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lundi 18 novembre 2019

Le Saint-Laurent

Marie Dumais-Boissonnault
(1866-1941)


(Source : BANQ)




                     À Mlle Marguerite du Breton, 
                     Blois, France.



   Si vous n'avez pas vu sa rive enchanteresse,
   Si vous n'avez bruni sous sa rude caresse,
                Vous ne comprenez pas
   Ce que ressent mon cœur quand je revois la plage
   Du Saint-Laurent superbe et que sur le rivage
                 Je marche à petits pas. 

   Vous ne comprenez pas ce que m'est la falaise
   Où je grimpais enfant, le fleuve où seule, à l'aise,
                 Sur le flot écumant
   Dans un canot léger, j'allais braver l'orage,
   Quand l'onde est en furie et le Nordet en rage,
                 Tout gris le firmament. 

   Vous ne comprenez pas ce que chantent les vagues
   Aux étoiles de mer, aux oursins et aux algues,
                 De leurs voix de cristal. 
   Cette berceuse est douce et pleine d'harmonie,
   Pitoyable, elle endort à l'heure où l'insomnie
                 Monte à son guet brutal. 

   Mon fleuve, il faut le voir quand tombe la brunante : 
   Le soleil, effleurant sa nappe rayonnante,
                 La nuance à dessein ;
   Saphir comme le ciel, rose comme la rose,
   Avec art il copie en bleu tendre et en rose
                 Le céleste dessin. 

   Plus tard, lorsque la nuit paisible tend ses voiles,
   Vous pourrez l'admirer dans une barque à voiles
                 Si vous allez longer
   La grève aux sables fins, aux coquilles gris-perle,
   Où la vague d'argent tout doucement déferle
                 Avec un bruit léger.

   Si, pour l'admirer mieux, vous suiviez la mouette
   Au sommet d'un rocher que la lame fouette
                 D'un choc vif et strident, 
   Vous verriez s'apaiser et se retirer, lasse, 
   Cette mer qui soupire, et se plaint, et se glace,
                 Ou souffle en se ridant. 

   Mais cette mer aimée, à quoi bon vous la peindre,
   Venez la contempler, amie, et vous empreindre
                 De sa pure beauté ;
   Dans votre enthousiasme ardent, me parlant d'elle,
   Vous direz : ― « Je comprends votre culte fidèle : 
                 C'est une Majesté ! »

                        Marie Dumais-Boissonnault (1902)




Tiré de : Madame Boissonnault, L'huis du passé, Montréal, 1924, p. 100-102.


Pour en savoir plus sur Marie Dumais-Boissonnault, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Le vieux verger

De Marie Dumais-Boissonnault, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté: Aurores boréales.


L'huis du passé, recueil de Marie Dumais-
Boissonnault d'où est tiré le poème Le
Saint-laurent
, ci-haut. Il n'en reste qu'un
seul exemplaire sur le marché en ligne,
voyez ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Marie Dumais-Boissonnault
dans  son recueil L'huis du passé.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le fleuve Saint-Laurent face à Trois-Pistoles, où Marie Dumais-Boissonnault est née en 1866.

(Source : Québec original ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le fleuve Saint-Laurent et l'île aux Basques, au large de Trois-Pistoles.

(Photo : Suzanne Labrie ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le fleuve Saint-Laurent, vu depuis Trois-Pistoles.

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Coucher du soleil sur le Saint-Laurent, face à Trois-Pistoles.

(Source : Gîte Maison-Mer ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Parlant de nos poètes d'antan et oubliés, l'écrivaine Reine Malouin
(1898-1976), qui a longtemps animé la vie poétique au Québec, a 
affirmé que sans eux, « peut-être n'aurions-nous jamais très bien 
compris la valeur morale, l'angoisse, les aspirations patriotiques, 
la forte humanité de nos ancêtres, avec tout ce qu'ils ont vécu, 
souffert et pleuré ». 

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
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ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
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jeudi 18 octobre 2018

Le vieux verger

Marie Dumais-Boissonnault 
(1866-1941)

(Source : BANQ)



       À Madame M. L. Lesage

   Je connais un très vieux verger
   Dont les branches sont toujours vertes.
   Point n'est besoin de voyager
   Pour voir sa barrière entr'ouverte.

   Vous la trouverez en suivant
   Le papillon, la libellule ; 
   L'un va butiner en rêvant 
   Et l'autre a des ailes de tulle.

   Sa clôture a peu de palis
   Dame Vétusté fait son oeuvre ;
   Cependant, elle a des lacis
   De trèfles d'odeur : vrai chef-d'oeuvre !

   Le Temps  ― artiste de renom 
   L'a recouverte d'une housse
   De boutons d'or. Est-ce le nom
   De ce bouton qui monte et pousse ?...

   On fleure un parfum de rucher
   Dès qu'on traverse la barrière : 
   Tant d'abeilles d'or vont chercher
   Leur miel dans les roses trémières,

   Dans la pivoine au ton de chair
   Qui voisine avec la pensée
   De velours d'or, de velours clair,
   L'une près de l'autre tassée. 

   Les groseilliers sont pleins de fruits :
   Grappes rouges et grappes blanches ;
   Et comme à mon aise je suis,
   Pour les voir choir en avalanches,

   Mes doigts prestes se sont tendus
   Pour cueillir ta baie écarlate,
   Cerise de France, et j'ai dû 
   Mordre ta pulpe délicate. 

   L'allée est épaisse de fleurs : 
   Une averse de blancs pétales
   Tombe du pommier parfumeur
   Et des roses sentimentales.

   Et, tout là-bas, le mai si blanc
   Enguirlandé de capucines
   De pois d'odeurs s'entremêlant
   Au syringa qui me fascine. 

   Son drapeau voltige vermeil,
   Il semble saluer la nue ; 
   Et sur sa pourpre le soleil
   Disperse ses flèches menues. 

                      ***

   C'est le verger du souvenir,
   J'y revois ma sereine enfance,
   Les floraisons de l'avenir ; 
   Et le bonheur en audience...

           Marie Dumais-Boissonnault(1923)




Tiré de : Madame Boissonnault, L'Huis du Passé, Montréal, 1924, p. 181-184.

Marie Sophie Éléonore Eulalie Dumais est née à Trois-Pistoles le 6 décembre 1866, de Jules Dumais, notaire, et d'Arthémise d'Amours. Après ses études au Couvent de Bathurst, puis à Londres, Paris et Saint-Hélier (île de Jersey), elle devint journaliste, d'abord pour Le Journal (Montréal) et L'Événement (Québec). Utilisant souvent le nom de plume de « Solange », elle fut la première femme au Québec à avoir exercé la profession de journaliste de reportage. 
   En 1903, elle épousa Lucien Boissonnault, cultivateur de Saint-Blaise-sur-Richelieu. Devenue veuve en 1913, elle reprit sa carrière de journaliste et fit partie de la rédaction des journaux Le Progrès, à Chicoutimi, et Le Saint-Laurent, à Rivière-du-Loup. Après avoir travaillé comme traductrice à Ottawa pour le ministère des Postes, elle fut mutée à Montréal. Elle collabora entretemps à divers autres journaux et revues, dont Le Pionnier, de Nominingue, et Le Canada français, de Saint-Jean-sur-Richelieu.
   Membre de la Société des poètes canadiens-français, dont elle fut la présidente, elle s'est méritée les prix Edmond-Rostand et Leconte-de-Lisle, en plus d'avoir été couronnée par les Jeux floraux du Languedoc pour son recueil de poésies, L'Huis du Passé, publié en 1924 suite à un premier recueil, Pro Patria.
   Marie Dumais-Boissonnault est morte à Québec le 26 mai 1941. Elle était la mère de Charles-Marie Boissonnault, historien, poète et critique littéraire.
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 575-576).

De Marie Dumais-Boissonnault, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Aurores boréales (cliquer sur le titre).


L'Huis du Passé, recueil de Marie
Dumais-Boissonnault d'où est tiré le
poème Le vieux verger, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Marie Dumais-Boissonnault

(Source : Georges Bellerive, Brèves
apologies de nos auteurs féminins
,
Québec, Librairie Garneau, 1920)

Article paru dans Le Soleil du 27 mai 1941 à l'occasion de la mort de Marie Dumais-Boissonnault.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir du 27 mai 1941 a également souligné
la mort de Marie Dumais-Boissonneault.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)
(Source : BANQ)


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lundi 5 février 2018

Aurores boréales

Marie Boissonnault (1866-1941)

(Source : Georges Bellerive, Brèves 
apologies de nos auteurs féminins,
Québec, Librairie Garneau, 1920)




   Avez-vous admiré, par nos soirs froids et clairs,
   À travers l'empyrée un spectacle enchanteur ?
   Des obélisques d'or, mouvants, couleur d'éclairs,
              En sont les promoteurs.

   Ces colonnades vont de la mer aux nuées,
   Frôlent le mont bleuâtre et les érables verts ; 
   Dans l'azur vespéral sitôt insinuées,
              Semblent d'aspect divers. 

   On les prendrait alors pour de nocturnes hôtes,
   Convives du zénith, beau rêveur étoilé
   Qui s'ennuie à la fin dans ses demeures hautes
              Et veut batifoler...

   En danse elles s'en vont, souples et gracieuses, 
   En costume de rêve aurore et mordoré,
   Par bonheur, elles sont là-haut, silencieuses. 
              Est-ce de leur plein gré ?

   Prestement, tout à coup, comme elles sont venues,
   Toutes s'en vont ! Où donc ? Je vous le donne en vingt...
   Du levant au couchant, examinez les nues, 
             Vous chercherez en vain.

                                       ------------------

   Aurore boréale, emblème de la muse,
   Hôte chère à la nuit, altesse des hauteurs,
   Toi qui verses l'oubli, toi qui fait que l'on muse,
             Les yeux remplis de pleurs. 

   Toi qui te travestis en sirène, en bacchante
   Nelligan, plein de verve et d'amour, t'embrassait...
   Paul Morin, doux musard, te rend fine, éloquente,
             Et Gill fut un Musset

   Tu charmes le repos, la paix et le silence,
   Porteuse de trésors, avec labeur conquis ;
   Fruits du recueillement et grappes de science : 
             Partage bien acquis ! 

                               Marie Boissonnault* (1922) 




Tiré de : Madame Boissonnault, L'Huis du Passé, deuxième édition, Montréal, 1924, p. 106-107.

* Marie Dumais est née à Trois-PistolesPseudonymes : Berthe d'Iberville, Odette Montausier, Solange, Solange d'Iberville. 
Études au couvent de Bathurst, Nouveau-Brunswick. Publiciste, Maison Sears Roebuck, Montréal et États-Unis (1884). Voyage de formation en Europe (1897-1899).
Reporter et chroniqueuse pour Le Journal, Montréal
(1901-1902). Collaboratrice au Progrès du Saguenay (Chicoutimi), au Saint-Laurent (Rivière-du-Loup), au Pionnier (Lac-Nominingue) et au Canada français (Saint-Jean-sur-Richelieu). Traductrice au ministère des Postes, Ottawa (1915 - env. 1925). 
Auteure du recueil de poésies L'Huis du Passé, couronné par les Jeux floraux du Languedoc et par les Prix Edmond-Rostand et Leconte-de-Lisle, France (1924). Signe les paroles de Aveu (musique de Léopold Christin, 1930). Ses poèmes paraissent maintes fois dans les journaux L'Événement et L'Action catholique
Prononce de nombreuses conférences au Canada et aux États-Unis. Secrétaire de l'Association des auteurs canadiens et présidente de la Société des Poètes canadiens-français (1936). Considérée comme la première québécoise à exercer le métier de reporter. Avait épousé, en 1902, le cultivateur Lucien Boissonnault (1846-1913). 
(Source : Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, Guérin éditeur, 2007, p. 142). 

L'Huis du Passé, recueil de poésies d'où
est tiré le poème Aurores Boréales, ci-haut.
Ce recueil est devenu très rare, mais un
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Bertrand Tremblay


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