jeudi 12 décembre 2019

Météore

Représentation d'artiste du naufrage du Titanic, qui eut lieu le 14 avril 1912.
Le sonnet aux accents prémonitoires, ci-dessous, date de 13 ans plus tôt.

(Source : UWGB Commons)




   Regarde : Il passe, blême, effrayant, gigantesque,
   En rayant l'infini de son reflet géant,
   Pour se plonger bientôt dans le gouffre béant
   Du vide, aux sifflements de la sphère dantesque

   Vers l'horizon sans borne où se tait le néant,
   Son éphémère éclat qui déjà tombe presque,
   Semble, au fond de la nuit, titanique arabesque,
   Un lourd vaisseau qui sombre au fond de l'océan. 

   Comme ce météore, ô vénérables races,
   Sous l'éternité de l'âge, hydre aux gueules voraces,
   Vous mourez en hurlant vos rêves indomptés !

   Cependant, l'Être passe en balafrant les ombres,
   Mais son âme reflète auprès de ses clartés,
   L'irrévocable horreur des immensités sombres.

                          Arthur de Bussières (1899)




Tiré de : Arthur de Bussières, Les Bengalis (édition posthume, poèmes épars recueillis par Casimir Hébert), Montréal, Éditions Édouard Garand, 1931, p. 63-64. Ce sonnet est paru pour la première fois le 9 décembre 1899 dans le journal Le Passe-Temps.

Pour en savoir plus sur Arthur de Bussières, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Autrefois (cliquer sur le titre).


Arthur de Bussières (1877-1913)

(Source : Louis-Joseph Béliveau et la vie
littéraire de son temps
, Montréal, éditions
Fides, 1984, p. 107)

Les poèmes épars d'Arthur de Bussières, dont
Météore, ci-haut, ont été réunis par Casimir
Hébert
et publiés en 1931, soit dix-huit ans
après la mort du poète, dans Les Bengalis.
On peut en trouver ICI l'unique exemplaire
sur le marché en ligne, sinon on peut le
télécharger gratuitement ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
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ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
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lundi 9 décembre 2019

Remords

Hermas Bastien (1896-1977)

(Source : La Revue des livres,
Montréal, novembre 1935)




   Depuis que le plaisir, annihilant ses charmes,
   Ne m'a plus offert que la meute des remords,
   Depuis que j'ai connu la richesse des larmes
           Que l'on verse sur les rêves morts,

   À présent que je sais que la gaieté frivole
   Débilite la force et l'ardeur de chanter,
   Que l'âme s'avilit dès que sa paix s'envole
           Et doute de la félicité,

   Je préfère l'azur de la vie intérieure, 
   La lumière y rayonne à l'horizon lointain.
   La sente s'élargit devant la foi meilleure ;
           Je m'imagine encore au matin. 

   Ce sont les chants joyeux de la naïve enfance
   Que me chante dans l'âme un vivant souvenir.
   Je m'abreuve de joie à voir que nulle offense
           De cet âge ne me peut venir.

   Sur ma table, deux fleurs dans un vase de Sèvres.
   Je me revois, bambin, courant les prés, les champs.
   Les rosiers s'élevaient, onduleux, à mes lèvres ;
           Des bois à mon cœur venaient des chants.

   J'ai cueilli sur la route ardemment bien des roses.
   Il me souvient aussi de cantiques pieux. 
   Les pétales, hélas ! sont des débris moroses
           Et les chansons des refrains odieux. 

   J'ai pensé mon enfance et la brise éternelles.
   Quand l'aquilon mugit, ce fut l'effondrement. 
   Je me console à croire, ô la foi maternelle,
           À l'ultime recommencement. 

                             Hermas Bastien* (1919)



Tiré de : Hermas Bastien, Les eaux grises, Montréal, Imprimerie Le Devoir, 1919, p. 201-202.

*  Hermas Bastien est né à Montréal le 4 mai 1896, de Clovis Bastien, policier, et d'Amanda Asselin. De 1910 à 1914, il étudia au Collège de Montréal, puis, de 1914 à 1918, au Collège Sainte-Marie, puis à l'Université de Montréal où il obtint une maîtrise et un doctorat en sciences pédagogiques. 
   Il enseigna dans diverses institutions, dont le Collège Mont-Saint-Louis de 1928 à 1939, l'Université de Montréal de 1931 à 1941. Il interrompit sa carrière d'enseignant de 1941 à 1945 pour devenir major dans l'armée canadienne. Il enseigna également à l'Université Saint-Joseph (Nouveau-Brunswick), puis à partir de 1954 à l'Institut de pédagogie de l'Université de Montréal. 
   Auteur prolifique, il collabora à divers journaux et périodiques, dont Le Devoir, L'Action française (qui devint L'Action nationale), la Revue dominicaine, L'Action universitaire, Liaison, L'Information médicale et paramédicale, les Cahiers de l'Académie canadienne-française, etc. 
   Outre son unique recueil de poésies Les eaux grises, il a publié plusieurs livres, dont Les énergies rédemptrices (1923) ; Itinéraires philosophiques (1929) ; La défense de l'intelligence (1932) ; Témoignages : études et profils littéraires (1933) ; Conditions de notre destin national (1935) ; L'enseignement de la philosophie (1936) ; Le bilinguisme au Canada (1938) ; Olivar Asselin : la grandeur d'Asselin en face de la petitesse de son temps (1938) ; L'Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu au Canada (1948) ; Psychologie de l'apprentissage pédagogique (1954) ; Philosophies et philosophes américains (1959) ; La motivation et l'apprentissage (1964) ; Ces écrivains qui nous habitent (1969) ; Le milieu et l'apprentissage (1973) ; Visages de la sagesse (1974).
   Il appartint à diverses associations et institutions, dont l'Académie canadienne-française, l'Académie des sciences morales et politiques, la Société des écrivains canadiens, etc.
   Hermas Bastien est mort à Montréal le 21 mai 1977. Il avait épousé Marie-Antoinette Lamothe le 5 mars 1921. 
(Sources : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 391-392 ; Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989, p. 70).

De Hermas Bastien, les Poésies québécoises oubliées ont également publié : Les voix de la terre

Pour en savoir plus sur Hermas Bastien et sa pensée, cliquer sur cette image : 


Le poème Remords, ci-haut, est tiré de Les
eaux grises
, recueil d'Hermas Bastien.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Hermas Bastien dans son livre
Témoignages : études et profils littéraires.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

vendredi 6 décembre 2019

Rêve du ciel

Hubert LaRue (1833-1881)

(Source : Pierre-Georges RoyL'Ile
d'Orléans
Québec, 1928, p. 428) 




   J'y rêve bien souvent à mon bon cimetière,
   J'y rêve aussi souvent à cette bonne bière
               Où blanchiront mes os. 
   J'aurai pour me pleurer les larmes d'une mère,
   D'un enfant bien-aimé l'efficace prière,
               Et l'éternel repos.

   Ils sont là trois des miens, sous la terre durcie ;
   Ils sont là, trois des miens ! Sous la bise adoucie,
               Je revois leurs cercueils.
   Je les revois souvent ; toujours dans ma pensée
   Leur souvenir me vient, bienfaisante rosée,
               Souvenir de linceul. 

   Au ciel nous irons tous ! Au ciel notre patrie !
   Ce qu'on voit en ce monde est peu digne d'envie ;
               Au ciel nous irons tous !
   Nous y vivrons en paix, sans crainte et sans alarmes,
   Là, jamais de chagrin, jamais non plus de larmes,
               Et nous prierons pour vous !

                                   Hubert LaRue (1881)




Tiré de : Hubert LaRue, Mélanges historiques, littéraires et d'économie politique, volume 2, Québec, Imprimerie de P. G. Delisle, 1881, p. 273.

Dans le tout premier numéro de la revue littéraire Nouvelles soirées canadiennes, l'écrivain Faucher de Saint-Maurice donne un aperçu des deuils terribles qui inspiraient Hubert LaRue en composant le poème ci-haut, qui est sa dernière œuvre  littéraire connue :

« 
À tous, il ne cesse de répéter qu’il faut méditer l’histoire de notre passé et que c’est ainsi que nous apprendrons le respect, l’attachement dûs à notre religion, à notre langue, à nos lois. Pour en arriver à ces buts multiples tout lui est bon : conférences, livres, brochures, inventions utiles, articles de journaux, causeries. 

Et vous croyez qu’après cette tâche, Hubert LaRue a fini ce qu’il s’est si noblement proposé. Non, tout ceci n’est que le repos accordé après le travail obligatoire, accompli. Ces grandes choses ne se pensent, ne s’écrivent qu’après une journée de labeur, de cours donnés, d’analyses chimiques, de conseils médico-légaux, de soins rendus pendant le jour à l’hôpital, au dispensaire, à la maternité, à l’Hôtel-Dieu, pendant le jour et la nuit à sa clientèle. 

Quand un homme de cette force s’éteint, le deuil d’une famille s’étend à toute une nation[...] Marié à mademoiselle Alphonsine Panet, le docteur LaRue trouva le bonheur terrestre dans la vie domestique. De beaux enfants faisaient la joie de la maison, lorsque la mort vint frapper à cette porte si bien close à tous les bruits du dehors. Une maladie rapide enleva Hubert, le fils aîné ; la phtisie emporta, à l’âge de dix-neuf ans, Alphonsine, grande brune, aux yeux doux, rêveurs, vrai type de la beauté, de l’éducation, de la distinction canadienne-française. 

Dès lors la pensée du savant se tourna vers les mystères de la tombe. Il ne souriait plus. 

— La maison natale, l’église, le cimetière, disait-il souvent, le cimetière surtout, voilà la patrie. 

Au milieu d’une dissertation, d’une conférence, dans un salon, chez un ami, chez lui, au milieu d’un cours, son œil se voilait. Il balbutiait, terminait brusquement par un trait, par un axiome. Les uns ne constataient que de l’originalité. Ceux qui le connaissaient mieux n’y voyaient que des larmes. Son esprit ailleurs planait sur ces tombes chéries, dans ce petit cimetière, où il m’entraîna par une nuit de clair de lune, et où pendant plus d’une heure il s’agenouilla et sanglota comme un enfant. 

Au milieu de ces départs, il ne faut pas s’étonner si le père s’en est allé vers ses enfants. Huit jours de maladie suffirent. 

[...] Maintenant il attend l’heure de la résurrection dans le cimetière de l’île de Saint-Jean d’Orléans, dans l’endroit chéri, arrosé de ses larmes, où pour lui était le cœur de la patrie. Il dort au pied de son père, entre ses enfants, au bruit de ce « mugissement vague, sourd, indéfinissable dans sa grandiose splendeur, qui s’élève du grand fleuve ».
Faucher de Saint-Maurice, Hubert LaRue, dans Nouvelles soirées canadiennes, vol. 1, no 1, janvier 1882.


Pour en savoir plus sur Hubert LaRue, voyez l'article que
lui ont consacré les Glanures historiques québécoises 
en cliquant sur l'image qui suit : 



Le poème Rêve du ciel, ci-haut, est tiré du deuxième volume
des Mélanges historiques, littéraires et d'économie politique,
d'Hubert LaRue, qui est paru peu de temps après sa mort. On
peut encore en trouver de rares exemplaires ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Bien qu'il soit malheureusement oublié de nos
jours, Hubert LaRue avait néanmoins tellement
 marqué le réveil culturel et intellectuel de ses
compatriotes que fut publié en  1912, soit plus de
 30 ans après sa mort, à l'occasion  de  la tenue,
à Québec, de l'important événement patriotique
que fut le Congrès de la  langue française, ce
livre à sa  mémoire et reprenant la plupart de
ses écrits. Il n'en reste qu'un unique exemplaire
 sur le marché en ligne, voyez ICI.

Hubert LaRue est né au Manoir Mauvide-Genest, à Saint-Jean-de-l'île-d'Orléans.
La photo ancienne est tirée de : Le Docteur Hubert LaRue et l'idée canadienne-
française
, Québec, Compagnie de publication Le Soleil, 1912.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Hubert LaRue à vingt ans.

(Source : Hubert LaRue et l'idée
canadienne française
)

Article paru dans le journal L'Enseignement primaire du
1er octobre 1881 à l'occasion de la mort d'Hubert LaRue,
qui collaborait régulièrement à cette publication. Ce poème
raconte notamment l'origine du poème ci-haut, que LaRue
composa spontanément peu avant son décès.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le cimetière qu'évoque Hubert LaRue dans le poème ci-haut est celui de son village natal de
Saint-Jean-de-l'île-d'Orléans. Il repose à l'emplacement indiqué par la flèche blanche, avec
les autres membres de sa famille dont deux de ses enfants décédés avant lui.

(Source : Hubert LaRue et l'idée canadienne française ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Hubert LaRue a été durement éprouvé par la mort de son fils
Hubert junior, onze ans, et de sa fille Alphonsine, dix-neuf ans.
Il est très  probable que ces deux deuils aient précipité sa
mort prématurée  à l'âge de quarante-huit ans. Dans le poème
  Rêve du ciel, ci-haut,  LaRue exprime d'ailleurs un profond
désir de rejoindre ses enfants décédés.

(
Source : Hubert LaRue et l'idée canadienne française ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Monument funéraire d'Hubert LaRue. La pierre est en mauvais état 
et les inscriptions sont difficilement lisibles. 

Derrière, à gauche, on aperçoit le monument de l'historien
 Louis-Philippe Turcotte,  un contemporain admirable 
d'Hubert LaRue et mort prématurément lui aussi.

(Photo: Daniel Laprès, 2015 ; cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Pierre tombale, brisée, d'Hubert LaRue Junior, 
11 ans,  sur laquelle est inscrit : « À notre cher 
Hubert », à quelques pieds devant la tombe 
de son père, au cimetière de Saint-Jean-de-
l'Ile-d'Orléans.

(Photo : Daniel Laprès, 2015)


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mardi 3 décembre 2019

Ode au Saguenay

Félix-Antoine Savard (1896-1982)
à 17 ans.

(Source : André Major, Félix-Antoine Savard,
éditions Fides, 1968, p. 14)



                     (Extraits)

   Salut, ô fleuve sombre, abîme où la pensée
   Entre deux infinis, sur tes vagues bercée
            Comme un oiseau tremblant,
   Au pied de ces rochers qui portent les étoiles,
   Vient d'un orgueil aveugle enfin briser les voiles
            Et courber son néant !

   À ces murs éternels, dont la base profonde
   Descend droit rencontrer les assises du monde
            Au fond d'un gouffre noir,
   Et dont le front royal dans l'espace rayonne
   Sur les monts endormis, quand il vient la couronne
            De l'aurore et du soir ; 

   À ces tableaux sacrés dont l'immuable face,
   Lorsqu'ici-bas tout meurt ou s'écroule ou s'efface,
            Tout, jusqu'aux noms d'airain,
   Garde éternellement, gravé par les tonnerres,
   Le sceau du Créateur avec les caractères
            De son nom trois fois saint ; 

   À ces flots, noirs coursiers que la tempête anime,
   À tes sombres courroux qui parlent de l'abîme
             Le langage inconnu,
   À ton âme qui berce une image infinie,
   À tes rochers, à ton mystère, à ton génie,
             Ô mon fleuve, salut !

   Cet enfant blond d'hier, qui, pieds nus sur la plage,
   Ne semblait attentif qu'aux plaisirs de son âge
             Sous tes embruns d'argent,
   Rêvait pour te chanter des strophes immortelles,
   Et puisque, maintenant, il sait donner des ailes
             À son rêve brûlant.

   Allez, mes premiers vers, ô naissante harmonie,
   Pensers longtemps captifs : au vent de poésie,
             Allez, mes alcyons !
   Déjà, l'adieu du jour baise le front des cimes,
   Envolez-vous aussi vers les faîtes sublimes,
             Ô mes premiers rayons ! [...]

   Je me tais. Tout s'éteint sous les ombres nocturnes !
   De l'océan des nuits les vagues taciturnes
             Vont submerger ces lieux !
   Déjà, comme au rivage un flot jette une perle,
   La première onde sur les horizons déferle
             Tous les joyaux des cieux.

   Déjà, soufflent les vents ! Ils ont rompu les chaînes ;
   La nature frémit à leurs clameurs lointaines,
             Préludes des combats.
   Et la forêt sauvage entonne un chant de guerre,
   Comme chantaient ses fils, lorsqu'en troupe, naguère,
             Ils allaient au trépas ! 

   Et comme le coursier dont le pied étincelle,
   Dont la valeur bondit quand son maître l'appelle
             Et lui dit : « Il est temps ! »,
   Le fleuve s'est cabré d'orgueil et de colère ;
   Il a, ombrageux roi, senti dans sa crinière
             Passer la main des vents ! 

   Que ces flots indomptés, que ces vagues sont belles,
   Quand l'ouragan conduit leurs escadrons rebelles
             À l'écueil ruisselant ! 
   J'aime les désespoirs de leurs vaines furies,
   Et les charges sans fin des cavaleries
             Aux aigrettes d'argent !
  
   Et quand d'autres assauts suivent d'autres défaites,
   Et qu'épuisés, vaincus, dociles aux tempêtes, 
             Ils s'élancent encor
   Au sein de ces horreurs, au sein de la mêlée,
   Partout, dans le miroir où la nuit étoilée
             Compte son cher trésor, 

   Dans tes flots irrités, dans tes ondes sereines, 
   Sur le front de tes rocs, dans l'or de tes arènes,
             Ô fleuve glorieux,
   Je retrouve le nom qu'exhale l'étendue, 
   Et sur tes bords sacrés, ma jeune lyre, émue,
             Vient célébrer les cieux. 

                              Félix-Antoine Savard(1918)




Extraits du poème tirés de : Damase Potvin, Le tour du Saguenay, Québec, 1920, p. 127-131. Potvin introduit en ces termes ce poème paru quelques mois plus tôt, en janvier 1920, dans la revue Le Terroir sous le pseudonyme de « Marcel » : « L'ode ci-dessous a pour auteur un jeune homme de vingt-cinq ans, l'abbé Félix-Ant. Savard, ecclésiastique de première année au séminaire de Chicoutimi, quand il la composa. C'est la première pièce de ce jeune poète [...]. C'est, on en conviendra, un début de maître, et qui promet ». 

*  Félix-Antoine Savard est né à Québec (paroisse Saint-Roch) le 31 août 1896, de Louis-Joseph Savard, marchand, et d'Ida Gosselin. La famille vint peu après s'établir à Chicoutimi. 
  En 1911, après ses études primaires, il débute ses études classiques au Séminaire de Chicoutimi, où il fut encouragé à écrire et à publier des proses et poèmes dans le journal du collège par deux professeurs ayant reconnu ses aptitudes littéraires, le chanoine Edmond Duchesne et l'abbé André Laliberté.
   Après avoir reçu son diplôme de bachelier en 1918, il entra au Grand séminaire de Chicoutimi pour entreprendre des études devant le conduire à la prêtrise. Peu après, il enseigna le latin et le français.
   Ordonné prêtre le 4 juin 1922, il resta attaché au Séminaire de Chicoutimi jusqu'en 1926. Il devint successivement vicaire à Bagotville, Saint-Agnès-de-Charlevoix, La Malbaie. En 1931, il fonda la paroisse de Saint-Philippe-de-Clermont, dont il resta curé jusqu'en 1945. Entretemps, de 1935 à 1938, il devint missionnaire colonisateur en Abitibi, où il acquit une connaissance particulière du colon qui inspirera son oeuvre littéraire.
   À partir de 1941, il devint professeur de littérature à l'Université Laval. En 1944, il fonda, avec Luc Lacourcière, les Archives de folklore, puis occupa le poste de doyen de la Faculté de Lettres de 1950 à 1957. De 1950 à 1955, il présida la Société du Parler français.
  En 1937, il publia Menaud, maître draveur, un roman considéré comme une oeuvre majeure de la littérature québécoise.
   Il est également l'auteur des ouvrages suivants : L'Abatis (roman, 1943) ; La Minuit (roman, 1948) ; Le Barachois (roman, 1959) ; Martin et le pauvre (nouvelle, 1959) ; La folle (drame lyrique, 1960) ; La dalle des morts (drame, 1965) ; Symphonie du Misereor (poésie, 1968) ; Le Bouscueil (poésie, 1972) ; Journal et souvenirs (2 tomes, 1973 et 1975) ; Aux marges du silence (1975) ; Discours (1975) ; Discours d'un vieux sachem huron à l'occasion des fêtes du tricentenaire du diocèse de Québec (1975) ; Carnet du soir intérieur (2 tomes, 1978 et 1979) ; Le choix de Félix-Antoine Savard dans l'œuvre de Félix-Antoine Savard (1981). 
(Sources : André Major, Félix-Antoine Savard, Montréal, éditions Fides, 1968 ; Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989, p. 1222-1224 ; Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, 1981, p. 691 ; Ancestry.ca).  


Le poème Ode au Saguenay, dont on
peut voir des extraits ci-haut, de
Félix-Antoine Savard, est paru dans
l'ouvrage de Damase Potvin, Le tour
du Saguenay
, paru en 1920 et que l'on
peut télécharger gratuitement ICI. En
janvier de la même année, le poème
est paru dans la revue Le Terroir.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


La version intégrale de l'Ode au Saguenay,
dont des extraits sont présentés ci-haut, est
également parue en janvier 1920 dans la 
revue littéraire Le Terroir. Pour consulter 
ou télécharger gratuitement le poème,
cliquer sur cette illustration : 


Acte de baptême de Félix-Antoine Savard, 31 août 1896,
jour de sa naissance, paroisse Saint-Roch de Québec.

(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Dédicace manuscrite de Félix-Antoine Savard dans l'édition
de 1969 de son roman Menaud, maître draveur.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec se trouve cette photo sur
laquelle Félix-Antoine Savard serait le premier homme à partir de la gauche et dont 

les yeux sont clos. Cette photo date vraisemblablement de peu de temps avant 
l'entrée de Savard au Grand séminaire de Chicoutimi, en 1918.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le roman de Félix-Antoine Savard,
Menaud, maître draveur, est l'une
des œuvres les plus marquantes de
l'histoire littéraire québécoises. On
peut encore le trouver dans toute
bonne librairie. Informations ICI.

Pour les intéressés, la librairie
La Cargaison, de Sorel, offre un
exemplaire d'une édition de luxe
de Menaud, maître draveur et
dédicacée de la main de son
auteur. Informations ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cet ouvrage consacré à Félix-Antoine Savard
par l'écrivain André Major est paru en 1968.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Félix-Antoine Savard avait été présenté à
Charles de Gaulle lors de la mémorable

 visite de ce dernier au Québec, en 1967.

(Source : André Major, Félix-Antoine Savard,
éditions Fides, 1968, p. 140)

La rivière Saguenay, vue depuis le premier niveau du Cap Trinité.

« À ces murs éternels, dont la base profonde

   Descend droit rencontrer les assises du monde
            Au fond d'un gouffre noir... »

(Source : Wikipedia ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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