jeudi 19 octobre 2017

L'Histoire

Benjamin Sulte (1841-1923)
à 24 ans.

(Source : Hélène Marcotte, Benjamin Sulte,
cet inlassable semeur d'écrits
,
Éditions Lidec, 2001, p. 9)
 



   Quand on est vieux, quand le soir tombe
   Sur notre jour qui va finir,
   On rencontre au bord de la tombe
   La grande ombre du souvenir.
   Ce fantôme qu'on nomme aussi l'expérience,
   Invisible à nos fils, m'attriste sur leur sort ; 
   Ignorant le passé, coeurs pleins de confiance,
   Ils vont ! Dieu les conduise au port ! 

   Enfants, vous marchez sans boussole,
   Qui vous indiquera la route des aïeux ?
   Au milieu des dangers l'espoir seul vous console.
   Le passé vous instruirait mieux ! 

   Ceux qui luttèrent à cet âge
   Où vous n'étiez pas encore nés,
   Ceux qui sauvèrent du naufrage
   Les biens qui vous sont destinés,
   Ils s'éteignent sans bruit, emportant leur histoire ;
   Bientôt vous n'aurez plus de voix pour vous guider ! 
   Plusieurs méconnaîtront les vieux refrains de gloire,
   Le devoir qui sait commander. 

   Si vous ne gardez souvenance
   Des sacrifices d'autrefois,
   Qui vous dira la provenance
   Des droits que protègent nos lois ?
   On estime à son prix un noble privilège : 
   Plus cher il a coûté, plus il nous semble doux. 
   Mais s'il reste couvert d'un oubli sacrilège,
   Grands et petits, qu'en ferez-vous? 

   Enseignez à la foule avide
   Ce que furent [nos anciens].
   L'ignorance fait le coeur vide : 
   Il faut guider la foi des siens.
   Tandis qu'il en est temps, ressuscitez sans trève
   Des échos du passé l'expirante clameur. 
   Le peuple se souvient, mais comme d'un grand rêve :
   Son patriotisme se meurt ! 

   Il mourra le patriotisme
   Si vous n'animez ses débris ; 
   Car l'aiguillon de l'héroïsme
   C'est le devoir qu'on a compris. 
   Déjà des déserteurs ont quitté la phalange ! 
   Les rangs s'éclairciront ! Ces pauvres émigrés
   Ne sauront-ils jamais ce qu'ils perdent au change ? 
   Que sont pour eux nos droits sacrés ?

   Qui leur apprend dans la chaumière
   De quel sang ils sont descendus ?
   Songent-ils que la race entière
   N'eût de remparts que ses vertus ? 
   Rattachez donc leur vie au courant électrique
   Qui remonte à travers les générations. 
   Ah ! si vous ne voulez qu'un peuple prévarique
   Ravivez les traditions. 

   Dites : l'amour de la patrie
   Ne rend-il pas les peuples forts ?
   Que vers cette mère chérie
   Tendent sans fin tous vos efforts !
   Enfants, bien des dangers sont loin des citadelles ; 
   Préparez les esprits pour ces combats nouveaux ; 
   Enrôlez, instruisez des bataillons fidèles :
   Chaque rang produit ses héros !

   Enfants, vous marchez sans boussole,
   Qui vous indiquera la route des aïeux ?
   Au milieu des dangers l'espoir seul vous console.
   Le passé vous instruirait mieux ! 

                          Benjamin Sulte (1867) 




Tiré de : Benjamin Sulte, Les Laurentiennes, Montréal, Eusèbe Senécal Imprimeur-Éditeur, 1870, p. 129-133. 

Pour en savoir plus sur Benjamin Sulte, cliquer ICI

Pour consulter ou télécharger gratuitement le recueil Les Laurentiennes, cliquer ICI



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Inauguration du Monument Benjamin Sulte,
au Parc Champlain, Trois-Rivières, 1934.

(Source :  Hélène Marcotte, Benjamin Sulte,
cet inlassable semeur d'écrits
,
Éditions Lidec, 2001, p. 60 ;

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Biographie de Benjamin Sulte par Hélène Marcotte.
Pour informations, cliquer ICI


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