samedi 24 août 2019

Le Fleuve

Nérée Beauchemin (1850-1931)

(Source : Yamachiche, son
histoire, son patrimoine
)





   Depuis l'âge orageux des aurores premières
   Où tout un ciel pleuvait sur un monde naissant,
   Suivi d'un infini cortège de rivières,
   Au large, à plein chenal, en triomphe, il descend.

   Superbe, délivré des ténèbres sauvages
   Et des enchantements des noirs Esprits du mal,
   Il proclame aux nouveaux soleils de ses rivages
   Son noble nom de saint, son beau nom baptismal.

   Reflétant les espoirs des races obstinées
   Dont les fils ont connu les pleurs des sombres jours,
   Le vieux fleuve, le fleuve aux vastes destinées,
   Le Saint-Laurent poursuit son voyage au long cours. 

   En vain le précipice irrite sa puissance ;
   De l'abîme à l'abîme, il redouble ses bonds.
   Il passe. Tout le bruit de son effervescence,
   À la longue, s'apaise en des calmes profonds.

   De la plus humble côte au plus haut promontoire,
   D'amont jusqu'en aval, tout le long de ses bords,
   Cent clochers, au matin, célèbrent son histoire,
   Et cent clochers, au soir, modulent leurs accords. 

   Il passe. Que lui font les tributs qu'il absorbe ?
   En sera-t-il plus beau, plus grand, plus glorieux ?
   Il passe, et l'on verra se résoudre en son orbe
   L'émeraude et l'azur de la terre et des cieux. 

   Mais voici que la Mer ose forcer l'entrée
   De l'estuaire où roule un océan de flots :
   Devant le Roi des eaux, la Mer exaspérée
   Recule, et sa colère éclate en longs sanglots.

   Et le Fleuve, le vieux fleuve, le fleuve immense,
   Dont les souffles n'ont pas cessé d'être vivants, 
   Magnifique de calme et d'orgueil, recommence
   Sa marche vers l'aurore et les soleils levants. 

   Tel, par les champs dorés et par les vertes plaines,
   Ce peuple qui déferle et déborde en tous lieux 
   Et qui, sous tous les ciels, sent courir en ses veines
   Le sang qui mit sa pourpre aux veines des aïeux. 

   Illustre peuple issu de ces divines sources
   Qui ne pourront jamais décroître ni tarir,
   Il passe, à peine ému de ses lointaines courses,
   Calme, tranquille, sûr de ne jamais mourir. 

                                  Nérée Beauchemin (1922)



Tiré de : Nérée Beauchemin, Patrie intime, Montréal, Librairie d'Action canadienne-française, 1928, p. 45-47.

Pour en savoir plus sur Nérée Beauchemin, cliquer ICI et ICI. 

De Nérée Beauchemin, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le vieux parler ; La bonne France ; Correspondance poétique (avec Louis Fréchette) ; France ; Une sainte ; Le sapin de Noël.


Le poème Le Fleuve, ci-haut, est tiré de Patrie intime, recueil
de Nérée Beauchemin. La première édition, dont on voit la
couverture à gauche, est parue en 1928. La couverture de
droite est celle de l'édition la plus récente, augmentée
d'autres poèmes, que l'on peut encore commander dans
toute bonne librairie. Pour informations voyez ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Nérée Beauchemin
dans son recueil Patrie intime. Écrite trois
mois avant la mort du poète, la dédicace est
adressée au comédien Camille Ducharme.
Pour connaître les circonstances entourant
cette dédicace, cliquer ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

 La municipalité d'Yamachiche a su honorer d'une manière remarquable et unique
 la mémoire de son poète-médecin Nérée Beauchemin. Ainsi, un immense portrait
de celui-ci,  qui est une reproduction d'un fusain de Rodolphe Duguay, orne la salle
 du conseil municipal. Yamachiche montre ainsi la voie à toutes les municipalités
qui cherchent à honorer le souvenir de leurs citoyens ayant contribué à enrichir
le terreau culturel et littéraire du Québec.

(Photo : René Girard et Daniel Laprès, 28 mai 2019 ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Lever du soleil sur le golfe du Saint-Laurent à Baie-des-Sables, 
près de Matane, village natal de la poétesse Marie Ratté.
 Pour en voir la vidéo, cliquer sur cette image : 


Volée d'oies blanches au dessus du fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de L'Islet.

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le fleuve Saint-Laurent, vu depuis la cime du Cap Tourmente.

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Vue du traversier N. M. Trans-Saint-Laurent sur le fleuve Saint-Laurent
 entre Rivière-du-Loup et Saint-Siméon au soleil couchant, à partir du
 parc de la pointe à Rivière-du-Loup.

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
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mercredi 21 août 2019

Le chant du coureur-de-bois

Robert Choquette (1905-1991)

(Source : Mon magazine, mars 1926
)




   Oh ! que mon coeur bat fort dans ma large poitrine !
         J'ai peine à contenir ses bonds ;
   Je suis jeune et l'orgueil écarte ma narine,
         Rien ne tient mes pieds vagabonds.
   Je suis le libre enfant de la libre nature,
         Et quand jusqu'en mes flancs fougueux
   Je porte avec ivresse un souffle d'aventure
         Et franchis les halliers rugueux,
   Je suis plein de dédain pour les maisons de pierre
         Et pour les citadins chétifs !
   Le soleil qui vacille éblouit ma paupière
         Et j'y tiens ses rayons captifs !

   Moi, je ne connais pas les fausses attitudes
         Que l'on enseigne dans la cité ;
   J'ai cueilli la franchise au fond des solitudes
         Et je la porte à mon côté.
   La jeunesse où je fouille est ma seule ressource.
         Ma pensée, au fond de mes yeux, 
   Est comme un sable d'or à travers une source ;
         J'ai la vigueur de mes aïeux.
   Parfois quand j'erre seul, le dos au crépuscule,
         Dans les bois pleins de bruits confus,
   Je regarde en rêvant la lune qui recule
         Et fuit entre les pins touffus...

   Je rêve au doux regard que des cils environnent
         Comme un étang bordé de joncs.
   C'est une enfant sauvage où les charmes fleuronnent ;
         Sa lutte est sous les arbres longs.
   Elle a tout le printemps sur sa bouche entr'ouverte ;
         Nous nous aimons parmi les fleurs,
   Ivres, sous la forêt qui fait la clarté verte,
         Au bruit des insectes siffleurs.
   Oh ! de chérir ainsi cette enfant éphémère
         En parlant d'immortalité,
   N'est-ce pas le bonheur du ciel, Nature-mère,
         Nature aux yeux pleins de bonté ?

   Eh ! qu'importe demain quand le présent déborde,
         Quand on tient dans ses mains l'infini !
   Qu'importent l'avenir, la vieillesse et la horde
         Des maux dont le corps est puni,
   Si la jeunesse en nous bondit d'exubérance
         Comme un chevreuil sous la chaleur !
   Avoir peur de l'amour, c'est craindre la souffrance ;
         Le coeur grandit dans la douleur.
   À moi beauté de l'âme, idéal, ciel limpide,
         Printemps qui verdis les coteaux ! 
   À moi la liberté, la jeunesse intrépide,
         L'amour bâtisseur-de-châteaux !

   Aube aux souliers d'argent, vestale en robe blanche ;
         Matin qui marches sur des pleurs,
   Chansons qui frissonnez le long de chaque branche,
         Saveur des fruits, parfum des fleurs ;
   Mobiles clairs-obscurs gravissant la colline,
         Joncs d'où part un martin-pêcheur,
   Ô soleil de corail, lune de mousseline ;
         Nature, immortelle fraîcheur,
   Mère à jamais féconde, à jamais florissante,
         Je t'aime d'un amour fervent,
   Ô Nature, et tu fais mon âme frémissante
         Comme une feuille sous le vent ! 

   J'aime tout ce qui vit dans l'ombre ou la lumière,
         La nature ou l'humanité : 
   L'universel amour est la seule rivière
         Qui mène à l'immortalité.
   L'idéal, c'est la source où mon âme va boire
         Le soleil qui flamboie au fond !
   Ma jeunesse reluit comme l'or d'un ciboire
         Où s'entasse le ciel profond !
   Joyeux, ravi, libre devant l'horizon vaste,
         Quand je franchis les terrains plats,
   Je dois presser des mains mon coeur enthousiaste,
         De peur qu'il ne vole en éclats !

                                   Robert Choquette* (1925)




Tiré de : Robert Choquette, À travers les vents, deuxième édition, Montréal, Les Éditions du Mercure, 1927, p. 131-134. (Préface de Henri d'Arles).

* Fils de Joseph-Alfred Choquette et d'Ariane Payette, Robert Choquette est né le 22 avril 1905 à Manchester (New Hampshire). Sa famille revint à Montréal en 1913 et l'inscrivit au Collège Notre-Dame, puis, de 1917 à 1921, au Collège de Saint-Laurent, où il entreprit ses études classiques. Il étudia ensuite au Collège Loyola de 1921 à 1926. 
   Journaliste à The Gazette en 1927, Robert Choquette assuma un peu plus tard la rédaction de la Revue Moderne, tout en étant secrétaire et bibliothécaire à l'École des Beaux-Arts de Montréal. La fondation de Radio-Canada marque un tournant dans sa carrière : il sera l'un des principaux écrivains à alimenter le nouveau réseau de radio-romans. 
   En 1942-43, il fut invité comme écrivain-résident au Smith College de Northampton (Massachusetts). Revenu au pays, il se consacra entièrement à la littérature. Auteur de nombreux recueils de poésies et de romans, il fut lauréat, entre autres, de trois prix David (1926, 1932, 1955), du prix de poésie de l'Académie française (1954) et du prix Edgar Poe (1956). En 1962, il fut proclamé « Prince des poètes du Canada français ». Membre fondateur, en 1944, de l'Académie canadienne-française (devenue l'Académie des lettres du Québec), il y siégea jusqu'à sa mort. 
   En avril 1937, Robert Choquette a épousé Marguerite Canac-Marquis. Il est mort à Montréal le 22 janvier 1991. 
(Source principale : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1987, p. 76-77). 


De Robert Choquette, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Ode à la liberté et Hymne à l'été. 

Les Glanures historiques québécoises ont présenté : Robert Choquette sur la poésie : « Au narcissisme, je préfère le don ». 

Sur le thème du coureur de bois, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : La chanson du coureur de bois, d'Adalbert Trudel, et Le coureur des bois, d'Henri-Raymond Casgrain.




À travers les vents, recueil de Robert Choquette d'où est tiré
Le chant du coureur-des-bois, ci-haut. Le volume contient
une touchante dédicace à sa mère décédée et à son père. La
première publication du recueil eut lieu en 1925, alors que
 Robert Choquette était âgé de 20 ans.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Robert Choquette dans la deuxième
édition de son recueil À travers les vents, datant de 1927 et
qui réunit ses poésies de jeunesse. Il avait 65 ans au moment
 d'écrire cette belle dédicace, en 1970.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Robert Choquette a été au moins deux fois le sujet de dessins
de Robert LaPalme, qi fut l'un  des plus grands caricaturistes
 québécois.   À gauche, sur la couverture de l'édition d'octobre-
novembre 1947 de la revue La Nouvelle relève, et à droite en
première page de l'édition du 12 novembre 1934 du journal
 L'Ordre, d'Olivar Asselin.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Ce témoignage touchant de sincérité et de beauté est paru dans Le Devoir
du 8 février 1991, à l'occasion du décès de Robert Choquette.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Robert Choquette était aussi romancier et auteur de contes. On
peut encore de nos jours se procurer en librairie, en format
poche, son roman Élise Velder ((cliquer ICI), qui inspira un
 populaire feuilleton radiophonique, suivi d'une adaptation 

télévisuelle elle aussi très populaire, et son recueil de contes
Le sorcier d'Anticosti (cliquer ICI).

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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dimanche 18 août 2019

Élevons les cœurs

Amédée Lamarche (1874-1898)

Médecin-interne à l'Hôtel-Dieu de
Montréal dont la mort en devoir
 est le sujet de ce poème de
Gaston P. Labat
 (1843-1908)

(Source : BANQ)




          Au Dr Adolphe Lamarche, sur le trépas de son fils, mort victime
          de son dévouement en soignant les malades de l'Hôtel-Dieu. 


          « Ils sont aimés des dieux ceux-là qui meurent jeunes ». 

   
   De tout temps, il nous faut pour ranimer la foi
   Des épreuves d'en haut qui nous sont une croix.
   Aussi, dès le début, pour nous donner l'exemple,
   Dieu sacrifia son fils, fondateur du vrai temple.
   Après Lui, il surgit une sainte légion
   Qui mourut bravement pour notre religion.
   Et chaque jour, on voit descendre dans la tombe
   Des prêtres, des soldats ― ô vaillante hécatombe ! ―
   Mourir pour la Patrie et mourir pour ce Dieu, 
   Qui fait de ces vaillants la gloire de ses Cieux. 

   Auprès de ces héros au cœur plein de vaillance,
   Il en est d'autres aussi, qui, de par la science,
   Travaillent nuit et jour à combattre le mal
   Qui décime le peuple, du trône à l'hôpital.
   C'est l'humble médecin qui met toute son âme
   À guérir les humains du mal qui les enflamme.

   ... Voilà pourquoi, ami, victime de son cœur,
   On dira de ton fils : « Mort sur le champ d'honneur ! »

                                   Gaston P. Labat** (1898)




Tiré de : Le Monde illustré, Montréal, 8 octobre 1898. Le titre original du poème est « Sursum Corda », dont « Élevons les cœurs » est la traduction française.


* Lactance-Amédée Lamarche est né à Montréal (paroisse Saint-Joseph dans le quartier de la Petite-Bourgogne) le 11 juin 1874, d'Adolphe Lamarche, médecin, et de Philomène Mallette. 
   Après ses études classiques au Collège de Montréal, il étudia la médecine à l'Université Laval de Montréal, dont il obtint son diplôme avec la note suprême « Très grande distinction ». 
   En mars 1896, il entra à l'hôpital Notre-Dame, à Montréal, en qualité d'interne. L'année suivante, il y fut nommé interne en chef. Il oeuvrait également à l'Hôtel-Dieu de Montréal. 
   Amédée Lamarche est mort à Montréal le 23 septembre 1898, ayant contracté le du typhus en pratiquant une autopsie. Il était âgé de 24 ans. Dans les mois suivant sa mort, il devait entreprendre un long voyage autour du monde afin notamment d'entrer en contact avec les sommités médicales des pays qu'il avait prévu de visiter. 
(Sources : Le Réveil, Montréal, 24 septembre 1898 ; Ancestry. ca) 

** Gaston P. Labat est né en France en mars 1843. Il servit dans l'armée française, notamment lors de la guerre franco-prussienne, à titre de membre du service chirurgical de l'armée de l'Est.
   Il s'établit au Canada dans les années 1870, où il fit partie de la Garnison de Québec. En 1880, il fonda une revue bilingue, The Canadian Military Review, dont la parution prit fin en 1881.
   Il publia des articles, textes fantastiques, poésies, dans divers journaux dont Le Canadien, L'Opinion publique, Le Monde illustré, Le Passe-Temps, etc. En 1886, il publia un ouvrage, Les voyageurs canadiens à l'expédition du Soudan, ou Quatre-vingt-dix jours avec les crocodiles. En 1901, il publia le Livre d'or des contingents canadiens dans l'Afrique du Sud, puis, en 1906, un Almanach municipal de Montréal.
   Gaston P. Labat est mort à l'hôpital Notre-Dame de Montréal le 7 février 1908.
(Sources : Oscar Pelletier, Mémoires, souvenirs de famille et récits, Québec, 1940, p. 235 ; Culture des futurs ; Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 1, Montréal, éditions Fides, 1980, p. 791).


Pour en savoir plus sur Gaston P. Labat, voyez ICI l'article richement documenté et éclairant de Jean-Louis Trudel dans Culture des futurs.


Le poème Élevons les cœurs, ci-haut, a été publié sous le 
titre de « Sursum Corda » dans  l'édition du 8 octobre 1898 
du journal Le Monde illustré.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Dr Amédée Lamarche, peu de temps avant
sa mort à l'âge de 24 ans, le 23 septembre 1898.

(Source : « Vieux Rouge », Les contemporains,
vol. 1, Montréal, A. Filiatreault Éditeur, 1898)

Acte de baptême d'Amédée Lachance dans le registre de la paroisse Saint-Joseph 
de Montréal, dans le quartier de la Petite-Bourgogne. Certains articles de journaux
de l'époque le font naître erronément à Lachine.

(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Ce poignant hommage à Amédée Lamarche est signé « Vieux Rouge »,
pseudonyme du journaliste, écrivain et musicien Aristide Filiatreault,
dans le journal Le Réveil. Le même  texte fut également publié dans le
premier tome  de l'ouvrage Les contemporains (1898), également
d'Artistide Filiatreault.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 24 septembre 1898.

(Source : BANQ)

L'Avenir du Nord (Saint-Jérôme), 30 septembre 1898.

(Source : BANQ)

Facsimilé de la signature de Gaston P. Labat dans
Le Monde illustré du 8 octobre 1898, sous le poème
en hommage à Amédée Lamarche qui est également
présenté ci-dessus.

(Source : BANQ)

La Presse, 10 février 1908.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

jeudi 15 août 2019

Sur l'Atlantique

Antonio Pelletier (1876-1917)

(Source : Jacques Gouin, Antonio Pelletier : la vie et
l'oeuvre d'un médecin et poète méconnu
, Montréal
éditions du Jour, 1975)




   Sur l'Océan. Le soir. Immensité de l'eau,
   Immensité du ciel ! Le navire s'élance
   Sur l'onde qui moutonne et, forte, le balance
   Comme le vent des bois balance un nid d'oiseau.

   L'air humide est glacé. Les ténèbres descendent
   Sur l'infini des mers   ― et ce n'est pas la nuit ―
   Le soleil disparaît. La lune à peine luit. 
   On entend le bruit sourd des vagues qui se fendent.

   Confusion de sons sinistres et divers,
   Gémissements lointains, délires de fanfare,
   Gammes en tous les tons. Grand Dieu, quel tintamarre !
   Océan, pleures-tu les pleurs de l'Univers ?

   La lune tristement s'avance, pâlissante,
   Les pics entrechoqués de flots tumultueux 
   Égrènent ses rayons en rubis somptueux : 
   Grandiose spectacle, attraction puissante !

   Par groupe, autour de nous, d'énormes cétacés
   ― Pieuvres, scie et requin, plongeur-volant, baleine ―
   Nagent avec fracas. On perçoit leur haleine,
   Et l'eau sort en longs jets de leurs naseaux pressés.

   La vigie, en silence, à l'avant du navire,
   Marche d'un pas très lent. D'un regard attentif
   Perdu dans l'horison, elle cherche un récif ;
   On voit une banquise où quelqu'astre se mire.

   Sous la grandeur du ciel de ce soir étoilé,
   Le temps passe très vite à contempler la vague ;
   La prunelle s'en va dans l'inconnu, le vague,
   Tandis que les poumons se grisent d'air salé. 

   J'aime l'enchantement des longues rêveries
   Où nous jette la mer ― et ses émotions ; 
   J'aime son onde calme et les convulsions 
   De ses flots déchaînés ainsi que des Furies.

   Mais j'aime encore mieux, au fond des bois en paix,
   Les pensers où nous jette un chant d'oiseau qui passe
   En frôlant de son aile active et jamais lasse
   ― Comme un léger zéphyr ― les feuillages épais.

   La mer a des soupirs qui bouleversent l'âme,
   Des cris de désespoir entremêlés de pleurs, 
   Sa voix semble clamer d'éternelles douleurs ;
   Elle a des râles durs de damné qui se pâme !

   J'aime mieux le refrain du ruisseau gracieux,
   La complainte du vent dans un pin solitaire,
   Ou la voix d'une amie ou celle d'une mère : 
   Ces voix-là vont au coeur comme un écho des cieux !

                                  Antonio Pelletier* (juillet 1902)



Tiré de : Antonio Pelletier, Coeurs et homme de coeur, Montréal, G. A. Dumont libraire-éditeur, 1903, p. 156-159. Publié également dans Jacques Gouin, Antonio Pelletier : la vie et l'oeuvre d'un médecin et poète méconnu, Montréal, éditions du Jour, 1975, p. 104-105.

* Antonio Pelletier est né à Sainte-Anne-de-la-Pérade le 7 juin 1876, de Jacques Pelletier, médecin, et de Marie-Joséphine Thibodeau. Orphelin de père, il fut pris en charge par son grand-oncle, John J. Ross, qui fut premier ministre du Québec de 1884 à 1887. Il fit ses études classiques au Séminaire de Nicolet, puis étudia la médecine à l'Université Laval de Montréal, dont il obtint son diplôme en 1898. Il pratiqua sa profession à l'Hôtel-Dieu de Montréal, puis à Saint-Camille, Deschaillons et Hull. 
   Membre de l'École littéraire de Montréal à partir de 1899, il publia des poèmes, contes, nouvelles, conférences et essais dans divers journaux et périodiques, dont Le Monde illustré, Le Samedi, La Patrie, La Presse, Le Droit, Le Pionnier. Certains de ses poèmes parurent également dans Les soirées du château de Ramezay (1900). En 1903, il publia son unique ouvrage, Coeurs et homme de coeur, un recueil de textes et de poésies. 
   Il fit des voyages en Europe en 1900, 1902, puis y passa deux ans, de 1908 à 1910, pour parfaire ses connaissances médicales. À son retour, il s'installa à Hull, où il fonda la section locale de la Société Saint-Jean-Baptiste.
   Antonio Pelletier est mort à Montréal le 28 mai 1917. Il avait épousé Florina Champagne à Hull, le 14 novembre 1904. Il est inhumé au cimetière Notre-Dame, à Hull. 
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 254-255 ; Jacques Gouin, Antonio Pelletier : la vie et l'oeuvre d'un médecin et poète méconnu, Montréal, éditions du Jour, 1975 ; Les amis de l'histoire de La Pérade, Deux médecins natifs de La Pérade, Trois-Rivières, éditions du Bien public, 1977 ; Ancestry.ca).

D'Antonio Pelletier, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté Rimes d'automne (cliquer sur le titre).


Dans le recueil Coeurs et homme de coeur, d'Antonio Pelletier, le poème Sur l'Atlantique,
ci-haut, est orné de cette illustration réalisée par Joséphine Thibodeau, mère de l'auteur.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Sur l'Atlantique, ci-haut, est tiré 
du recueil Coeurs et homme de coeur, 
d'Antonio Pelletier. On peut le télécharger 
gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite d'Antonio Pelletier dans Coeurs
et hommes de coeur et adressée à Colette Lesage,
l'une des premières femmes journalistes au Québec.

(Collection Daniel Laprès ;
 cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Antonio Pelletier est né dans cette maison sur le bord de la
rivière Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-la-Pérade. La maison
appartint notamment à son grand-oncle et tuteur, John J. Ross,
premier ministre du Québec de 1884 à 1887, et elle existe
encore de nos jours.

(Source : Jacques Gouin, Antonio Pelletier : la vie et l'oeuvre d'un
médecin et poète méconnu
, Montréal, éditions du Jour, 1975 ; 

cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Lors de la parution de son recueil Coeur et hommes
 de coeur
, Antonio Pelletier s'est valu la « une » de
l'édition du 1er août 1903 du journal Le Passe-Temps.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Antonio Pelletier et son épouse Florine (« Fleur ») à Saint-Camille, en Estrie,
où le couple s'est établi après leur mariage en 1904. La légende de la photo
indique que le cheval s'appelait « Jack ».

(Source : Jacques Gouin, Antonio Pelletier : la vie et l'oeuvre d'un
médecin et poète méconnu
, Montréal, éditions du Jour, 1975 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Article paru dans le journal Le Passe-Temps à l'occasion
  de la sortie de Coeurs et homme de coeur.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension de Cœurs et homme de cœur dans
l'hebdomadaire Le Samedi du 25 juillet 1903.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maison habitée par Antonio Pelletier lors de son séjour à
Deschaillons, où il pratiqua la médecine quelques temps.

(Source : Jacques Gouin, Antonio Pelletier : la vie et l'œuvre d'un
médecin et poète méconnu
, Montréal, éditions du Jour, 1975 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Antonio Pelletier en 1901.

(Source : BANQ)

À partir de 1910 et jusqu'à sa mort en 1917, Antonio Pelletier s'est établi à Hull,
 dont il habita en 1913-14 cette maison au 69 rue Laurier, qui lui servait également 

de cabinet  médical. La maison a longtemps abrité le célèbre Café Henry Burger, 
notamment fréquenté par la classe politique de la région. De nos jours, l'édifice 
héberge la Papaye verte, un restaurant de cuisine thaïlandaise.

(Sources : BANQ et Street View ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Annonce d'affaires dans Le bulletin paroissial
de Hull, 5 juillet 1914.

Article paru dans La Presse du 2 juin 1917 à
l'occasion de la mort d'Antonio Pelletier.

(Source : BANQ)

Deux ouvrages sur Antonio Pelletier : une biographie signée Jacques Gouin, contenant 
les poésies complètes d'Antonio Pelletier, parue en 1975 aux Éditions du Jour, et dont 
on peut trouver de rares exemplaires ICI et ICI.
Puis une brochure publiée en 1977 et  
que l'on peut encore se procurer à la Société 

d'histoire de Sainte-Anne-de-la-Pérade : pour informations, cliquer ICI.

 (Cliquer sur l'image pour l'agrandir).


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