samedi 17 février 2018

Vers la liberté

Georges Boulanger (1901-1980)

(Source : son recueil Fleurs du Saint-
Laurent
, Québec, 1929)





   Aux jours sombres et froids de ces temps endeuillés
   Où les enfants du sol se voyaient dépouillés 
   D'indéniables droits, leur vieille âme française
   Tressaillit de courroux ; car, sous la botte anglaise
   Ils avaient trop souvent reployé leur fierté.  

   Aussitôt dans leur coeur parla la Liberté. 
   Sa voix, comme un écho que le zéphyr emporte,
   Leur dit à chacun d'eux, en passant leur porte : 

   « De la valeur bretonne encore trop rapprochés
   « Pour subir plus longtemps des tyrans l'arrogance,
   « Que les ardents lutteurs, dans leurs droits retranchés,
   « Se lèvent en héros ! Vive l'Indépendance ! »

   D'un principe élevé, généreux et décis
   Naquit alors la guerre aux bourreaux endurcis. 
   Pour augmenter encore aux belles épopées,
   Papineau commandait aux troupes équipées. 

   Des villages entiers accourent au combat,
   S'entraînent à la lutte, et ceux dont le coeur bat
   Pour un peu d'équité, de valeur, de mérite, 
   De courageux soldats formèrent une élite. 

   Hésitant à cacher dans les nuages gris
   Sa face rubiconde et ses rayons pâlis,
   Le soleil est témoin de l'infâme bataille
   Entre le fort ayant pour force la mitraille
   Et le faible vaincu qui proclame son droit. 

   On s'empresse partout, on vient de chaque endroit
   Pour soutenir les chefs et donner confiance. 
   La sérénité d'âme inspire l'espérance,
   La foi stimule et mène au but les insurgés. 

   Mais du parti royal, non plus sont négligés
   Du combat meurtrier les apprêts nécessaires,
   Et paraissent bientôt devant les téméraires
   Colborne et ses soldats, deux mille combattants.

   Les révoltés, inquiets, ont resserré leurs rangs
   Près du temple vieilli qu'on nomme Saint-Eustache.
   Sur la foi d'un serment que la bravoure attache,
   Chénier leur fait jurer de combattre ou mourir. 
   Et tous, pleins de fierté, clament un cri : Tenir. 

   L'armée anglaise approche. Au paisible village, 
   Ayant de la Patrie en eux la douce image,
   Les insurgés armés, enivrés des exploits,
   Changent en châteaux-forts les maisons et les toits. 
   Lorsqu'ainsi transformé comme une forteresse,
   Saint-Eustache est l'endroit que la valeur caresse.
   Dans un petit fossé, près du temple divin, 
   Deux braves sont cachés : Louis Bart et Paul Gauvin. 

   Les régiments anglais, silencieux, s'avancent ;
   Pour seconder l'espoir du tyran, ils s'élancent
   Sur le bien faible bourg, commencent le conflit, 
   Canonnent le couvent qu'ils ont tôt démoli,
   Font un feu meurtrier, ceinturent le village,
   Reculent un instant... mais la lutte fait rage : 
   Le succès se fait lent, les insurgés tiennent,  
   Ils s'arment de courage, et le combat soutiennent. 

   Le temple, encore debout, tombe sous les boulets,
   S'enveloppe bientôt dans un nuage épais,
   Brûle, fume, s'effondre en écrasant les braves. 
   La Victoire s'égare en ces heures trop graves. 

   Cachés dans le fossé, Gauvin et son ami
   Nourrissent bien leur feu, harcèlent l'ennemi. 
   Les Anglais accourus sont prompts à la riposte. 
   Les héros sont blessés en défendant leur poste ;
   Frappés mortellement, ils n'ont plus qu'un soupir
   Pour affirmer encore qu'ils ont voulu tenir. 

   Et, tandis que leur sang s'échappe avec leur vie, 
   Les yeux tournés au ciel, dans leur âme ravie,
   Ils murmurent tout bas ces deux mots que le coeur
   Prononce en gémissant sous le talon vainqueur : 
   Les mots doux et divins de Patrie et de Mère. 

   Afin que du combat dont la défaite amère
   Ne ressuscitât point un reste de fierté ; 
   Afin qu'il ne parut, du vieux clocher resté
   Chancelant et noirci, rien, pas la moindre trace ; 
   Comme pour effacer le souvenir vivace
   D'un effort surhumain vers notre liberté,
   Vers ce grand idéal, trop longtemps écarté, 
   Les boulets destructeurs culbutent les décombres
   Et font planer partout la ruine et les ombres.

   Le feu lèche les murs, le temple est un brasier
   Allumé par l'Anglais qui cherche à rassasier
   Son appétit brutal, son instinct et sa rage. 

   Quand le clocher s'écroule, au milieu du carnage, 
   Du fracas de la chute, on distingue soudain
   Un son divin et pur s'exhaler de l'airain !
   C'est le glas des héros dont la note funèbre
   Accompagne à la gloire un désastre célèbre. 

                                     ---

   Reposez, chevaliers du mérite et du droit !
   Nous marchons après vous, ivres de cet exploit ; 
   À tailler un drapeau nous travaillons sans trêve
   Afin de le hisser au mât de votre rêve ! 

                                   Georges Boulanger* (1920)




Tiré de : Georges Boulanger, L'Heure vivante, Québec, 1926, p. 45-48. 

Poète et conteur, Georges Boulanger (1901-1980) est né à Sainte-Agathe-de-Lotbinière. Il étudie au Collège d'Arthabaska de 1916 à 1919. De 1921 à 1936, il est secrétaire au Journal d'agriculture. Il organise la bibliothèque de ministère de l'Agriculture dont il est le bibliothécaire de 1953 à 1968. 
Il fonde, en 1967, l'Association des fonctionnaires à la retraite du Québec et, en 1968, l'Institut national Samuel de Champlain, après avoir organisé les fêtes annuelles de Champlain à Québec. 
Membre de la Société des Poètes canadiens-français, il compose un sonnet, La Mère, qui remporte un concours international de poésie organisé en 1932 à Paris. 
Collaborateur à plusieurs périodiques, dont Contacts (dix-sept contes en 1954-1955), L'Opinion, Le Terroir, il est surtout connu pour ses deux recueils de poésies, L'Heure vivante (1926) et Les Fleurs du Saint-Laurent (1929), qui chantent la terre, l'amour, la patrie. 
(Source principale : Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989, p. 178). 


L'Heure vivante, recueil de poésies d'où
est tiré le poème Vers la liberté, ci-haut.
 

Notice nécrologique parue
dans Le Soleil de Québec,
le 9 octobre 1980. 


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mercredi 14 février 2018

Sagesse

Eva Senécal (1905-1988)

(Source : P. de Granpré, Histoire de la
littérature française du Québec
, tome 2)
    


    Si tu veux, nous fuirons au bois, loin du vulgaire,
    Pour y voir reverdir les arbres dégarnis.
    Le soir apaisera nos deux âmes de guerre
    Et bercera nos coeurs à la chanson des nids. 

    Les oiseaux se feront la cour dans les érables,
    Petits couples grisés de printemps et d'odeur ; 
    Les femelles auront des poses adorables,
    Empreintes d'abandon, d'amour et de candeur. 

    Nous écouterons l'eau qui descend des montagnes,
    Avec un bruit de fifre et de gais tambourins,
    Et nous observerons le réveil des campagnes,
    Du regard réfléchi et grave des marins.

    Nous verrons le soleil s'endormir, pour renaître
    Dans une apothéose ardente de rayon,
    Les troupeaux qui s'en vont dans les plaines pour paître,
    Le pasteur invoquant l'enfant Septentrion

    Les nymphes, que le jour de ses reflets attire,
    Feront des signes ronds sur l'écorce des bois,
    Afin d'orienter l'impétueux satyre
    Qu'elles agaceront de reculs et d'effrois. 

    Tous deux nous bâtirons en secret notre gîte,
    À l'ombre des sapins, au penchant des côteaux.
    Plein d'un sage mépris pour tout ce qui s'agite,
    Nous aurons, ce printemps, la paix des végétaux. 

                                  Eva Senécal (1929)


Tiré de : Eva Senécal, La course dans l'aurore, Sherbrooke, Les Éditions de La Tribune, 1929, p. 107-108. 

Pour en savoir plus sur Eva Senécal, voyez ICIICI et ICI. 

Une biographie d'Eva Senécal est toujours disponible sur commande chez votre libraire ; voyez ICI. Sur le premier recueil de poésies publié par Eva Senécal en 1927, voyez ICI l'analyse de Jean-Louis Lessard, du blogue Laurentiana

Le recueil La course dans l'aurore, d'Eva Senécal, 
d'où est tiré le poème Sagesse.


dimanche 11 février 2018

Sur la tombe d'Ernest Gagnon

Pierre tombale d'Ernest Gagnon au
cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à
Québec. 


(Photo : Daniel Laprès, 2017;
cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



     (Poème inédit dédié à Blanche, fille d'Ernest Gagnon, 
      et ici publié pour la première fois)


   Sous un pâle soleil d'automne,
   Je t'ai trouvé, mon vieil ami,
   Où la feuille morte frissonne,
   En un lit profond, endormi.

   Mais à ton logis qui s'incline
   J'ai beau heurter du pied le seuil, 
   Rien n'émeut ta large poitrine,
   Gentilhomme de grand accueil. 

   Gisent-ils sous les pierres blanches,
   Silencieusement croisés,
   Tes doigts d'artiste, le dimanche
   Sur les orgues jadis posés ?

   Et sur ce marbre froid, ta lyre
   Va-t-elle se taire à jamais,
   Elle qui déchaînait un délire
   D'enthousiasmes muets ?

   Non, non ! Aux sources du génie
   Ton âme harmonieuse a bu
   Et, pâmé d'extase infinie, 
   Tranquille, tu jouis du but. 

   Tes yeux sont empourprés d'aurore,
   Tes doigts, de musique assouvis,
   Jouent aux claviers du ciel encore
   Et charment les anges ravis. 

   Froissant du pied la feuille jaune, 
   Le front perdu dans la lueur, 
   J'ai versé sur toi mon aumône, 
   L'humble prière de mon cœur. 

               Armand Chossegros, s.j.* (1915)


Manuscrit du poème tel que conservé aux Archives des Ursulines de Québec

(Photos : Madeleine Gagnon, qui nous a gracieusement 

transmis le poème; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 


* Armand Chossegros est né à Céaux d'Allègre dans le diocèse du Puy, en France, le 4 janvier 1864. Fit ses études au collège Saint-Joseph d'Avignon, en France. Entra chez les Jésuites au noviciat du Sault-au-Récollet (Montréal) en 1884 et prononça ses voeux en 1886. Fut ordonné prêtre à Montréal, par Mgr Paul Bruchési, le 3 juillet 1898. Professeur au noviciat jésuite du Sault-au-Récollet, au collège Sainte-Marie de Montréal, au séminaire de Saint-Boniface (Manitoba). De 1913 à sa mort, il enseigna l'histoire ecclésiastique et le droit canon au scholasticat jésuite de l'Immaculée-Conception, à Montréal. Il publia des poèmes dans les journaux et périodiques du temps, de même que, sous le pseudonyme d'Edmond Léo, des critiques littéraires dans Le Devoir. Auteur de Histoire du Noviciat de la Compagnie de Jésus au Canada (1903).  Décédé le 19 mai 1928 à l'Hôtel-Dieu de Montréal. 
Le 21 mai 1928, Le Devoir salua sa mémoire dans un article paru en première page et dans lequel on peut notamment lire :  « Le P. Chossegros a bien voulu, pendant de nombreuses années, nous donner gracieusement son utile et féconde collaboration. Rien ne lui faisait plaisir comme de mettre en relief un nouveau talent ».  
(Sources : Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, p. 128 ; Le Devoir, 21 et 22 mai 1928 ; Bulletin des Recherches Historiques).


Pour en savoir plus sur Ernest Gagnon, 
cliquer sur cette illustration : 


Armand Chossegros, s.j. (1864-1928)

(Source : Archives des Jésuites au 
Canada ; cliquer sur l'image pour 
l'agrandir)

Ernest Gagnon (1834-1915)

Musicien, écrivain, historien et officier public,
ami intime d'Armand Chossegros s.j., qui
composa le poème ci-haut à sa mémoire. 

Dédicace d'Ernest Gagnon dans la troisième édition (1894)
de son œuvre-maîtresse Les Chansons populaires du Canada.


(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Blanche Gagnon (1867-1951)

Fille d'Ernest Gagnon, elle fut auteure,
chroniqueuse et critique d'art musical.
Elle a publié un intéressant livre de
souvenirs, Réminiscences et actualités.

Le poème ci-haut lui a été dédié par
Armand Chossegros s.j., à l'occasion
du décès de son père. 


Elle est inhumée dans le lot de ses parents.

(Source : Blanche Gagnon, Réminiscences
et actualités
, Québec, 1939).  

En 2013, la pierre tombale d'Ernest Gagnon et des membres 
de sa famille au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Québec,
était dans un piteux état d'abandon. Mais depuis, comme on 

peut le constater sur la deuxième photo prise en septembre 
2017, le monument est entretenu et fleuri avec générosité 
et amour par Madeleine Gagnon (sans
 lien de parenté).

(Photo : Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

      

Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
Pour connaître les modalités de commande de cet 
ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
cliquez sur cette image : 

jeudi 8 février 2018

L'Aigle et le Rocher de Québec

Georges A. Boucher (1865-1956)

(Source : son recueil Je me souviens,
Montréal, éd. Arbour et Dupont, 1933) 



   Lorsque l'Aigle, féconde extase,
   Sent tressaillir en lui l'amour,
   Qu'il voit, à l'ardeur qui l'embrase,
   Qu'un jeune Aigle va naître au jour,
   Fier, il n'a qu'une inquiétude : 
   Trouver sur des bords qu'on élude
   Une terrible solitude
   Pour le fruit de sa volupté ; 
   Car si l'Aigle, noble père, aime,
   Il a surtout, instinct suprême,
   Souvent plus que l'homme lui-même, 
   Le vrai sens de sa dignité. 

   Or, voilà que l'Aigle s'élance
   Et monte planer dans les airs.
   Et puis, pendant qu'il se balance,
   Scrutant du regard les déserts, 
   S'il voit sur de lointains rivages
   Resplendir, parmi les nuages,
   Un pic atteint des seuls orages,
   Que nul être n'ose approcher, 
   Lui, sur cette cime élevée,
   Aux rois de l'éther réservée,
   Vole déposer sa couvée
   Au faîte même du rocher ; 

   Afin qu'en ouvrant la paupière, 
   Et bien avant que son essor
   Ne lui révèle sa carrière,
   L'Aiglon puisse entrevoir son sort
   Et comprenne, éclatant mystère, 
   Que si son nid est de la terre,
   Lui naquit pour une autre sphère
   Plus ample et toute de clarté ; 
   Et pour que ce spectacle immense
   Inspire au fils, dès sa naissance,
   Le sentiment de sa puissance
   Et l'orgueil de sa royauté. 

   Ainsi la France, notre mère, 
   À peine a-t-elle au sein des eaux
   Vu paraître un autre hémisphère,
   Qu'elle accourt vers ces bords nouveaux. 
   Et jugeant quelle Providence
   Serait pour ces lieux une France,
   Elle enfante dans la souffrance
   Ce peuple où revit sa fierté ; 
   Et pour que son empire dure,
   Donne à cette France future
   Ce boulevard de la nature,
   Sûr gage d'immortalité. 

           Georges A. Boucher* (1902)



Extraits du long poème intitulé Québec, dans : Georges A. Boucher, Je me souviens, Montréal, éditions Arbour & Dupont, 1933, p. 38-39. 

* « Né le 12 septembre 1865 à Rivière-Bois-Clair (aujourd'hui Saint-Edouard-de-Lotbinière), Georges Alphonse Boucher est petit-fils du lieutenant-colonel André de Chavigny de la Chevrotière, Seigneur de Deschambault.
   De santé précaire, il fait ses études sous la direction de tuteurs particuliers : un oncle maternel l'initie aux classiques grecs et latins et son parrain, l'abbé Olivier Boucher, l'amène à Lawrence, Massachusetts, étudier l'anglais et la musique. Après un stage préliminaire au collège Bédard de Lotbinière, il s'inscrivit en 1878 au collège d'Ottawa, où il obtient le baccalauréat ès arts. Il reçoit son parchemin de docteur en médecine à l'Université Laval (Québec) en 1889, et termine son internat à la Polyclinic de New-York, avant de venir s'établir à Brockton, Massachusetts, en octobre 1890.
   C'est au Québec qu'il épouse Fabiola Voyer, au mois de janvier 1892.
   Au cours d'une vie professionnelle active qui dure soixante ans, il met au monde plus de dix mille enfants.
  En 1933, il publie son premier recueil, Je me souviens. Suivent ses Sonnets de Guerre, en 1943. Il les retouche et prépare une nouvelle édition des recueils précédents sous le titre de Chants du Nouveau Monde (1946 et 1950).
  Son épouse meurt à l'automne 1949 et lui-même à Concord, New Hampshire, le 8 janvier 1956 ; les deux ont passé la nuit en chapelle ardente chez les Ursulines de Québec, avant de reposer au cimetière Belmont.
   La France l'avait honoré des Palmes académiques et de la Médaille d'honneur des Affaires étrangères, alors que la Société historique franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre lui avait remis la médaille Grand Prix ». 
(Source : Paul P. Chassé, Anthologie de la poésie franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, Providence, The Rhode Island Bicentennial Commission, 1976, p. 161).

Dans le préambule de son recueil Je me souviens, Georges A. Boucher a écrit au sujet des strophes présentées ci-haut : 

« En juin 1902, j'écrivis pour le Premier congrès de l'Association des médecins de langue française de l'Amérique du Nord, tenu à Québec, quelques strophes (celles de l'Aigle) qu'on lira à la VIIe Ode et qui furent bien reçues des confrères. M. Edmond de Nevers, qui demeurait alors dans la Vieille Capitale, les entendit. Il en fut frappé et prit la peine de m'écrire à ce sujet une lettre très encourageante dans laquelle il disait : "On a applaudi cette pensée si originale et si superbe de l'Aigle (la France) qui, planant dans les hauteurs et cherchant un site grandiose pour y déposer son Aiglon, a choisi de son oeil perçant le rocher de Québec. Faites deux autres poèmes comme celui-là au cours de votre vie, et vous serez plus sûr de vivre que d'autres qui ont accouché de lourds et nombreux volumes"[...] ».

Pour en savoir plus sur Georges A. Boucher, cliquer ICI  


Je me souviens, recueil de Georges A. Boucher, d'où
est tiré l'extrait ci-haut du long poème Québec.
On peut se procurer le recueil ICI et ICI

Panorama de Québec à partir de Lévis, vers 1865,
année de naissance de Georges A. Boucher.

(Source : Québec éternelle : promenade photographique dans
l'âme d'un pays
, p. 65. Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Portraits de Georges A. Boucher et de son épouse Fabiola Voyer peints 
en 1903 par Arthur Merton Hazard.

(Source : Musée des Ursulines 
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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lundi 5 février 2018

Aurores boréales

Marie Boissonnault (1866-1941)

(Source : Georges Bellerive, Brèves 
apologies de nos auteurs féminins,
Québec, Librairie Garneau, 1920)




   Avez-vous admiré, par nos soirs froids et clairs,
   À travers l'empyrée un spectacle enchanteur ?
   Des obélisques d'or, mouvants, couleur d'éclairs,
              En sont les promoteurs.

   Ces colonnades vont de la mer aux nuées,
   Frôlent le mont bleuâtre et les érables verts ; 
   Dans l'azur vespéral sitôt insinuées,
              Semblent d'aspect divers. 

   On les prendrait alors pour de nocturnes hôtes,
   Convives du zénith, beau rêveur étoilé
   Qui s'ennuie à la fin dans ses demeures hautes
              Et veut batifoler...

   En danse elles s'en vont, souples et gracieuses, 
   En costume de rêve aurore et mordoré,
   Par bonheur, elles sont là-haut, silencieuses. 
              Est-ce de leur plein gré ?

   Prestement, tout à coup, comme elles sont venues,
   Toutes s'en vont ! Où donc ? Je vous le donne en vingt...
   Du levant au couchant, examinez les nues, 
             Vous chercherez en vain.

                                       ------------------

   Aurore boréale, emblème de la muse,
   Hôte chère à la nuit, altesse des hauteurs,
   Toi qui verses l'oubli, toi qui fait que l'on muse,
             Les yeux remplis de pleurs. 

   Toi qui te travestis en sirène, en bacchante
   Nelligan, plein de verve et d'amour, t'embrassait...
   Paul Morin, doux musard, te rend fine, éloquente,
             Et Gill fut un Musset

   Tu charmes le repos, la paix et le silence,
   Porteuse de trésors, avec labeur conquis ;
   Fruits du recueillement et grappes de science : 
             Partage bien acquis ! 

                               Marie Boissonnault* (1922) 




Tiré de : Madame Boissonnault, L'Huis du Passé, deuxième édition, Montréal, 1924, p. 106-107.

* Marie Dumais est née à Trois-PistolesPseudonymes : Berthe d'Iberville, Odette Montausier, Solange, Solange d'Iberville. 
Études au couvent de Bathurst, Nouveau-Brunswick. Publiciste, Maison Sears Roebuck, Montréal et États-Unis (1884). Voyage de formation en Europe (1897-1899).
Reporter et chroniqueuse pour Le Journal, Montréal
(1901-1902). Collaboratrice au Progrès du Saguenay (Chicoutimi), au Saint-Laurent (Rivière-du-Loup), au Pionnier (Lac-Nominingue) et au Canada français (Saint-Jean-sur-Richelieu). Traductrice au ministère des Postes, Ottawa (1915 - env. 1925). 
Auteure du recueil de poésies L'Huis du Passé, couronné par les Jeux floraux du Languedoc et par les Prix Edmond-Rostand et Leconte-de-Lisle, France (1924). Signe les paroles de Aveu (musique de Léopold Christin, 1930). Ses poèmes paraissent maintes fois dans les journaux L'Événement et L'Action catholique
Prononce de nombreuses conférences au Canada et aux États-Unis. Secrétaire de l'Association des auteurs canadiens et présidente de la Société des Poètes canadiens-français (1936). Considérée comme la première québécoise à exercer le métier de reporter. Avait épousé, en 1902, le cultivateur Lucien Boissonnault (1846-1913). 
(Source : Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, Guérin éditeur, 2007, p. 142). 

L'Huis du Passé, recueil de poésies d'où
est tiré le poème Aurores Boréales, ci-haut.
Ce recueil est devenu très rare, mais un
exemplaire est disponible chez le libraire
Bertrand Tremblay


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vendredi 2 février 2018

Le lendemain

François-M. Derome (1821-1880)

(Source : Le Répertoire national, vol. 2)




   Un nouvel an pour la patrie heureuse
   Amène-t-il et repos et bonheur ?
   Faut-il encore que ma muse joyeuse
   Ose prédire un destin sans douleur ?
   Des jours mauvais dois-je pleurer le nombre,
   Quand les plus beaux arrivent au déclin ; 
   Ou bien chanter un avenir moins sombre,
   Pour chaque jour un meilleur lendemain ?

   Non, le bonheur, ni les chants qu'il inspire,
   N'existe point où meurt la liberté :
   De l'oppresseur il déserte l'empire ; 
   Il vit aux lieux où règne l'équité. 
   La tyrannie, infestant nos rivages, 
   A tout courbé sous l'effort de sa main ; 
   Et le bonheur a fui vers d'autres plages !...
   N'aura-t-il plus pour nous de lendemain ?...

   Pourquoi l'encens à ce pouvoir impie
   Qui foule aux pieds ses devoirs et nos droits,
   Enveloppant notre jeune patrie
   Dans le réseau de ses iniques lois ?
   Non, d'une ligue injurieuse, infâme, 
   Laissons sévir le courroux inhumain ; 
   Et que chacun dise au fond de son âme : 
   Le peuple aura un jour son lendemain ! 

   D'un pôle à l'autre étendant son domaine, 
   L'Anglais jaloux convoite l'univers,
   Portant l'effroi du glaive qu'il promène
   Aux nations de vingt pays divers. 
   Sans nul remords il opprime ses frères,
   Ainsi qu'a fait le grand peuple romain ; 
   Et, comme lui, centuplant nos misères, 
   Il a bravé l'arrêt du lendemain. 

   Un fier baron, plein d'une étrange audace, 
   A dit de nous : « En nos mains est leur sort ; 
   « Des Canadiens* frappons l'ignoble race ; 
   Nous, les vainqueurs, nous vivrons de leur mort ! »
   Noble Thomson ! ton erreur est profonde !
   Qui t'a donné ce pouvoir souverain ?...
   C'est l'équité, non la haine, qui fonde,
   Et la justice aura son lendemain !

   Amis, longtemps de fatales années
   Ont obscurci notre horizon vermeil ; 
   Viendront enfin de belles destinées,
   Un jour plus pur, un plus brillant soleil.
   Un peuple bon, grandi dans la souffrance, 
   Fort de ses droits, ne gémit pas en vain.
   Son âme s'ouvre à la douce espérance
   Qui lui présage un heureux lendemain. 

                         François-M. Derome (1841)




Tiré de : Le Répertoire national, volume 2, Montréal, J. M. Valois et Cie Libraires-Éditeurs, 1893, p. 205-206. 

* À l'époque où Derome écrivait ce poème, les « Canadiens » étaient les descendants du peuple de la Nouvelle-France, soit les Québécois de souche française d'aujourd'hui. 

Pour en savoir plus sur François-M. Derome, cliquer ICI


Le volume 2 de l'édition de 1893 du
Répetoire national, d'où est tiré le poème
Le lendemain, de François-M. Derome.

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