Affichage des articles dont le libellé est Poèmes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Poèmes. Afficher tous les articles

lundi 8 novembre 2021

Chant d'automne

Alice Lemieux (1905-1983)

(Source : Émilia B. Allaire, Têtes de femmes,
Québec, Éditions de l'Équinoxe, 1964)




   Je viens à toi, je suis à toi, forêt si blonde,
   Dont les cheveux mouvants drapent le front du monde,
   Qui doubles le soleil dans tes bras mordorés,
   Et qui fais de l'automne un sanglot désiré. 
   Je viens à toi, forêt, forêt qui restes belle
   Sans fleurs et sans amour ! Le dernier asphodèle,
   Comme le dernier nid, a rendu l'âme hier.
   Et je reviens avant que le cruel hiver
   N'éteigne ma chanson et ne ferme ma porte,
   Car je ne chante plus quand la Nature est morte. 

   Forêt ! Je n'ai jamais compris ton grand sommeil !
   Car j'aime trop l'ardeur, l'amour et le soleil,
   J'ai trop goûté la volupté d'être vivante
   Et d'être sur tes fleurs, comme une fleur qui chante.
   Et c'est pourquoi, demain, je serai loin de toi. 
   S'il ne reste à tes bras aucun frisson de vie,
   Et si les feuilles d'or que l'automne a ravies
   Ne doivent plus danser, légères, à tes doigts,
   Mon cœur désapprendra le chant qui le transporte,
   Car je ne chante plus quand la Nature est morte. 

                                       Alice Lemieux (1927)



Tiré de : Alice Lemieux, Poèmes, Montréal, Librairie d'Action canadienne-française, 1929, p. 102-103. Le poème est préalablement paru dans le numéro de novembre 1927 de la revue Le Canada français, de Québec.  

Pour en savoir plus sur Alice Lemieux, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Hiver  (cliquer sur le titre).

D'Alice Lemieux, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté: Harmonie et Avril (cliquer sur les titres). 


Le Chant d'automne, ci-haut, d'Alice Lemieux, est d'abord paru en
novembre 1927, à Québec, dans la revue littéraire Le Canada français
puis en 192, à Montréal, dans le recueil intitulé Poèmes.  

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Dédicace manuscrite d'Alice Lemieux
dans son recueil Poèmes.


(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)



Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.

lundi 22 juin 2020

Harmonie

Alice Lemieux (1905-1983)

(Source : BANQ)




   Loin des cris de la ville et près du chant des nids,
   Pour te mieux contempler, jour divin qui finis,
   Je suis venue. Et sur l'épaule d'une branche
   J'ai renversé mon front pour ne voir que l'azur.
   Car vous êtes déjà, soleil fécond et mur,
   Parmi les nids du soir, un fruit lourd qui se penche.

   Je veux savoir les derniers bruits de la forêt.
   Je m'en retournerai quand les chardonnerets
   Regagneront leur nid, après la sérénade ;
   Quand les nuages bleus traversés de soleil
   Seront redevenus sans lumière, et pareils
   À des ombres faisant une course nomade.

   Je veux que passe en moi chaque vibration
   Des clartés du couchant, et que chaque rayon
   Qui meurt au bord du soir, meure sous mes paupières.
   Je veux que le sommeil vienne éteindre mes yeux
   À l'heure où je serai, pour le regard des cieux,
   En harmonie avec le repos de la terre...

                                     Alice Lemieux(1929)



Tiré de : Alice Lemieux, Poèmes, Montréal, Librairie d'Action canadienne-française, 1929, p. 95.

Alice Lemieux est née à Québec le 23 septembre 1905, d'Albert Lemieux, voyageur de commerce, et d'Alice Morrissette. Peu après sa naissance, sa famille s'installa à Saint-Michel-de-Bellechasse, où elle passa toute son enfance. Elle fit ses études classiques chez les Ursulines à Québec, puis, en 1929, elle étudia la littérature à La Sorbonne (Paris).
   À son retour au Québec, elle exerça la profession de journaliste-pigiste pour divers journaux et périodiques. Tout au long de sa vie, elle publia des articles de critique littéraire pour des revues et journaux comme Le Canada françaisLe PhareParis-Canada, La Patrie, Le Devoir, L'Événement et La Revue moderne. Elle se lia d'amitié avec des critiques littéraires comme Louis Dantin et Maurice Hébert, de même qu'avec les jeunes poètes Robert ChoquetteJovette Bernier et Alfred DesRochers
   Le 7 septembre 1935, elle épousa Léo Lévesque, un poète mieux connu sous son nom de plume de Rosaire Dion-Lévesque. Le couple s'établit à Nashua, au New Hampshire. Rédactrice du journal français local, L'Impartial, elle collabora également au Rayon (Nouvelle-Orléans), également un journal de langue française. Elle milita pour la promotion du français chez les Franco-Américains et fut auteure radiophonique pour les ondes françaises de la radio américaine. Elle fut organisatrice et première présidente (1951) de la Fédération féminine franco-américaine. En 1960, le gouvernement français lui attribua les Palmes académiques pour son engagement en faveur des relations franco-américaines.
   Elle revint au Québec en 1964, année où elle se sépara de son mari. Elle devint dès lors traductrice pour la fonction publique québécoise. Dès 1965 et jusqu'à 1970, elle fut présidente de la Société des poètes canadiens-français, qu'elle restructura considérablement.  En 1966, elle fonda la revue Poésie. Elle participa à l'organisation du Salon du livre de Québec, pour lequel elle mit sur pied durant plusieurs années un concours de relève en poésie.
   En 1929, elle avait remporté le prix David pour son recueil intitulé Poèmes, puis, en 1930, le premier prix de la Société des poètes de Lyon (France) et, en 1964, le prix Champlain du Conseil de la langue française de Québec pour son recueil de poésies Silences. En 1976, pour son nouveau recueil Vers la joie, elle reçut un prix accompagné d'une bourse de dix mille dollars assortie d'un billet lui permettant de voyager à deux durant un an sur les vols de longue durée d'une entreprise aérienne. Outre ces trois titres primés, elle a également publié d'autres recueils de poésies : Heures effeuillées (1926) ; L'Arbre du jour (1966) ; Jardin d'octobre (1972) ; Le Repos du soir (1974) et Fleurs de givre (1979). 
   Alice Lemieux est morte à Québec le 9 janvier 1983. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Michel-de-Bellechasse. 
(Sources : Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, éditions Guérin, 2007, p. 306-307 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 555 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 859 ; Assumption.edu ; Ancestry.ca).

Pour en savoir plus sur Alice Lemieux, cliquer ICI et ICI

D'Alice Lemieux, les Poésies québécoises oubliées ont également publié : Avril et Hiver.



Le poème Hiver, ci-haut, est tiré du recueil
Poèmes, d'Alice Lemieux. On peut en trouver
de rares exemplaires ICI et ICI.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite d'Alice Lemieux
dans son recueil Poèmes.


(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maison où Alice Lemieux habita durant son enfance, à
Saint-Michel-de-Bellechasse, au 61 rue Principale.
La maison est de nos jours occupée par un salon funéraire.
Alice Lemieux y fut d'ailleurs exposée à son décès en 1983.


(Photo : Street View ;

cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Alice Lemieux Lévesque sur la terrasse Dufferin
à Québec, à la fin des années 1960.

(Source : P. de Grandpré, Histoire de la littérature
française du Québec
, tome 2, Montréal, éditions

Beauchemin, 1969.)

Monument funéraire d'Alice Lemieux au
cimetière de Saint-Michel-de-Bellechasse.


(Photo : Daniel Laprès, septembre 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.

lundi 14 janvier 2019

Hiver

Alice Lemieux (1905-1983)

(Source : BANQ)




   Je suis seule au cœur du silence.
   Il neige, il neige sur les toits ;
   Le ciel est bas, informe, étroit.
   Et ma solitude commence.

   En vain mon cœur rêve tout bas :
   Je suis plus seule que les branches,
   Car j'aime leur nudité blanche,
   Et les branches ne m'aiment pas !

   Tout est blanc : l'horizon, la route,
   L'azur, l'azur que j'aimais tant ! 
   Et je regarde le ciel blanc
   Descendre vers moi goutte à goutte.

   Et le silence est comme un mur
   Immense et froid où l'on se blesse.
   On n'ose parler de tendresse...
   Hélas ! qui me rendra l'azur

   Et les parfums, les paysages,
   Et tous les hôtes de mon coeur ?
   Je ne puis trouver de bonheur
   Au seul infini des visages.

   Car j'ai besoin de l'Univers
   Pour un instant de plénitude !
   Qui brisera la solitude
   Glacée et morte de l'hiver ? 

                 Alice Lemieux(1929)



Tiré de : Alice Lemieux, Poèmes, Montréal, Librairie d'Action canadienne-française, 1929, p. 110-111. 

* Alice Lemieux est née à Québec le 23 septembre 1905, d'Albert Lemieux, voyageur de commerce, et d'Alice Morrissette. Peu après sa naissance, sa famille s'installa à Saint-Michel-de-Bellechasse, où elle passa toute son enfance. Elle fit ses études classiques chez les Ursulines à Québec, puis, en 1929, elle étudia la littérature à La Sorbonne (Paris).
   À son retour au Québec, elle exerça la profession de journaliste-pigiste pour divers journaux et périodiques. Tout au long de sa vie, elle publia des articles de critique littéraire pour des revues et journaux comme Le Canada français, Le Phare, Paris-Canada, La Patrie, Le Devoir, L'Événement et La Revue moderne. Elle se lia d'amitié avec des critiques littéraires comme Louis Dantin et Maurice Hébert, de même qu'avec les jeunes poètes Robert Choquette, Jovette Bernier et Alfred DesRochers
   Le 7 septembre 1935, elle épousa Léo Lévesque, un poète mieux connu sous son nom de plume de Rosaire Dion-Lévesque. Le couple s'établit à Nashua, au New Hampshire. Rédactrice du journal français local, L'Impartial, elle collabora également au Rayon (Nouvelle-Orléans), également un journal de langue française. Elle milita pour la promotion du français chez les Franco-Américains et fut auteure radiophonique pour les ondes française de la radio américaine. Elle fut organisatrice et première présidente (1951) de la Fédération féminine franco-américaine. En 1960, le gouvernement français lui attribua les Palmes académiques pour son engagement en faveur des relations franco-américaines.
   Elle revint au Québec en 1964, année où elle se sépara de son mari. Elle devint dès lors traductrice pour la fonction publique québécoise. Dès 1965 et jusqu'à 1970, elle fut présidente de la Société des poètes canadiens-français, qu'elle restructura considérablement.  En 1966, elle fonda la revue Poésie. Elle participa à l'organisation du Salon du livre de Québec, pour lequel elle mit sur pied durant plusieurs années un concours de relève en poésie.
   En 1929, elle avait remporté le prix David pour son recueil intitulé Poèmes, puis, en 1930, le premier prix de la Société des poètes de Lyon (France) et, en 1964, le prix Champlain du Conseil de la langue française de Québec pour son recueil de poésies Silences. En 1976, pour son nouveau recueil Vers la joie, elle reçut un prix accompagné d'une bourse de dix mille dollars assortie d'un billet lui permettant de voyager à deux durant un an sur les vols de longue durée d'une entreprise aérienne. Outre ces trois titres primés, elle a également publié d'autres recueils de poésies : Heures effeuillées (1926) ; L'Arbre du jour (1966) ; Jardin d'octobre (1972) ; Le Repos du soir (1974) et Fleurs de givre (1979). 
   Alice Lemieux est morte à Québec le 9 janvier 1983. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Michel-de-Bellechasse. 
(Sources : Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, éditions Guérin, 2007, p. 306-307 ; Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 555 ; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 859 ; Assumption.edu ; Ancestry.ca).

Pour en savoir plus sur Alice Lemieux, cliquer ICI et ICI

D'Alice Lemieux, les Poésies québécoises oubliées ont également publié : Avril (cliquer sur le titre).



Le poème Hiver, ci-haut, est tiré du recueil
Poèmes, d'Alice Lemieux. On peut en trouver
de rares exemplaires ICI et ICI.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite d'Alice Lemieux
dans son recueil Poèmes.


(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Extrait de baptême d'Alice Lemieux, paroisse
Saint-Jean-Baptiste-de-Québec, 23 septembre
1905, jour de naissance de la poétesse.


(Source : Ancestry.ca ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Maison où Alice Lemieux habita durant son enfance, à
Saint-Michel-de-Bellechasse, au 61 rue Principale.
La maison est de nos jours occupée par un salon funéraire.
Alice Lemieux y fut d'ailleurs exposée à son décès en 1983.


(Photo : Street View ;

cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Alice Lemieux Lévesque sur la terrasse Dufferin
à Québec, à la fin des années 1960.

(Source : P. de Grandpré, Histoire de la littérature
française du Québec
, tome 2, Montréal, éditions

Beauchemin, 1969.)

Article paru dans Le Soleil de Québec, le 11 janvier
1983, à l'occasion du décès d'Alice Lemieux.


(Source : BANQ ; cliquer sur

 l'image pour l'agrandir)

Article paru dans Le Devoir du 15 janvier 1983
.
(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique
parue dans La Presse
du 11 janvier 1983.


(Source : BANQ ;
cliquer sur l'image
pour l'agrandir)

Monument funéraire d'Alice Lemieux au
cimetière de Saint-Michel-de-Bellechasse.


(Photo : Daniel Laprès, septembre 2018 ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.

jeudi 27 septembre 2018

Forêts de mon pays

Paul Godin (1907-1960)

(Source : son recueil posthume Poèmes)




   Forêts de mon pays, je viens en votre temple
   Goûter la paix du jour et la douceur du soir ; 
   Pour vos nombreux attraits, mon âme vous contemple :
   Vous êtes la Beauté que je voudrais revoir. 

   Verdoyantes toisons des flancs purs des collines,
   Superbes frondaisons des printemps revenus,
   Murmure des ruisseaux dans les lits des ravines,
   Susurrements d'amour dans les nids retenus ; 
   Balsamiques parfums des pins et des mélèzes,
   Bruissement des roseaux près des lacs de saphir ;
   Rochers rasant le ciel ainsi que des falaises ;
   Vol du martin-pêcheur aux berges du désir. 

   Forêts de mon pays, splendeur des jours d'automne,
   Sur les monts empourprés, les érables sanglants
   S'effeuillent lentement sous le ciel qui rayonne
   Parmi les sapins verts et les cèdres tremblants.
   Dans les clairières d'or, la grise perdrix glousse,
   L'appel aigu du cor retentit dans les bois ; 
   Du chevreuil altéré, brille la robe rousse ; 
   L'âme de la forêt fait entendre sa voix.
   C'est comme un chant d'amour qui monte de la terre,
   Et la feuille qui meurt au sentier solitaire
   Est comme un lambeau d'arbre arraché par le vent,
   Comme un dernier soupir de son coeur frémissant. 

   Forêts de mon pays, cathédrale du rêve,
   Vaste recueillement de la nuit qui s'achève,
   Tiédeur de clairs matins près des lacs endormis ;
   Longs baisers de la brise aux rameaux attendris.
   Échos lointains du soir montant de la vallée,
   Adieu de la nature à la branche endeuillée ;
   Divin frémissement de l'arbre au sol fixé,
   En dépit de l'orage et par le vent blessé. 

   Forêts de mon pays, vous, richesses premières,
   Retenant dans leur lit, captives les rivières ;
   Vous, la gloire d'octobre et l'espoir de l'avril,
   Vous, l'ombre et la clarté, vous, le parfum subtil :
   Érables, blancs bouleaux, hêtres, robustes frênes,
   Sapins tordus par l'âge, et vous, les puissants chênes,
   Tant que vos frais rameaux se couvriront de nids,
   Et tant que pousseront des feuilles sur vos branches,
   Sous les étoiles d'or et sous les lunes blanches,
   Vous serez, de la paix, les refuges bénis. 

                                   Paul Godin (sans date)



Tiré de : Paul Godin, Poèmes, Trois-Rivières, Le Bien Public, 1982, p. 49-51. 

Paul Godin était le demi-frère de Louis-Georges Godin, lui aussi médecin et homme de lettres. 


Paul Godin présenté 
par son plus jeune fils : 

   « Issu d'une famille établie à Trois-Rivières dans la première moitié du XIXe siècle, mon père était un trifluvien authentique. Il effectua ses classes primaires au Jardin de l'Enfance et ses études classiques au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. Il obtint par la suite son doctorat en médecine à l'Université Laval et compléta sa spécialisation en oto-rhino-laryntologie à l'Hôtel-Dieu de Montréal ainsi qu'aux hôpitaux Boucicaut et des Quinze-Vingts de Paris. Il devint membre du Collège royal de médecine en 1948. 
   Au cours de son internat à l'Hôpital Laval de Québec, il rencontre la femme de sa vie, Louisa Marceau, de Sainte-Anne-de-la-Pérade, alors infirmière au Sanatorium Notre-Dame du même hôpital. Il se trouve conquis par cette belle femme menue, à l'esprit vif, un être tout de coeur, d'une droiture exemplaire et singulièrement racée. Amoureux l'un de l'autre avant le départ de mon père pour Paris, cette longue séparation ne les désunit point. Tous deux nourrissent leur imaginaire et entretiennent leur rêve commun en échangeant deux lettres par semaine pendant un an. Quelque temps après son retour, ils se marient, le 6 septembre 1936. Ce fut pour la vie. 
   Il était un homme de la Mauricie, profondément lié à la nature. Menant une vie tranquille et discrète, il partageait son intimité avec sa famille, quelques amis solides ainsi qu'avec l'onde des lacs, celle de la rivière Saint-Maurice et du fleuve Saint-Laurent. Il pouvait passer des heures, patientant la brunante, assis dans une chaloupe, à observer le couchant et à soutenir sa rêverie. La canne à pêche en mains jusqu'à la tombée du jour, il tentait de sortir quelque dernière truite des lacs du Batchelder ou du Capitanal ou encore quelque prise ultime de l'Anse-aux-Dorés de Saint-Roch-de-Mékinac où il m'emmenait comme rameur même les jours de classe. J'avais alors droit à un billet d'absence pour cause de maladie...
   D'innombrables fois, je l'ai vu aussi arpenter la galerie de notre maison d'été à Champlain, la pipe bien bourrée, tel un capitaine de goélette, à surveiller le moindre mouvement d'eau du grand fleuve. À Trois-Rivières, au printemps, les quais étaient l'un de ses endroits de prédilection pour assister à l'irrésistible mouvement des glaces. L'hiver, il ne manquait pas la pêche aux petits poissons des chenaux, à Sainte-Anne-de-la-Pérade. 
  Il aimait aussi les chevaux. Fréquentant les hippodromes Richelieu, Blue Bonnets et Laviolette, il emmenait souvent ses fils aux écuries où, je me rappelle, étant enfant, le dimanche matin, il allait de stalle en stalle, me soulevant dans ses bras pour m'apprendre à flatter le museau des bêtes.
   Il écrivait pour son plaisir. Assis au salon, il remplissait de vers et à l'occasion, d'épigrammes sur ses confrères, des tablettes d'ordonnances, remaniant les mots, cherchant la rime, en quête de la formule la plus belle, appelant souvent Louisa pour lui demander de réagir à l'écoute d'un verset. Ce goût de l'écriture, cet appétit du mot essentiel, il l'a transmis à ses enfants, Mireille, traductrice à Ottawa, femme de lecture et de parole, Gérald, député-ministre au gouvernement du Québec, journaliste et écrivain, à Ivan, avocat à Trois-Rivières et raconteur hors-pair ainsi qu'à moi, professionnel d'écriture à l'Université du Québec à Trois-Rivières et auteur d'un récit poétique. 
   Le temps était maintenant venu de rendre hommage à cet homme ; aussi, lorsque mon frère Ivan m'a confirmé son intention de publier un recueil de poèmes de notre père, je me suis senti heureux, profondément, pour nous, pour notre mère. Je connais son bonheur d'avoir été aimée par un poète, par Paul. J'ai revécu également la veille du dernier jour de sa vie, quand ma mère me demanda d'aller le nourrir alors qu'il entrait lentement dans le coma. J'avais peur. Je ne voulais pas assister, témoin impuissant, à son départ définitif. Je craignais cette intimité avec la mort, comme si j'allais me faire emporter moi aussi. Mais parce que j'avais peur, j'ai saisi l'assiette et j'y suis allé. Ce fut un événement ; j'ai compris la puissance de l'amour que je portais en moi. La lente respiration de mon père m'était douce et je voulais le cajoler jusque dans l'au-delà... et aujourd'hui, par ce recueil, je le rejoins et pour lui, je participe à l'éternité d'une caresse ». 

   GUY GODIN
   dans Poèmes, de Paul Godin, p. 8-11


Poèmes, recueil posthume de Paul Godin
paru en 1982 et réédité en 1996.

Article paru dans Le Nouvelliste du 28 mai
1960, à l'occasion de la mort de Paul Godin.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique
dans La Presse du
30 mai 1960, p. 15.

(Source : BANQ ;
Cliquer sur l'image
pour l'agrandir)


Procurez-vous l'un des quelques exemplaires encore disponibles 
de Nos poésies oubliées, un volume préparé par le concepteur 
du carnet-web des Poésies québécoises oubliées, et qui présente
100 poètes oubliés du peuple héritier de Nouvelle-France, avec
pour chacun un poème, une notice biographique et une photo
ou portrait. Pour se procurer le volume par Paypal ou virement 
Interac, voyez les modalités sur le document auquel on accède
en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour le commander par
VISA, cliquer ICI.