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mercredi 7 juillet 2021

Le fort de Chambly

Le vieux fort de Chambly (1876), par Henry Sandham.

(Source : Musée national des beaux-arts du Québec)




   Ô mon vieux fort, reste debout,
   Brave l'abandon et l'orage,
   Dernier vestige d'un autre âge,
   Résiste au temps qui détruit tout ! 
   Le souffle enivrant des batailles
   Peut ranimer tes hauts remparts :
   C'est un beau champ de funérailles 
   Pour qui défend ses étendards ! 

         Cueillons la fleur qui s'étiole
         Oubliée au pied des débris !
         Mon cœur sait connaître le prix
         De toute vertu qu'on isole.  

   Hélas ! un outrageant oubli
   Entoure la vieille relique !
   Où donc est la race héroïque
   Des défenseurs du Fort Chambly ?
   Près du torrent couvert d'écume
   Qui gronde son chant cadencé, 
   Mon enthousiasme s'allume
   Au souvenir de son passé ! 

         Cueillons la fleur qui s'étiole
         Oubliée au pied des débris !
         Mon cœur sait connaître le prix
         De toute vertu qu'on isole.

   Au temps où les fiers Iroquois,
   Poussés d'une ardeur sanguinaire,
   Apparaissaient sur la rivière
   Avec la hache et le carquois,
   Ses murs à ces farouches maîtres
   Savaient commander le respect ;
   Les ennemis de nos ancêtres
   Tremblaient de peur à son aspect.

         Cueillons la fleur qui s'étiole
         Oubliée au pied des débris !
         Mon cœur sait connaître le prix
         De toute vertu qu'on isole.

   Témoin des combats, des exploits
   Qui firent jadis notre gloire,
   Il me rappelle la mémoire
   Du sang répandu pour nos droits.
   Oh ! de nos nobles origines
   Aimons les berceaux glorieux :
   Sur les tombeaux, dans les ruines
   Est le culte des fils pieux ! 

         Cueillons la fleur qui s'étiole
         Oubliée au pied des débris ! 
         Mon cœur sait connaître le prix
         De toute vertu qu'on isole.

   Là furent les germes sacrés
   D'où sortirent nos destinées ;
   Malgré la trace des années,
   Qu'ils soient à jamais vénérés !
   Que l'ardente foi de nos pères,
   Leur courage au sein du danger,
   Dans la paix, les crises, les guerres,
   Subsiste pour nous protéger !

         Cueillons la fleur qui s'étiole
         Oubliée au pied des débris ! 
         Mon cœur sait connaître le prix
         De toute vertu qu'on isole.

   Canadien, pour d'autres combats,
   Ton intelligence s'apprête.
   Ne laisse point courber la tête,  
   Ne laisse point fléchir ton bras !
   Contemple en ton âme attendrie
   La grandeur de tes anciens jours.
   Il fut un temps où la patrie 
   Sans partage avait tes amours !

         Cueillons la fleur qui s'étiole
         Oubliée au pied des débris ! 
         Mon cœur sait connaître le prix
         De toute vertu qu'on isole.

                    Benjamin Sulte (septembre 1867)



Tiré de : Benjamin Sulte, Les Laurentiennes, Montréal, Eusèbe Senécal Imprimeur Éditeur, 1870, p. 136-139. 

Pour en savoir plus sur Benjamin Sulte, cliquer ICI.

De Benjamin Sulte, les Poésies québécoises oubliées ont également publié: Chant du soir ; Dans l'espace infini ; L'Histoire ; La Bonne Année ; Le pont Victoria.

Le poème Le fort de Chambly, ci-haut, est tiré 
du recueil Les Laurentiennes, de
Benjamin Sulte 
(1841-1923)

(Photo datée de 1870 tirée de : Hélène Marcotte,
 Benjamin Sulte, cet inlassable semeur d'écrits,
Montréal, Éditions Lidec, 2001 ; 

cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Benjamin Sulte dans son recueil
Les Laurentiennes et adressée aux poètes Mary A. McIver
et Carroll Ryan, dont les traductions anglaises de quelques
poèmes de Sulte sont incluses dans le recueil.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'élargir)

Le fort Chambly (vers 1858), par Cornelius Krieghoff.

(Source : Le Corridor)

Le fort Chambly en 1840, par J. T. Willmore d'après un tableau de William H. Bartlett.

(Source : Antique Prints)

Le fort Chambly en ruines, en 1907.

(Source : BANQ)

J.-Octave Dion (1838-1916) est celui à qui on doit la 
restauration et la préservation du fort Chambly. Il 
est donc celui grâce à qui se sont réalisés les vœux 
exprimés par Benjamin Sulte dans son poème, ci-haut.
Dion a longtemps résidé dans le fort même.

(Source : BANQ)


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de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
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mercredi 13 janvier 2021

Chant du soir

Benjamin Sulte (1841-1923)

(Source : Hélène Marcotte, Benjamin
Sulte, cet inlassable semeur d'écrits
)





                 À mon ami Oscar Dunn.


   J'aime entendre l'écho des fraîches sérénades
   Mollement apporté par les brises de la nuit,
   Ou le bruyant appel des folles mascarades
         Faisant la guerre au sombre ennui. 

   J'aime entendre le soir les fanfares lointaines
         Des bouviers guidant les troupeaux ; 
   J'aime entendre tomber au bassin des fontaines
         Les gouttes du cristal  des eaux. 

   J'aime les soirs d'été, si beaux dans nos campagnes,
   Si chers au travailleur qui recherche le frais,
   Quand le vent parfumé qui descend des montagnes
   Nous apporte en passant les concerts des forêts. 

   J'aime nos bois touffus, nos riantes collines,
   Où m'écartent souvent de fantasques esprits,
   Lorsque, fuyant toujours les routes trop voisines,
   J'enfonce plus en plus, songeur, dans les taillis.

   Là, qu'une source pure en murmurant m'arrête,
         M'invitant à me rafraîchir,
   Comme l'oiseau distrait, ma muse toujours prête
   S'abat sur la pelouse où l'onde aime à courir. 

   Je vais papillonnant par les champs de l'espace,
         Plongeant dans un vague enchanteur, 
   Oublieux des regrets dont ma pensée est lasse,
   Heureux d'être incompris et seul dans mon bonheur.

   Le soleil qui s'enfuit marque de flots rougeâtres
         Les bords du lointain horizon ;
   L'ombre des sapins verts tremble aux lueurs fôlatres
         Du jour mourant sur le gazon.

   Le ruisseau, calme et pur, coule ses eaux tranquilles
         Sur sa couche de blancs cailloux.
   La rivière se tait en contournant ses îles
         Et s'endort sur le sable doux. 

   Seul avec ma pensée, au pied rugueux d'un hêtre,
         Je viens m'asseoir silencieux,
   Ému par ce tableau que j'apprends à connaître
         Et dont l'artiste est dans les cieux. 

   C'est l'heure où les enfants, tapis près de leurs mères,
   Écoutent, frissonnants, les récits redoutés,
   Où l'esprit, dominé par de vaines chimères,
   Croit voir des revenants surgir de tous côtés. 

   Alors, à travers champs, que les vieilles ballades
   Viennent remplir les airs d'un charme accoutumé :
   Avec ses airs traînants, ses bizarres roulades
   Et ses vieux souvenirs d'un passé bien-aimé, 
   Qu'un chant de voyageur, héroïque et sonore,
   Me berce brusquement au coup des avirons ; 
   Que la voix d'un conteur dise et redise encore
         La légende des environs,
   J'écoute avec amour ces poèmes étranges
         Dont les héros sont oubliés,
   Et je crois voir glisser leurs vaillantes phalanges
         Dans les cimes des peupliers !

   Sur tout ce qui m'entoure, arbres, fleurs et prairie,
   Je retrouve un amour perdu dans le passé,
   Un écho de mon cœur, un reflet de ma vie
   Étouffé quelquefois, mais jamais effacé !

   Les champs couverts d'épis caressés par la brise,
   Qui mêle leur senteur à l'arôme des bois ; 
   Dans l'air un son plaintif comme un luth qui se brise
   Avec des mots touchants qui pleurent dans la voix.

   Le soleil s'est perdu par-delà la colline,
   L'astre des nuits nous jette un éclat incertain,
   Et ce rayon discret, qui jusqu'à moi s'incline,
   Reporte ma pensée en un site lointain...

   Ô champs où le destin n'a pas tracé ma vie,
   Puissiez-vous me revoir comme un de vos enfants,
   Mêlant mon existence à la leur que j'envie,
   Pour me faire oublier de trop cruels instants ! 

   C'est à vous que toujours vient mon âme isolée
         Avide de recueillement,
   Car pour se retremper, la pauvre désolée
   Vers de bruyants plaisirs s'en irait vainement. 

   Qu'il est bon de goûter, à ces heures chéries,
   La paix d'un cœur tranquille en dépit de ses maux,
   Et de laisser venir les douces rêveries
   Nous ravir à la terre au bruit mourant des eaux. 

   Qui ne serait poète en ces moments étranges
   Où rien n'attache plus nos regards ici-bas,
   Tandis que l'âme, enfin, s'envole avec les anges
   Qui dans l'ombre des nuits l'attirent vers leurs bras !

                                   Benjamin Sulte (1869) 



Tiré de : Benjamin Sulte, Les Laurentiennes, Montréal, Eusèbe Senécal imprimeur-éditeur, 1870, p. 173-177. 

Pour en savoir plus sur Benjamin Sulte, cliquer ICI

Voyez également les documents biographiques et iconographiques sous les autres poèmes de Benjamin Sulte présentés par les Poésies québécoises oubliées


Voyez également l'Épitre à mon ami Sulte, de Pamphile Le May. 


Chant du soir, ci-haut, est tiré du recueil
Les Laurentiennes, de Benjamin Sulte. On
peut télécharger gratuitement ce recueil ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Dédicace manuscrite de Benjamin Sulte dans
son recueil Chants nouveaux (1880). 

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Buste de Benjamin Sulte au parc Champlain, à Trois-Rivières.

(Photo : Daniel Robert ; source : Wikipedia)
Benjamin Sulte repose au cimetière Saint-Louis, à Trois-Rivières.

(Photo : Daniel Laprès, 2016)


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lundi 30 décembre 2019

La Bonne Année

Le Jour de l'An au matin
Gravure parue dans Le Monde Illustré, Montréal, 31 décembre 1887.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)




   Quand la neige dans les rues
   Crie aux bottes des passants
   Et qu'au ciel de sombres nues
   S'entrechoquent sous les vents ; 

   Quand les champs, quand la rivière
   S'engourdissent dans le froid
   Et qu'une blanche poussière
   Tourbillonne autour du toit ;

   Le cœur, dans ce vide extrême,
   Recherche l'intimité,
   Il partage avec qui l'aime
   Le vieux fond de sa gaieté.

   L'hiver en vain nous pourchasse,
   Il nous vaut d'heureux moments.
   Au dehors tout est de glace : 
   C'est l'heure aux épanchements ! 

   Décembre est parti. ― Qui sonne ?
   ― Dix-huit cent soixante-et-neuf...
   Que de baisers l'on se donne !...
   Que de souhaits à l'an neuf ! 

   Du haut en bas de l'échelle
   L'espoir circule gaiement : 
   Car notre part la plus belle
   Est toujours ce qu'on attend.

   De quels transports d'allégresse
   Resplendit chaque foyer !
   On croirait que la tristesse 
   N'a jamais pu l'habiter ! 

   Puisqu'on peut, folâtre ou sage,
   Serrer la main du bonheur,
   Livrons-nous sur son passage
   À la joie avec ardeur !

   Point de fête couronnée
   Sans les vers qu'on va chantant 
   J'apporte la Bonne Année
   La Chanson du Jour de l'An. 

               Benjamin Sulte (1868)



Tiré de : Benjamin Sulte, Les Laurentiennes, Montréal, Eusèbe Sénécal, Imprimeur-éditeur, 1870, p. 160-161.

Pour en savoir plus sur Benjamin Sulte, cliquer ICI.

De Benjamin Sulte, les Poésies québécoises oubliées ont également publié : L'Histoire et Le Pont Victoria


Le poème La Bonne Année, ci-haut, est tiré 
du recueil Les Laurentiennes, de
Benjamin Sulte
(1841-1923)

(Photo datée de 1870 tirée de : Hélène Marcotte,
 Benjamin Sulte, cet inlassable semeur d'écrits,
Montréal, Éditions Lidec, 2001 ; 

cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Benjamin Sulte dans son deuxième et
dernier recueil de poésies, Chants nouveaux, paru en 1880.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)



Les joies du Jour de l'An : le bonheur des parents
n'est égalé que par celui de leurs enfants.


Illustration parue dans L'Album universel, Montréal, 26 décembre 1903.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Jour de l'An au matin. 

Illustration parue dans Le Monde illustré, Montréal, 1er janvier 1898.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Les visites du Jour de l'An. 

Illustration parue dans L'Opinion publique
Montréal, 9 janvier 1873

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La bénédiction du Jour de l'an. 

Oeuvre d'Edmond-Joseph Massicotte.

(Source : Musée national des Beaux-Arts du Québec ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Monument funéraire de Benjamin Sulte,
cimetière Saint-Louis, Trois-Rivières.

(Photo : Daniel Laprès, 2016 ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)


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samedi 6 janvier 2018

Le Pont Victoria

Benjamin Sulte (1841-1923)
 
(Photo datée de 1870. Source : Hélène
Marcotte, Benjamin Sulte, cet inlassable
semeur d'écrits
, Éditions Lidec, 2001)
 




              Il est jeté sur la rivière
              Comme un appel aux nations, 
              La concorde en est l'ouvrière
       L'art étale sa force en ses dimensions. 
              Bravant les colères sauvages
              Du courant qui roule à ses pieds,
              Il apporte sur nos rivages 
              Le commerce de vingt cités.

              La rafale qui tourbillonne,

              Les coups de vent impétueux,
              L'assaut des tempêtes d'automne
       Se brisent sur son flanc ferme et majestueux.
              Mais quand la débâcle s'avance
              En mugissant dans le lointain,
              Il faut le voir dans sa puissance
              Aux feux du soleil du matin ! 

              Sa grandiose et noble masse

              Tranche d'un jet notre horizon,
              Et domine une mer de glace
       Que le fleuve soulève en crevant sa prison.
              Le flot tourmenté se démène
              Contre ces remparts ennemis,
              La lutte éveille dans la plaine
              La voix des échos endormis.

              Il reste vainqueur, solitaire, 

              Toujours prêt pour d'autres combats.
              Plus tard les flottes d'Angleterre
       Viennent à ses côtés mesurer leurs grands mâts. 
              Les longs panaches de fumée
              Montent jusqu'à lui dans les airs,
              Comme un encens de renommée
              Venu des bouts de l'univers ! 

              Oeuvre du progrès, du génie,

              Utile et grave monument,
              Tu fais l'orgueil de ma patrie
       Et charmes l'étranger dans son étonnement. 
              Oh ! sois comme elle impérissable,
              Que tes ans se comptent par milliers !
              L'homme n'est plus qu'un grain de sable
              Sous tes gigantesques piliers ! 

                             Benjamin Sulte (1870)




Tiré de : Benjamin Sulte, Les Laurentiennes, Montréal, Eusèbe Sénécal Imprimeur-éditeur, 1870, p. 183-185. 

Pour en savoir plus sur Benjamin Sulte, cliquer ICI

De Benjamin Sulte, les Poésies québécoises oubliées ont aussi présenté : - L'Histoire


Les Laurentiennes, recueil de poésies d'où
est tiré Le Pont Victoria, ci-haut.

Le pont Victoria tel qu'il était à l'époque 
où Benjamin Sulte écrivit son poème 
(cliquer sur les images pour les agrandir) :

(Source : Ponts Couverts)

(Photo : Studio Notman ; source : Musée McCord)

(Source : Montréal, Je me souviens. Ce site intéressant contient 
de nombreuses photos historiques du pont Victoria) 


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