Messe de Noël, par Clarence Gagnon (1881-1942) (Source : René Boissay, Clarence Gagnon, Saint-Constant, Héritage Broquet, 1988) |
I
Noël ! joyeux Noël cher aux petits enfants,
Noël des dodos bleus et des réveils magiques,
Je sens mon cœur frémir de songes nostalgiques
En écoutant l'écho des clochers triomphants.
La lune s'est ancrée au grand mât de l'église,
Échouée en plein mont sur des galets d'argent ;
Et la douce clarté de son disque immergent
Donne aux maisons l'aspect d'immobiles banquises.
Secouant leurs grelots sur les chemins tracés
Par-ci d'un arbre en givre et par-là d'épinettes,
Sur la neige crissant leurs lisses violettes,
Arrivent les traîneaux par des gens devancés.
La nuit vibre soudain comme un globe sonore
Sous l'airain de la cloche éveillant le hameau,
Tel un air pastoral de quelque chalumeau,
Pour saluer la sainte et solennelle aurore.
II
J'ai suivi le cortège en marchant pas à pas
Derrière la gaieté des villageois. Pensive,
Mon âme que la peine emporte à la dérive
Enviait ce bonheur qui ne reviendra pas.
Bonheur de ces Noëls vécus dans la famille,
En contemplant la vie avec des yeux fervents.
Trop tôt s'élève, hélas, la tourmente des vents
Au ciel de cette étoile où notre foi scintille.
En grandissant, les loups, de malheurs affamés,
Viennent hurler la mort autour des bergeries ;
Il faut fuir le berceau des chastes rêveries,
Chassées par l'ange en deuil des paradis fermés.
J'ai suivi le cortège... En cette heure éphémère,
J'ai vu flamber la joie aux âtres des maisons.
En plaignant le destin des coureurs d'horizon,
J'ai partagé le pain du bohème sans mère
Pour lui réchauffer l'âme au sein du réveillon
Qui fait tout oublier, les rancunes, les haines,
Lorsqu'elle vient poser le baiser des étrennes
Sur les fronts, comme un lis qu'effleure un papillon.
Il s'en ira tout seul, plongé dans les ténèbres
De son être engourdi par le froid lancinant.
Aux autres le plaisir ! Le songe hallucinant
Ranimera la cendre en ces pensers funèbres.
Noël ! joyeux Noël de l'amour triomphant,
Noël des carillons, des intimes ripailles,
Pitié pour les humains qui, le coeur sur la paille,
Pleureront cette nuit leurs souvenirs d'enfant !
Charles-E. Harpe (1944)
Tiré de : Charles-E. Harpe, Les oiseaux dans la brume, Montmagny, Éditions Marquis, 1948, p. 107-110.
Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, voyez la notice biographique et les documents sous ses poèmes Voix de la solitude ; Le plus bel hymne à l'orgue des vivants ; Guirlande aux éprouvés ; Printemps ; Été du ciel de mon enfance (cliquer sur les titres).
De Charles-E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : L'escale ; Chanson d'automne ; Clair de lune.
De Charles-E. Harpe, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : L'escale ; Chanson d'automne ; Clair de lune.
Voyez également le dossier sur Charles-E. Harpe
présenté par les Glanures historiques québécoises
![]() |
Les Oiseaux dans la Brume, recueil de Charles-E. Harpe d'où est tiré le poème Noël pour une âme seule, ci-haut. . (Cliquer sur l'image pour l'agrandir) |
![]() |
Cette photo publiée dans Le Soleil du 2 août 1952 montre Charles-E. Harpe moins de cinq minutes avant la crise cardiaque fatale qui l'emportera. Il n'avait que 43 ans. (Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) |
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité.
Pour connaître les modalités de commande de cet
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection,
cliquez sur cette image :
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire