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mercredi 3 octobre 2018

Nocturne

Ulric-Louis Gingras (1894-1954)

(Source : Troisième centenaire
trifluvien
, 1934, p.167) 

                                             


              À Monsieur Émile Coderre,
              Au poète des Signes sur le Sable.


   Lasse comme un vieillard alors que vient le soir,
   La campagne s'endort sous le silence austère
   De la nuit qui s'avance et plane avec mystère,
   Déroulant à nos yeux un pan de manteau noir. 

   Un reste de lumière à l'horizon demeure,
   Calme et dernier baiser du soleil sur nos fronts
   Qui, penchés sous le poids des terrestres affronts,
   Sentent s'évanouir la souffrance avec l'heure. 

   Et les vieilles maisons aux toits mousseux et gris
   Semblent se recueillir en fermant leurs paupières
   Sous les cils palpitants de rustiques drapières,
   Où le rêve s'abrite au fond des coeurs aigris.

   Les seuils pleurent entr'eux, dans l'attente cruelle,
   Le bruit léger des pas qui tantôt se sont tus.
   Les granges aux pignons vétustes et pointus
   S'émeuvent au retour d'une blanche hirondelle.

   C'est l'heure où l'âme aimante aux siens songe souvent !
   Une femme, une aïeule, en priant sous le chaume,
   Surveille la cuisson du pain blond dont l'arôme
   S'échappe d'un vieux four sur les ailes du vent. 

   De plus en plus le soir voile le paysage.
   Un clocher chante au loin sa prière d'amour.
   La lune s'arrondit, et l'on voit tout autour
   Un bel halo céleste encercler son visage.

   Tout dort. Là-bas, la forge éteint son dernier bruit.
   Seule, sur les grands monts dressés comme une enclume,
   Scintillante et lointaine, une étoile s'allume,
   Clou d'or fixant au ciel le voile de la nuit. 

                             Ulric-Louis Gingras* (1922)



Tiré de : Ulric-L. Gingras, Les Guérets en Fleurs, Montréal, Éditions Édouard Garant, 1925, p. 101-102.

*  Joseph-Aldéric dit Ulric-Louis Gingras est né à Saint-David-de-l'Auberivière le 12 janvier 1894, de Ferdinand Gingras, journalier, et de Joséphine Lambert. Il fit ses études primaires à l'école du village et ses études secondaires au Collège de Lévis.
   Agent d'assurances pendant quelque temps, il obtint en emploi d'inspecteur des aliments et drogues à Montréal, puis fut muté en 1920 à Trois-Rivières, où il demeura jusqu'à sa retraite en 1940. Il revint alors s'établir à Québec.
   Délégué général au Québec de la Ligue d'Union latine, membre de la Jeune Académie de France et de la Société des Poètes canadiens-français, dont il fut plusieurs fois lauréat, il remporta en 1934 le prix de l'Ordre latin de France et le prix de poésie Archon-Despérouses de l'Académie française. Il fut également, la même année, lauréat des Jeux floraux de Tunisie, dont il reçut la première médaille d'honneur. Il a collaboré aux journaux Le Bien Public et Le Nouvelliste, de Trois-Rivières.
  Il a publié trois recueils de poésies : La Chanson du Paysan (1922) ; Les Guérets en Fleurs (1925) et Du Soleil sur l'Étang noir (1933).
   Ulric-Louis Gingras est mort à Québec le 24 décembre 1954. Il avait épousé Jeanne Turgeon le 10 juillet 1916.
(Sources : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, Fides, 1981, p. 205-206 ; Troisième centenaire trifluvien, édition 1934 de l'Almanach trifluvien, 1934, p. 167).

D'Ulric-Louis Gingras, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : La maison de mon rêve (cliquer sur le titre).



Les Guérets en Fleurs, recueil
d'Ulric-Louis Gingras d'où est
tiré le poème Nocturne, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Ulric-Louis Gingras était un fervent
admirateur du poète Nérée Beauchemin,
à qui il avait dédicacé un exemple de son
premier recueil, La Chanson du Passant.

(Collection Daniel Laprès ;
cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Photo parue dans l'édition 1932 de
l'Almanach de la langue française.

Article paru dans Le Soleil du 27
décembre 1954.

(Source : BANQ)


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jeudi 12 octobre 2017

La maison de mon rêve

Ulric-Louis Gingras (1894-1954)

(Source : Troisième centenaire
trifluvien
, 1934, p.167) 



   
   Telle une blonde almée en son psyché s'admire,
   La maison de mon rêve, au bord de l'eau se mire. 
   Simple, avec ses carreaux anciens, ses clairs auvents,
   Elle semble n'avoir aucun souci des ans.
   Un jardinet l'entoure, assez grand pour qu'une âme
   Puisse y cueillir, au soir, le parfum dont se pâme
   La fleur du songe éclos au chant du souvenir. 
   La fenêtre regarde au loin vers l'avenir...
   Et, jonché des lilas qu'éparpille la brise,
   Le seuil, où la fraîcheur d'avril s'amenuise,
   Écoute au loin passer les grands troupeaux meuglants
   Que l'on mène, dès l'aube, aux pâtis verdoyants. 

   Et, c'est là, sous ce toit, bleu de clarté dissoute,
   Dans ce décor champêtre où chaque instant ajoute
   Au charme d'être ensemble un bonheur sans détour,
   Que je voudrais, parfois, dans le calme du jour, 
   Vivre de la beauté fugitive des choses,
   Du songe aux cent couleurs, que mes paupières closes
   Abritèrent jadis, comme une vision,
   Et dont je garde encore l'étrange illusion,
   Afin de mieux comprendre, au cours de l'existence,
   La douceur d'un foyer qu'anime une présence. 

                                   Ulric-Louis Gingras* (1933)



Tiré de : Ulric-L. Gingras, Du soleil sur l'étang noir, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1933, p. 71-72.

*  Joseph-Aldéric dit Ulric-Louis Gingras est né à Saint-David-de-l'Auberivière le 12 janvier 1894, de Ferdinand Gingras, journalier, et de Joséphine Lambert. Il fit ses études primaires à l'école du village et ses études secondaires au Collège de Lévis.
   Agent d'assurances pendant quelque temps, il obtint en emploi d'inspecteur des aliments et drogues à Montréal, puis fut muté en 1920 à Trois-Rivières, où il demeura jusqu'à sa retraite en 1940. Il revint alors s'établir à Québec.
   Délégué général au Québec de la Ligue d'Union latine, membre de la Jeune Académie de France et de la Société des Poètes canadiens-français, dont il fut plusieurs fois lauréat, il remporta en 1934 le prix de l'Ordre latin de France et le prix de poésie Archon-Despérouses de l'Académie française. Il fut également, la même année, lauréat des Jeux floraux de Tunisie, dont il reçut la première médaille d'honneur. Il a collaboré aux journaux Le Bien Public et Le Nouvelliste, de Trois-Rivières.
  Il a publié trois recueils de poésies : La Chanson du Paysan (1922) ; Les Guérets en Fleurs (1925) et Du Soleil sur l'Étang noir (1933).
   Ulric-Louis Gingras est mort à Québec le 24 décembre 1954. Il avait épousé Jeanne Turgeon le 10 juillet 1916.
(Sources : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, Fides, 1981, p. 205-206 ; Troisième centenaire trifluvien, édition 1934 de l'Almanach trifluvien, 1934, p. 167).


D'Ulric-L. Gingras, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Nocturne (cliquer sur le titre).



Bois gravé de Rodolphe Duguay accompagnant le poème "La maison de mon rêve",
dans le recueil Du soleil sur l'étang noir, d'Ulric-Louis Gingras, p. 71. 

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Du soleil sur l'étang noir, recueil d'Ulric-L. Gingras
d'où est tiré le poème La maison de mon rêve, ci-haut.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Dédicace d'Ulric-Louis Gingras dans son
recueil Du soleil sur l'étang noir 

(Collection Daniel Laprès)


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