lundi 30 septembre 2019

Tristesse d'automne

Englebert Gallèze
nom de plume de
Lionel Léveillé
(1875-1955)

(Source : Almanach de la
langue française
, 1933)




            À Arthur Laurendeau

   Au premier signal de l'automne,
   Pourchassant les rêves humains,
   Déjà, de son pas monotone,
   La tristesse fait son chemin.

   Elle a passé par les villages,
   Les vallons, les bois, les coteaux ;
   Elle a fait pleurer les feuillages,
   Ayant fait taire les oiseaux.

   Elle a caché de lentes plaintes
   Dans l'obscurité des buissons,
   Et laissé de noires empreintes
   Sur le vert tapis des gazons.

   Puis, dans le regard de l'étoile,
   A miré son œil décevant
   Et défait les plis de son voile
   Mélancolique dans le vent. 

   Et le lourd troupeau qui s'abreuve,
   Et le paysan ingénu...
   Son visage étique de veuve,
   Tous aussitôt l'ont reconnu.

   Elle s'en alla par les villes,
   Mais, dans ces bourbiers du plaisir,
   Du mal et des passions viles,
   N'ayant trouvé rien à flétrir,

   Le soir, modeste et fière, assise
   Sur le banc d'un parc déserté,
   En s'accompagnant de la bise,
   La tristesse bonne a chanté.

   Elle a chanté pour les poètes,
   Les pauvres et les malheureux,
   Des sérénades inquiètes,
   Des chants graves et douloureux.

   Rappelant que la vie est brève
   Et changeante comme le flot, 
   Que le rire bruyant s'achève, 
   Tôt ou tard, en un sourd sanglot.

   Que le poison de la souffrance
   Est au fond de tous nos amours ;
   Qu'il faut placer son espérance
   Et son âme plus haut, toujours,

   Disant que, si le sort nous broie,
   Dans un effroyable martyre,
   Les malheurs que Dieu nous envoie,
   Il faut, humble, les accueillir. 

   Et, vers la terre maternelle,
   Incliner son front orgueilleux,
   Afin de renaître comme elle,
   Dans un renouveau glorieux. 

   Pendant que résonnait dans l'ombre
   Sa voix, les sots et les puissants,
   Ceux qui sont la force et le nombre,
   Passaient près d'elle, indifférents.

   Et, tête au vent, pieds dans la mousse,
   Les rêveurs seuls ont écouté
   Sa chanson meilleure et plus douce
   Que les refrains de la gaieté. 

                    Englebert Gallèze (1910)



Tiré de : Englebert Gallèze, Les chemins de l'âme, Montréal, Daoust et Tremblay Imprimeurs et Éditeurs, 1910, p. 102-105.  

Pour en savoir plus sur Englebert Gallèze, alias Lionel Léveillé, voyez les informations et documents sous ses poèmes RêveurLes quêteux ; Bonne et heureuse


Le poème Tristesse d'automne, ci-haut,
est tiré du recueil Les chemins de l'âme,
d'Englebert Gallèze. Un seul exemplaire
de ce volume devenu rarissime peut être
présentement trouvé ICI.

Dédicace manuscrite d'Englebert Gallèze
dans son recueil Les Chemins de l'Âme.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Lionel Léveillé

(Source : Archives de
l'Université de Montréal
)

Caricature de Lionel Léveillé par
Albéric Bourgeois dans
Nos immortels, de Germain
Beaulieu
, Montréal, Éditions
Albert Lévesque, 1931, p. 134.


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