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mercredi 10 février 2021

Homère en balade à Québec

Alonzo Cinq-Mars (1881-1969)

La tour du Parlement de Québec, dans laquelle fut fondée,
en 1923, la Société des poètes canadiens-français, dont 
Alonzo Cinq-Mars était l'un des cinq membres fondateurs.

(Photo d'Alonzo Cinq-Mars : Fonds d'archives du Séminaire
de Québec au Musée de la civilisation du Québec)




   Dans les enfers, le grand poète Homère
   Tout récemment se prit d'ennui soudain
   Et résolut de revenir sur la terre. 
   Avec son luth, il se mit en chemin,
   Comme jadis, en mendiant son pain,
   Et parcourut la contrée homérique.
   Personne, hélas ! dans sa patrie antique,
   Ne reconnut Homère en ce vieux sec
   Qui tristement apprit que, dans l'Attique,
   On ne voit plus de véritable Grec.

   D'autres pays où le monde révère
   Le souvenir du poète divin
   Virent passer sans intérêt ce hère
   Qui vainement cherchait partout au loin
   Un Grec qui le reconnaîtrait enfin. 
   Un jour pourtant, une voix ironique
   Lui conseilla, sur un ton sarcastique : 
   « Passez les mers, rendez-vous à Québec
   « Hors de Québec, l'Athènes d'Amérique,
   « On ne voit plus de véritable Grec ». 

   Il vint ici, ce pauvre débonnaire, 
   Cherchant longtemps dans notre ville, en vain,
   Et ne trouvant que peine et que misère. 
   « Pour voir un Grec, dit un cocher malin,
   « Il faut aller au restaurant du coin ». 
   Hélas ! l'endroit que le cocher indique
   N'est simplement qu'une sale boutique
   Où l'on ne vend que du mauvais bifteck.
   Triste et confus, il sortit sans réplique.
   On ne voit plus de véritable Grec. 

            ENVOI 

   Prince immortel de l'âge poétique,
   Que viens-tu faire en notre monde inique ?
   C'est t'exposer à un lamentable échec
   Que de chercher des Grecs du temps épique : 
   On ne voit plus de véritable Grec.

                      Alonzo Cinq-Mars (Québec, juin 1920)



Tiré de : Alonzo Cinq-Mars, De l'aube au midi, Québec, Édition de la Tour de Pierre, 1924, p. 114-115.

Pour en savoir plus sur Alonzo Cinq-Mars, voyez la notice biographique et les documents sous son poème Illusion

La ballade Homère en balade à Québec, ci-haut,
est tirée du recueil d'Alonzo Cinq-Mars, De
l'aube au midi
, publié par les éditions de la Tour
de Pierre, qui rappelle la tour du Parlement de
Québec où fut fondée en 1923 la Société
des poètes canadiens-français dont Alonzo
Cinq-Mars est l'un des cinq fondateurs.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Alonzo Cinq-Mars vers l'âge de 60 ans, tel qu'il 
parait dans Journalistes, écrivains et artistes
d'Albert LabergePour consulter le portrait 
que Laberge rédigea sur Cinq-Mars, 
cliquer sur la photo : 


Alonzo Cinq-Mars était non seulement poète et journaliste, il fut également sculpteur. 
Il exécuta notamment une série de médaillons à l'effigie de poètes et écrivains d'ici. 
Un an avant son décès, un album dans lequel plusieurs de ces médaillons sont
reproduits a été publié. En guise de préface, le grand poète Alfred Desrochers
y signe ce sonnet en hommage à son ami Alonzo Cinq-Mars.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Journal L'Action catholique, Québec, 15 décembre 1958.

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Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

mercredi 5 septembre 2018

Illusion

Alonzo Cinq-Mars (1881-1969)

(Source : Gaston Deschênes, L'Hôtel du
Parlement, la mémoire du Québec
, p. 198) 



          À Albert LABERGE


   J'aimais une belle princesse
   Que je gardais dans un palais.
   J'ai perdu palais et maîtresse
   Que je ne verrai plus jamais.

   Depuis ce temps, dans ma détresse,
   Je me souviens des jours heureux
   Où, dans un palais merveilleux,
   J'aimais une belle princesse.

   L'enchanteresse que j'aimais
   M'a déserté comme une gueuse ;
   C'était l'Illusion trompeuse
   Que je gardais dans un palais. 

   Et je ne sens plus la caresse
   De sa douce main sur mon front,
   Et je subis un double affront : 
   J'ai perdu palais et maîtresse. 

   Car ce palais que j'habitais
   Avec ma maîtresse envolée,
   C'était ma jeunesse en allée
   Que je ne verrai plus jamais. 

          Alonzo Cinq-Mars* (Québec, août 1923)



Tiré de : Alonzo Cinq-Mars, De l'Aube au Midi, Québec, Éditions de La Tour de Pierre, 1924, p. 20-21. 

Alonzo Cinq-Mars est né à Saint-Édouard-de-Lotbinière le 14 avril 1881, du mariage d'Eusèbe-Abraham Cinq-Mars, marchand et maître de poste, et de Philomène Lemay, institutrice. En 1886, sa famille s'établit à Cap-Santé, où il fit ses études primaires. Admis au Petit Séminaire de Québec, il obtint son baccalauréat ès arts en 1900.
   En 1900-1901, il fut journaliste à La Gazette de Québec, puis entra au service de La Presse, à Montréal, jusqu'en 1904. Durant cette période, il suivit, à l'École des arts du Monument national, les cours de dessin de Joseph Saint-Charles et de Joseph-Charles Franchère. En 1905, il fut correspondant de La Presse à Québec, et s'inscrivit à l'Université Laval pour y étudier le droit. Il abandonna ses études mais poursuivit son activité journalistique au Parlement de Québec. Traducteur des débats à la Chambre des Communes du Canada à partir de 1925, il prit sa retraite en 1944.
   En 1920, lorsque Jean Bailleul fonda l'École des Beaux-Arts de Québec, rue Saint-Joachim, il fut le premier élève à s'y inscrire et à suivre des cours de modelage pendant quatre ans.
   Il participa à la fondation de la Société des Poètes canadiens-français, dont il fut président en 1924.
   Il consacra ses loisirs à la sculpture et produisit, de 1925 à 1944, une série de soixante-cinq médaillons de bronze dont plusieurs représentent des écrivains québécois.
   Il collabora au journal La Patrie à partir de 1944 et cessa complètement d'écrire en 1961.
   Alonzo Cinq-Mars est mort à Longueuil le 15 juin 1969. Il avait épousé Alice Côté le 17 septembre 1911, à Viauville (aujourd'hui dans l'arrondissement montréalais d'Hochelaga-Maisonneuve).
(Source principale : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 339). 


Le poème Illusion est tiré du recueil
De l'Aube au Midi, d'Alonzo Cinq-Mars.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Alonzo Cinq-Mars savait faire preuve d'un certain sens
de l'humour, comme lorsqu'il mentionne les plagiaires
dans l'avertissement de son recueil De l'Aube au Midi.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Photo des Archives d'Alfred Pellan, 1922, classe de sculpture,
École des beaux-arts de Québec. Au centre de la photo,
Alfred Pellan, à gauche, Omer Parent, et devant, Alonzo Cinq-Mars.

(Source : Espace Art Actuel
)

Quelques mois avant la mort d'Alonzo Cinq-Mars, cet
album de ses principaux médaillons de personnages
littéraires a été publié. Il en reste présentement un
seul exemplaire sur le marché, voir ICI

Le grand poète Alfred DesRochers a rendu hommage à son 
ami Alonzo Cinq-Mars dans ce poème-préface qu'il a signé
pour son album de médaillons paru en 1968.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'écrivain Harry Bernard (pseudonyme « L'Illetré ») rendit
cet hommage à Alonzo Cinq-Mars à l'occasion de son décès,
dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 20 août 1969.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Mention du décès d'Alonzo
Cinq-Mars dans Le Soleil
du 16 juin 1969.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Notice nécrologique dans La Presse du 17 juin 1969.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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