aux flancs des dieux en fleurs,
   Oublier le cancer des passives douleurs
   Qu'engendrent les puits secs de vos amours fanées,
   J'ai marché, le printemps, à vertes matinées,
   Comme un faune échappé d'un buisson de corail.
   La brise, déployant son magique éventail,
   Éprouvait sur mon corps le jeu de ses caresses ;
   Des fanfares d'oiseaux escortaient l'allégresse
   De répondre à l'écho des appels frémissants
   Venus du cœur d'avril aux sources de mon sang !

                                       II

   Saturé de pain dur, j'ai fui vos âmes closes
   Et les maux desséchants de vos orgueils blessés.
   Lorsque je vous parlais des pauvres angoissés
   Qui pleurent leurs désirs dans l'extase des roses
   Et dont le cœur, comme un vol bleu de clair matin,
   Monte vers le nuage en effleurant les ondes
   Pour y chanter sa peine et croire en son destin,
   Vous m'avez cru le fou déchu d'un autre monde,
   Quand je voulais soumettre à vos songes pervers
   La grâce d'une étoile au mirage d'un vers.

   Vous méprisiez l'enfant crispé de vos vacarmes.
   Et ne comprenant rien au miracle des larmes
   Autrement qu'en vos deuils, pleins de solennité,
   Vous méprisiez, gorgés de fausse humilité, 
   Le murmure émouvant d'une ode surhumaine,
   Me donnant, fossoyeurs, tout juste assez de chaîne
   Pour atteindre une fleur où le frais papillon
   Venait frôler mes doigts d'une aile vermillon. 

   Vous me teniez courbé vers l'auge des misères,
   Entre l'étroit couloir des mornes horizons,
   Dans le creux étouffant des sordides maisons
   Où l'on apprend la haine ainsi que des prières.
   Mais voilà que j'ai fui, tel un esclave heureux
   De respirer la vie en des sentiers d'aurore,
   Et voilà que je chante, et voilà que j'arbore
   Sur vos épuisements l'empreinte de mes dieux ! 

                                        III

   J'ai marché, le midi, dans la chaleur des routes,
   Rejetant le chagrin, la cruauté, le doute
   Et tout ce qui chargeait la cale de mon cœur ; 
   Plus léger qu'un frelon maraudant les ramures,
   Délivré de l'instinct des pénibles rancœurs, 
   J'ai goûté le grand large et l'auguste Nature,
   M'arrêtant quelquefois sous les pampres du jour
   Pour cueillir une grappe aux vignes de l'Amour.

   Enivré des subtils parfums de l'aventure,
   Prodigue d'un espoir vainement recherché
   Dans leur plaisir forain, crédule, j'ai marché,
   Écartant la rumeur des intimes rafales,
   Me penchant sur l'eau calme où des Narcisses pâles
   Regardaient en mes yeux l'éclat de leur péché. 

   Parfois, je m'allongeais sur la mousse odorante
   Et je fixais, ravi, le bruissant rideau
   Des feuilles, pour saisir l'envol d'une âme errante,
   Au vif scintillement d'une étoile filante
   Tombant en arc-en-ciel aux vasques du jet d'eau. 

   Soudain me semblait-il que les nymphes des plaines,
   En s'enchaînant la main, pour rythmer mon émoi,
   Dansaient la ronde sur des pieds de marjolaines
   Et puis venaient s'abattre en ruche autour de moi ;
   Tandis que des bosquets les faunes helléniques,
   Sur un mode troublant, tendre et sacramentel,
   Ourdissaient des complots sur leurs flûtes magiques
   Pour m'infiltrer le sang d'un poème immortel ! 

                                   Charles E. Harpe (1948)



Tiré de : Charles-E. Harpe, Les oiseaux dans la brume, Montmagny, Éditions Marquis, 1948, p. 17-22.

De Charles-E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le plus bel hymne à l'orgue des vivants ;  Voix de la solitudeGuirlande aux éprouvésÉté du ciel de mon enfanceClair de lune ; Chanson d'automnePrintemps.


Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, 
cliquer sur cette image : 


Le poème L'escale, ci-haut, est tiré du recueil
Les oiseaux dans la brume, de Charles-E. Harpe.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés (dont Charles-E. Harpe) du peuple héritier 
de Nouvelle-France, avec pour chacun un poème, une notice 
biographique et une photo ou portrait. Pour se procurer le 
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jeudi 16 juillet 2020

La baie des Ha ! Ha !

La baie des Ha ! Ha !

(Photo : Yves Courtemanche)




   Quand le fier Saguenay, roulant ses grandes ondes
   À travers les forêts et les gorges profondes,
   A reconquis enfin le calme du berceau ; 
   Quand, lassé de courir à travers les abîmes,
   De descendre toujours de plus altières cimes, 
   Il voit enfin le ciel se mirer dans son eau ; 

   Alors, battant des mains, dilatant sa narine,
   D'aise et de volupté remplissant sa poitrine,
   Il creuse en se jouant un bassin merveilleux ;
   Puis, y faisant entrer tous ses flots en cadence,
   Il s'enroule et s'endort dans cette coupe immense,
   Souriant à la terre et reflétant les cieux. 

   Quand la reine des nuits a toute sa parure
   Et que, pour ajuster sa blonde chevelure,
   Elle jette un regard à ce miroir géant, 
   On dirait que les flots frissonnent d'allégresse ;
   Des millions de feux tremblent avec ivresse
   Au sein du Saguenay, ravi, reconnaissant.

   Et si l'astre d'argent, mettant son diadème,
   Au-dessus de ces eaux s'en vient, faveur suprême,
   Fixer pour une nuit son trône de saphir,
   C'est un enchantement, c'est le plus beau des rêves ;
   Tout devient merveilleux, et le sable des grèves
   Sourit avec orgueil et voudrait resplendir.

   Heureux le nautonier dont la frêle nacelle
   Glisse légèrement, par une nuit si belle,
   Sur ce fleuve dormant ainsi sous les rayons  
   Et les chastes baisers des constellations. 

                                Derfla (Alfred Tremblay, 1895)



Tiré de : Recueil de poésies de Derfla, Montréal, Alfred Carrier Éditeur, 1932, p. 88-89. 

D'Alfred Tremblay alias «Derfla», les Poésies québécoises oubliées ont également 
publié : Octobre


Pour consulter la notice biographique d'Alfred Tremblay alias «Derfla» (1856-1921) parue dans son recueil posthume de poésies, cliquer sur sa photo : 



Il existe deux rues Derfla, dédiées à commémorer le poète, dans les secteurs La Baie et Chicoutimi de la ville de Saguenay. Cliquer sur les deux noms qui précèdent de ces deux localités pour connaître les emplacements de ces rues. Saint-Fulgence a également une rue Derfla


Le poème La baie de Ha ! Ha !, ci-haut, est tiré
du recueil posthume de Derfla, que ses amis
ont publié onze ans après son décès. On
peut en télécharger ICI un exemplaire.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Derfla (Alfred Tremblay) fait partie des 100 poètes sélectionnés 
pour faire partie de l'album Nos poésies oubliées, à paraître
durant l'été 2020 dans une édition unique et limitée, dont on 
peut encore se réserver un exemplaires parmi les quelques-uns
qui sont encore disponibles. Pour en connaître les modalités
de réservation et d'acquisition, cliquez sur cette image :


La baie des Ha ! Ha ! en hiver.

(Source : Wikipedia)

lundi 13 juillet 2020

Le poète

Joseph Harvey (1898-1973)

(Source : son recueil  Les épis de blé)




        « Qu'il passe en paix, au sein du monde qui l'ignore ! » ― Victor Hugo


   Heureux, trois fois heureux l'étranger de ce monde
   Qui, dépouillant son cœur de toute vanité, 
   Comme un ruisseau chanteur verse à la mer profonde
                           Son onde ;
   Coule à flots bleus ses jours à son éternité ! 

   C'est en vain que l'invite la coupe des fêtes ;
   La sagesse lui crie : « Au fond l'âpre dégoût 
   À remplacer l'ivresse d'un instant s'apprête : 
                           Arrête  !
   Il n'est cité si belle qui n'ait son égout ! »

   Mage antique cherchant l'étoile Jéhovah, 
   Heureux, trois fois heureux celui qui s'en va
   Son bâton de voyage à la main, l'âme nue,
   Les pieds dans la poussière et le front dans la nue !

                                     Joseph Harvey  (1922)



Tiré de : Joseph Harvey, Les épis de blé, Québec, Imprimerie Le Soleil, 1923, p. 47.

Pour en savoir plus sur Joseph Harvey, voyez la notice biographique sous son poème Songe intime (cliquer sur le titre).

De Joseph Harvey, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : 
À « Québecois »


Les Épis de blé, recueil de Joseph Harvey
d'où est tiré le poème Songe intime, ci-haut. 


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vendredi 10 juillet 2020

Description d'un orage

Louise-Amélie Panet (1789-1862)

(Source : Marcel Ducharme, Louise-Amélie
Panet, seigneuresse, artiste peintre, poétesse
,
L'Assomption, éditions Point du Jour, 2016)




   Que le spectacle est grand que donnent les orages !
   Des jours chauds de juillet les puissantes ardeurs
   Ayant pompé du sol les dernières vapeurs, 
   On voit s'amonceler nuages sur nuages.
   Leur ténébreuse masse, à la merci des vents,
   Vole en fiers tourbillons et se heurte en tout sens
   Au fond de cette nue à la couleur de cuivre,
   Dont à peine l'on peut la course suivre.

   La foudre, se cachant, retient longtemps ses feux.
   Rien ne l'annonce encor qu'un bruit lointain qui roule
   Dans l'espace des airs. Bientôt en gouttes coule
   Sur l'aride terrain une eau venant des cieux.

   L'homme a le cœur saisi. Dans un morne silence,
   Sinistre météore, éblouissant ruban,
             Un instant passe et l'atmosphère
             Tremble sous les coups du tonnerre.
             Les vents refoulent vers la terre. 
   Là rasent en furie et découvrent le toit 
   De ce pauvre taudis de la veuve éplorée,
   Ajoutant sans remords à ces maux de surcroît,
   Des colonnes de sable atteignent l'Éthérée,
   Et dans sa rage l'air fait d'affreux sifflements
   Qu'il change en plaintes, en cris, en sombres hurlements.

             Voici de nouveau la lumière  !
             Elle se fourche, réverbère. 
   Et le ciel retentit du plus terrible son
   Que répète la nue et redit le vallon. 
   Prélude d'un déluge en plein dans sa carrière,
   Le firmament parait tomber foudre sur nous.

   Quel horrible chaos ! L'impétueuse pluie
   Sur la terre s'abat, la fouette avec furie,
   Par bonds dessus, l'obstacle y redouble ses coups,
             Et la claire eau, tendre fluide,
   Dans son ire n'est plus qu'un effrayant liquide
   Qui frappe chaque objet comme un fléau solide. 
   Opulentes moissons, lui résisterez-vous ?
             Ah, non, votre épi dans sa rage
             Elle foule, écrase et saccage,
   Le mêle en le souillant avec un noir limon,
   Amalgame hideux qui n'eut jamais de nom.

   Et vous aimables fleurs, ô charme de la vue ! 
   Dans un clin d’œil, ces cruels attentats
   Ont meurtri, lacéré, vos membres délicats ; 
   En vain l'on cherche, hélas, votre beauté perdue, 
   Vous n'êtes plus pour nous que l'emblème d'un bien
   Trop promptement passé, dont il ne reste rien.

   La rivière s'accroît, le fleuve est hors de rive, 
             Le ruisseau devient un torrent,
   L'eau gonfle, se rejoint, forme un violent courant
             Et tout flotte, et tout dérive,
   De la confusion, image la plus vive. 

   Enfin, l'averse cesse, on se livre à l'espoir, 
   Dans la voûte des cieux l'azur se laisse voir.
             On respire, on est hors d'atteinte, 
   Puisqu'elle montre encor sa plus douce couleur. 
             Au loin s'ensuit la pâle crainte
             Et la despotique terreur.

   Chaque être fait ce cri : la tempête est cessée ! 
             Quand, aussi prompt que la pensée, 
             Le ciel s'ouvre par le milieu
             Et darde en traître sa fusée ! 
             Quel bruit se fait entendre, ô Dieu ! 
             Quel détonement formidable !
             Quelle décharge épouvantable  !
             L'air se déchire, ah, quels éclats ! 
             Quel effroi ! Quel affreux fracas !
             L'on croule sous ses propres pas. 
   Seigneur ! tout va périr, maître de la nature, 
   Grâce ! Faites donc grâce à votre créature !

             Le calme naît, l'orage fuit,
             Ce pacte ancien, signe de joie,
             L'arc aux sept couleurs se déploie :
   Tout reparaît sortant de son réduit
   Et se répand allègre sur la voie. 
   Du soleil les rayons recolorent le jour,
             Embellissant tout l'alentour.
   Le vert le plus brillant, d'une teinte charmante
   Découvre les bosquets, revernit les coteaux,
   Un liquide perle orne tous les rameaux,
             À chaque feuille est vacillante.
   Sur la branche, l'oiseau recommence à siffler ;
   Il essaye son aile et veut déjà voler...

   Mais le regard recherche. On voit l'onde grossie
   Dans un profond sillon faire un nouveau chemin,
   D'un vieillard solitaire il loupe le jardin, 
   Seul bien qui lui restait, seul plaisir de sa vie, 
             Le champ de grain est haché,
             L'arbre à fruit est arraché !
   Que de travaux perdus ! de peines inutiles !
   Recueillez-vous, hélas, le prix de vos sueurs,
             Quand la tempête rend stériles
             Vos campagnes, ô laboureurs ?

   Un orme s'élevait orgueilleux sur la plaine,
   Son tronc vieux de cent ans portait sa tête hautaine, 
   Ses bras noueux, courbés vers la terre, s'abaissaient,
   En guirlandes tombant ses feuilles la baisaient.
             Son heure de gloire est passée,
   La foudre l'a détruit, élément destructeur ! 
   Du pied jusqu'au sommet son écorce est froissée,
             Sa noble cime est renversée. 
   Des puissantes brebis cherchant dans leur frayeur
             Un asile contre l'orage,
             Crurent l'avoir sous son ombrage. 
             Et l'éclair parmi le troupeau
             Choisit la mère et son agneau !
             Pauvre petit couché près d'elle,
             Il paraît doucement dormir
             En reposant sur sa mamelle ;
   Pour eux tout est fini ! Plus de joie à venir ! 

   ...Oh, fuyez loin de nous, tempêtes si terribles,
             Redoutables pour tous les seins,
   Fuyez, disparaissez et que des jours sereins
   Nous amènent des nuits paisibles.

                   Louise-Amélie Panet*
(3 août 1841)



Tiré de : Marcel Ducharme, Louise-Amélie Panet, seigneuresse, artiste-peintre, poétesse, L'Assomption, éditions Point du jour, 2016, p. 150-152.

*  Louise-Amélie Panet est née à Québec, de Pierre-Louis Panet, notaire, et de Marie-Anne Cerré. Après son cours primaire chez les Ursulines, à Québec, elle termina en 1801 ses études chez les Dames de la Congrégation, à Montréal. En 1808, elle fréquenta l'atelier de William von Berczy et sa famille, et réalisa trois portraits qui marquèrent le début de sa carrière d'artiste-peintre. Elle s'intéressa aussi aux Lettres, ses premiers poèmes connus ayant été rédigés en 1812. Elle rédigea par la suite de nombreux autres poèmes. 
   Le 27 septembre 1819, elle épousa William Bent Berczy à la cathédrale anglicane de Montréal. Elle s'établit dès lors avec son époux à Windsor (Ontario). À la mort de sa mère, en 1828, le couple emménage au manoir d'Ailleboust, à Sainte-Mélanie, qui avait été construit par son père décédé en 1812. Elle devint alors seigneuresse. 
   Louise-Amélie Panet est morte au manoir d'Ailleboust le 24 mars 1862. Elle repose au cimetière de Sainte-Mélanie. Elle était la tante de Charles Lévesque, le tout premier poète présenté par les Poésies québécoises oubliées
(Sources : Marcel Ducharme, Louise-Amélie Panet, seigneuresse, artiste-peintre, poétesse, L'Assomption, éditions Point du jour, 2016 ; Louise-Amélie Panet, Quelques traits particuliers aux saisons du Bas-Canada et aux mœurs des habitants de ses campagnes il y a quarante ans, mis en vers, texte édité par Roger Lemoine, Ottawa, Les Éditions David, 2000).


Le poème Description d'un orage, ci-haut, est tiré
de l'ouvrage biographique de Charles Ducharme,
paru aux éditions Point du jour en 2016. Pour en
savoir plus sur cet enrichissant ouvrage consacré
à la première femme de lettres connue du Québec,
 cliquer ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Entre 1836 et 1839, Louise-Amélie Panet
a composé un long poème, intitulé
Quelques traits particuliers aux saisons
 du Bas-Canada et aux  mœurs des
habitants de ses campagnes.
Cette
oeuvre est parue pour la première fois
en 2000. Pour plus d'informations sur
ce volume que l'on peut encore se
procurer en librairie cliquer ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le manoir d'Ailleboust, à Sainte-Mélanie, dans Lanaudière,
où vécut et mourut Louise-Amélie Panet.

(Source : Montrealbb)

Monument funéraire de Louise-Amélie Panet au
cimetière de Sainte-Mélanie, dans Lanaudière.

(Source : Find-a-Grave)


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mardi 7 juillet 2020

Vacances

Marie Dumais-Boissonnault (1866-1941)

(Source : Émilia B. Allaire, Profils féminins,
Québec, éditions Garneau, 1967)




   Mois de vacances, heures brèves,
   Jours de soleil, de liberté ;
   Les champs sont d'or, couleur de rêves...
   Vive juillet ! Voici l'été !

   Le flot chanteur berce les grèves,
   Chant de joie au sable argenté ;
   L'oiseau gazouille aussi sans trêves,
   Dans les branches sa volupté.

   L'été parade sur la plaine
   Ses chants, ses ors, sa floraison ;
   De beauté la nature est pleine,

   En juillet, royale saison,
   Qui revêt les champs d'opulence
   Et nous ramène les vacances. 

         Marie Dumais-Boissonnault(1923)




Tiré de :  Madame Boissonnault, L'huis du passé, Montréal, 1924, p. 139. 

*  Marie Dumais est née à Trois-Pistoles le 6 décembre 1866, de Jules Dumais, notaire, et d'Arthémise d'Amours. Après ses études au Couvent de Bathurst, puis à Londres, Paris et Saint-Hélier (île de Jersey), elle devint journaliste, d'abord pour Le Journal (Montréal) et L'Événement (Québec). Utilisant souvent le nom de plume de « Solange », elle fut la première femme au Québec à avoir exercé la profession de journaliste de reportage. 
   En 1903, elle épousa Lucien Boissonnault, cultivateur de Saint-Blaise-sur-Richelieu. Devenue veuve en 1913, elle reprit sa carrière de journaliste et fit partie de la rédaction des journaux Le Progrès, à Chicoutimi, et Le Saint-Laurent, à Rivière-du-Loup. Après avoir travaillé comme traductrice à Ottawa pour le ministère des Postes, elle fut mutée à Montréal. Elle collabora entretemps à divers autres journaux et revues, dont Le Pionnier, de Nominingue, et Le Canada français, de Saint-Jean-sur-Richelieu.
   Membre de la Société des poètes canadiens-français, dont elle fut la présidente, elle s'est méritée les prix Edmond-Rostand et Leconte-de-Lisle, en plus d'avoir été couronnée par les Jeux floraux du Languedoc pour son recueil de poésies, L'Huis du Passé, publié en 1924 suite à un premier recueil, Pro Patria.
   Marie Dumais-Boissonnault est morte à Québec le 26 mai 1941. Elle était la mère de Charles-Marie Boissonnault, historien, poète et critique littéraire.
(Source principale : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 575-576).

De Marie Dumais-Boissonnault, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le Saint-Laurent ;  Le vieux verger ;  Aurores boréales (cliquer sur les titres).


Pour en savoir plus sur Marie Dumais-Boissonnault, 
voyez l'article biographique que lui a consacré 
Émilia B. Allaire en 1967, dans Profils féminins
en cliquant sur la couverture du livre : 


L'Huis du Passé, recueil de Marie
Dumais-Boissonnault d'où est tiré le
poème Le vieux verger, ci-haut.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Marie Dumais-Boissonnault
dans  son recueil L'huis du passé.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)



Reine Malouin (1898-1976), qui a longtemps animé la vie 
poétique au Québec, a affirmé que sans nos poètes d'antan, 
« peut-être n'aurions-nous jamais très bien compris la valeur 
morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, la forte humanité 
de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
Pour connaître les modalités de commande de cet 
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
cliquez sur cette image :

vendredi 3 juillet 2020

Juillet

Paysage d'Arthabaska (1897), par Marc-Aurèle Suzor-Coté.

(Source : Galerie Cosner)




   Depuis les feux de l'aube aux feux du crépuscule,
   Le soleil verse à flots ses torrides rayons ;
   On voit pencher la fleur et jaunir les sillons : 
   Voici les jours heureux de l'âpre canicule !

   Le chant des nids a fait place aux chant des grillons ;
   Une effluve brûlante autour de nous circule ;
   La nature, qui vit dans chaque animalcule
   Fait frissonner d'émoi tout ce que nous voyons. 

   Mais quand le bœuf qui broute à l'ombre des grands chênes
   Se tourne haletant vers les sources prochaines,
   Quels sont donc, dites-vous, ces groupes affolés

   Déroulant sous les bois leur course furieuse ?
   C'est la vacance, ami, la vacance rieuse ! 
   Comme ils sont loin de nous ces beaux jours envolés !

                                      Louis Fréchette (1879)



Tiré de : Louis-H. Fréchette, Les oiseaux de neige, Québec, C. Darveau imprimeur, 1879, p. 17-18. 

Juillet, ci-haut, est le septième d'une série, intitulée L'année canadienne, de douze sonnets de Louis-H. Fréchette.

Pour en savoir plus sur Louis-H. Fréchette, voyez ICI et ICI.


De Louis-H. Fréchette, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté:
Janvier ; Février Mars ; Avril ; Mai ; JuinLe matin ; Un soir au bord du lac Saint-Pierre ; Une correspondance poétique.



Les oiseaux de neige, recueil de Louis Fréchette,
d'où est tiré le sonnet Juillet, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Louis Fréchette (1839-1908)

(Source : Québec éternelle, p. 116)

Dédicace manuscrite de Louis Fréchette dans son troisième
recueil de poésies, Pêle-mêle, paru en 1877.

(Collection Daniel Laprès ;
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En 1880, Louis Fréchette devient le premier écrivain issu du Québec à remporter
le prix Montyon de l'Académie française pour son recueil Les Fleurs boréales.
Ce volume, d'abord paru à Québec, en 1879, chez l'éditeur Darveau, fut à cette
occasion publié à Paris dans une édition incluant Les oiseaux de neige.

L'illustration de droite, où l'on voit Fréchette ainsi que la coupole de
 l'Académie française où le poète fut solennellement reçu, se trouve
à l'intérieur de l'édition parisienne des Fleurs boréales.

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Louis Fréchette, dessin de Henri Julien.

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source : Album Henri Julien, Montréal,
Librairie Beauchemin, 1916, p. 84)