samedi 7 janvier 2023

Charlesbourg, berceau de mon enfance

Pierre-Paul Paradis (1841-1912)

(Sources : Portrait de P.-P. Paradis : Le Quotidien (Chicoutimi), 15 décembre 1979 ; Scène ancienne
de Charlesbourg: Reine Malouin, Charlesbourg, Québec, Éditions La Liberté, 1972)




   Salut, ô Charlesbourg, berceau de mon enfance !
   Je t'aime comme on aime une douce romance
   Qu'on entend en exil au déclin de l'été. 
   Je t'aimerai toujours, coin de terre enchanté !
   Tes vallons, tes coteaux, tes verdoyants bocages,
   Je les ai parcourus, rêvant sous leurs ombrages ;
   Mais déjà sur le soir, brisé par le destin, 
   Je viens ici pleurer l'ange de mon matin. 

   Lieux qui m'avez vu naître, ah ! montrez-moi sa trace ! 
   Il me semble la voir, cet ange, cette grâce !
   Mais non, rien, tout est mort, et ce triste séjour
   Qui pour moi fut si beau au temps de mon amour,
   Semble aujourd'hui pleurer comme moi son absence,
   Car la mort seule, hélas ! jouit de sa présence.
   Ah ! la mort seule ? Oh, non, ce serait le néant : 
   C'est le ciel qu'il faut dire, avec Dieu maintenant. 

   C'est dans ce doux village où repose mon père
   À l'ombre du vieux temple où toujours la prière
   S'entremêle au doux chant des cantiques pieux ; 
   Là, j'ai reçu la vie et la foi des aïeux 
   Et le premier baiser de ma pieuse mère : 
   Doux rayon de soleil en cette vie amère, 
   Ce maternel amour qui nous rend triomphant
   À l'aurore des jours et qu'on pleure au couchant.
   Là le premier amour pour les yeux d'une femme,
   Là l'âge de vingt ans passant comme une flamme,
   Comme un coursier de feu, comme un rêve riant. 
   Puis l'espérance part, retourne à l'Orient :
   Seul le souvenir reste et s'attache à notre âme
   Comme un rêve lointain, comme au cœur une larme ! 

   Salut, vieux Charlesbourg ! Des hauteurs où tu donnes,
   Couronné par ton temple où règne la Madone, 
   Tu peux voir d'un coup d'œil, du haut de ta grandeur, 
   Québec, Lévis, Beauport, la rade et sa splendeur.
   De ton site éminent, tu vois la plaine altière
   Où Wolfe et de Lévis enchaînaient la victoire ;
   Lorette est à tes pieds, pour te faire sa cour
   Tandis que Sainte-Foy admire ton contour
   Par derrière, adossé aux belles Laurentides.
   Crois-moi, vieux Charlesbourg, tes rides sont splendides ! 

   On peut voir en ton sein plus d'une antiquité :
   Le vieux château Bigot, illustre iniquité, 
   Mais, que tu parais beau quand la brune hirondelle
   Vient au temps des amours en la saison nouvelle,
   Pour bâtir ses doux nids, à l'abri des balcons :
   On dirait que l'amour chante sur tes gazons
   Les chants des rossignols comme un concert de flûte.
   Il semble que l'amour avec ce doux chant lutte
   Pour redire aux échos ton nom délicieux. 
   Adieu ! Beau Charlesbourg, endroit béni des cieux ! 

                                     Pierre-Paul Paradis
(1897)



Tiré de : Pierre-Paul Paradis, Les funérailles de l'amour, Chicoutimi, Imp. du Progrès du Saguenay, 1897, p. 25-27.


   Pierre-Paul Paradis est né à Charlesbourg le 11 octobre 1841, de Paul Paradis, cultivateur, et de Madeleine Lefebvre. Il ne fréquenta que durant quelques années l’école primaire de l’école de son village natal, puis travailla sur la terre de son père.
   Tôt après son mariage avec Marguerite Auclair, le 22 février 1865, il se mêla à la vie sociale et politique locale. Après avoir perdu une élection à laquelle il se présenta contre l’avis de sa famille, il quitta Charlesbourg vers 1880 avec sa famille de 14 enfants, pour s’établir dans la paroisse Saint-Alphonse de La Baie, au Saguenay. Il acheta peu après une terre à la Grande-Ligne (près d'Alma). Ayant perdu son épouse le 15 novembre 1891, il s’établit à Chicoutimi, où il se remaria le 27 septembre 1893 avec Obéline Blackburn, de laquelle il eut quatre autres enfants.
   À partir de 1895, il devint journalier, puis, en 1898, geôlier de la prison de Chicoutimi, poste qu’il occupa jusqu’en 1909. L’année précédente, il avait perdu sa seconde épouse, décédée en octobre 1908. L’année suivante, le 19 août 1909, il épousa en troisième noces Marie Fortin. C’est à cette époque qu’il s’en alla résider à Montréal, dans la paroisse Sacré-Cœur, où il fut à l’emploi d’un fabriquant de chaussures, J.-A. Fortin.
   Cet autodidacte peu instruit, qui reçut le surnom de « poète illettré », a tout de même publié trois courts recueils de poésies : Essais poétiques (1893) ; La fin du monde vue par un témoin oculaire (1895) ; Les funérailles de l’amour, suivi de Charlesbourg (1897), en plus d’avoir écrit de nombreux poèmes qui parurent dans divers journaux.
   Dans son étude publiée en 1960, l’abbé Raymond Desgagné écrit : « Pierre-Paul Paradis fut une personnalité originale et attachante. […] S’il est vrai que ce poète agriculteur n’avait pas eu l’avantage de poursuivre d’autres études que des études primaires élémentaires, qu’il n’était pas non plus très familier avec la grammaire et l’orthographe, [il était néanmoins] doué de véritables dons poétiques ; il avait appris, par la lecture des grands maîtres de la poésie, à faire des vers qui ne manquaient ni de souffle, ni de rythme. [Sa poésie] présente un cas unique chez nous. Si la forme en est boiteuse, le fond pour sa part vibre d’une grande ardeur poétique où on retrouve un écho authentique de l’âme paysanne ».
   Pierre-Paul Paradis est mort des suites d’une brève maladie le 3 janvier 1912. Il a été inhumé au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal.
(Sources : Le Progrès du Saguenay, 17 novembre 1938, 1er avril 1948, 5 septembre 1953 ; l’abbé Raymond Desgagnés, Saguenayensia, juillet-août 1960, p. 101-103 ; Progrès-Dimanche, 30 juillet 1967 ;  Le Quotidien (Chicoutimi), 15 décembre 1979).


Le poème présenté ci-haut est tiré du recueil Les funérailles de l'amour, 
de Pierre-Paul Paradis. Pour consulter ou télécharger le recueil, cliquer 
sur cette reproduction de sa couverture :



Pour consulter l'article détaillé sur Pierre-Paul Paradis
publié en 1960 dans la revue d'histoire Saguenayensa, 
cliquer sur cette reproduction de la couverture :


Le Progrès du Saguenay, 5 septembre 1953. 

(Cliquer sur l'article pour l'élargir)


Adjutor Rivard, avocat, juge, écrivain et premier linguiste
canadien-français, a publié dans le numéro de décembre 1910
 de la revue Le Parler français une critique littéraire sur l'œuvre de
Pierre-Paul Paradis, qu'il a bien connu. Pour consulter l'article, 
cliquer sur cette image :



Pour consulter ou télécharger La fin du monde vue par 
un témoin oculaire, de Pierre-Paul Paradis, cliquer sur 
cette reproduction de la couverture de cette œuvre : 



Pour consulter un article sur Pierre-Paul Paradis paru dans
l'édition du 30 juillet 1967 dans le Progrès-Dimanche de
Chicoutimi, cliquer sur l'image suivante :



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tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
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lundi 7 novembre 2022

Sur la tombe d'un ami, Édouard Labrecque

Portail du Séminaire de Québec tel qu'il paraissait à l'époque où 
Édouard Labrecque y était élève et tel qu'on peut le voir encore
de nos jours. À droite, Édouard Labrecque en 1868, alors qu'il 
venait de compléter sa scolarité au Petit séminaire, où il a connu
 le poète Adolphe Poisson, auteur du poème ci-dessous.

(Source des deux photos : Musée de la civilisation du Québec / Fonds d'archives du Séminaire de Québec)





              Amis, pourquoi cette tristesse ?
          De deuil pourquoi vous couronner ?
              Est-ce une brillante jeunesse
          Que la mort vient de moissonner ?

   Hélas ! c'est un ami que le ciel nous enlève,
   C'est un bel avenir que la mort de son glaive
              S'est plue à briser aujourd'hui ;
   Nous pleurons car c'était un cœur franc et sincère,
   C'était une jeunesse ardente et peu sur terre
              Étaient aimés autant que lui. 

   Il était jeune et fort, il portait haut la tête ; 
   On eut dit qu'il pouvait narguer toute tempête
              Tant il croyait en l'avenir. 
   L'espoir ornait déjà les jours de sa jeunesse ;
   Il aimait ! Le destin à le frapper s'empresse
              Le monstre, au lieu de les unir. 

   Il aimait ! Cet amour embellissait sa vie ;
   Il marchait appuyé sur une main chérie ;
              L'avenir ne l'effrayait pas,
   Et cependant lorsqu'il poursuivait sa carrière,
   S'il eut jeté parfois un regard en arrière,
              Il eut vu la mort la mort sur ses pas. 

   Le jeune homme ! Il eut vu du trépas l'ombre errante
   Aiguisant près de lui son arme menaçante,
             Rouge du sang du genre humain ;
   Il l'eut vue un moment, l'œil injecté de flamme,
   Le marquer de son sceau comme on marque l'infâme
             Qui doit tout expier demain. 

   Mais non ! Rempli d'espoir il poursuivait sa course,
   Et puisant avec joie à l'abondante source
             Ouverte à ses nobles talents, 
   Il rêvait d'heureux jours, brillante destinée, 
   Et croyait que la mort à ses pieds enchaînée
             Devait l'épargner bien longtemps !

   C'était hier... ... depuis, il a quitté la terre. 
   Hier plein de vigueur, le front haut, l'âme altière,
             Aujourd'hui cendre du cercueil !
   Hier narguant la mort, aujourd'hui sa victime...
   Il était jeune et fort, ce fut là tout son crime !
             Aimer, espérer, son orgueil !

                  Adolphe Poisson* (Arthabaskaville, 16 décembre 1870)



Tiré de : L'Union des Cantons de l'Est (Arthabaskaville), 22 décembre 1870.

* Pour en savoir plus sur Adolphe Poisson, auteur du poème ci-haut présenté, voyez la notice biographique sous son poème L'hospitalité du poète (cliquer sur le titre). Voyez également sur Nos poésies oubliées les poèmes suivants : À M. A Suzor-Coté, artiste-peintre ; Aux défenseurs oubliés de la patrie ; L'envie ; Brève est la vie ; Les saisons. 

Pour en savoir plus sur Édouard Labrecque, cliquer
sur cette illustration pour lire le témoignage qu'a 
laissé de lui son meilleur ami et confrère d'études :


Adolphe Poisson (1849-1922)

Confrère d'Édouard Labrecque au Petit Séminaire
de Québec et auteur du poème ci-haut.


(Source : Archives du Séminaire de Québec)

Le poème ci-haut en hommage à Édouard Labrecque a été 
publié dans le numéro du 22 décembre 1870 du journal
L'Union des Cantons de l'Est (Arthabaskaville).

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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dimanche 23 octobre 2022

Invocation

Honoré Thibault (1885-1944)
alias Jean des Grèves

(Source : La Presse, 18 septembre 1924)




       (Fragments)

   Je t'aime, ô mon pays, quand les froids tourbillons
   Des neiges de décembre ont comblé tes sillons ;
   Je t'aime, ô mon pays, à cette heure indécise
   Du soir hâtif, lorsque le vent, la bourrasque ou la bise
   Étreignent sous leurs poids l'érable qui se tord
   Et qui semble lutter comme un géant qu'on mord. 

   Dans tes lacs sinueux, dans tes glaces sans bornes,
   Qui, sous le blond soleil prennent toutes les formes,
   Dans tes bois noirs et beaux qui cachent l'azur bleu
   Ainsi qu'un dôme immense entre la terre et Dieu,
   Dans tes Niagaras, dans tes fleuves tonnerres,
   Dans tes monts escarpés, dans tes noires rivières,
   Dans tes nuages flous, dans tes limpides cieux 
   Que nous contemplons tous sans rassasier nos yeux,
   Ciels bleus, ciels gris, ciels roux, fraîches teintes d'aurore,
   Ou lueur du couchant sous le soleil qui dore,
   Je t'aime, ô mon pays, et je veux te chanter ; 
   Te chanter dans ces mots de simple majesté
   Que des colons d'Artois, de Poitou, de Touraine, 
   De Champagne, d'Anjou, de Beauce et de Lorraine,
   Bretons, Picards, Normands, trappeurs des fiers sommets, 
   Redirent aux échos recueillis des bosquets. 

   Ces mots vibrent encore aux flancs des Laurentides,
   Ni le fer ni le feu des vainqueurs avides, 
   Ni d'autres tout gonflés de combats triomphants,
   N'ont pu les arracher aux lèvres des enfants.
   Nos pères les disaient à la vague sonore,
   Et nos fils, après nous, les rediront encore. 

   Entendez-vous au loin les notes des chansons ?
   Ce sont des mots de France emportés sur nos monts
   Que le grand vent du Nord disperse sur la rive
   Et porte jusqu'à nous en musique plaintive.

   Pour moi, simple rêveur, en ce siècle d'émoi, 
   Je t'aime, ô mon pays, jusque dans tes colères, 
   Mon cœur ne peut vibrer pour d'autres que toi.
   Dans tes soleils tardifs, dans tes saisons sévères,
   Je t'aime, ô mon pays, et je veux te chanter,
   Chanter de tes hivers la morne royauté,
   Chanter de tes printemps les murmures de l'onde,
   Chanter de tes étés la glèbe âpre et féconde, 
   Et chanter en automne un peu de la rancœur
   Qui nous saisit soudain quand tombent feuille et fleur. 

   Pendant qu'au sein des bois le vent du soir soupire,
   Le rossignol timide accorde au loin sa lyre,
   Mais le vent qui redouble en crescendo puissant
   Couvre bientôt la voix du chantre du couchant. 
   La vague alors répond et sa vaste cadence
   Est un hymne infini telle une plainte immense,
   C'est un duo sans fin de la brise et des flots
   Où dominent toujours des éternels sanglots. […]

                                    Jean des Grèves* (1920)



Tiré de : Jean des Grèves, Dollard, poème dans le genre ancien en trois chants, Montréal, Librairie Beauchemin, 1920, p. 17-18. 


  * Honoré Thibault, dont le nom de plume est Jean des Grèves, est né à Saint-Bernard-de-Lacolle le 14 novembre 1885, d'Élias Thibault, instituteur, et de Caroline Dutrisac. Son prénom de baptême est Honorius. On ignore où il fit ses études primaires et classiques. Il obtint son diplôme de médecine dentaire de l'Université Laval de Montréal. 
  Durant ses études en médecine dentaire, il enseigna les langues tout en s'adonnant à la littérature. Il a ainsi composé le livret d'un opéra comique, intitulé « Gisèle », dont la musique est l'œuvre d'Alphonse Lavallée-Smith, alors considéré comme l'un des plus importants musiciens au pays et dont la mère était cousine du compositeur Calixa Lavallée. 
   Il a publié des articles et poèmes dans divers journaux et périodiques, dont La Presse ; Le Nationaliste ; Le Passe-Temps ; Le Bulletin des agriculteurs ; La vie au grand air ; L'Action catholique ; L'Étoile du Nord (Joliette) ; La Tribune (Sherbrooke) ; Le Droit. 
   Dédié à sa profession, il fut l'un des premiers membres du Collège des chirurgiens dentistes de la province de Québec, dont il a été l'un des gouverneurs, en plus d'avoir fondé la Revue dentaire canadienne dont il fut durant seize ans le rédacteur en chef ; cette publication jouissait alors d'un certain rayonnement international. Durant la première guerre mondiale, il fut capitaine des laboratoires dentaires militaires du Québec. Néanmoins, il resta toute sa vie actif dans la vie littéraire et le mouvement patriotique, en plus d'être resté féru d'histoire nationale.
  Honoré Thibault est mort subitement à Montréal, à sa résidence du 4128 avenue du Parc-Lafontaine, le 27 février 1944. Il avait épousé Jeanne Beauchemin le 9 juin 1921, à la paroisse Saint-Louis-de-France, à Montréal.
(Sources : La Patrie, 24 mai 1912 et 28 février 1944 ; La Presse, 18 septembre 1924 ; La Gazette du Nord, 30 septembre 1938 ; Ancestry.ca).


Le poème Invocation, dont des extraits sont présentés ci-haut, 
est tiré de Dollard, poème dans le genre ancien en trois chants,
de Jean des Grèves, nom de plume d'Honoré Thibault.
Pour consulter ou télécharger cet ouvrage, cliquer
sur sa couverture :



La préface signée par Jean des Grèves dans son ouvrage
 Dollard, tout en évoquant les droits linguistiques et scolaires 
des canadiens-français qui étaient alors bafoués sans vergogne 
par les gouvernements de diverses provinces canadiennes dont 
l'Ontario et le Manitoba, constitue un vibrant plaidoyer patriotique
  qui n'a rien perdu de sa vigueur ni de sa pertinence. Pour en
prendre connaissance, cliquer sur cette image :


Photo d'Honoré Thibault parue dans 
La Patrie du 24 mai 1912, qui faisait
état de la création de l'opéra-comique
« Gisèle », dont il est l'auteur du livret
et dont le compositeur est le grand 
musicien Alphonse Lavallée-Smith.


En 1912, le gouvernement de l'Ontario adoptait l'infâme 
Règlement 17, qui piétinait les droits linguistiques et 
scolaires des Canadiens-français de cette province. 
Honoré Thibault ne resta pas indifférent à cet affront
et publia ce vigoureux texte le 27 octobre 1912 dans 
Le Nationaliste, hebdomadaire fondé par Olivar Asselin 
et Jules Fournier. Cliquer sur l'article pour l'élargir : 



En 1919, Honoré Thibault, sous son nom de plume de 
Jean des Grèves, composa les paroles d'une pièce
pour piano et chant, intitulée Inconstance, dont la
musique est de Stella Ricard. Cliquer sur l'image 
pour consulter ou télécharger cette œuvre : 


Comme en fait foi cette annonce parue dans Le Devoir du
7 juin 1916, le cabinet professionnel d'Honoré Thibault 
était alors situé sur la rue Rachel près de la rue
Saint-Denis, à Montréal.

Cet article dans La Presse du 18 septembre 1924 fait état de la reprise 
sur scène de l'opéra comique « Gisèle », qui avait été créé en 1913 et 
dont les auteurs sont Alphonse Lavallée-Smith et Honoré Thibault. 

(Cliquer sur l'article pour l'élargir)
 

Cet entrefilet paru dans La Patrie le
29 septembre 1929 fait état d'un
voyage de recherches en Europe
effectué par Honoré Thibault.

Il arrivait à Honoré Thibault de séjourner 
quelque temps en région québécoise afin
de remplacer un collègue dentiste, comme
en fait état cette mention parue dans la
Gazette du Nord le 30 septembre 1938.

La Patrie, 28 février 1944. 

(Cliquer sur l'article pour l'élargir)

La résidence d'Honoré Thibault (où il est mort subitement le 27 février 1944), 
telle qu'elle paraît de nos jours, au 4128 avenue du Parc-Lafontaine, à Montréal.

(Source : Google Maps)

Pierre tombale de la famille d'Honoré Thibault. À noter 
que l'année de sa naissance indiquée sur le monument
est erronée, car il est né en 1885 et non en 1887. Voir
ci-dessous les documents qui attestent de ce fait.

(Source : Find-A-Grave)

Extrait du registre de la paroisse Saint-Bernard-de-Lacolle. Il y est
 clairement indiqué qu'Honoré Thibault, dont le prénom de baptême
est Honorius, est né en 1885 et non en 1887. 

(Source : Ancestry.ca)

Extrait du registre de la paroisse Saint-Louis-de-France, à 
Montréal, faisant état du mariage d'Honoré Thibault avec
Jeanne Beauchemin, le 9 juin 1921. À noter le prénom tel
qu'inscrit, Honorius, ce qui confirme qu'il s'agit bel et bien
du même HonoriusThibault qui est né à Lacolle en 1885. À
souligner également que l'épouse de Thibault est la fille de
Louis-Joseph-Odilon Beauchemin (1852-1922) propriétaire
de l'importante Librairie Beauchemin, à Montréal, qui était
également le premier grand éditeur de livres au Québec.


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

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samedi 30 juillet 2022

La muse noire

« Cette photo constitue un document émouvant puisque
quelques minutes après avoir apporté les dernières
retouches au maquillage du narrateur du pageant, 
M. Claude Touchette, M. Harpe s'écroulait frappé d'une
attaque d'angine. Relevé immédiatement, il trouva la
force de dire : "C'est beau, c'est beau, continuez" ». 
Charles-E. Harpe est mort à 43 ans dans les minutes
qui suivirent. Le Soleil, 2 août 1952.




   Homme, que viens-tu faire en ce monde barbare,
   Sans fusil sur l'épaule, avec le rêve au poing,
   Et ton cœur langoureux comme un son de guitare ?
   Ton langage est de ceux qu'ils ne comprendront point. 

   Tu chercherais en vain, dans cette foule amère, 
   L'appui d'une âme habile à soulager ton front
   Que l'on sent lourd du raisin bleu de la chimère :
   S'ils ne t'ignorent pas, ils te massacreront. 

   Ta chanson est pareille à la source d'eau vive,
   Se frayant un chemin dans le roc du vallon
   Pour n'abreuver que le jonc fauve de la rive
   Et que le sable étouffe au gré de l'aquilon. 

   Tu secoueras le rire à ta mine pâlotte. 
   Puis croyant voir surgir, sans plume et sans mousquet, 
   Le fantôme éperdu de l'ombrageux Quichotte,
   Ton nom sera sifflé comme un méchant roquet.

   À quoi bon dépenser ta peine et ton courage
   À souffler dans un cor par les siècles rouillé ?
   Roland ne hante plus l'écho du paysage
   Que des festins d'hyènes ont à jamais souillé.

   En vain chercherais-tu l'amour des pastorales
   Dans ces hameaux de leur chaume découronnés.
   Les rayons irisés des brumes vespérales
   Ne s'étendent qu'au bord des nids abandonnés. 

   L'orage a dévasté le sol fécond des plaines,
   Où la lune, en frôlant la houle des blés mûrs
   Et les étangs lustrés comme des porcelaines,
   Prolongeait sur nos soirs un mirage d'azur. 

   Fini le temps des madrigaux, des villanelles, 
   Des aveux chuchotés derrière un éventail ;
   Les amants de Watteau, pâmés sous les tonnelles,
   Sont comme les dieux morts d'un rutilant vitrail. 

   Mortes sont au jardin la rose et l'églantine
   Sur le tombeau d'Elvire, où pleure un rossignol
   Comme un suprême adieu du cœur de Lamartine.
   Qu'on a tué pour en faire un grand Guignol. 

   Ils ont mis de la poudre aux jonctions des âmes,
   En poussant sur la Tour des cris ensorcelés ;
   Ils ont réduit l'Art pur en un monceau de flamme
   En le crucifiant au fil des barbelés.

   Tu ne peux mesurer la force de leurs armes :
   Remonte la colline avec tes yeux d'enfant
   Et ton cœur débordant de sagesse et de larmes
   Pour engourdir ta peine aux sons de l'olifant !

                                Charles-E. Harpe (1949)



Tiré de : revue Littéra, vol. 1, no 2, Rimouski, novembre-décembre 1949, p. 8-9.


Pour écouter l'interprétation du poème ci-haut
par Félix Tanguay, cliquer sur cette image : 



De Charles-E. Harpe, Nos poésies oubliées a également présenté (cliquer sur les titres) : L'escale ; Clair de lune ; Voix de la solitude ; Le plus bel hymne à l'orgue des vivants ; Été du ciel de mon enfance ; Guirlande aux éprouvés ; Printemps ; Chanson d'automne ; Noël pour une âme seule.


Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe,
cliquer sur cette illustration : 


Le poème La muse noire, ci-haut, de Charles-E. Harpe, est paru dans le
numéro de novembre-décembre 1949 de la revue Littéra, de Rimouski.

Article consacré à Charles-E. Harpe dans le numéro de novembre-décembre
1949 de la revue Littéra, dans lequel est également paru le poème ci-haut.

(Cliquer sur l'article pour l'élargir)

Monument funéraire de Charles-E. Harpe à l'entrée du cimetière
de Saint-Aubert-de-l'Islet, sur la Côte-du-Sud.

(Photo : Daniel Laprès, août 2018)


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

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de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
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