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mardi 13 octobre 2020

Voix d'automne

 

Joseph-Hormisdas Roy (1865-1931)

(Source : Anthologie de la littérature
franco-américaine de Nouvelle-
Angleterre
, tome 3, p. 194)





   L'automne a promené son souffle d'agonie ;
   Tout souffre et tout pâlit ; les champs, les bois, les voix, 
   Tout ce qui vit, bruit, se tait ; et moi je vois
   Se refléter partout ma tristesse infinie. 

   Ma tristesse qui fait s'endeuiller le ciel gris
   Et pâle, se pencher les virginales roses. 
   Ô tristesse qui fait couler les pleurs des choses,
   Et que l'oiseau traduit en de lugubres cris !

   Oh ! lent vol migrateur des oiseaux à l'automne,
   Je vous suis, plein d'ennui, dans les feux du couchant ;
   Vous portez avec vous mon rêve décevant
   Par-delà l'horizon brumeux et monotone.

   Que je voudrais aussi, moi qui reste et pâtis, 
   Attacher tout mon être à vos battantes ailes,
   Aller voir au-delà de ces lignes vermeilles
   Où plonge votre essor, oiseaux grands et petits !

   Hélas ! ma vie, à moi, fut étrange et morose ;
   J'ai nourri d'un pain noir l'inassouvible faim ;
   Aux nostalgiques soirs j'ai poursuivi, sans fin,
   L'espoir sombre et perdu dans un nuage rose.

   Mais l'automne a parfois le beau jour souhaité ;
   Par-delà l'horizon et par-delà la vie,
   Qui sait ? L'illusion, à jamais poursuivie,
   Fera peut-être place à la réalité. 

   L'automne aura mûri le fruit des Hespérides,
   Ce fruit délicieux que ma faim mangera :
   Et l'onde limpide, où ma soif s'étanchera,
   Lavera sur mon front la souillure des rides.

                          Joseph-Hormisdas Roy (1902)



Tiré de : Anthologie de la littérature franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, tome 3, Bedford (New Hampshire), National Materials Development Center for French, 1980, p. 210-211). 

Pour en savoir plus sur Joseph-Hormisdas Roy, voyez la notice biographique sous son poème Paroles sincères, de même que les documents sous son poème Émanations de la nuit. 


Le poème Voix d'automne, ci-haut, de 
Joseph-Hormisdas Roy, est tiré du
tome troisième de l'Anthologie de
la littérature franco-américaine de
Nouvelle-Angleterre
, parue en 1980.


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mercredi 17 juillet 2019

Emanations de la nuit

Joseph-Hormidas Roy (1865-1931)

(Source : Anthologie de la littérature
franco-américaine de la Nouvelle-
Angleterre
, tome 3, p. 194)




   Et doux, si doux, si loin aussi,
   Ce chant dans les grandes nuits calmes,
   Dans l'odeur de fleurs et de palmes,
   Et si bon au coeur indécis.

   Est-ce chant d'ange ou chant de femme ?
   Il est si vague, et si lointain,
   Et si doux, qu'on dirait certain
   Cantique où s'épancherait l'âme.

   Et si bon au coeur incertain
   Ce très subtil parfum de rêve !
   Effluve exquis de l'heure brève,
   Et doux, si doux, et si lointain...

   Et je vogue ainsi dans le songe,
   Dans le silence de la nuit,
   Berçant ma peine et mon ennui
   Sur l'aile blanche du mensonge. 

   Un corps diaphane et voilé,
   Flottant vaguement dans la nue,
   Monte vers l'étoile inconnue
   Où mon rêve s'est envolé. 

   Et ce corps, on dirait une âme,
   Tant il monte subtilisé,
   Suivi d'un sillon irisé
   Comme ces étoiles en flamme.

   Et lointain, ce spectre indécis, 
   Très lentement, toujours s'élève,
   Comme l'ascension du rêve,
   Toujours plus loin, plus imprécis...

   Nuit de douces mélancolies,
   Nuit berceuse de nos douleurs,
   Tu donnes la rosée aux fleurs,
   Et de nos maux tu nous délies !

             Joseph-Hormidas Roy (1902)



Tiré de : Anthologie de la littérature franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, tome 3, Bedford (New Hampshire), 1980, p. 219-220. 

Pour en savoir plus sur Joseph-Hormidas Roy, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Paroles sincères, que les Poésies québécoises oubliées ont également présenté, de même que les articles d'époque présentés ci-dessous. 


Le poème Émanations de la nuit, de Joseph-
Hormidas Roy, ci-haut,  est tiré du tome 3 de
l'Anthologie de la littérature franco-américaine
 de Nouvelle-Angleterre
, parue à Bedford
(New-Hampshire) en 1980. 


Dans La Presse du 3 janvier 1903, le
poète Louis Fréchette a donné son
jugement, fort favorable, sur Voix
étranges
, unique recueil publié de
Joseph-Hormidas Roy.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Dans Le Passe-Temps du  6 décembre 1902, le
poète Albert Lozeau a exprimé son appréciation de
de Voix étranges, recueil de Joseph-Hormidas Roy.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le recueil Voix Étranges a également été
l'objet d'une appréciation critique dans le
journal Le Samedi du 8 novembre 1902.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

La mort de Joseph-Hormidas Roy a été mentionnée
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) du 27 janvier 1931.

(Source : BANQ)

Dans le lac Gumpas Pond, au New Hampshire et proche du
Massachusetts, se trouve une petite île nommée en souvenir
de Joseph-Hormidas Roy.  Pour informations, cliquer ICI.


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dimanche 17 décembre 2017

Paroles sincères

Joseph-Hormidas Roy (1865-1931)

(Source : Anthologie de la littérature franco-

américaine de la Nouvelle-Angleterre, tome 3)



   Vivons aveuglément dans ce monde qui croule,
   Si nous voulons, sans pleurs, nous traîner jusqu'au bout ; 
   Car les temps ne sont plus où la pieuse foule,
   En chantant l'hosanna, montant comme une houle,
   Acclamait la Vertu qui, seule, était debout. 

   Ils sont passés ces temps des mâles espérances,
   Où le gladiateur envoyait, radieux, 
   De l'arène témoin de ses grandes souffrances,
   Avec l'adieu de mort, l'espoir des délivrances
   À ce peuple romain sentant crouler ses dieux. [...]

   Non ! ces temps ne sont plus. Tout faiblit, tout s'altère. 
   Nous avons déserté le sommet des grandeurs,
   Nous préférons ramper lâchement sur la terre,
   Emplissant nos poumons au souffle délétère
   Qui s'exhale partout des sombres profondeurs.

   J'ai pu sonder la vie, aller au fond des choses,
   Et j'ai vu, sur la route où croît le roseau dur, 
   Des lambeaux palpitants ; j'ai vu des fronts moroses
   Penchés, luxurieux, sur la blancheur des roses,
   Et l'Amour Saint mourait sous le baiser impur. 

   La vie est bien mauvaise en ces temps de démence. 
   Oui, le vieux monde est las de porter son fardeau,
   La paix ne verdit plus dans la jachère immense,
   Et dans la glèbe aride où tombe la semence, 
   Nulle bonne moiteur d'où naîtra le rameau. 

   Tel que le fauve hurlant dans le désert de sable
   Après l'ombre tarie au fond du puits boueux,
   J'ai promené, sans fin, ma soif inapaisable,
   En poursuivant, sans cesse, une ombre insaisissable,
   Le désespoir dans l'âme et du sang dans les yeux. 

   J'ai crié ma douleur à qui voulait l'entendre
   Et personne ici-bas n'a pu me consoler. 
   J'ai fait rire le riche ; et le pauvre, plus tendre, 
   N'a pu que soupirer en me disant d'attendre
   Que la nuit s'illumine et que Dieu va parler. 

   L'humanité n'a plus les paroles de vie ; 
   Elle a perdu le sens des mots consolateurs. 
   De la colline, hélas ! péniblement gravie,
   Je n'aperçois partout que haine inassouvie,
   Qu'égoïsme profond et que prismes menteurs. 

   Vertu ! qui ne ments point par de belles paroles,
   Toi qui survivras seule au naufrage des temps,
   Je repose mon coeur des décevances folles,
   En le plaçant sur toi, fleur aux fraîches corolles,
   Console-moi, Vertu ! j'ai vécu trop longtemps ! 

                                Joseph-Hormidas Roy* (1902)



Tiré de : Richard Santerre, Anthologie de la littérature franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre, tome 3, Bedford (New Hampshire), National Materials Development Center for French, 1980, p. 245-246. 

* Né le 10 mars 1865 à Dorval, Québec, de parents pauvres, le jeune Joseph-Hormidas Roy passa son enfance sur la terre paternelle et à l'âge de onze ans entra au Séminaire de Sainte-Thérèse. En 1890, ayant décidé de se préparer une carrière dans les professions libérales, il s'inscrivit à l'Université Laval de Montréal, d'où il obtint son diplôme de docteur en médecine en mai 1893. Sept mois plus tard, en janvier 1894, il se rendit avec sa jeune épouse à Lowell, Massachusetts, où il demeurerait trente-sept ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort survenue le 25 janvier 1931. 
  Homme de lettres et membre correspondant de l'École littéraire de Montréal, il publia à Lowell, en 1902, son premier recueil poétique, Voix étranges. Trois autres volumes de vers, écrits par la suite, Au Fil de la Vie, Silles, et En Vieillissant, restèrent en manuscrit et sont aujourd'hui perdus sauf quelques poèmes épars publiés dans les recueils et les revues de l'époque ; (cette notice biographique est tirée de l'Anthologie de la littérature française de la Nouvelle-Angleterre).
  Joseph-Hormidas Roy a été inhumé au cimetière Saint-Joseph de Chelmsford, au Massachusetts. Une petite île est dédiée à sa mémoire dans le lac Gumpas Pond, à Pelham, au New Hampshire.

Dans son Anthologie des poètes canadiens (1920), Jules Fournier présente quelques poèmes de Joseph-Hormisdas Roy. Les Poésies Québécoises Oubliées jugent qu'il peut valoir la peine de reproduire l'introduction de Fournier, qui inclut une lettre de présentation de Joseph-Hormidas Roy lui-même, ainsi que deux commentaires critiques fort élogieux des poètes Albert Lozeau et Louis Fréchette : 

« M. J.-H. Roy, à qui nous avons demandé des notes biographiques pour ce recueil, a bien voulu nous écrire les quelques lignes suivantes, qui suffiraient à elles seules à prouver, s'il en était besoin, qu'il est encore de par le monde des poètes modestes :

   
"Vous me demandez des notes biographiques : rien ne ressemble plus à ma vie que celle de Monsieur Tout-le-Monde. Ma date de naissance : 10 mars 1865. Enfance pauvre et assez misérable, chez des parents « habitants » rien moins  qu'à l'aise, dans la pourtant florissante paroisse de Dorval. Mis au collège bien malgré moi, à l'âge de douze ans, je fis, au Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, des études à la diable et tronquées...
   C'est alors que, me ressaisissant, je songeai à adopter une profession libérale à défaut d'un métier, qui m'aurait probablement mieux convenu... Entré à l'Université de Montréal en 1890, j'y recevais en 1893 mon diplôme de docteur en médecine, après trois années d'un travail très ardu. (J'avais en effet, en ce temps-là, outre l'effort intellectuel, à pourvoir au « matériel » de mes trois repas par jour, et ce n'était pas toujours drôle ! Je m'en rapporterais volontiers là-dessus à mon compagnon de disette de ce temps-là, Lapalisse, qui avait coutume de dire, dans son langage bien à lui: « Heureusement que nous ne pouvons pas prendre moins qu'un repas par jour ! » Le pauvre garçon est mort depuis, non d'indigestion, je le présume. Quel joyeux compagnon d'infortune ! Que la terre lui soit aussi légère qu'était alors notre bourse ! ...)
  En 1894, je transportais mon mince bagage à Lowell, dans le Massachusetts, où j'ai toujours vécu depuis, menant une vie sans relief, plate et routinière comme une journée de facteur. Mammon ― pour parler comme l'Écriture ― m'a toujours gardé rigueur, ce qui ne m'empêche pas de m'appliquer de mon mieux, avec mon excellente femme, à élever les neuf enfants qui rayonnent autour de notre table... 
   Outre Voix étranges, qui est le fruit de ma jeunesse, j'ai en manuscrit trois volumes : Au Fil de la Vie, ―Silles, ―En Vieillissant, ― dont j'ai toujours remis la publication faute de ressources, et aussi par crainte de leur peu de valeur. Au Fil de la Vie, continuation de Voix étranges, contient des poèmes écrits peu après la publication de ce volume et sur le même thème. Silles renferme deux cent cinquante sonnets à l'allure satirique, à la vérité peu mordante. En Vieillissant laisse voir une muse plus assagie, ou qui se croit telle. Je crains bien que cela n'est qu'illusion, et qu'en réalité ce sont ses ailes qui s'écourtent ». 

Plusieurs critiques ont fait des vers de M. Roy les plus grands éloges. Citons seulement quelques témoignages pris au hasard : 

   « Je viens de parcourir avec plaisir et souvent avec émotion vos Voix étranges. Vous êtes un vrai poète, puisqu'à vous lire on ressent la tristesse qui a coulé de vous en vos poésies... Vos vers sont vraiment l'expression de votre être intime : on le sent ». (ALBERT LOZEAU)

   « Le volume que M. Roy [...] a intitulé Voix étranges s'élève beaucoup au-dessus de l'effort ordinaire d'un débutant. Il révèle une grande intensité d'expression, une vision très personnelle des choses, et ― ce qui est encore plus rare ― un instinct artistique qui s'écarte à la fois des banalités poncives et d'un modernisme poseur... M. Roy promet à nos lettres une acquisition précieuse ». (LOUIS FRÉCHETTE)

Tiré de : Jules Fournier, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, Granger Frères Éditeurs, 1920, p. 127-128. 


Tome 3 de l'Anthologie de la littérature franco-
américaine de la Nouvelle-Angleterre
, d'où est tiré
le poème Paroles sincères, de J.-H. Roy.  


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