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dimanche 21 mars 2021

Printemps

Charles-E. Harpe (1908-1952)

(Courtoisie Gaston Deschênes)




       Le Printemps naît,
       Et tout renaît
       Dans la nature ;
       Les bois, les prés
       Sont diaprés,
       L'onde murmure !

       Arbres et fleurs, 
       Riches couleurs...
       Les pâquerettes
       Et les lilas 
       Jonchent les pas
       Des bergerettes. 

       Douces chansons
       De nos buissons,
       Voix d'hirondelle
       En oraison,
       Le gai pinson 
       Rôde autour d'elle.

       Quand tu reviens
       Je me souviens 
       De mon enfance,
       Où je courais
       Près des marais
       Sans vigilance.

       Où je cueillais
       De beaux œillets
       Ceints de fougères,
       Cheveux au vent,
       Pieds nus, souvent
       Sur les bruyères.

       C'était aux jours 
       De mes amours 
       Avec les bêtes !
       Vaches, moutons,
       Gorets gloutons
       Aux roses têtes !

       J'aimais surtout
       Par-dessus tout
       La jument blanche,
       Que j'étrillais
       Et toilettais 
       Pour le dimanche. 

       Ce temps heureux
       Est déjà vieux ;
       Tout fuit, tout change...
       Je ne suis plus,
       Non, vraiment plus,
       Un petit ange. 

       Printemps joyeux,
       C'est dans tes yeux
       Que le poète,
       Avec amour,
       Lira toujours
       Son épithète ! 

       Chante, Printemps !
       Fleurit le temps
       De ma jeunesse.
       Verse en mon cœur
       Un peu d'ardeur, 
       Un peu d'ivresse ! 

            Charles-E. Harpe (1930)



Tiré de :  "La vie canadienne", supplément littéraire au "Roman canadien", Montréal, Éditions Édouard Garand, juin 1930, p. 52. 

Pour en savoir plus sur Charles-E. Harpe, voyez les dossiers présentés sous ses poèmes : Été du ciel de mon enfance ; Voix de la solitude ; Le plus bel hymne à l'orgue des vivants ; Guirlande aux éprouvés ; L'escale ; Claire de lune ; Chanson d'automne

Voyez également ce dossier richement documenté
présenté par les Glanures historiques québécoises 
en cliquant sur cette image :


Cet extrait d'un article paru dans le 
magazine Radiomonde du 28 avril
1952 nous apprend que l'année avant
sa mort, Charles-E. Harpe a pu faire 
un long voyage en Europe, le premier
et le dernier de sa vie. L'article fait
également mention de Félix Leclerc. 

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Cet extrait d'un article du magazine Radiomonde du 7 juin 1952
annonce l'élection de Charles-E. Harpe à la présidence de la
Société des poètes canadiens-français. Moins de deux mois
plus tard, Charles-E. Harpe mourait d'une crise cardiaque.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cette photo publiée dans Le Soleil du 2 août 1952 montre
Charles-E. Harpe moins de cinq minutes avant la crise
cardiaque fatale qui l'emportera.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Petit Journal (Montréal), 10 août 1952.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Témoignage d'Eddy Boudreau, de la Société des écrivains canadiens-français, en
hommage à Charles-E. Harpe dans le journal L'Action catholique du 12 août 1952.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Gazette des campagnes, 31 juillet 1952.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Extrait d'une rubrique du magazine Radiomonde du
25 juillet 1953, pour rendre hommage à la mémoire 
de Charles-E. Harpe un an après son décès.

(Source : BANQ ; cliquer sur
l'image pour l'agrandir)

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samedi 21 mars 2020

Campagnes laurentiennes : Printemps

Le dégel, un soir de mars, Arthabaska, 1913, de Marc-Aurèle Suzor-Coté.




   Quand le soleil d'avril, retrouvant son ardeur,
   Glisse ses rayons d'or sur l'immense blancheur
   Du disque bien-aimé que la voûte céleste
   Décrit sur les confins de notre sol agreste ;
   Quand la blonde lumière, entre le bleu du ciel
   Et le manteau tout blanc du vieux sol paternel,
   Épanche avec chaleur son âme généreuse
   Et verse ses rayons sur la terre frileuse,
   Aussitôt l'air perçant et rempli de froideur
   S'échauffe par degrés et reprend sa douceur.

   Sur la neige sans tache au front de ses grands voiles,
   Le soleil fait briller de petites étoiles.
   Des reflets cristallins, des jets de diamants,
   Palpitent de bonheur au baiser de l'amant. 
   Les atomes de neige, aux touches de la flamme,
   Nous paraissent revivre et s'animer d'une âme.
   Bientôt les grumeaux blancs, sous l'action du feu,
   Perdent de leur rigueur, s'amollissent un peu.
   Cette couche si froide, entassée, très solide,
   Se dissout lentement, puis devient tout humide
   En recueillant les pleurs qu'on voit d'abord perler
   Sous le rayon brillant qui les force à couler.
   Mais après quelques jours, tous les flots de ces larmes,
   Par le travail constant de leurs mouvements calmes,
   Forment, dans la blancheur, de gracieux ronds bleus
   Qui paraissent de loin semblables à des yeux. 

   Les arbres, réveillés, secouent leur blanche hermine
   Aux souffles du printemps qui s'avance et chemine.
   La couche de verglas, qui forme des glaçons,
   Découvre les vieux toits de nos bonnes maisons.
   Là-bas, dans la forêt, la sève de l'érable
   Compose goutte à goutte un sucre délectable, 
   Pendant que les ronds bleus deviennent des étangs
   Qui retiennent captifs les nombreux habitants.
   Bientôt, c'est une mer où la neige fondue
   N'offre plus la beauté de sa blancheur perdue.
   Mais en retour, le flot gracieux et rythmé 
   Honore de son chant le printemps bien-aimé,
   Tandis que le regard va sur les eaux limpides
   Qui transforment nos prés en des plaines liquides.

   Soudain, le vent du nord apporte son concours
   À qui ne peut tout boire et réclame secours.
   En peu de temps tous deux, d'une action commune,
   Nous découvrent la terre où gît notre fortune.
   Pour le cultivateur, c'est un moment vital,
   Après cinq mois d'hiver, de voir le sol natal.
   Il sourit de bonheur quand la terre s'éveille,
   Car depuis si longtemps elle dort et sommeille.
   Pendant ce long repos, un regain de vigueur
   A pénétré son corps et rajeuni son cœur. 
   De ce sein généreux que la sève féconde,
   S'épanche un flot vernal qui réjouit le monde.

   Puis, c'est un vrai concert nourri des plus beaux sons
   Que l'on offre à la terre en recevant ses dons,
   Pendant qu'elle fait naître une nouvelle vie
   Aux souffles créateurs de la saison bénie. 
   En revêtant ainsi des êtres demi-nus,
   On dirait que son âme et son cœur sont émus
   Par le fait d'être utile au monde qui désire,
   De lui rendre la joie où germe le sourire ;
   De le bénir encore au moyen des amours
   Que le printemps réveille aux feux de ses beaux jours.

   Mais au cœur des foyers, c'est un cri d'allégresse,
   Des échos de bonheur, un regain de jeunesse,
   Depuis que du printemps notre oiseau précurseur,
   Dans un ciel souriant, a montré sa couleur.
   La noire prophétesse, en bonne messagère,
   Va chercher tout au fond de sa gorge légère
   Un cri particulier que nous connaissons bien,
   Pour annoncer à tous que le printemps revient.

   Je ne puis l'expliquer, mais c'est une corneille
   Qui précède chez nous cette saison vermeille.
   Quand on va vu passer le volatile noir,
   C'est un signe certain qui fait naître l'espoir.
   La neige nous arrive, il s'envole et nous quitte ;
   Si la neige nous quitte, il nous revient bien vite.
   Peut-être que ce corps habillé de noirceur
   A le don singulier de chasser la blancheur.
   Cependant nous l'aimons, malgré qu'il soit sans grâce,
   Car le printemps nous reste et le sombre oiseau passe.
   Un mois plus tard, partout les foyers sont ouverts
   Pour entendre du ciel les gracieux concerts.
   Les oiseaux de retour babillent sur les branches
   Qu'ils avaient dû quitter avant les neiges blanches.

   La très douce lumière a toujours un baiser
   Que sur les jeunes plants elle va déposer ;
   Puis ses flots amoureux dans l'espace rayonnent,
   Variant leurs couleurs sur les fronts qu'ils couronnent.
   Sur le voile jauni dont le sol est couvert,
   D'un regard satisfait on voit poindre le vert ;
   D'abord très clairsemés de distance en distance,
   Ils reviennent nombreux et se groupent plus denses ;
   Ce sont les premiers fils du tissu moelleux
   Dont se pare la terre après les jours neigeux.

   Bientôt, par tout le sol, la nouvelle parure
   Déroule avec douceur sa splendide verdure,
   Formant dans notre plaine un immense tapis
   D'un gracieux velours, plat, égal et sans plis,
   Depuis le Saint-Laurent jusqu'aux pieds des montagnes
   Qui bornent l'horizon de nos grandes campagnes,
   Mais devient ondulante en gravissant les monts,
   Puis se courbe en guirlande au sommet de leur front.

   Les forêts ont repris leurs habits d'émeraude
   Qu'elles gardent toujours pendant la saison chaude.
   Sur d'autres petits plants, des bourgeons verts laiteux
   S'ouvrent tous par degrés à la chaleur des cieux.
   Ils feront dans dix jours un gracieux feuillage
   Qui couvrira le plant d'un vêtement volage.
   Sur les tendres gazons bondissent les troupeaux,
   Mêlant leurs cris de joie aux doux chants des oiseaux.
   Le courant du ruisseau, qui glisse sur la pente,
   Poursuit en babillant la route qui serpente.

   Oui, tout chante et s'anime aux souffles des zéphyrs,
   Et la terre et le ciel s'emplissent de plaisirs.
   C'est la saison bénie, inspirante et féconde
   Où, dans le sol vivant, germe le pain du monde.
   Les fermiers sont actifs à tracer les sillons
   Pour y semer les grains qui donnent les moissons.
   Plus d'un mois, chaque jour, ils suivent la charrue,
   Calculant chaque soir la route parcourue. 
   Le père, les enfants, tous mettent dans le sein
   De la terre un froment qui rend le monde sain.
   Semer, c'est avouer la force créatrice 
   Du Dieu qui fait germer sous sa main protectrice.
   Retirez-vous, semeurs, votre Père des cieux
   Veillera sur vos champs pour qu'ils soient généreux.

   Pour toi, joli printemps, miroir de ma jeunesse,
   J'ai composé ce chant que mon âme t'adresse.
   Car après chaque hiver, lorsque tu nous reviens,
   J'évoque avec amour des souvenirs anciens
   Au milieu des labeurs qui me font tant vieillir.
   Lorsque je te revois, je me sens rajeunir.
   Et si le poids des ans vers la tombe me penche,
   Tu viendras, j'en suis sûr, fêter ma tête blanche !

                                 Modeste Champoux (1917) 




Tiré de : revue Le pays laurentien, octobre 1917. 

Le poème Printemps, ci-haut, fait partie d'une série de quatre poèmes de Modeste Champoux, intitulée Campagnes laurentiennes, sur le thème des saisons. De cette série, les Poésies québécoises oubliées ont également publié : ÉtéAutomne et Hiver.

Pour en savoir plus sur Modeste Champoux, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Petite barcarolle.


Modeste Champoux (1881-1918)

(Source : Les Eudistes)

Dédicace manuscrite de Modeste Champoux dans son
recueil La vieille maison - Petite barcarolle (1916)

(Collection Daniel Laprès ; 

cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Campagnes laurentiennes : Printemps,
ci-haut, a été publié dans le journal L'Étoile
du Nord
, de Joliette, puis dans le numéro 

d'octobre 1917 de la revue Le Pays laurentien
que l'on peut consulter 
ou télécharger gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Modeste Champoux est mort à l'âge de 37 ans de la pandémie de grippe
espagnole qui a frappé le monde il y a un siècle. Il est l'un des nombreux
gens de lettres du Québec qui ont été fauchés par ce fléau. La Presse a
fait état de son décès dans son édition du 12 décembre 1918. Il repose au
 cimetière de Chandler, en Gaspésie, où il était vicaire et où il est décédé.

(Sources : article BANQ ; photo Les Eudistes ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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