samedi 10 avril 2021

J'irai revoir les Laurentides

Joseph Dumais (1870-1937)

(Source : sa brochure Le parler
de chez nous
, Québec, 1922)





             Chanson sur l'air de "J'irai revoir ma Normandie".


   J'irai revoir les Laurentides,
   Lorsque reviendront les beaux jours.
   J'aime nos montagnes splendides
   Dans l'éclat de leurs beaux atours,
   Quand le soleil dore leurs cimes,
   Les inondant de sa clarté,
   Quand des oiseaux les chants sublimes
   Y sèment partout la gaieté. 

   J'aime à parcourir les bocages,
   À gravir seul les fiers sommets,
   À contempler ces paysages
   Si variés, si pleins d'attraits.
   Puis j'aime à respirer la brise
   Qui a parfumé le Saint-Laurent ;
   Je sens alors la douce emprise
   De ce beau fleuve conquérant.

   Ah ! combien les heures sont brèves
   Auprès de ses bords enchanteurs,
   Que de plaisirs, que de doux rêves,
   Procurent ces lieux séducteurs.
   Je voudrais consacrer ma vie
   À vous vanter, charmants séjours
   D'où l'on revient l'âme ravie,
   Chantant son pays, ses amours.

   Ô monts altiers, forêts superbes,
   Où s'établirent mes aïeux,
   Beaux champs où s'alignent les gerbes
   Des épis blonds, présents des cieux.
   Je vois partout la récompense
   Des longs efforts du bûcheron
   Qui, maintenant dans l'abondance, 
   Goûte le repos du patron.

   Ô Canada j'ai l'espérance
   De te voir grandir en beauté,
   Gardant avec soin de la France,
   Les lois d'honneur, de loyauté.
   Vers le ciel monte ma prière
   À tous les saints du paradis,
   Je la fais ardente et sincère
   Pour le salut de mon pays.

            Joseph Dumais* (27 novembre 1931)



Tiré de : Du May d'Amour (pseudonyme de Joseph Dumais), Ma boutique : comptoir aux coupons, Québec, La fierté française, 1932, p. 15-16.

*  Joseph Dumais est né aux Trois-Pistoles le 31 janvier 1870, de Jules Dumais, notaire, et d'Artémise d'Amours. Il est dit, sans plus d'informations, qu'il fit ses études à Québec, quoique il semble avoir été surtout autodidacte. Devenu passionné pour la langue française, il se rendit à Paris pour se perfectionner auprès de l'abbé Jean-Pierre Rousselot, phonéticien et dialectologue réputé. Il fit par la suite plusieurs voyages en France afin de mettre à jour ses connaissances.
   À son retour au pays, il se voua à l'enseignement de la diction et de la déclamation françaises. Il parcourut le territoire du Québec afin de dispenser son enseignement et pour convier le public à respecter la langue française en la parlant correctement, tout en exposant les qualités du parler populaire dépourvu d'anglicismes. Il fit également de l'éducation populaire en histoire de la nation canadienne-française.
   Il fit partie de plusieurs sociétés artistiques et littéraires de Québec. Il dirigea aussi un commerce d'importations françaises sous l'enseigne de "La fierté française", d'abord situé sur la rue Saint-Jean, puis sur la Côte-de-la-Fabrique, à Québec. Il était également propriétaire d'un établissement de vacances aux Éboulements, où il organisait des activités de pratique et de perfectionnement de la langue française. 
    Il fonda en 1922 le Conservatoire de Québec, dédié à la diction et au bon usage du français et où il enseigna jusqu'à la fin de ses jours, tout en étant professeur dans diverses écoles. 
   Il avait auparavant vécu à Sherbrooke, Montréal et Manchester (New Hampshire), où il enseigna le journalisme et fonda une revue mensuelle, Cœurs français (1907-1908). Il est l'auteur de diverses autres publications, dont un « Calendrier patriotique » et deux autres revues, L'Art de dire, et Le jardin des muses canadiennes (deux numéros parus en 1922). Il publia également les brochures et volumes suivants : Parlons français (1905) ; Jacques Cartier et Samuel de Champlain (1913) ; Le parler de chez nous (1922) ; Ma boutique : comptoir aux coupons (poésies et chansons, 1932) ; Vive le doux parler de France (1937). 
    Conférencier très actif qui sillonnait le Québec et les communautés francophones des autres provinces canadiennes et des États-Unis, il savait attirer un vaste public. Il enregistra non seulement des émissions de radio, où il lisait notamment des textes en plus de personnifier un personnage comique nommé « Ladébauche », mais également des disques à l'époque du début de cette industrie et dans lesquels il déclamait des poésies, monologues et œuvres diverses.
   En 1936, il fonda à Québec un Cercle musical et littéraire, qui organisa des activités publiques où se produisaient musiciens et gens de lettres.
    Joseph Dumais est mort à Montréal le 13 mai 1937. Il a été inhumé aux Éboulements. Il avait épousé Anita Duhamel. Il était le frère de Marie Dumais-Boissonnault, première femme canadienne-française à faire du journalisme de reportage et qui fut également présidente de la Société des poètes canadiens-français.
(Sources : Le Soleil, 25 février 1936, 14 mai 1937 ; L'Action catholique, 14 mai 1937 ; La Lyre, octobre 1922 ; Edward B. Ham, Programme de recherches franco-américaines, Québec, 1937 ; Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 14 octobre 1932 ; un merci spécial à l'archiviste Maxime Royer qui nous a dirigé vers certaines sources fort utiles).   

Pour en savoir plus sur Joseph Dumais, voyez ICI l'éclairant article que lui a consacré l'historien Gaston Deschênes

On peut entendre la voix de Joseph Dumais dans des enregistrements disponibles ICI. D'autres enregistrements se trouvent également sur BANQ numérique, dont (cliquez sur les titres) Le retour (poème de Lucien Boyer) ; Les coquelicots (de Théodore Botrel) et les monologues comiques suivants : La bénédiction d'un père porte-bonheurDiscours sur le service national ; Le ménage de Bram ; Enouaye ! Enouaye ! ; Edgardina veut loaferAnne maudite badluck ; Ma Césarine et Mademoiselle Barrette


Ma boutique : comptoir aux coupons,
recueil de poésies et de chansons de
Joseph Dumais, d'où est tiré la chanson
J'irai revoir les Laurentides, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Dédicace manuscrite de Joseph Dumais, sous son nom
de plume de « Du May d'Amour », dans son recueil
Ma boutique : comptoir aux coupons.

(Collection Daniel Laprès ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Joseph Dumais

(Source : sa brochure Parlons français,
Montréal, 1905)


Pour consulter ou télécharger Parlons français,
publié par Joseph Dumais en 1905, cliquer
sur cette image :



Pour consulter ou télécharger gratuitement 
Le parler de chez nous, de Joseph Dumais,
cliquer sur cette image : 


Recension du recueil Ma boutique : comptoir aux coupons, de Joseph Dumais, 
dans L'Écho de Frontenac (Lac-Mégantic), 14 avril 1932.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension du recueil Ma boutique : comptoir aux coupons, de Joseph Dumais, 
dans L'Écho de Frontenac (Lac-Mégantic), 5 mai 1932.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension du recueil Ma boutique : comptoir aux coupons, de Joseph
Dumais, 
dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 13 mai 1932.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Progrès du Golfe (Rimouski), 19 août 1904.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 6 mai 1905.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Entrevue de Joseph Dumais dans Le Devoir du 22 mai 1912.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Bien public (Trois-Rivières), 10 février 1916.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Extrait de la chronique municipale dans Le
Clairon 
(Saint-Hyacinthe), 29 août 1916.

(Source : BANQ ; cliquer 
sur l'image pour l'agrandir)

Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 7 octobre 1916.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Publicité dans La Presse du 30 mai 1917 présentant
notamment des disques de Joseph Dumais.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Extrait de Notes de littérature canadienne, de l'abbé Camille Roy, mai 1922.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Magazine La Lyre, octobre 1922.

(Source : BANQ ; cliquer 
sur l'image pour l'agrandir)

Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 14 octobre 1932.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Revue L'Enseignement primaire, novembre 1932.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 9 février 1933.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 15 novembre 1933.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

L'Action catholique, 3 février 1936.

(Source : BANQ ; cliquer 
sur l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 25 février 1936.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 14 mai 1937.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Le Soleil, 14 mai 1937.

L'Action catholique, 14 mai 1937.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 15 mai 1937.

(Source : BANQ)

Le Soleil, 17 mai 1937.

(Source : BANQ)

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mardi 6 avril 2021

Le mont Royal

Photo du mont Royal prise depuis l'une des tours de l'église
Notre-Dame-de-Montréal au début des années 1900, époque
où Auguste Charbonnier composa le poème ci-dessous.

(Source : Archives de la Ville de Montréal ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)





   Près des bords enchanteurs du fleuve Saint-Laurent,
   Roulant son flot d'azur rapide, transparent, 
   Caressant tendrement de son onde joyeuse
   Les gracieux contours d'une île merveilleuse,
   Se dresse une montagne, unique en l'univers
   Par sa forme, sa grâce et ses attraits divers. 

   Quand le printemps sur elle étend son vert feuillage,
   Que de nombreux oiseaux charment de leur ramage,
   Elle paraît alors aux yeux tout éblouis,
   Magnifique émeraude en un chaton de prix. 

   Son sommet ne va point insulter le nuage
   Qui poursuit, vagabond, son rapide voyage ;
   Mendier au soleil les inféconds baisers
   De quelques vieux rayons inconnus et glacés ;
   Écraser de son poids, étouffer de son ombre
   Un pauvre bourg, au fond de quelque ravin sombre.

   Penché modestement vers la jeune cité
   Que conduit par la main la fière Liberté, 
   Et qui, sous ses regards, s'épanouit, prospère,
   Tel un enfant béni sous les yeux de sa mère,
   Ce mont nommé Royal, mais combien paternel,
   La défend des assauts du Circius cruel. 

   Quand les rayons de l'astre embrasent ses épaules,
   Jouant à cache-cache à travers les vieux saules,
   Les chênes, les pommiers, les érables, les pins, 
   Pailletant son sommet de feux d'or purpurins,
   On dirait un lion secouant sa crinière,
   S'apprêtant à bondir sur la vieille panthère
   Qui voulut égorger ses premiers lionceaux, 
   Les livrer pantelants à d'immondes pourceaux !

   Sur ses flancs ombragés, paradis des fauvettes,
   S'abritent des villas nombreuses et coquettes ;
   Et partout à son pied surgissent des hameaux,
   Comme à l'Âge-Moyen les bourgs sous les châteaux,
   Non pour chercher secours aux grands maux de la guerre,
   Mais pour jouir des fruits d'une paix très prospère.

   Lorsque, un soir de novembre, un Canadien passant
   Foule ce mont sacré de son pied frémissant,
   Il entend un concert de voix mélodieuses
   Qui montent comme un souffle, et douces et joyeuses,
   De la feuille tombée, à travers les rameaux
   Des érables, des pins, des pommiers, des ormeaux,
   Qui redisent tout bas une douce prière
   Pour le mont tout entier, pour l'île tout entière. 

   Et ce souffle qui passe ainsi qu'un souvenir,
   Évoquant le passé, plongeant dans l'avenir, 
   C'est l'âme des Cartier, des Champlain, Maisonneuve,
   Des Montcalm, des Dollard... qui, traversant le fleuve
   Des Champs Élyséens, viennent de l'au-delà,
   Pour chanter Montréal et leur cher Canada. 

                                Auguste Charbonnier *(1910)



Tiré de : Auguste Charbonnier, Gerbes du mont Royal, Montréal, 1910, p. 4-5.

*  Auguste Charbonnier est né à Saint-Étienne (France) le 17 mars 1859. Il fit ses études classiques à Montbrison, où il étudia l'orgue, le piano, le violon, la flûte, le chant et l'harmonie et où aussi, à treize ans, il devint organiste de la paroisse. Il suivit ensuite les cours du lycée de Lyon, sous la direction du futur cardinal de Lavigerie. Il étudia ensuite la philosophie à Alix, à Feyzin, à Châteauroux, à Kouba (Algérie), puis la théologie à Koléa (Algérie), où il débuta sa carrière d'enseignant tout en exerçant la direction d'orchestre. 
   Venu en 1888 s'établir à Montréal, il fit partie de la rédaction de La Presse, dont il dirigea longtemps la « Ruche enfantine » sous le pseudonyme de « Parrain Gâteau ». Il devint tour à tour directeur des périodiques L'Album universel, Le Monde illustré et La Maison moderne. Tout premier abonné au journal Le Passe-Temps, il contribua considérablement au contenu de cet hebdomadaire musical et littéraire, où il publia notamment, outre de nombreuses chroniques d'actualité sous le pseudonyme de « Jean Pic », des cours d'harmonie musicale et de nombreuses compositions instrumentales et vocales, en plus de s'être occupé de la rédaction du « Coin des enfants » de ce périodique. 
   Directeur de l'école « La Presse », située sur l'avenue du Parc-Lafontaine à Montréal, il enseigna la musique, les belles-lettres et les sciences, en plus d'être préparateur d'examens pour les études de droit, de médecine et de pharmacie. Il a été écrit que « plus d'un lui doivent leur formation ». 
   Il a publié deux ouvrages : Nouveaux échos du mont Royal (chansons, contes, récits et nouvelles, 1907) et Gerbes du mont Royal (poésie, 1910).
   Auguste Charbonnier est mort à Montréal le 26 décembre 1920. Il avait épousé Hélène Chalifour en 1889. 
(Sources : La Presse, 26 décembre 1920 ; Le Devoir, 27 décembre 1927 ; Le Passe-Temps, 8 janvier 1921).


Auguste Charbonnier (1859-1920)
Portrait par Napoléon Savard.

(Source : Le Passe-Temps, 8 janvier 1921)

Gerbes du mont Royal, recueil d'Auguste 
Charbonnier d'où est tiré le poème Le mont
Royal
, ci-haut. On peut le télécharger ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Cette photo paraît dans le recueil Gerbes du mont Royal, d'Auguste Charbonnier. 
Elle a pour titre : « Sentier des amoureux ; le mont Royal ». Il est possible que
l'homme qu'on y voit soit l'auteur, mais on ne peut l'assurer hors de tout doute.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Auguste Charbonnier

(Source : Le Passe-Temps, 26 décembre 1908)


Auguste Charbonnier a composé plusieurs 
œuvres musicales, dont cette Ritournelle
valse pour piano. Pour en écouter une 
interprétation par Michel Du Paul,
cliquer sur cette image :


Annonce des services qu'offrait Auguste Charbonnier à titre
d'enseignant et de préparateur aux examens, parue dans
Le Passe-Temps du 15 octobre 1910.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Recension du recueil Gerbes du mont Royal dans L'Étoile du Nord
(Joliette) du 26 mai 1910.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 26 avril 1910.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 27 décembre 1920.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Le Devoir, 27 décembre 1910.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Le Passe-Temps, 8 janvier 1921.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 27 décembre 1920.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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samedi 3 avril 2021

Le jour de Pâques

« La Résurrection du Christ », chef d'œuvre de Raphaël (1483-1520)

(Source : Wikipedia)




                          "Resurrexit sicut dixit".

                          "Ubi est, mors, victoria tua ?...
                          "Ubi est, mors, stimulus tuus ?"


   Il a dormi deux jours ! Un silence sublime
   Enveloppe et sa mort et l'indicible crime
            Dont l'homme s'est couvert.
   Mais, à la voix de Dieu, la pierre est renversée ;
   Les soldats sont vaincus ; la garde est dispersée ;
            Le sépulcre est ouvert ! 

   Quand l'aurore a paru, quelques femmes pieuses
   Se rendent au saint lieu, tristes, silencieuses,
            Pour embaumer le corps. 
   Mais celui qu'on a vu chargé d'ignominie,
   Rachetant l'univers même au prix de sa vie,
            N'est plus parmi les morts ! 

   Un messager du ciel annonce son absence ;
   Pourtant, on doute encore ; on hésite, on avance,
            En effet, l'ange est seul ! 
   Assis, calme et serein, rayonnant de lumière,
   Et tout vêtu de blanc, il est là sur la pierre,
            ... Près de lui, le linceul !

   Ô mort, c'en est donc fait ! L'innocente victime
   Que tu vis immoler même à côté du crime
             A brisé ton pouvoir.
   Fuis devant ce vainqueur que l'amour seul anime !
   Hâte-toi de rentrer au fond du noir abîme
             Cacher ton désespoir. 

   N'as-tu pas entendu ce lugubre murmure,
   Lorsque le Créateur a vu sa créature
             Le vendre et le trahir ?
   N'as-tu pas entendu la plainte de la terre
   S'élever contre toi quand ta main sanguinaire
             Venait pour le saisir ?

   N'as-tu pas vu le ciel refuser sa lumière,
   Quand ton pied décharné montait sur le calvaire
             Où tu devais finir ?
   Tu contemplas le Christ de ton regard livide,
   Et tu crus un moment que ton bras déicide 
             Pouvait le retenir ?

   Et là, tu lui donnas ton baiser de vampire,
   Et tu pensas pouvoir prolonger ton empire
             Par un dernier effort ;
   Tu voulus te glisser avec lui dans la tombe ;
   Mais ici, plus d'espoir, car ta puissance tombe ;
             Le Christ est le plus fort !

   N'as-tu pas entendu des voix dans la vallée,
   Depuis le Golgotha jusques en Galilée,
             Proclamer sa grandeur ?
   Ô mort ! ne vois-tu point les gardes effrayés
             Fuyant de toutes parts ou tombant foudroyés
             À l'aspect du Sauveur ?

   Le Seigneur s'est levé comme une jeune aurore,
   Mais plus resplendissant et plus brillant encore
             Et bien plus radieux ! 
   Comme on voit un soleil dominer la colline,
   L'Homme-Dieu s'est levé dans sa gloire divine
             Mais plus majestueux ! 

   Il est ressuscité ! Puis, selon sa parole,
   Ses disciples l'ont vu ; lui-même les console
             Et leur parle longtemps.
   Il leur dit l'avenir, il leur dit les tempêtes
   Qui devront s'élever et gronder sur leurs têtes
             Dans la suite des temps !

   Il est ressuscité ! Voilà que son Église
   Se trouve pour toujours sur son pouvoir assise
             Et brave les enfers ! 
   Comme un aigle qu'on voit s'élancer dans l'espace,
   Elle prend son essor et jamais ne se lasse
             De remplir l'univers.

   Il est ressuscité ! C'est pour montrer à l'homme
   Que jamais ne pourra s'écrouler un royaume
             Sous son sceptre divin ! 
   Et de sa propre bouche il abandonne à Pierre
   L'édifice sacré dont la première pierre
             Fut mise de sa main ! 

   Il est ressuscité ! Des voix dans la vallée,
   Depuis le Golgotha jusques en Galilée,
             Redisent dans leur chant : 
   Ô mort ! Fuis du vainqueur la victoire sublime,
   Hâte-toi de rentrer au fond du noir abîme,
             Jésus est triomphant ! 

                            James Donnelly* (Aylmer, 16 avril 1862)



Tiré de : Journal de l'Instruction publique, Montréal, Avril 1862. Il est à souligner que James Donnelly était âgé de 17 ans au moment de la composition de ce poème, qui parut également dans : Yolande Grisé et Jeanne d'Arc Lortie s.c.o, Les Textes poétiques du Canada français 1606-1867, volume 9, Montréal, Fides, 1996, p. 492-494.

Le docteur J. K. Foran sur James Donnelly : 

« Ayant fait un cours complet d'études, il devient à tour de rôle instituteur, maître-chantre, journaliste, chroniqueur, poète et partout et en tout temps un peu bohème. [...]  Esprit actif et nerveux, il lui semblait toujours impossible de rester en place : une main puissante le poussait sans relâche à la dérive sur l'immense fleuve de la vie. Un jour, je lui demandais pourquoi il n'écrivait pas des vers anglais, et voici ce qu'il me répondit : Je dois tout ce que je possède aux Canadiens-français ― ma vie, mon instruction, et même mon pain quotidien  et ne serait-ce que par reconnaissance, si j'ai quelque chose à léguer à mon pays, je veux que la littérature canadienne-française en soit l'héritière ». 

Pour en savoir plus sur James Donnelly, Irlandais de naissance adopté en 1847 par une famille canadienne-française de Saint-Laurent-de-l'île-d'Orléans, voyez le volumineux dossier sous son poème Où vont donc nos années ? 

De James Donnelly, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Adieu à 1865.


James Donnelly (1844-1900)

(Source : Musée McCord)

Le poème Le jour de Pâques, ci-haut, de James Donnelly, a été
publié pour la première fois dans le numéro d'avril 1862 du 
Journal de l'Instruction publique

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le poème Le jour de Pâques, de James Donnelly,
a été publié de nouveau en 1996 dans le tome 9
des Textes poétiques du Canada français

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Les voix de nos poètes oubliés nous sont désormais rendues. 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
tomes intitulé Nos poésies oubliées, qui présente 200 de
de nos poètes oubliés, avec pour chacun un poème, une
notice biographique et une photo ou portrait. Chaque  
tome est l'objet d'une édition unique et au tirage limité. 
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ouvrage qui constitue une véritable pièce de collection
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jeudi 1 avril 2021

Avril

« Avant le printemps »(1908) par Clarence Gagnon (1881-1942)

(Source : Art Collector




   Aux rayons rutilants d'Avril la neige fond,
   Chaque route s'effondre et tout entier s'efface,
   Les vastes flots grondants du Fleuve écumeux font
   Voler en lourds éclats ses entraves de glace.

   Pas un nuage au ciel ! Pas un souffle dans l'air !
   Les baisers du soleil argentent les ramures,
   Et des pins, dont les vents tordaient la cime hier,
   Vers l'éther lumineux montent de gais murmures.

   Dans les bois le dégel vernal clôt les chantiers.
   Le sol n'y tremble plus des chocs de l'abatage.
   Les voyageurs d'en haut, aussi joyeux qu'altiers,
   Sac au dos, en chantant reviennent au village.

   De retour avec eux, ivres de liberté, 
   Autour de nos logis s'ébattent les corneilles...
   Des aspects et des bruits nouveaux de tout côté
   Émerveillent nos yeux, enivrent nos oreilles.

   Les frais ruisseaux d'argent, où le ciel transparaît,
   Roucoulent dans le creux des combes embaumées...
   En spirales d'azur, à travers la forêt,
   De mille feux ardents s'élèvent des fumées.

   Sous les éclats couvrant leurs huttes en bois ronds,
   ― Comme perdus au sein du désert insondable ― 
   Les vaillants sucriers, penchés sur leurs chaudrons,
   Surveillent la cuisson du blond sucre d'érable.

   Déjà sous l'outremer des grands cieux éclatants
   La terre sent frémir en elle les pervenches,
   Déjà vaguement flotte une odeur de printemps,
   Et les premiers bourgeons éclatent sur les branches.

                                       William Chapman (1912)



Tiré de : William Chapman, Les fleurs de givre, Paris, Éditions de la Revue des poètes, 1912, p. 53-54. La série «L'année canadienne», d'où provient le poème ci-haut, a été publiée pour la première fois dans le numéro de janvier 1911 de la Revue canadienne.

Pour en savoir plus sur William Chapmancliquer ICI

De William Chapman les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : À Percé ; Sur la tombe de Lucien Turcotte ; L'île d'Orléans ; Janvier ; Février ; Mars.


William Chapman (1850-1917)

(Source : BANQ)

Le poème Avril, ci-haut, est tiré du recueil
de William Chapman, Les fleurs de givre, que
l'on peut télécharger gratuitement ICI

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Dédicace manuscrite de William Chapman à
Jean-Baptiste Caouette dans Les fleurs de givre.

(Collection Daniel Laprès)


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