mercredi 24 mars 2021

Souvenirs du printemps

Anna-Marie Duval-Thibault (1862-1958)

(Source : Alexandre Bélisle, Histoire de la presse
franco-américaine
, Worcester (Massachusetts),
Ateliers de L'Opinion publique, 1911)




   Le ciel était d'un bleu superbe ;
   Mai rendait la verdure aux champs ;
   Sous le doux soleil du printemps,
   Nous marchions, vous et moi, sur l'herbe.

   Ah ! je me le rappelle encore
   Ce jour radieux, où la vie
   Semblait à mon âme ravie
   Comme un beau tissu de jours d'or.

   Pour vous mon ardente prière
   Vers Dieu s'élevait chaque jour.
   Je vous aimais d'un pur amour ;
   Vous remplissiez mon âme entière.

   L'amour était un sentiment
   Nouveau pour moi ; mais sans alarme
   Je me livrais à son doux charme,
   Ne regardant que le présent.

   Ah ! quand on est jeune et qu'on aime,
   On a l'espérance et la foi.
   Vous n'étiez qu'un ami pour moi,
   Et j'étais heureuse, quand même.

   Mais, hélas ! les jours de bonheur,
   Comme le printemps, passent vite,
   Et ne nous laissent, dans leur fuite,
   Qu'un éternel regret au cœur. 

   Aujourd'hui, de sombres nuages
   L'azur du ciel est recouvert,
   Et le vent glacé de l'hiver
   Mugit dans les tristes bocages.

   La neige étend ses voiles blancs
   Au loin, hélas ! dans la prairie,
   Jadis si verte et si fleurie
   Sous les chauds rayons du printemps.

   Hiver de mon âme assombrie,
   Le désenchantement cruel
   Flétrit de son souffle mortel
   L'espoir qui ranimait ma vie. 

           Anna-Marie Duval-Thibault* (février 1886)



Tiré de : Anna-Marie Duval-Thibault, Fleurs du printemps, Fall River (Massachusetts), Société de publication de L'Indépendant, 1892, p. 45-47.

D'Anna-Marie Duval-Thibault, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Le ruisseau qui murmure ; Les marches naturelles de la rivière Montmorency ; La fauvette ; Trèfle rouge et trèfle blanc ; Le Nouvel An.


* Anna-Marie Duval est née à Montréal le 15 juillet 1862. Son père était originaire des Cantons-de-l'Est. Trois ans plus tard, en 1865, ses parents émigrèrent à Troy, dans l'état de New York. En 1877, la famille s'établit dans la ville de New York.
    Après son cours secondaire, elle entra au New York Normal College (aujourd'hui Hunter College), une institution d'enseignement particulièrement attachée à l'égalité raciale et à l'avancement des femmes, dont elle reçut son diplôme d'études supérieures. C'est à ce collège qu'elle devint amoureuse d'un jeune Américain au nom inconnu qui mourut peu après leurs fiançailles, un événement tragique qui la plongea dans un état de désespoir.
    Elle se réfugia à Québec où elle se remit suffisamment de son chagrin pour publier quelques poèmes dans le journal L'Indépendant, de Fall River au Massachussetts, où elle alla vivre vers 1887. Elle collabora dès lors de façon régulière à L'Indépendant, l'un des plus importants journaux franco-américains de la Nouvelle-Angleterre. Le 10 septembre 1888, elle épousa l'administrateur et plus tard propriétaire du journal, Onésime Thibault.
    En 1920, son mari ayant vendu ses parts dans le journal, la famille alla s'établir à San Diego, en Californie. Anna Duval-Thibault avait donné naissance à huit enfants, dont trois se rendirent à leur majorité.
    Elle publia en 1888 un roman, Les deux testaments ; Esquisse de moeurs canadiennes, paru d'abord en feuilleton dans L'Indépendant puis en volume à Fall River. En 1892, elle publia un recueil de poésies, Fleurs du printemps, devenant ainsi la première femme en Amérique à publier un recueil de poésies en langue française. Elle est également la première femme canadienne-française à publier un livre sous son nom authentique et non sous un pseudonyme.
   Anna-Marie Duval-Thibault est morte à San Diego (Californie) le 23 octobre 1958, à l'âge de 96 ans.
(Sources : Dictionnaire des auteurs franco-américains de langue française, Institut français, Assumption College, Worcester (Massachusetts) ; Paul P. Chassé, Anthologie de la poésie franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, The Rhode Island Bicentennial Commission, 1976, p. 17 ; Anthologie de la littérature franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, tome 2, Bedford (New Hampshire), National Materials Development Center for French, 1980, p. 94 ; Alexandre Bélisle, Histoire de la presse franco-américaine, Worcester (Massachusetts), 1911, p. 337 ; Bulletin de la Société historique franco-américaine, 1967).

Pour en savoir plus sur Anna-Marie Duval Thibault, voyez également les pièces du dossier présenté sous son poème Le ruisseau qui murmure.


Le poème Souvenirs du printemps, ci-haut,
est tiré de Fleurs du printemps, recueil
d'Anna-Marie Duval-Thibault. Cliquer 
ICI pour en télécharger un exemplaire.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Anna-Marie Duval-Thibault

(Source : Magazine Le coin du feu, février 1893)


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